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Le verdict du 30 juillet ne condamne pas Macky Sall. Il ne le consacre pas non plus. Sur les sept candidatures officiellement soumises au premier straw poll du Conseil de sécurité — Grynspan, Rodrigues-Birkett, Grossi, Bachelet, Sall, Espinosa et Otunnu — l’ancien président sénégalais recueille six voix d’encouragement, sept de rejet et deux abstentions. Un score qui le maintient en cinquième position, à égalité brute avec Michelle Bachelet, mais avec un passif d’opposition nettement plus lourd que le sien : la Chilienne n’a essuyé que cinq rejets contre quatre abstentions. Le calcul est sans ambiguïté : plus de membres du Conseil l’ont découragé qu’ils ne l’ont soutenu. Rester dans la course n’équivaut pas à être en position de la gagner.
Le scrutin, secret et non contraignant, ne dit pas encore l’essentiel : parmi les sept votes négatifs, combien émanent des cinq membres permanents ? C’est là que se joue la vraie partie. Un candidat peut survivre à une addition de rejets venus d’États élus ; il ne survit pas à l’opposition déclarée d’un seul permanent. Tant que cette inconnue demeure, la candidature Sall reste techniquement ouverte — et structurellement fragile.
Cette fragilité ne tient pas seulement à l’arithmétique. Elle tient à une contradiction que la diplomatie feutrée finit toujours par formuler tout haut : comment un homme qui demeure, à ce jour, président de l’Alliance pour la République et acteur actif de l’opposition sénégalaise, peut-il prétendre incarner l’impartialité que la Charte attend de son dixième secrétaire général ? La fonction ne se limite pas à la gestion administrative de l’Organisation ; elle repose, selon l’ONU elle-même, sur l’exercice des « bons offices », c’est-à-dire sur une indépendance qui ne se décrète pas du jour au lendemain après une décennie de confrontation partisane. Rien dans la Charte n’interdit à un ancien chef d’État de se porter candidat — Boutros Boutros-Ghali était vice-Premier ministre égyptien avant 1991, Guterres un ancien Premier ministre portugais. Mais aucun de ses prédécesseurs ne demeurait, au moment de sa nomination, en guerre ouverte avec le pouvoir en exercice dans son propre pays.
Le calendrier du soutien sénégalais aggrave le doute plutôt qu’il ne le dissipe. Portée depuis mars par le Burundi, la candidature de Macky Sall a longtemps été boudée par une vingtaine d’États africains, le Sénégal compris. Il aura fallu une audience de trois heures au Palais, le 17 juillet, pour que Bassirou Diomaye Faye retourne sa position et annonce, trois jours plus tard, la mobilisation de tout l’appareil diplomatique national — soit quelques jours seulement avant le premier straw poll. Un ralliement tardif, providentiel pour la campagne, mais qui n’efface ni le contentieux politique intérieur ni la question qu’il soulève dans les chancelleries : pourquoi Dakar n’a-t-il endossé son propre candidat qu’à la toute dernière heure ?
Le dossier qui pèse le plus lourd, cependant, n’est pas partisan : il est documenté. Human Rights Watch et Amnesty International ont recensé, sous la présidence Sall, des vagues d’arrestations, des restrictions visant l’opposition et la presse, un usage disproportionné de la force lors des manifestations, et au moins soixante morts liés aux troubles depuis 2021 — un bilan encore alourdi par la crise de février 2024, consécutive au report de la présidentielle. À cela s’ajoute la révision opérée par le FMI : un déficit public sous-déclaré de 5,6 points de PIB entre 2019 et 2023, une dette de l’administration centrale réévaluée de 74,4 % à 99,7 %, puis à 111 % du PIB fin 2023. Nuance nécessaire : aucune de ces données n’établit une responsabilité pénale personnelle. Mais la nuance juridique ne suffit pas à neutraliser le risque politique — un secrétaire général est censé incarner la transparence institutionnelle, non répondre devant les États membres d’un passif d’audit international.
À ces vulnérabilités s’ajoute une géopolitique qui ne lui doit rien personnellement : quatre des sept candidats sont latino-américains et occupent les quatre premières places ; quatre sont des femmes, dans une organisation qui n’a jamais confié la fonction à aucune. Macky Sall est le seul candidat africain encore en lice après l’entrée tardive d’Otunnu — il ne combat donc pas seulement des rivaux, mais une conjoncture qui plaide simultanément pour l’Amérique latine et pour une femme à la tête du Secrétariat.
Reste un socle réel : douze ans à la tête de l’État, une présidence de l’Union africaine en 2022-2023, une expérience directe des grandes puissances que ses six voix d’encouragement viennent confirmer. Il n’est pas isolé. Mais pour transformer six voix en neuf — le seuil requis, sans veto d’un permanent —, il ne lui suffira pas de convaincre de nouveaux États : il devra convaincre le Conseil que son passé partisan a cessé d’être un présent. C’est peut-être là le paradoxe ultime de sa candidature : pour espérer diriger l’ONU, Macky Sall devra prouver qu’il sait renoncer à ce qui, aujourd’hui encore, fait de lui un homme de parti plutôt qu’un homme d’État affranchi. Il vient de survivre au premier test. Convaincre reste, à ce stade, une autre affaire.