Le sparadrap du président Macky SALL Par André Bailleul

epa07404378 (FILE) - Senegal incumbent President Macky Sall waves to a cheering crowd as he arrives for the last campaign rally in Dakar, Senegal 22 February 2019 (reissued 28 February 2019). Senegal's Electoral Commission announced 28 February 2019 that President Macky Sall has won a second term in office with more than 58 percent of the vote. EPA/NIC BOTHMA (MaxPPP TagID: epalivethree912737.jpg) [Photo via MaxPPP]
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Le sparadrap du président Macky SALL Par André Bailleul

Il y avait le célèbre sparadrap du capitaine Haddock, désormais il y a celui du président sénégalais Macky SALL qui s’appelle Ousmane SONKO. En effet le chef de l’état sénégalais va devoir vivre désormais, jour et nuit, avec ce sparadrap qui lui colle aux doigts et dont il ne pourra se séparer jusqu’aux élections qui s’annoncent dans les trois années suivantes (municipales, législatives, présidentielle). Tout le monde a été surpris par la violence de ce soulèvement général de la jeunesse qui pourtant en 2011 avait favorisé l’élection de Macky SALL contre le président Abdoulaye WADE qui s’était mis en tête d’effectuer un 3é mandat. La plainte d’une jeune masseuse pour viols sur sa personne par O.SONKO, député chef du parti d’opposition PASTEF, s’est transformée  immédiatement en combat politique, le député criant au complot politique pour l’éliminer de la prochaine élection présidentielle, les jeunes et les différents mouvements d’opposition voyant une manœuvre du président pour éliminer un opposant en s’appuyant sur une justice aux ordres. Il est probable que de fins conseillers, stratèges politiciens, se soient emparés de la plainte de la jeune Adji SARR  pour régler le compte de cet empêcheur de tourner en rond qui agresse constamment  et personnellement le président de la république, dénonçant sa corruption, celle de sa famille et de son entourage politique, stigmatisant son échec en lui demandant de partir. Ces stratèges ont allumé une mèche qui leur a échappé et comme le paysan qui brûle les pailles de son champ mais ne maitrise plus le feu qu’il a allumé, celui de la révolte de la jeunesse s’est embrasée dans tout le pays poussé par le vent violent des revendications. Ce n’est pas la première fois que la jeunesse sénégalaise se soulève depuis 1968 mais jamais de façon aussi violente sur tout le territoire national avec des revendications pêle-mêle  pour l’emploi, contre la France et le franc CFA, l’impérialisme et le néo colonialisme, stigmatisant les magasins AUCHAN, les stations TOTAL, quelques boutiques ORANGE mais surtout pour se nourrir à cause de la gestion par le gouvernement  du Covid qui a supprimé tous les petits boulots de l’informel et les revenus qu’ils génèrent, enfermant Dakar et sa région dans le mimétisme des mesures de confinement comme en Europe.
Les dégâts étant  extrêmement importants, le président de la république qui ne maitrisait plus la situation, ayant lui même supprimé le poste fusible de premier ministre après sa réélection, s’est trouvé seul devant cette révolte inattendue de la jeunesse. Il ne s’est exprimé que cinq jours plus tard après avoir consulté beaucoup de personnalités politiques, religieuses et de la société civile pour rétablir la situation. C’est le grand marabout mouride qui a réussi à calmer le jeu réussissant à repousser une grande marche des forces de l’opposition (Mouvement 2D) en faveur d’O.SONKO. Celui ci a du mettre du sucre dans son bissap pour adoucir ses propos anti français déclarant qu’il n’avait rien contre la France et les français vivant au Sénégal. Pour avoir écouté depuis quelques années ses discours enflammés anti-français, anti capitalistes, on peut penser que le grand marabout mouride M’BACKE lui a tiré les oreilles et a su trouver les conseils religieux pour sortir de cette crise. Dans ces situations pré-révolutionnaires qui risquent de déraper, les autorités religieuses d’un état se déclarant laïc, sont nécessaires pour calmer le jeu de tous les acteurs et indiquer une porte de sortie de la crise ; n’oublions pas non plus que les marabouts mourides sont de puissants opérateurs économiques dont les intérêts financiers risquent d’être menacés. Sur le plan politique Macky SALL est sauvé, momentanément, par une confrérie qu’il avait fustigé à son arrivée au pouvoir !.
