SURENCHÈRES PAR MAMADOU NDIAYE

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SURENCHÈRES PAR MAMADOU NDIAYE

https://emedia.sn L’échiquier politique gagnerait à être plus dégagé si les forces qui le composent acceptaient de se soumettre à l’expression des suffrages. Toute prétention à une ambition aurait pour base d’appréciation une valeur électorale.
Les entreprises croissent avec difficulté au Sénégal où sévit encore une crise sanitaire très aiguë. Les commandes ne reprennent pas avec vigueur. Dans tous les secteurs confondus, la relance qui nourrit l’embauche peine à se dessiner avec netteté. Autant dire que l’emploi ne repart pas même si, çà et là, s’observent des frémissements encourageants.
En revanche il y a plus urgent. A défaut de créer des emplois, il ne faut pas en détruire. Or au rythme où va la conjoncture, la menace qui pèse sur les entreprises rejaillit forcément sur les effectifs. Cette hantise alourdit le climat social déjà plus que morose, sinon délétère, en raison d’une réelle fragilité du pouvoir d’achat accentuée récemment par une inexplicable inflation des prix des denrées de première nécessité. L’alerte reste vive.
D’autant que la dernière étude de l’ANSD, pointe une pauvreté grandissante, une sécurité alimentaire chancelante et un pouvoir d’achat sans réelle consistance. Dans cette situation maussade, il faudra de l’autorité pour restaurer les équilibres et de l’efficacité pour conjurer la crise par des mesures concrètes de relance économique. Comment matérialiser tout cela ?
D’abord que tous les efforts convergent vers le maintien des emplois créés. Surtout dans les unités de production et de transformation, donc le secteur industriel très sinistré parce que fortement impacté. Ensuite, une telle volonté passe par une réinjection de capitaux frais. L’option est salutaire. Elle s’obtient de plusieurs manières dont deux paraissent bien évidentes : l’allègement de la dette intérieure et le gel concomitant des prélèvements obligatoires. L’effectivité de ces mesures ajoutée à une préférence nationale redonne de l’air pur aux entreprises sénégalaises.
D’aucuns estiment que la présence massive de capitaux étrangers étouffe les initiatives locales réduites à la potion congrue. Il est toutefois difficile de chercher à séduire les investisseurs et, en même temps, de se plaindre des parts prépondérantes à eux cédées dans les tours de tables. En attendant de trancher cette délicatesse, convenons néanmoins qu’il y a des réserves de croissance à conquérir sur des niches bien réelles.
La sous-traitance, l’externalisation, le numérique et son bras opérationnel le digital, ainsi que le reprofilage professionnel ou la requalification des métiers constituent des gisements de croissance et représentent un socle d’avenir pour un pays qui veut se projeter. Le besoin de financement est bien réel, tant dans les grandes entreprises que les petites et les moyennes. Ces dernières manquent souvent de fonds propres. Le fonds souverain sénégalais, en l’occurrence le Fonsis, a pour vocation justement de soutenir les entreprises en nouant avec elles des partenariats féconds.
Mieux, par son rayonnement international, le Fonds peut mener des opérations de co-investissement en guise de clin d’œil ou de preuves à l’appui susceptibles de vaincre toute réticence éventuelle. Et mieux, d’emporter la conviction des investisseurs de faire de notre pays « un choix pertinent » du fait des opportunités qui y existent à foison. Dans ces milieux de la haute finance internationale, la décision d’investir met du temps à se dessiner parce que sous-tendue par un examen minutieux du pays en question sous toutes les coutures.
Nos politiques en ont-ils conscience ? S’aperçoivent-ils que notre économie n’est pas robuste faute d’un tissu industriel très peu articulé. Le temps politique, qui est à la fusion des égaux, ne semble pas prendre la mesure de la température ambiante. La classe politique s’exprime très peu sur la situation économique du pays. Elle s’en détourne. A tort. Et sans raison apparente, elle snobe les acteurs de l’économie qu’elle n’écoute pas du reste, préférant à longueur de semaine se focaliser sur des échéances électorales et les combinaisons de stratagèmes. L’habileté le dispute à la ruse sur un fond de haine ou de méfiance englobant vacherie, espièglerie, méchanceté ou petits règlements de compte entre « amis intimes ». Surenchères.
Nuançons tout de même ; dans toutes opérations d’alliances et de mésalliances, il apparaît que certains sont plus égaux que d’autres, des adversaires ou des rivaux d’hier se rapprochent par nécessité conjoncturelle (sans conviction profonde ?) dans l’espoir de peser en vue d’inverser les rapports de force. Entre sacrifices et artifices, tout le monde avance masqué ? Jusqu’à quand ? Les échéances approchent à vitesse Gand V. Des revirements ne sont pas à exclure. Pas plus qu’il ne faille s’étonner que surviennent des déchirements crispants. Haletant… Le poids des alliés aiguise des curiosités. En dépit des élégances politiciennes, la nature devrait reprendre le dessus sur ces convenances de circonstance.
Qui, en ce moment boit son petit lait ? Qui mange son pain noir ? Qui rit sous cape ? Qui s’embourbe dans les méandres ? Linéarité par-ci ! Sinuosité par là ! Assurément la politique reste insondable. Les uns et les autres se découvrent à mesure que les regroupements s’opèrent. L’opinion assiste, médusée, à ces opérettes où s’entremêlent chuchotements, apartés, ombres chinoises et visites nocturnes qui en disent long sur les trames des scénarios en cours.
Autant dire que les bonnes fortunes et les revers de fortunes s’enchevêtrent dans ce jeu politique à enjeux immédiats sur lequel flotte un parfum de…« guerre froide » ou de « paix chaude », c’est selon. Les « passions tristes » succèderont-elles bientôt à l’effervescence festive du moment ? Une chose reste sûre : une avancée stratégique découlerait de ces avatars au profit d’une ligne politique plus lisible, moins sujette aux aléas et davantage porté par un dessein, une ambition.
La panne sèche de crédibilité et de notoriété incite nombre de partis lilliputiens à s’agripper à un sauveur capable de rassembler des suffrages. Là gît la faiblesse de la démocratie sénégalaise. L’inflation de partis, plus de trois cent au dernier décompte, ne s’explique ni ne se justifie. Leur existence légale ne correspond à aucune prégnance légitimée par les urnes. Cette incongruité lasse et agace plus d’uns. Les électeurs, gagnés par plus de lucidité et instruits par un cumul d’expériences de vote, sont mieux avertis que ne le pensent les politiciens aux beaux discours.
A gorge déployée, ils vitupèrent contre ces pratiques d’un autre âge qui affaiblissent, selon eux, la démocratie sénégalaise souvent citée en exemple sur le continent africain. Un jeu de dupes ?
L’échiquier politique gagnerait à être plus dégagé si les forces qui le composent acceptaient de se soumettre à l’expression des suffrages. Toute prétention à une ambition aurait pour base d’appréciation une valeur électorale. De même que les médias se fonderaient sur ces critères pour inviter les uns et les autres sur les plateaux en fonction de leur représentativité réelle. Bien évidemment des personnalités marquantes s’imposent de fait dans le débat pluriel pour le plus grand bien de la démocratie. Elles ne souffriraient d’aucun ostracisme.
Les médias, c’est leur lot, accueillent toujours les idées et les projets qui concourent à forger un destin au pays.


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