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A la faveur de diverses controverses politico-constitutionnelles récentes, un problème aigu voire central, l’orientation envisagée par l’actuel chef de l’État (celle d’un présidentialisme expressément consacré et encadré) pouvant apparaître comme relativement originale au milieu des propositions contradictoires dominantes.
Les contempteurs qui n’ont pas fini de digérer leur cuisante défaite raillent la stratégie gagnante du tandem Sonko-Diomaye déroulée par le Pastef pour récolter les suffrages des sénégalais et vont jusqu’à pousser l’offensive en indexant le contexte de bigamie sur bicéphalisme au palais de la République.
Pour beaucoup, c’est un non-sujet. Car le gouvernement, dit-on, tire surtout sa légitimité du président qui le nomme et « gouverne tant qu’il n’est pas renversé », comme le déclarait Pompidou en 1966, en inaugurant en tant que Premier ministre ce premier refus de se soumettre au vote de confiance de l’Assemblée, pourtant assez clairement prévu dans la Constitution (Le Premier ministre, après délibération du conseil des ministres, engage devant l’Assemblée nationale la responsabilité du Gouvernement sur son programme).

Ousmane Sonko est en quelque sorte la caution de Diomaye auprès du peuple qui attend énormément du binôme. Les chantiers de refondation sont immenses et éminemment minés. Les fossoyeurs seront toujours sur le pied de guerre pour saborder ce processus de renouveau qui n’arrange pas leurs affaires.
Il faut de la pugnacité et beaucoup d’intelligence et de solidarité gouvernementale pour venir à bout de cette déréliction qui s’est fortement implantée dans le tissu politique et socio-économique sénégalais. D’ici aux prochaines législatives qui permettra au binôme sacré d’obtenir la majorité et les marges de manœuvres pour implémenter les nécessaires réformes de l’État, il est clair que l’absence de soutien affirmé de l’Assemblée, ne sera cependant pas sans conséquences. Cela place ce gouvernement dans une inconfortable zone grise, quelque part entre une confiance vacillante et une défiance improbable, ni complètement apte ni totalement inapte à appliquer sa politique, et jouissant d’une légitimité démocratique à la fois avérée et sujette à débat.
Ce gouvernement d’entre-deux a tout de même un signe distinctif : il s’articule très mal avec l’Assemblée et mérite à ce titre le qualificatif d’incongruent.

Fort de ce constat, Sonko demeure la clef de voûte du projet de par son aura et son autorité inébranlable et il est impératif qu’il puisse imprimer sa marque en tant que premier ministre pour lancer et superviser les actions prioritaires de l’État. Le Premier ministre est bien un acteur clé de l’État mais sa marge de manœuvre est sans cesse limitée par la progression du présidentialisme. Quand le fait majoritaire est avéré, là le bicéphalisme penche en faveur du Président, on peut même estimer qu’il disparait puisque le Premier ministre n’a pas assez de pouvoir pour constituer une tête de l’exécutif au même titre que le chef de l’Etat. Sonko a la chance d’être assez proche du Président pour faire valoir son point de vue en deuxième instance et ce dernier aura besoin du soutien indéfectible de son Premier ministre pour maintenir l’équilibre gouvernemental et l’adhésion populaire. C’est principalement au moment de l’élaboration du budget que naissent les tensions entre ministères, il faut alors beaucoup de doigté et de l’autorité pour maintenir la cohésion gouvernementale.

Passé le cap des législatives, je vois très bien Ousmane Sonko dans les habits de Président de l’Assemblée nationale, donc deuxième institution du pays. Si la très grande majorité des Constitutions de nos voisins obligent les nouveaux gouvernements à disposer de la confiance explicite de la chambre, c’est simplement pour que le peuple soit dirigé avec la stabilité, l’efficacité et la prévisibilité qu’il est légitimement en droit d’attendre. Il s’agit de s’assurer que les pouvoirs exécutif et législatif sont suffisamment bien articulés pour offrir un cap fiable et raisonnablement performatif aux citoyens, aux administrations, aux entreprises, à nos partenaires commerciaux, à nos ensembles sous-régionaux ou même aux agences de notation. Un vote de confiance réussi vient légèrement atténuer le fort degré d’incertitude dans lequel tous les pays sont naturellement plongés après une alternance.

En attendant que les mécanismes de gouvernance harmonieuse se mettent en place, le Président de la République aura fort à faire et ne manquera pas de s’appuyer davantage sur son mentor pour faire échec à toutes ces voix pessimistes et pourfendeuses de l’unité sacrée scellée entre eux pour venir à bout du régime.

K.G 30 mars 2O24

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