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Pendant plus de trente-six heures, le feu a dévoré plus de 120 hectares d’oliveraies de Yaroun, dont certaines abritaient des arbres centenaires, raconte le président du conseil municipal de cette localité du caza de Bint Jbeil, Hafez Ghacham, à L’Orient-Le Jour. Les flammes sont restées visibles jour et nuit, éclairant le ciel du village et des environs. Même après l’extinction de l’incendie, que M. Ghacham attribue à l’armée israélienne, de la fumée continue de s’échapper des terres noircies.

Situé à moins d’un kilomètre de la frontière israélienne, Yaroun se trouve dans le secteur central de la zone occupée par l’armée israélienne qui s’étend sur environ 620 km² du territoire libanais le long de la frontière. Le village étant sous occupation et interdit d’accès, aucune intervention n’a pu être menée côté libanais pour tenter de maîtriser l’incendie.

Le président de la municipalité, lui-même déplacé depuis la reprise de la guerre, raconte l’impuissance des habitants face aux flammes. « Mon cœur s’est brisé devant cette scène », affirme-t-il. Ni les habitants, dont certains sont déplacés dans la localité voisine de Rmeich, ni les véhicules de pompiers n’ont pu se rendre sur place pour éteindre le feu. « Avec plusieurs habitants, nous avons regardé les champs brûler jusqu’aux larmes, rapporte-t-il. Les maisons peuvent être reconstruites, mais les vieux oliviers ont besoin de dizaines d’années pour redevenir comme avant. » Il reprend les mots de son père âgé de 84 ans qui lui a dit, face à l’ampleur des destructions : « Je suis plus peiné pour les arbres que pour la maison. »

« Leur mémoire et leur histoire »

« La plus grande perte ne se limite pas aux arbres brûlés. Elle concerne une partie essentielle de la vie des habitants, de leur mémoire et de leur histoire », affirme M. Ghacham. Les oliviers détruits appartenaient aux familles du village et avaient été transmis de génération en génération. Certains étaient centenaires, tandis que d’autres étaient âgés d’au moins cinquante ans. « Ces arbres, souligne-t-il, ne représentaient pas uniquement une source de production d’huile d’olive : ils faisaient partie de l’identité de Yaroun et de son histoire agricole ».

Chaque année, les habitants attendaient la saison des olives avec impatience, après des mois consacrés à l’entretien des arbres, poursuit le président du conseil municipal. Cette période constituait un rendez-vous économique et social important pour les familles. L’huile produite était également envoyée aux proches et aux enfants installés à l’étranger, « avec une forte valeur symbolique liée à la terre, à la patrie et aux souvenirs familiaux ».

Pour M. Ghacham, ce qui a été perdu ne concerne donc pas uniquement une récolte agricole, mais aussi une source de revenus pour des dizaines de familles qui dépendent de la production d’olives et d’huile d’olive. Évoquant les pertes agricoles, il estime à environ 1 200 dounoums (120 hectares) la superficie touchée par l’incendie. Un dounoum produit en moyenne six bidons d’huile d’olive, explique-t-il. Selon son estimation, la destruction représente ainsi la perte de milliers de bidons d’huile, alors qu’un seul bidon vaut environ 150 dollars. Pour de nombreuses familles, cette production permettait de couvrir des dépenses essentielles.

« Le Sud tout entier »

Yaroun, rappelle-t-il, est un village mixte où vivent des musulmans et des chrétiens. « Les flammes n’ont pas distingué entre les oliveraies des chrétiens et celles des musulmans », affirme-t-il. Selon lui, ce qui a été touché ne concerne pas une communauté en particulier, mais « le Sud tout entier : sa terre, ses habitants, sa culture, sa dignité et son histoire ».

Dans un communiqué, la municipalité de Yaroun met directement en cause l’armée israélienne. « Nous soumettons les photos de ce désastre aux Nations unies et à tous les pays qui prétendent être attachés à la liberté et à la démocratie tout en soutenant cet occupant, dans l’espoir qu’ils se réveilleront enfin et prendront conscience de ce qu’il commet au Liban-Sud », peut-on lire. La municipalité n’épargne pas non plus les autorités libanaises, estimant qu’elles « donnent à l’occupant la légitimité de demeurer sur nos terres sous prétexte de négociations et d’un funeste accord-cadre ». Le Liban doit tenir mardi à Rome un nouveau round de négociations directes avec Israël, une perspective rejetée depuis ses débuts, en avril, par le Hezbollah.

Ce nouvel incident s’ajoute à une importante vague de destructions israéliennes, entre dynamitages, explosions et incendies de maisons ces dernières semaines. Samedi, le président du conseil municipal de la localité occupée de Zaoutar el-Charkiyé (Nabatiyé) avait fait part de ses soupçons au sujet « du vol d’environ 600 oliviers centenaires du village par l’armée israélienne », après avoir eu connaissance d’images satellite montrant un champ d’oliviers entièrement vide. D’autres oliveraies avaient déjà été incendiées fin juillet par les forces occupantes dans des villages voisins comme Aïnata, d’où le feu s’était propagé vers Aïtaroun, tous deux dans le caza de Bint Jbeil, ainsi qu’à proximité d’autres localités frontalières.