Dès l’ouverture de la portière, l’air est saturé par un cocktail d’effluves chimiques « Brise Marine » ou « Fraise Sauvage » ou alors « Oud véritable » qui n’ont de naturel que le nom, une concentration de molécules de synthèse si dense qu’elle pourrait anesthésier un cheval et dont le but secret est clairement de momifier les passagers pour masquer les odeurs de sueur ou non.
Vos yeux piquent, vos sinus implorent grâce, mais l’asphyxie n’est que la première étape du rituel puisque l’âme doit ensuite être purifiée par le son avec la bande-son officielle du trajet : des Khassaïdes poussés à un volume insupportable. Les haut-parleurs crachent des basses saturées et des aigus stridents pendant que le chauffeur, les yeux mi-clos et le regard perdu dans le vide, balance la tête en pleine transe spirituelle, ignorant superbement vos timides demandes de baisser le son comme si vous tentiez de l’arracher à une conversation directe avec le Très-Haut.
Aujourd’hui, l’habitacle dans lequel je pénètre respire un air normal, bercé par les notes discrètes d’une musique totalement différente, apaisante, presque jazzy ou acoustique, loin du vacarme habituel.
Au volant, pas de hochement de tête possédé ni de ferveur décibélique, mais un chauffeur d’un calme olympien qui profite des embouteillages interminables pour lire sereinement un livre posé sur le tableau de bord. C’est un choc culturel thermique, un oasis de civilisation au milieu du désert de la surenchère mystique, et alors que la voiture glisse en douceur dans la circulation, je soupire d’un soulagement infini en savourant ce plaisir devenu si rare : le bonheur pur, simple et silencieux d’une course normale.
Merci Mister Yango !
FDB


