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La rencontre entre les Présidents Diomaye Faye et Emmanuel Macron était très attendue et surtout souhaitée par le second qui en a manifesté le désir dès l’arrivée au pouvoir du très jeune Chef d’Etat sénégalais.

Le contexte géopolitique où une génération d’africains décomplexés veut traiter d’égal à égal avec les anciens colons, donne un cachet particulier à cette entrevue avec un jeune Président porteur d’un projet panafricaniste-souverainiste.  

C’est pourquoi, au-delà du discours ou des mots, les gestes et les postures du Présidents Diomaye Faye sont scrutés pour se faire ou non une religion sur le projet dont il est porteur. Il en était conscient !

Le jeune Chef d’Etat n’a pas perdu de vue qu’il représente plus qu’un pays mais l’Afrique toute entière. Il sait que les images de cette rencontre avec Macron sont très attendues par les africains qui rêvent d’un continent émancipé  où ils seront traités avec respect et dignité.

Les deux images que nous nous proposons d’analyser, celle de l’entrevue (les deux Présidents autour de la table pour un déjeuner) et celle de la poignée de main, montrent un côté ambivalent, attestant des enjeux de cette rencontre.

L’image du déjeuner ou le round d’observation

L’image du déjeuner fait penser à un round d’observation entre le jeune Président Diomaye Diakhar Faye et Macron qui ne connaissait pas auparavant son invité. Le territoire sur lequel se trouvaient les deux personnalités est un territoire dit «de confrontation[1]». Elles sont de chaque côté de la table, face-à-face. Deux territoires délimités par des fleurs où chacun préserve son assiette et ses fourchettes. Aucun d’entre eux ne prendra le risque d’avancer, de peur d’empiéter sur le territoire de l’autre.

Les deux Présidents gardent leur distance pour mieux observer les grimaces du corps de chacun.

Macron, les mains à plat sur la table

Macron a les mains à plat sur la table et le regard posé sur le visage de son invité, comme s’il voulait l’intimider. Par cette posture du Président Français, on pourrait être tenté de dire qu’il dégage une certaine assurance et affiche une volonté de mener, en toute responsabilité, les choses, voire même de «résister» si la situation le demande, comme semble l’indiquer ses paumes cachées. Mais il y a un détail : Macron est assis presque près de la porte et le Président Diomaye est au fond. Le territoire occupé par Macron fait-il penser à une crainte d’une menace invisible ? Car en cas d’une menace réelle, il pourra facilement prendre la poudre d’escampette, laissant loin derrière son invité. Un instinct de survie que le non-verbal est en train de trahir.

La rationalité en embuscade, Diomaye avance masqué

Le Président Dimaye Diakhar Faye lui aussi, affiche une verticalité comme son hôte. Histoire de dire qu’il est droit dans ses bottes, affichant du coup une certaine assurance. Il a posé sa main gauche sur sa main droite, tout en fixant du regard son homologue français. Cette posture du Président Diomaye fait penser à une spontanéité où l’affect joue un rôle déterminant dans les échanges. Mais c’est sa main droite couverte qui représente, en réalité, sa botte secrète. Il avance masqué, en voulant garder le contrôle des échanges sans en donner l’air. La rationalité en embuscade, l’affect n’est qu’une fausse piste où il veut entrainer son homologue.  Il sait mieux que quiconque que les Etats n’ont pas d’amis mais des intérêts à préserver.

L’échange entre les deux Présidents se déroule dans la zone dite «personnelle[2]». Nous savons qu’en dehors des territoires, la distance qui sépare deux individus est un vecteur de communication. Elle est un bon élément pour évaluer une relation.

Cette zone est celle de l’amitié et de la convivialité (déjeuner). Mais les deux Chefs d’Etat n’ignorent pas que le pays est au-dessus de tout.


Les poignées de main

La seconde image qui nous intéresse est celle de la poignée de main entre Macron et le Président Diomaye. Il y a deux gestes combinés : la poignée de main à deux mains du Président Macron et la poignée de main plus l’autre main de Diomaye au coude de son homologue.

Macron reconnaissant…

Concernant la poignée de main à deux mains du premier des Français, on peut l’interpréter comme un «geste de remerciement ou un témoignage de respect et d’affection[3]». Il renvoie aussi à un confort amical. Ce n’est pas étonnant qu’un hôte agisse de la sorte envers son invité. Certes, on peut épiloguer sur la sincérité ou non d’un tel geste, puisque les enjeux déterminent, en de pareilles circonstances, les comportements.

… Diomaye lui rend la politesse…

Quant au geste du Président Diomaye (poignée de main plus l’autre main au coude de Macron). «Certains pensent qu’il s’agit d’une poignée de main tout simplement amicale, montrant une aisance avec son interlocuteur. D’autres estiment que c’est une poignée de main manipulatrice, qui montre un faux côté amical pour ensuite influencer négativement l’autre personne[4]. »

L’habit du personnage

Dans les deux cas, les Présidents Diomaye et Macron sont avant tout guidés par les intérêts de leur pays. C’est pourquoi, ils ont choisi l’ambivalence, l’ambiguïté. Ils jouent un personnage et sont dans la représentation. La distance cultivée par chacun d’eux, montre, à suffisance, que l’importance des enjeux ne permet pas le moindre faux pas. Chacun a tiré son épingle du jeu. C’est une nouvelle ère qui s’ouvre dans les relations franco-sénégalaises ou franco-africaines.

Bacary Domingo MANE