NEZ AU VENT !PAR MAMADOU NDIAYE

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NEZ AU VENT !PAR MAMADOU NDIAYE

Au Fouta, conformisme ambiant et pensée unique quittent la scène pour céder la place à l’audace et aux saillies corrosives. En moins d’une décennie, la parole, libérée des conventions, a accouché de groupes d’expression qui instrumentalisent les drames sociaux et s’érigent en défenseurs des faibles face à un pouvoir jugé opulent.
Ces « porte-parole » d’un genre inédit jouent sur la peur et gagnent en influence au point de réduire en silence des responsables à divers échelons. Il surfent sur des malaises agrégés pour exister, parvenant même à torpiller des projets par la seule résonnance de leur rejet diffusé dans des médias douteux ou relayé par des voix odieuses. Vous avez dit réseaux sociaux ! Tout et son contraire font l’objet de débats. Chacun y va de son couplet. Parfois sans retenue.
Le terreau est, à coup sûr, favorable  : pauvreté, misère, paupérisation, crues, inondations, déficit d’infrastructures de base, rareté des services publics, mobilité réduite ou coûteuse, décalage entre discours (déconnectés) et réalités (figées). D’une région à une autre, ces phénomènes apparaissent comme des phobies « refoulées » d’un système mis à l’indexe et à l’origine de tous les maux, de toutes les souffrances. L’air du temps ressemble à un hivernage avorté. Déception, rancune et propos haineux fleurissent abondamment quand tous les plaisirs sont suspendus voire confinés et que le retour du festif semble s’éloigner.
En cette veille de tournée économique du Président de la République dans le Nord, tous les responsables ont fait le « come back » pour faire bonne figure. Leur immersion sociale, même de circonstance, leur permet de tâter le pouls du pays profond par souci de leur image. Egoïsmes. Ils se montrent néanmoins attentifs et à l’écoute des populations sans réelle implication dans la recherche de solutions pérennes, donc durables. Ministres, Directeurs Généraux, Conseillers du prince, rivalisent de précautions et font assauts d’amabilité à qui mieux-mieux. Ils avancent tour à tour, mais aucune tête n’émerge pour incarner le chef incontestable dans cette zone du Fouta où chaque parcelle de pouvoir est âprement disputée.
Les retours de terrain sont, il est vrai, des précieux moments pour obtenir, dans un futur proche, de substantiels gains politiques tout aussi précieux. Ainsi, s’absenter du terroir (ou ne pas se rendre visible à l’occasion) constitue le meilleur moyen de se suicider politiquement. Pour cela, le Fouta, qui renoue avec l’effervescence des grands jours, vaut toutes les danses du ventre, à l’instar des autres régions où s’était rendue antérieurement la délégation présidentielle.
Rien n’inquiète tant les populations que le manque notoire d’assurance des pouvoirs publics qui multiplient (sans cohérence) des déclarations oiseuses, dépourvues de consistance et, pour tout dire, démoralisantes. Faute de mandats précis et de compétence, les représentants attitrés de l’Etat s’offrent en spectacle. Parfois ils se disputent des périmètres, des préséances ou des prérogatives par chambellans interposés sous le regard amusé d’un public de plus en plus convaincu que ce désordre est un signe d’impuissance de…l’Etat.
Pas besoin d’être grand clerc pour deviner la suite  : les polémiques et les invectives détricotent le tissu social et hypothèquent l’harmonie d’une société exposée à des crises répétitives et cycliques. Alors qu’il y a bien un art de vivre sénégalais empreint de goûts, d’attachement, d’enracinement, de fidélité au terroir, d’amour, de passions. N’est-ce pas là des motifs de sanctions positives ou négatives ? En un mot, le vote…
Le dénuement actuel du Fouta frappe les esprits. Pas d’universités, même spécialisées, dans cette région réputée pour ses ardents foyers de savoirs. Cette incongruité est à corriger au plus vite d’autant que le Ministre de l’enseignement supérieur est un fils du terroir.
Les hôpitaux construits fonctionnent. En revanche il leur manque beaucoup  : des équipements certifiés (il n’y avait pas de scanner jusqu’à une date récente), des personnels qualifiés (qui rechignent à y être affectés). Pour soigner certaines affections, mieux vaut se rendre à Touba (au centre) ou carrément venir à Dakar engorger les centres hospitaliers de la capitale.

Certes le ressentiment se répand. Mais il est tout aussi heureux de constater des îlots de résilience, ici et là, engageant des forces prêtes à résister voire à s’opposer au chaos qui se développe. L’insécurité se nourrit des grandes peurs entretenues par la perte de confiance que rien ne saurait justifier dans une société qui aspire à vivre en paix et dans la paix.

La perspective de relance économique qui se projette après le confinement dû à une pandémie désormais en reflux pourrait insuffler une dose de gaieté dans les entreprises, les foyers, les ménages, bref dans le pays. Il y a à donner une forte impulsion pour réduire les facteurs d’incertitudes. A cette fin, la sécurité constitue un rempart essentiel, notamment à nos frontières où le calme apparent ne doit en aucune façon, émousser la vigilance ou faire baisser la garde. Le chômage, fertile pour les aventures, est un combat à mener pour vaincre la solitude par une offre consistante et conséquente d’emplois à des jeunes en proie aux tentations désespérantes.

Il faut agir. Vite et maintenant. En quoi faisant ? Prendre le mal à la racine en explorant toutes les opportunités d’emplois qui s’offrent au pays. Tenir un langage de vérité au peuple en l’invitant au sacrifice, à la citoyenneté, au réalisme, à la défense de l’intérêt général, à renoncer aux complaintes futiles et à se montrer vigoureux face aux visions sombres.

Par l’exemplarité, l’Etat doit s’afficher sobre, mais digne. Il lui revient d’agréger les facteurs de progrès en dissipant les soupçons à son égard. Sa parole, claire et sans équivoque, doit fédérer plus qu’elle ne divise et dissiper les malentendus ou les effets de confusion, souvent sources de dérapages (violences, déviances, déferlements). La sempiternelle question des terres a besoin de consensus fort pour parvenir à ce qu’il convient d’appeler les « abandons historiques ».
À elle seule, la terre est un gisement de travail si on lui ôte tout attachement d’ordre messianique. Or le pacte actuel, ni jouissance, ni cession est, à terme, ruineux pour le pays qui doit en tirer profit au moment où la souveraineté alimentaire est agitée partout dans le monde. Sommes-nous fiers de manger du riz de la Thaïlande, du Laos, du Cambodge, de la Chine ou du Vietnam en laissant en jachère nos propres terres connues pourtant pour leur fertilité ? Cette question mérite d’être posée et discutée dans le but d’entrevoir une piste de solution qui nous réconcilierait avec notre désir d’indépendance.
De larges secteurs de la société seraient condamnés aux marges si la conquête alimentaire n’est pas achevée. Le Président Macky Sall pourrait-il apparaître comme le protecteur des terres et le défenseur des faibles tout en étant le garant des investisseurs qui veulent miser sur ce patrimoine foncier pour prospérer sans l’aliéner pour autant ?.
Il doit faire preuve de génie politique pour concilier ces extrêmes pour le grand bien d’un Sénégal, nez au vent !


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