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Le rapport produit par le cabinet Forvis Mazars, livré en juin 2025 après mandat du gouvernement du Sénégal a fixé les bases chiffrées de ce que l’on appelle désormais la dette cachée. Ce ratio dette/PIB porté à 132 % à fin décembre 2024 dans le périmètre consolidé du Fonds et un encours de l’administration centrale évalué à 23 666,8 milliards de francs CFA, soit 119 % du PIB. Ce travail de réconciliation, mené sur la période 2018-2024 à la suite du rapport de la Cour des comptes de février 2025, a porté le ratio de l’administration centrale de 74,4 % à 99,7 % puis à 111 % fin 2023, avant d’atteindre 118,8 % fin 2024. Mais une particularité mérite d’être soulignée. En effet, le rapport du cabinet Forvis Mazars n’a pas été rendu public dans son intégralité et ses conclusions ne sont connues que par recoupement.  Il s’agit, selon plusieurs analyses, d’un inventaire préliminaire transmis au Fonds en juillet 2025, de chiffres repris dans des documents officiels du ministère des Finances, ainsi que de fuites relayées par la presse sénégalaise.  Cette absence de publication intégrale alimente naturellement la question de la crédibilité, puisque toute citation du rapport doit composer avec des données dérivées plutôt qu’avec le texte original.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la déclaration de Julie Kozack, directrice du département de la communication du Fonds monétaire international, lors de sa conférence de presse du 25 juin dernier à Washington. Évoquant les réformes engagées par les autorités sénégalaises pour remédier aux vulnérabilités révélées par la dette cachée, elle a d’abord salué les mesures correctives déjà prises sur les audits successifs de la dette publique et les réformes institutionnelles unifiant les fonctions de gestion de l’endettement. Mais elle a aussitôt nuancé ce satisfecit: « nous avons constaté que des actions décisives supplémentaires seront nécessaires et importantes pour consolider les progrès. Parmi les pistes que nous explorons, figurent le lancement d’un audit par un cabinet international privé, la finalisation de l’audit complet des arriérés de paiement ainsi que des mesures visant à renforcer les contrôles des engagements budgétaires. »

Une question qui, en apparence technique, soulève l’interrogation de fond que plusieurs commentateurs et observateurs n’ont pas manqué de relever : pourquoi le FMI jugerait-il nécessaire de recommander un nouvel audit, confié cette fois à une entreprise internationale privée, si le travail déjà réalisé par Forvis Mazars, lui-même cabinet international, mandaté et payé par l’État sénégalais, suffisait à établir une vérité incontestable sur l’ampleur de la dette ? Si l’on suit ce raisonnement, l’appel à un audit supplémentaire pourrait être lu comme un constat implicite que le travail de Mazars, bien qu’utile pour la réconciliation initiale des données, n’a pas suffi à clore définitivement le dossier aux yeux du Fonds sans que cela équivaille pour autant à une remise en cause de la crédibilité de Mazars en tant que cabinet d’audit.

Il faut cependant noter que le Fonds n’a, à ce stade, formulé aucune critique publique du travail technique de Forvis Mazars en tant que tel. Les déclarations de Julie Kozack, ainsi que celles de son collègue Edward Gemayel, chef de mission pour le Sénégal, ont plutôt porté sur la nécessité de poursuivre un processus déjà engagé pour la finalisation des arriérés de paiement, du renforcement des contrôles budgétaires plutôt que sur une remise en question des chiffres déjà produits. Le rapport Mazars a d’ailleurs servi de base aux statistiques aujourd’hui intégrées dans les documents officiels du ministère des Finances et du Budget, notamment le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle 2026-2028 et la Stratégie de gestion de la dette à moyen terme. Ces chiffres n’ont pas été contestés par le FMI dans le fond ; au contraire, l’institution avait indiqué, dès juillet 2025, que l’évaluation préliminaire contenue dans le rapport correspondait globalement à ses propres attentes, tout en précisant que la validation finale restait en cours.

La proposition d’un nouvel audit international privé répond donc davantage, selon les éléments disponibles, à une logique de consolidation et de légitimation externe du processus dans son ensemble, dans un contexte où la polémique politique autour de la dette dite « cachée » demeure vive qu’à une mise en cause frontale de la fiabilité technique de Forvis Mazars. Reste que cette nuance échappe largement au débat public sénégalais, où la succession d’audits, la non-publication intégrale des rapports et les sommes déboursées par l’État pour des cabinets étrangers nourrissent un sentiment de lassitude et de méfiance.