Lettre ouverte au Directeur Général de l’OMS Monsieur Tedros Adhamon Gherbreyesus. Par Docteure Aoua Bocar LY-Tall

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Monsieur, l’Afrique n’a jamais dormi, si non les Africain-e-s auraient encore les chaînes aux pieds
Monsieur le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (O.M.S.),
Quel fut notre étonnement de vous entendre sommer : « l’Afrique à se réveiller« , le 18 mars 2020. Nous n’avons pas compris cette façon de vous adresser aux Africain-e-s à propos de la pandémie du ConoraVirus. C’est comme si depuis l’apparition de cette maladie en Chine au mois de décembre 2019, les Africain-e-s sont restés léthargiques, observant de loin le reste du monde agir, et, peut-être même, croyant comme le soutiennent certains, que cette maladie n’atteindra pas l’Afrique et que les Africain-e-s en seraient immunisé-e-s par le climat de leur continent.
Monsieur le D.G, pourtant, de par votre position au c?ur de l’O.M.S, les mises à jour de l’évolution du CoVid 19 à travers le monde, aurait dû vous mettre au courant de tout ce qui a été fait en Afrique.
Monsieur le Directeur général, vous auriez dû savoir que, dès que cette maladie a pointé son nez en Chine, l’Union Africaine (U.A.) a organisé une concertation entre ses membres pour examiner comment agir de concert pour protéger le continent contre cette menace planétaire. Certaines organisations sous-régionales telles que la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en ont fait de même.
Monsieur le Directeur général, nous comprenons bien votre intention qui est d’alerter l’Afrique du danger de Covid 19. Cependant, pour sensibiliser, on n’a pas besoin de stigmatiser. Mais, quand il s’agit de l’Afrique, c’est presque un réflexe. On est toujours prompt à dire ce qui ne va pas en Afrique, mais peu enclin à mentionner à ce que les Africain-e-s font de bien ou même de mieux que les autres. Quand cette stigmatisation vient d’un fils du continent comme vous, c’est étonnant et ça fait mal.
Monsieur le Directeur général, avez-vous pas dit aux pays Européens (Italie, France, Espagne) : « Dormiez-vous jusqu’à ce que cette maladie entre chez vous, se répande au point non seulement de tuer des milliers de vos citoyen-e-s mais en plus d’aller contaminer ceux de l’Afrique ? » Non, vous ne leur poserez pas cette question, car, ce serait irrespectueux de votre part à leur égard.
Monsieur le Directeur général, aviez-vous dit au président des États-Unis d’Amérique quand il était dans le déni total du Coronavirus : « Réveillez-vous ! Cette maladie existe bel et bien » Non, par respect, vous ne lui parlerez de cette façon. Pourtant, si vous aviez eu l’audace de le faire, peut-être cela aurait pu éviter que le Coronavirus affecte plus de 80 000 de ses citoyen-e-s, en tue 1200 et mette des millions en confinement ; et aussi, préserve cette première puissance mondiale du risque de devenir l’épicentre de la pandémie du CoronaVirus.
Monsieur le D. G., j’avoue que si l’Afrique avait attendu votre appel, soit le 18 mars, cela aurait été trop tard pour Elle. Car, le CoronaVirus y a fait son entrée le 14 février par l’Égypte, puis, elle s’est répandue au début du mois de mars, en Afrique du Nord (Algérie) et de l’Ouest (Nigeria et Sénégal). Ainsi, «On comptait, mardi 17 mars avant minuit, 462 cas sur l’ensemble du continent.» (RFI, 18/03/2020).
Monsieur le Directeur général, c’est dire qu’au moment où vous tapiez à la porte pour la réveiller, l’Afrique était au zénith (midi). Debout dès l’aube, elle était déjà loin. Car, comme l’écrivait le journal Suisse, Le Temps, le 17 mars : «bon nombre de pays africains ont pris des mesures drastiques, quand bien même ils n’avaient enregistré que quelques cas, ou aucun pour certains.» En effet, à cette date (veille de votre sortie), seuls 453 cas de coronavirus étaient recensés sur tout le continent africain.
Ils touchaient 30 de ses 54 pays. Malgré ce faible taux, les Gouvernements Africains avaient multiplié des mesures de protection de leurs peuples contre cette pandémie
En premier lieu, un bon nombre décidèrent de suspendre leurs lignes aériennes avec l’Europe. Ce, parce que «…du Kenya à la Somalie, en passant par le Sénégal, le Nigeria ou l’Afrique du Sud, tous les premiers cas de coronavirus enregistrés dans ces pays sont des ressortissants ou des résidents revenant par avion d’un séjour dans un pays infecté.» (Le Temps : 17 mars 2020) Ainsi, le Maroc, Madagascar, la Somalie et même le Tchad qui ne comptait aucun cas de Covid 19, interdirent tous les vols internationaux en direction de leurs pays.
