Le poisson, une denrée rare et chère

Partagez ce contenu!

Le poisson, une denrée rare et chère

https://www.dakarmatin.com Dans ce reportage, les acteurs des marchés de Soumbédioune et de Hann exposent toute leur détresse
En général, pendant la période d’hivernage, le poisson ne remplit pas les étals, dans les marchés dédiés de Soumbédioune et de Hann. A cette situation s’est greffée la pandémie de la Covid-19qui a drastiquement fait baisser les chiffres d’affaires à 75% selon les pêcheurs, mareyeurs et autres vendeuses des quartiers de Dakar. Dans ce reportage, les acteurs des marchés de Soumbédioune et de Hann exposent toute leur détresse.
Soumbédioune. Connu pour son village artisanal mais surtout pour son marché aux poissons couru par les Dakarois, le lieu qui grouillait de monde dès le milieu de l’après-midi est devenu presque désert en cette période de pandémie. Le poisson, rare en hivernage, est devenu cher. Les quelques prises débarquées sur la plage se vendent difficilement. Elles ne font même plus l’objet de commandes des hôtels et restaurants qui inscrivent cette denrée sur leurs cartes de menu. Une situation durement ressentie par les pêcheurs et mareyeurs. Sur place, le jalonnement des pirogues le long du quai de pêche laisse deviner une forte diminution de l’activité. Modou Guèye, fraichement descendu de sa pirogue après avoir déchargé la pêche du jour qu’il doit livrer à son client se confie : «Oui, nous revenons de 4 jours passés en mer. En cette période d’hivernage, trouver du poisson c’est extrêmement difficile. Parce que les eaux se mélangent et les poissons se retranchent sous les rochers et autres refuges. Ensuite, à tout moment la situation peut être compliquée parce qu’il peut y avoir des vents et des tempêtes. Comme vous le constatez, il y a beaucoup de pirogues sur le quai, mais en temps normal, ça ne se passe pas comme ça. C’est dire que les pêcheurs ne vont plus en mer». Conséquence, dit-il : «Notre chiffre d’affaires a drastiquement baissé. Donc, nous vivotons».

UNE BAISSE DE 75% DU CHIFFRE D’AFFAIRES

Trouvé sur les lieux, Moustapha Sène, mareyeur affirme. «Nous avons toujours vendu du poisson aux hôtels et aux grands restaurants. Mais, la pandémie a changé la donne. Il n’y a plus de commandes venant de ces clients-là. Ce qui nous essouffle économiquement. Nous avons perdu  75% de notre chiffre d’affaires». Contextualisant cette pandémie à l’hivernage, le mareyeur se félicite de la vente des poissons dans les quartiers. Une nouvelle activité pratiquée de plus en plus par des femmes, et des jeunes. La raison est qu’  «aujourd’hui, les clients ne viennent plus dans ce marché par peur de choper le corona qui fait des ravages. Cette nouvelle activité de nos femmes et mamans qui viennent chercher des poissons ici et ensuite vont les revendre dans les quartiers participe à maintenir le dynamisme de l’activité qui est fortement affectée par la covid-19 et l’hivernage». Yacine Ndao, une Sénégalaise toute en rondeurs, est quant à elle, vendeuse de poissons. Trouvée sur la berge, elle se livre. «Je suis ici depuis ma tendre enfance. J’ai appris ce métier de mes parents. Donc, j’en suis l’héritière. Je peux dire que l’activité a perdu toute sa densité. La ressource est de plus en plus rare et les clients aussi. Avant la covid-19, mes clients venaient ici se ravitailler. Et quelques fois, ils passaient commande commande et moi je me chargeais de la livraison, en travaillant avec des jeunes gens très dynamiques qui ont une moto »

