Né au Sénégal, parti en France à l’âge de sept ans, l’ancien capitaine des Bleus a conservé un lien particulier avec le pays de ses origines. Près de vingt ans après son départ, il y était revenu pour retrouver ses racines. Aujourd’hui, il revient au Sénégal dans un tout autre costume : celui de sélectionneur des Lions. Seneweb vous plonge dans le royaume d’enfance de Patrick Vieira, là où tout a commencé, à Sicap Rue 10.
« C’est une fierté pour moi de revenir au Sénégal et d’être sélectionneur. Je suis né ici, mes parents sont nés ici et c’est un retour à la maison », déclarait Patrick Vieira lors de sa conférence de presse de présentation, vendredi dernier.
Derrière cette phrase se cache une histoire familiale profondément ancrée à Dakar. Une histoire que racontent encore les habitants de Sicap Rue 10, plus précisément à la Rue Dara, où Patrick Vieira a vu le jour.
Rue Dara, maison numéro 5
C’est à la maison numéro 5 que Patrick Vieira est né. Sa famille y était solidement implantée. Sa grand-mère, sa mère, ses tantes et ses oncles sont tous nés dans ce quartier qui a vu grandir plusieurs générations de la famille Vieira.
Pour Elisabeth Sallah, amie d’enfance de la mère de Patrick Vieira, les souvenirs de cette période sont encore vivaces.
« Sa grand-mère, sa mère, ses tantes, ses oncles sont tous nés ici. Sa mère est une amie intime. C’est moi qui m’occupais de Patrick. Je l’ai porté sur mon dos. Je m’occupais de lui comme mon propre fils. Sa mère n’avait même pas accès à lui, parce qu’il était tout le temps avec moi », raconte-t-elle, avec émotion.
Dans le quartier, le petit Patrick était alors un enfant comme les autres. Il courait dans les rues, partageait les jeux avec les enfants de son âge et s’adonnait déjà au football, cette passion qui allait plus tard bouleverser le cours de sa vie.
Un départ à l’âge de sept ans
Patrick Vieira ne restera toutefois pas longtemps à Dakar. À seulement sept ans, il quitte le Sénégal pour la France avec sa famille. El Hadji Kourouma, voisin de la famille Vieira, garde des souvenirs lointains de cette époque.
« J’ai des souvenirs lointains sur lui, parce que quand il quittait le Sénégal, il était très jeune. Il avait sept ans. C’est vrai qu’on a joué avec lui, mais on ne l’a pas trop connu, parce qu’il n’a pas passé son adolescence ici. Comme tous les enfants du quartier, il jouait avec les enfants de son âge », se rappelle-t-il.
Selon lui, le départ de la famille intervient après la retraite du grand-père de Patrick Vieira. « Son grand-père, quand il a pris sa retraite, a amené toute la famille en France. Néanmoins, la famille a gardé des liens avec les habitants du quartier. On avait perdu de vue Patrick. C’est le football qui nous a permis d’avoir des informations sur lui », se souvient Kourouma.
Le petit garçon de Sicap Rue 10 allait progressivement devenir une figure majeure du football mondial, jusqu’à porter le brassard de capitaine de l’équipe de France et remporter notamment la Coupe du monde 1998.
Le talent était déjà visible
Pour Mody Ndiaye, ami d’enfance de Patrick Vieira, le destin footballistique de son ancien camarade n’a finalement rien de surprenant. « Son parcours dans le football ne nous a pas surpris. On jouait ensemble dans le quartier, mais son talent était remarquable très jeune. »
Dans les ruelles de Sicap Rue 10, personne ne pouvait évidemment imaginer jusqu’où le jeune Patrick allait accéder dans cette discipline. Mais certains avaient déjà remarqué des qualités particulières chez lui.
« C’est vrai qu’on attendait qu’il devienne un jour sélectionneur du Sénégal. On croyait qu’il allait rester en Europe pour diriger des clubs et autres. Donc c’est une fierté de le voir sur le banc des Lions », se réjouit Mody Ndiaye.
Des parties de football improvisées dans le quartier aux plus grands stades d’Europe, le chemin parcouru est immense. Mais pour ses anciens voisins, le souvenir reste celui d’un enfant du quartier.
Le retour au Sénégal, près de vingt ans plus tard
Après avoir quitté le Sénégal à sept ans, Patrick Vieira revient au pays près de vingt ans plus tard, en 2003, à l’occasion de la pose de la première pierre de l’Institut Diambars, dont il fait partie des membres fondateurs.
Ce retour est aussi l’occasion pour lui de vertu de renouer avec les lieux de son enfance. El Hadji Kourouma se souvient notamment d’une scène particulière. « Quand ils créaient l’Institut Diambars, il est revenu ici pour se ressourcer. Il est parti même avec les enfants au jardin du quartier pour jouer pieds nus, comme il le faisait quand il était enfant ici au Sénégal. »
Un retour chargé de souvenirs, mais aussi marqué par les transformations du quartier. « Après, on lui a demandé s’il pouvait reconnaître leur maison. Il a compté les garages des maisons pour identifier leur maison, parce que les maisons ont beaucoup changé depuis qu’il a quitté le Sénégal. »
Le temps avait passé. Les bâtiments avaient changé, les visages aussi. Mais certains repères étaient encore là.
Des retrouvailles chargées d’émotion
Pour Elisabeth Sallah, ces retrouvailles avec Patrick Vieira ont été particulièrement émouvantes. « Quand il est revenu, on s’est vus. Il m’avait peut-être oubliée, mais sa mère a dû lui parler de moi. On était très contents de nous revoir », lance-t-elle.
Près de vingt ans après avoir quitté Dakar, Patrick Vieira retrouvait ainsi une partie de son histoire personnelle.
Aujourd’hui, son retour prend une dimension nouvelle. Celui qui avait quitté Sicap Rue 10 à l’âge de sept ans revient au Sénégal pour prendre les commandes de l’équipe nationale.