D’autres pays prirent des mesures d’interdictions ciblées de vols. Ce fut le cas du Sénégal qui suspendit les liaisons aériennes avec sept (7) pays d’Europe et du Moyen Orient. Aussi, l’Afrique du Sud, le Kenya, le Ghana et la Côte d’ivoire, la Guinée-Bissau en firent de même pour des vols venant des pays à haut risque tels que l’Italie et la France. En plus, certains pays comme la Zambie, le Nigeria, la Guinée équatoriale prirent la mesure d’auto isolement des voyageurs en provenance de ces pays à risque. Aujourd’hui, elle est pratiquée par tous les pays du monde. Une autre mesure que prirent beaucoup de Chefs d’État africains bien avant votre appel au réveil de l’Afrique, fut la fermeture des lieux d’enseignement. En effet, «Au moins 13 pays du continent ont fermé ou s’apprêtent à fermer l’ensemble de leur système éducatif, de la maternelle à l’université. C’est le cas notamment au Kenya, au Maroc, en Égypte, au Sénégal, en Afrique du Sud ou encore en Côte d’Ivoire.» (Le Temps : 17 mars 2020) En ce jour du 25 mars 2020, s’est ajouté à ces pays qui ont fermé leurs établissements scolaires et universitaires en Afrique, le Ghana, la Mauritanie, le Cameroun, la Guinée-Bissau, la Namibie, le Togo, le Cameroun, le Burkina Faso, le Rwanda, l’Île Maurice, la Somalie, l’Algérie, la Tanzanie, la Somalie, l’Éthiopie et la République démocratique du Congo (RDC). .
Par ailleurs, pour éviter la propagation du Coronavirus sur leurs territoires, beaucoup d’autorités africaines ont procédé à l’interdiction de divers types de rassemblements de plus de 50 personnes pour certains et de 100 pour d’autres. Pour ce, ils ont ordonné la fermeture des boîtes de nuit, des salles de spectacle, de cinémas, des restaurants, des cafés, etc. Ce, durant quinze (15) jours, trois (3) semaines ou jusqu’à nouvel ordre. Parmi ces mesures drastiques prises par l’Afrique, figurent la suspension et/ou le report d’événements culturels (concert, festival) et de compétitions sportives. Par exemple, d’un commun accord avec la Confédération africaine de football (CAF), le Cameroun (pays hôte) a reporté à une date ultérieure, le prestigieux Championnat d’Afrique des Nations prévu du 4 au 25 avril 2020.
Face à l’aggravation de la pandémie dans le monde, beaucoup de Chefs d’État et de Gouvernements de l’Afrique ont déclaré l’État d’urgence et/ou le couvre-feu. De même, toutes les couches des sociétés africaines (privé, société civile, artistes) se sont mobilisé pour le combat contre cette pandémie planétaire.
En outre, des chercheur-e-s, des professionnel-les- de la santé (médecins, infirmiers, aides soignants,   chargé-e-s de services de nettoyage, etc.) avec en tête de liste l’organisation S.O.S Médecins à Dakar mènent un travail titanesque pour le déceler le Coronavirus et pour soigner les patient-e-s afin de contrer sa propagation. Aussi, à travers les langues nationales et étrangères, le milieu des médias (écrit, parlé, télévisé et du Web) effectue un travail extraordinaire d’information et de sensibilisation des populations pour expliquer comment se protéger contre le Covid 19 et comment se faire soigner en cas de contamination. Pour ce, journalistes, animateurs d’émissions (T.V. radios, journaux) convient des spécialistes et des experts en la matière ainsi que des responsables politiques pour informer le public.  Signalons aussi la précieuse contribution de communication que mène RFI, la radio panafricaine.
Mieux encore, dans des pays où la religion occupe une place prépondérante dans la vie des citoyen-e-s tels que le Sénégal, les chefs religieux de toutes les confréries ont  procédé à la fermeture des mosquées et recommandé aux fidèles de prier chez eux, même le saint jour du vendredi. Ce qui est plus admirable encore, c’est la communauté chrétienne du Sénégal, qui malgré le mois Saint du carême, n’a pas hésité un seul moment pour fermer les Églises et inviter leurs disciples à rester à la maison.
Monsieur le Directeur général, vous auriez dû saluer d’abord ces efforts remarquables des fils et filles d’Afrique, puis alerter l’Afrique au lieu d’ajouter une couche de stigmatisations sur leurs dos.
Monsieur le Directeur général, vous voyez donc bien que, les Africain-e-s ne se sont pas endormis, laissant comme des inconscient-e-s, le Covid 19 se répandre dans leurs pays. Bien au contraire, usant de l’intelligence de ses peuples, de l’expertise de ses savant-e-s en diverses matières, de l’influence de ses chefs spirituels et religieux et du dynamisme de sa jeunesse, l’Afrique déploie toute son énergie vitale pour mener vaillamment sa guerre contre le Coronavirus. La Gagnera t’elle? Seul l’avenir Nous le dira. Mais, par la Grâce divine, pour le moment, l’Afrique constitue le continent qui s’est le mieux défendu contre le Covid 19 et qui se porte le mieux au monde.
Au regard des efforts fournis et des résultats obtenus, l’Afrique mérite donc le Respect voire l’Admiration.
En vous souhaitant une bonne lecture de ma lettre ouverte, je vous prie, monsieur le Directeur général de l’OMS, de recevoir mes soeurelles salutations.Cordialement,Docteure Aoua Bocar LY-Tall,Sociologue, Auteure &Chercheure associée à l’Institut d’Études des Femmes de l’Université d’Ottawa, CanadaE-mail [email protected]ymail.com


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