 DES CAMIONS FRIGORIFIQUES PRESQUE VIDES 

Au quai de pêche de Hann, la situation est la même. Seules quelques personnes occupent les lieux qui jadis, ne désemplissaient pas. Tout laisse deviner une situation particulière mais surtout difficile à vivre. La Covid19 dicte sa loi. Les camions frigorifiques sont presque vides. La ressource est rare comme le confirme Cheikh Mbaye. «Voilà depuis bientôt une semaine que nos camions frigorifiques sont stationnés ici Nous attendons à avoir du poisson. Mais c’est difficile parce que les pêcheurs ne vont plus en mer en période d’- hivernage.
D’où la rareté de la ressource».
Toutefois, il nourrit l’espoir de trouver la denrée à tout moment  : «Ceux qui sont en mer depuis des semaines peuvent arriver à tout moment. D’ailleurs ils commencent à arriver au compte-gouttes. Nous ne perdons pas espoir. Ceux qui sont arrivés, nous confirment que d’autres suivront, voire les semaines à venir». Un autre homme, la cinquantaine révolue confirme la même situation trouvée à Soumbédioune. «Ici, l’activité est presque au point mort. Regardez cette pirogue à quai. La pêche n’est pas abondante. En période d’hivernage comme d’habitude, il est difficile de trouver du poisson».
Pour ce qui est de la vente des poissons dans les quartiers, il dira : «Ce commerce se développe de plus en plus et surtout depuis le début de cette pandémie à covid-19». Mais, «il n’altère en rien l’activité proprement dite». Car, croit-il savoir : «Chacun devrait pouvoir se tirer d’affaire. Nous la considérons comme activité connexe qui participe au développement du secteur».

Secteur de la Pêche : Les acteurs interpellent le Président de la République

A Son Excellence Monsieur Macky SALL,  Président de la République du Sénégal Dakar
Objet : Liste des navires de pêche autorisés et appuis aux professionnels

Excellence, Monsieur le Président de la République,

Dans le cadre de ses activités, la Coalition nationale contre l’octroi de nouvelles licences de pêche industrielle a alerté l’opinion publique nationale et internationale sur les risques liés à l’introduction de nouveaux bateaux dans la flotte de pêche sénégalaise.
En Conseil des ministres en date du 20 Mai 2020, vous aviez demandé au Ministre des Pêches et de l’Economie maritime, relativement à la gestion optimale des ressources halieutiques, de faire respecter les dispositions du Code de la pêche, en consensus avec les différents acteurs. Vous aviez aussi rappelé les orientations de votre politique des pêches dont l’un des points saillants est la poursuite de la modernisation de la pêche artisanale à travers l’aménagement des quais de pêche et des aires de transformation artisanale, mais aussi la sécurité en mer des pêcheurs artisans, de même que la poursuite du programme de subvention des moteurs.
C’est ainsi que, par communiqué de presse en date du 21 Mai 2020, la Coalition
avait salué vos instructions au Ministre des Pêches et de l’Économie maritime, et avait réaffirmé sa disponibilité et sa volonté à prendre part à toute action allant dans le sens du respect des textes législatifs et réglementaires en vigueur.
Cependant, nous avons constaté que le Ministre des pêches n’a pas rencontré la majeure partie des acteurs de la pêche artisanale et de la pêche industrielle dont le seul tort est de réclamer la transparence dans leur secteur. Et lors de ces rares concertations loin d’être inclusives, le ministre a même été très discourtois à l’endroit des femmes transformatrices membres de notre Coalition.
Nous déplorons aussi le fait que nos courriers adressés aux différents départements du Ministère des Pêches depuis plusieurs mois, restent sans réponse.

