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Demain matin, à l’Assemblée nationale, on ne votera pas seulement une feuille de route. On jugera une attitude. On regardera un homme. Et à travers lui, on lira l’avenir d’un pays. Le Premier Ministre El Aminou Lô fera sa Déclaration de Politique Générale. Sous les sourcils froncés et l’attitude pour le moins défiante d’un clan soumis à son leader, et sous l’observation circonspecte d’un monde économique, qui de notations négatives en pointages de coups portés entre Diomaye Moy Sonko et Sonko Dotoul Diomaye, sera l’arbitre des élégances ou des inélégances, ce sera selon.
Le pays retiendra son souffle. Le FMI retiendra ses milliards. Le monde retiendra son jugement. Et nous, Sénégalais, nous avons le droit de nous demander : à quoi va servir ce moment ? À gouverner ? Ou à faire du théâtre pour partisans ?
LE DÉCOR EST PLANTÉ : DES CAISSES NOIRES ET DES MAYBACH.
Commençons par la vérité qui fâche et qui pue encore. Avant de parler d’avenir, il faut parler du passé récent. Celui des caisses noires ou prosaïques fonds politiques. Celui des objectifs détournés. Celui de l’embellissement des bureaux de la Primature. Marbres, dorures, écrans. Celui des Mercedes Maybach. Des voitures à 200 millions pendant que le litre d’huile flambait. On nous a dit que c’était pour la grandeur de l’État. Menteurs. C’était pour la grandeur de l’ego. Et aujourd’hui, il est urgent pour certains de faire oublier, cet acte manqué, cet aveu de concupiscence. Urgent de noyer le poisson. Urgent de crier plus fort pour qu’on entende moins le bruit des caisses qui se vidaient, et le bruit singulier d’un moteur de Maybach. La DPG de demain risque d’être exactement ça : une grande opération de diversion. Des postures. Des slogans. Des invectives. Tout, sauf l’essentiel. Tout, sauf les comptes. Tout, sauf le peuple.
LE FMI TEND UNE MAIN. LE SÉNÉGAL EST-IL À LA HAUTEUR ?
Pendant ce temps, à Washington et à Paris, on nous regarde. Le FMI vient de proposer un signal. Une bouée. Parce qu’il a compris une chose que nous refusons d’admettre : nous sommes dans l’ornière. Et qui nous y a mis ? Un mensonge. Un mensonge politicien, électoraliste, cynique : la dette cachée. On a caché les chiffres pour gagner des voix. On a maquillé les comptes pour duper le peuple. Et aujourd’hui, la facture arrive. Elle est salée. Elle est en dollars. Elle est en souffrance. Les partenaires techniques et financiers seront demain, yeux rivés sur nos écrans. Ils ne viennent pas voir qui crie le plus fort. Ils viennent voir s’il y a encore un État. S’il y a encore un Exécutif capable de parler au Législatif sans s’insulter. S’il y a encore un pays gouvernable. Ils scrutent une chose simple : opposition ou coopération ? Chaos ou responsabilité ?
LA QUESTION HISTORIQUE : CALMER OU ENFLAMMER ?
Et c’est là que tout repose sur les épaules d’un seul homme : Ousmane Sonko. Monsieur le « Président de l’Assemblée Natioonale », demain vous avez deux chemins devant vous. Le premier chemin : celui de l’apaisement. Celui de l’homme d’État. Vous venez, vous dites la vérité, même si elle fait mal. Vous dites : « voici où nous en sommes, voici comment on s’en sort, voici ce que je demande au Parlement, à l’écoute d’un PM qui fut naguère le jardinier chargé d’arroser notre « Vision Sénégal 2050. » Vous calmez le jeu. Vous mettez le pays sous un éclairage moins tragique. Vous dites aux investisseurs que le Sénégal est stable. Vous dites aux Sénégalais : « je vous vois, je vous entends, je travaille pour vous. » Ce jour-là, vous entrez dans l’Histoire par la grande porte.
Le second chemin : celui de l’antagonisme forcené. Celui du meeting permanent. Vous venez, et vous transformez l’hémicycle en place publique. Vous insultez. Vous accusez. Vous divisez. Vous parlez à vos partisans, pas au pays. Vous choisissez la confrontation parce qu’elle fait du bruit. Et chaque minute de bruit retarde d’une minute la remise en marche de notre économie. Chaque invective repousse d’un jour la solution pour la mère qui n’a plus de quoi acheter le riz. Alors la question se pose, crue, brutale, nécessaire : Cette attitude, serait-ce de la sédition ? Serait-ce l’obsession d’un homme pour sa propre personne, son image, sa revanche ? Au détriment d’un supposé patriotisme et d’un don de soi pour son pays ? Le patriotisme, Monsieur le P.A.N, ce n’est pas crier « le peuple ». Le patriotisme, c’est faire taire son orgueil quand le pays a besoin de paix.
J’ACCUSE.
J’accuse ceux qui veulent transformer la DPG en meeting. J’accuse ceux qui préfèrent l’embellissement des bureaux à l’embellissement des vies. J’accuse ceux qui ont acheté des Maybach pendant que des enfants manquaient de lait. J’accuse ceux qui ont menti sur la dette et qui aujourd’hui jouent les vierges offensées.
Mais surtout, j’accuse par avance toute posture politicienne qui sacrifierait l’urgence nationale sur l’autel de l’ego. Le Sénégal n’a pas besoin d’un tribun demain. Il a besoin d’un capitaine. Un capitaine qui dit : « la tempête est là, voici le cap ».
Pas un capitaine qui met le feu au bateau pour vérifier qui sait nager.
L’HEURE DE VÉRITÉ.
Demain, Monsieur Sonko, vous ne parlerez pas qu’aux députés. Vous parlerez au commerçant de Touba qui ne vend plus. Vous parlerez à l’étudiant de l’UCAD qui n’a plus de bourse. Vous parlerez à la femme de Kolda qui fait bouillir de l’eau pour faire croire qu’il y a à manger. Vous parlerez au FMI, à la BOAD, à la BAD, à nos capitaines d’industrie. Vous parlerez à la France. Vous parlerez à la Chine. Ils vous écouteront. Et ils décideront. Alors choisissez. Choisissez entre être le Grand Mamamouchi de vos partisans, ou un Grand visionnaire au service du Sénégal. Choisissez entre l’antagonisme qui flatte et l’apaisement qui construit. Choisissez entre l’Histoire et le buzz. Le pays n’a plus le temps des postures. Le pays a faim. Le pays a mal. Le pays attend.
À vous de décider si demain vous éteignez l’incendie, ou si vous versez de l’essence dessus. Le peuple jugera. L’Histoire jugera.
Et nous, nous écrirons.
Jean Pierre Corréa