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LES EXPORTATIONS DE MOUTARDE DU SENEGAL FREINEES PAR LA LOURDEUR DES TAXES

LeTemoin-Depuis cinq mois, l’Europe, et particulièrement la France, est confrontée à une pénurie de moutarde sans précédent. Depuis cinq mois, l’Europe, et particulièrement la France, est confrontée à une pénurie de moutarde sans précédent. Dans les supermarchés et épiceries, les pots de moutarde se font très rares, s’ils ne sont pas invisibles, au point que les prix ont augmenté du simple au triple. Encore faudrait-il trouver ce produit ! Pour pallier la pénurie, des industriels français se sont tournés vers le Sénégal qui dispose d’industries de fabrication de moutarde. Malheureusement, notre économie ne profite pas pleinement de cette aubaine à l’exportation à cause des frais et taxes portuaires très élevés qui entravent le corridor Dakar-Paris. De quoi, sans doute, mettre les autorités dans tous leurs états et leur faire monter la moutarde au nez à cause de cette occasion gâtée ! « Le Témoin » a enquêté. Après le sel et le poivre, la moutarde est la reine des condiments. Si ce n’est des sauces puisqu’elle est le pilier du goût, l’élément incontournable de la saveur. Ces derniers mois, en France comme partout dans plusieurs pays européens, les pots de moutarde étaient absents des rayons des supermarchés et épiceries. Cette rareté est liée en partie à la guerre en Ukraine, mais surtout à de mauvaises récoltes au Canada et en France, les deux principaux producteurs mondiaux de graines de moutarde. Le malheur des Français fait le bonheur pour ne pas dire la « saveur » des entreprises sénégalaises de moutarde comme Sosagrin, Senico, Amar trading, Sonia etc. Car, pour pallier la pénurie, les fabricants hexagonaux se sont tournés vers le Sénégal pour importer en quantité industrielle des pots de moutarde. Selon un industriel sénégalo-libanais s’activant dans ce créneau, depuis que la France est confrontée à une pénurie généralisée de moutarde, le Sénégal vole au secours de sa gastronomie. « Car, de nombreux industriels français se sont tournés vers notre pays pour importer de la moutarde sous emballage en verre ou en plastique. Des produits en quantité industrielle expédiés par conteneurs vers l’hexagone. Bien évidemment, nous avons fait de très bonnes affaires.

Malheureusement, ces derniers temps, les frais et taxes portuaires ont compromis la rentabilité de ces exportations. Une situation déplorable qui a poussé les opérateurs français à se rabattre sur la Côte d’Ivoire dont les procédures d’exportation sont à la fois flexibles et accessibles. Il est vrai qu’il n’y a pas de droits de douanes à l’exportation, mais les frais et taxes d’accostage, de déport et de déchargement sont trop élevés au port de Dakar » se désole notre moutardier installé à la zone industrielle de Dakar ?

Dans la même foulée, le directeur général d’une autre entreprise agroalimentaire fabriquant de la moutarde déplore également le fait qu’au Sénégal, les frais et taxes portuaires à l’exportation sont plus élevés que ceux à l’importation. « Une situation paradoxale qui fragilise l’économie sénégalaise et plombe la performance et la compétitivité du Port de Dakar » se désole-t-il, histoire de dire que la moutarde est en passe de leur monter au nez là où elle devait être une saveur économique pour notre balance des paiements. Pourtant, cette pénurie de moutarde en France pouvait être une aubaine pour nos industries qui exportent si peu et auraient pu trouver là une bouffée d’oxygène. Par ailleurs, notre premier moutardier nous révèle sa très bonne récolte en matière de graines de moutarde produites au Sénégal. Vous avez bien lu ! « Oui ! J’ai récemment cultivé et récolté une importante quantité de graines de moutarde, ici, au Sénégal. D’ailleurs, je suis en train de chercher une dizaine d’hectares de terres entre Mbour, Thiès et Fatick pour y développer cette culture de moutarde. Car, la plante de moutarde est facile à cultiver au Sénégal qui dispose de terres fertiles et abondantes, mais faiblement exploitées à cause des chantages de la part des mairies et communautés rurales. Sans compter l’impuissance coupable de l’Etat qui peine à libérer ses terres agricoles prises en otage sans droit ni titre par les populations qui prétendent qu’elles étaient exploitées par leurs aïeux » s’agace notre spécialiste de la moutarde qui s’active aussi dans l’agriculture. Poussant sa curiosité, « Le Témoin » a appris que si le pot de moutarde sénégalaise, qui coûtait 1.200 cfa, se vend actuellement à 2.000 CFA, c’est parce que le prix de la la tonne de graines de moutarde chez les cultivateurs canadiens a connu une forte hausse. Car, renseigne-t-on, la tonne de graines qui coûtait 300 dollars soit 150.000 CFA à l’importation se négocie aujourd’hui entre 3.600 et 4.000 dollars soit 1.800.000 CFA et 2.000.000 CFA !

Premier consommateur africain de moutarde

Et si le temps d’une pénurie la France compte sur le Sénégal pour satisfaire sa très forte demande et sauver sa cuisine, c’est parce que le Sénégal est le premier consommateur africain de moutarde. Un haut rang gastronomique qui se justifie de par ses multiples restaurations annuelles de masse liées aux grands rassemblements religieux, gamous, ziarras, magals, thiants ainsi que les cérémonies familiales et autres fêtes religieuses tels que les mariages, baptêmes, anniversaires, tabaski, korité, Noël, Pâques, fins d’années etc. Sans oublier les cuisines de tous les jours, les gargotes, les dibiteries et autres « forokh thiaya » où s’invite, de gré ou de force, la moutarde dans toutes ses saveurs. En dehors de la consommation, le Sénégal fait partie du trio des premiers producteurs africains de moutarde. Ce, avec une dizaine d’entreprises agroalimentaires spécialisées dans la production de la moutarde dont les usines tournent à plein régime pour satisfaire le marché local. Jusque dans les années 80 et 90, plus de 500 tonnes de moutarde étaient importées de France sous diverses marques dont les principales sont « Amora », « Aura », « Corinor », « Blanche » et « Ducros ». Il y avait aussi la marque « Star » qui nous venait du Maroc. Seulement c’est au début des années 2000 que les industriels sénégalais se sont lancés dans la production. Pour se substituer à ces importations massives, les entreprises sénégalaises de la moutarde avaient réussi à convaincre l’Uemoa de prendre des mesures de protection en leur faveur. Des mesures visant à freiner l’importation de moutarde. « Vous savez, la moutarde est un produit très rentable avec des milliards cfa de chiffres d’affaires/an. C’est pour cela que l’Uemoa nous a protégés contre les importations sauvages qui avait failli mettre à genoux les sociétés sénégalaises productrices de moutarde. Aujourd’hui, les commerçants sénégalais n’ont plus besoin d’importer de la moutarde puisque le Sénégal en produit suffisamment au point d’en exporter vers l’Europe » se réjouit ce moutardier sénégalais. Dont les exportations juteuses — ou savoureuses comme la moutarde — sont hélas plombées depuis quelques temps par les frais et taxes portuaires très élevés pratiqués par le Sénégal. Une situation dont profite pleinement le grand rival ivoirien. Pape Ndiaye