Depuis son élection, il avait, jusqu’à ces événements, dominé le jeu politique par des alliances (BBY), des ralliements parfois inattendus comme ceux par exemple de vieux politiciens marxistes du PIT, de socialistes issus du PS et de l’ex UPS qui a dominé 40 années la vie politique sénégalaise depuis l’indépendance, de l’éclatement du PDS dont il est issu etc… Il en est lui même le parfait exemple après avoir été chassé du pouvoir PDS comme on renvoie un vulgaire domestique par son patron Abdoulaye WADE mais il a su réagir en créant son parti APR et arriver très rapidement au sommet de l’État avec sa coalition BBY. La transhumance politique n’a jamais été aussi importante depuis son élection et l’énumération de tous ceux qui ont zigzagué ou joué à saute-moutons au dessus de leurs engagements à vie serait un véritable roman d’amour et de trahisons, de désunions, mais aussi de ralliements inattendus  comme le dernier, le plus “exemplaire”, celui du frère ennemi I.SECK .Surfant sur sa deuxième victoire présidentielle, Macky SALL s’est engagé dans un hégémonisme politique jusqu’à vouloir intégrer à son gouvernement des opposants patentés et renvoyer de loyaux ministres qui lui auraient fait de l’ombre. Il a fait de l’arithmétique partisane estimant que désormais son parti et ceux de ses nouveaux alliés représentaient 85% des sénégalais ; il doit pourtant savoir que l’équation politique est faite de nombreuses inconnues et vouloir rester seul jusqu’à supprimer toute opposition n’a rien de démocratique et risque d’être dangereux. La vie politique n’est jamais un long fleuve tranquille et comme le grand fleuve Sénégal , elle s’ensable selon des saisons de pluies plus ou moins abondantes qui parfois provoquent des inondations que les barrages institutionnels ont du mal à maitriser. Il en va ainsi de la vie politique sénégalaise et des ses cycles démocratiques qui s’enfoncent parfois dans des crises qu’elle a toujours su maitriser, même en emprisonnant ses enfants désobéissants au nouvel ordre politique post colonial (Senghor/Dia).
La jeunesse dont les moins de 25 ans représentent plus de 65% des sénégalais lui a rappelé son existence et sa détresse, sans avenir et sans emploi , l’immigration lui apparaissant comme seule solution. Elle n’est pas associée à la vie politique, se sent marginalisée et s’exprime à travers divers regroupements d’associations apolitiques d’où l’explosion que vient de connaitre le Sénégal dont l’affaire SONKO, ajoutée au COVID, ont été le détonateur. Certes, on ne peut ignorer l’importance des dépenses budgétaires que le Sénégal consacre à l’éducation, aux centres de formations professionnelles, aux universités qui se multiplient dans les régions mais le marché de l’emploi est loin d’absorber des étudiants souvent mal formés.Évidemment l’explosion démographique que connait le Sénégal en est une des causes que beaucoup, pour des croyances religieuses, ne veulent pas aborder. Comment faire comprendre que le champ d’arachides ou de riz qui nourrissait x personnes ne peut à l’infini être divisé pour nourrir tout le monde même si on améliore les pratiques culturales : tout périmètre a ses limites sauf à s’installer sur le champ de ses voisins. Cet aspect de l’aveuglement des responsables politiques sénégalais comme ouest africains est le poison distillé par une économie mondiale qui s’emballe dans un modèle sans issue même si le pétrole et le gaz découverts au large des côtes sénégalaises permettront, pour un temps, de pallier aux besoins de la jeunesse. Espérons que les responsables politiques n’utilisent à leurs profits les ressources financières comme l’ont fait les irresponsables chefs d’états et politiciens d’Afrique centrale, mais on a déjà des doutes avec l’exemple du frère du président pris la main dans le pot des confitures BP ; O.SONKO ne s’est pas privé pour dénoncer ces pratiques.
La révolte de la jeunesse sénégalaise avec des dizaines de milliers de jeunes arrivant chaque année sur le marché de l’emploi est le signal d’une détresse généralisée. Le président Macky SALL ferait bien de s’en inquiéter pour les trois années qui lui restent de son mandat présidentiel. On n’ose pas imaginer, vu les circonstances, qu’il s’engage dans la voie d’un 3é mandat anticonstitutionnel qui mettrait le feu au pays. Son plat de tieb risque d’être très pimenté et O.SONKO, 45 ans, devenu le seul opposant crédible, a tout l’avenir devant lui, même si la relève des différents partis feront tout pour garder leurs privilèges et leurs rentes. Espérons que le président Macky SALL saura sortir de ses martingales politiciennes aventureuses pour se consacrer à la jeunesse sénégalaise dont il est responsable et éviter les aventures djihadistes que connaissent les pays voisins. Je n’oublie pas la jeune plaignante A.SARR qui a déclenché cette explosion par sa plainte qu’elle a confirmée lors d’ une conférence de presse avec ses avocats. Les faits sont graves et doivent être examinés au fond; ils ne peuvent faire l’objet de tractations ou de marchandages politiciens sauf à s’enfoncer dans la négation d’un état de droit qui caractérise jusqu’ici le Sénégal. A.BA, petit géopoliticien au Point E –  DAKAR


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