Présidentielle en Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo brise le silence

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Présidentielle en Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo brise le silence

https://www.lepoint.fr/afrique Jeudi 29 octobre, sur TV5 Monde, l’ancien président a vivement conseillé à son successeur, Alassane Ouattara, de négocier pour éviter au pays la catastrophe.
Depuis hier, les partisans du Front populaire ivoirien jubilent, les ténors de l’opposition Pascal Affi N’Guessan et Henri Konan Bédié sont revigorés. La raison ? L’ex-président de la Côte d’Ivoire Laurent Gbagbo, qui vit toujours en exil en Belgique, est sorti de son silence après neuf ans. Quelle est aujourd’hui la portée de son message à quelques heures seulement du premier tour de l’élection présidentielle ?

Laurent Gbagbo condamne le troisième mandat

La question mérite d’être posée alors que beaucoup d’Ivoiriens redoutent de nouvelles violences autour du scrutin. Et les motifs de s’inquiéter ne manquent pas. hier soir tard dans la nuit, on apprenait que le convoi du secrétaire général de la présidence ivoirienne Patrick Achi, un des directeurs de campagne d’Alassane Ouattara, a été mitraillé. près d’Agbaou (150 kilomètres au nord d’Abidjan), sans qu’il y ait de blessés.
Le président Alassane Ouattara brigue un troisième mandat controversé face à une opposition qui a appelé à la « désobéissance civile ». Depuis trois mois, violences et affrontements intercommunautaires ont fait une trentaine de morts.
« Ce qui nous attend, c’est la catastrophe. C’est pour ça que je parle. Pour qu’on sache que je ne suis pas d’accord pour aller pieds et poings liés à la catastrophe. Il faut discuter », a déclaré Laurent Gbagbo sur TV5 Monde, depuis la Belgique, où il attend un éventuel procès en appel devant la Cour pénale internationale (CPI), après son acquittement en première instance de crimes contre l’humanité.
« Discutez ! Négociez ! Parlez ensemble ! Il est toujours temps de le faire […]. Je suis résolument du côté de l’opposition. Je dis, vu mon expérience, qu’il faut négocier ! » a insisté l’ancien président, âgé de 75 ans.
La colère, « je la comprends et je la partage ». « Pourquoi veut-on faire un troisième mandat ? Il faut qu’on respecte ce qu’on écrit, ce qu’on dit. […] Si on écrit une chose et qu’on fait une autre, on assiste à ce qui arrive aujourd’hui », a-t-il estimé à propos de son ancien adversaire, Alassane Ouattara.
La Constitution ivoirienne n’autorise que deux mandats présidentiels, mais, selon Alassane Ouattara, l’adoption d’une nouvelle Constitution en 2016 a remis le compteur à zéro, ce que conteste farouchement l’opposition.
La prise de parole de Laurent Gbagbo était attendue depuis des mois par ses partisans, qui espèrent son retour en Côte d’Ivoire.

Laurent Gbagbo résolution dans l’opposition

« Depuis mon arrestation le 11 avril 2011, je n’ai pas parlé, sauf lors de l’interrogatoire devant la CPI. […] J’attendais d’être en Côte d’Ivoire avant de parler […], mais les querelles nous amènent dans un gouffre. […] Si je me tais, ce ne serait pas responsable, donc, j’ai décidé de m’exprimer », a-t-il expliqué.
Laurent Gbagbo a aussi accusé M. Ouattara de « manque d’élégance » à son égard en ne lui fournissant pas un passeport, mais il a souligné  : « Si je veux rentrer au pays, je rentre […], mais je ne veux pas rentrer et provoquer des palabres. C’est pour ça que je ne suis pas rentré. »À une centaine de kilomètres au nord, d’Abidjan, le convoi de Patrick Achi, secrétaire général de la présidence, « a été mitraillé par des inconnus à l’arme automatique près d’Agbaou où il venait de tenir un meeting ».
« Personne n’a été touché. M. Achi va bien », a confirmé, à moins de 48 heures de la présidentielle, une personne de son entourage.
Patrick Achi est un proche du président Ouattara souvent cité comme un de ses dauphins potentiels.
De nombreux Ivoiriens craignent une nouvelle crise majeure, dix ans après la crise postélectorale issue de la présidentielle de 2010 qui avait fait 3 000 morts dans ce pays d’Afrique de l’Ouest de 25 millions d’habitants, qui compte une soixantaine d’ethnies.

Abidjan se vide

Signe de la fébrilité ambiante, de nombreux Abidjanais quittaient la ville. À une gare d’Adjamé (quartier Abidjan), point de départ pour l’intérieur du pays, des dizaines de personnes chargeaient sacs, valises et baluchons sur les bus.
« Je voyage aujourd’hui par rapport à ce qui s’est passé la dernière fois [la crise de 2010-2011, NDLR]. J’ai peur. Je préfère rentrer en famille » à Yamoussoukro, a confié à l’AFP Sandrine Dia Amoin.
L’opposition, incarnée par l’ex-président Henri Konan Bédié, 86 ans et Pascal Affi N’Guessan, 67 ans, n’a pas fait campagne. Mais les deux hommes ne se sont pas formellement retirés du scrutin.
Ouattara, 78 ans, et Bédié, 86 ans, vieux rivaux présents sur la scène politique ivoirienne depuis trois décennies, s’affrontent donc une nouvelle fois dans un pays où l’âge moyen est de 19 ans.


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