Excellence Monsieur le Président de la République,

La Coalition contre l’octroi de nouvelles licences de pêche a demandé au Ministre en charge des pêches la publication de la liste des navires autorisés à pêcher au Sénégal. En effet, plusieurs correspondances des organisations membres de la Coalition (GAIPES, CONIPAS, GREENPEACE) ont été envoyées aux services compétents du ministère en charge des pêches, pour demander la mise à disposition ou la publication de la liste des navires autorisés afin de connaître les dates d’introduction des navires dans la flotte sénégalaise et celles des séances correspondantes de la Commission Consultative d’Attribution des Licences de Pêche (CCALP). Nous rappelons que même si la CCALP ne prend pas la décision finale, sa consultation et son avis restent, au regard de la loi, obligatoires avant la délivrance de toute licence de pêche industrielle au Sénégal.
Par ailleurs, nous ne comprenons pas pourquoi les Autorités en charge des pêches refusent de communiquer aux organisations membres de la CCALP comme le GAIPES et le CONIPAS la liste des navires autorisés. Le listing n’a rien à voir avec l’audit du pavillon. Ce registre est disponible mis à jour régulièrement alors que l’audit va prendre quelques mois que les bateaux détenteurs de licences illégales mettront à profit pour continuer à piller nos ressources.
Nous sommes très inquiets par cette attitude qui soulève beaucoup de questionnements quant à la légalité de certaines licences de pêche déjà octroyées et au nombre de navires de pêche opérant actuellement au Sénégal. A cet effet, nous estimons que les services comme l’OFNAC, devraient s’impliquer davantage dans ce dossier pour éclairer l’opinion publique.
Nous, membres de la Coalition nationale contre l’octroi de nouvelles licences de pêche industrielle réunis autour du CONIPAS, du GAIPES, du Réseau national des CLPA, du Réseau des Quais de pêche, de la Coalition des Femmes transformatrices, et les organisations de la société civile (APRAPAM, GREENPEACE) ;

Continuons de réclamer  :

1-la publication de la liste des navires (nationaux et étrangers) autorisés à pêcher au Sénégal, la date d’octroi de leurs licences et les options de pêche ;
2-le retrait de la cinquantaine de bateaux étrangers introduits illégalement depuis 2018 sans avis de la Commission consultative d’Attribution des Licences de Pêche (CCALP), et sans respect des recommandations de la Recherche par le biais de sociétés mixtes et/ou écrans sénégalaises ;
3-l’arrêt définitif des activités des navires déjà titulaires de licences de pêche illégales (environ 54 bateaux enregistrés de DAK 1286 à DAK 1342) ;
4-la concrétisation de l’engagement public du Chef de l’Etat d’adhérer à l’Initiative pour la Transparence des Pêches (FiTI) qui pourra garantir la transparence dans la gouvernance des pêches et améliorer la portée et la visibilité de l’action gouvernementale en matière de pêche.
Excellence Monsieur le Président de la République,
Les Professionnels de la pêche n’ont pas véritablement bénéficié des dispositions prises par l’État du Sénégal, dans le cadre de la force COVID 19, pour appuyer les secteurs les plus touchés par la pandémie. Le Ministre des Pêches et de l’Economie maritime, dont le département n’a accordé aucun soutien aux professionnels de la pêche pendant cette pandémie a annoncé la mise à disposition d’un fonds de deux milliards, à travers la DER destiné à financer les acteurs de la pêche.
Cependant, nous avons constaté que la plupart des pêcheurs et des femmes transformatrices n’ont pas pu bénéficier de ces financements.
En effet, nous pensons que le budget de deux milliards prévus est très insuffisant pour le secteur des pêches qui compte officiellement 600 000 emplois au moment où les autres secteurs d’activités du pays (transport, tourisme, agriculture…) bénéficient d’appui beaucoup plus importants.
Concernant la subvention sur les moteurs hors-bord qui est un des projets phare du gouvernement pour appuyer les pêcheurs, nous avons constaté que depuis le 1er semestre de l’année 2018, aucun pêcheur n’a pu en bénéficier. Par ailleurs, des pêcheurs ayant payé leur reliquat depuis 2016 sont toujours dans l’attente de leur moteur hors-bord subventionné. Et outre, dans les nouvelles conventions que Monsieur le Ministre Alioune NDOYE a signé avec les concessionnaires de moteurs hors-bord, une bonne partie des demandeurs de moteurs subventionnés est laissé en rade car ces dites conventions ne prennent pas en compte les moteurs de 8 CV ce qui signifie que les pêcheurs qui sont les plus démunis ne peuvent plus accéder à la subvention sur les moteurs hors-bord, à moins de faire le choix d’acquérir des moteurs plus puissants et, par conséquent, plus chers.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Nous, coalition nationale contre l’octroi de nouvelles licences de pêche industrielle réaffirmons notre ouverture à tout dialogue inclusif mais dans le respect total des positions de nos membres

car la gouvernance des pêches ne peut atteindre ses objectifs de protection, de conservation et de gestion durable des ressources sans l’implication des professionnels du secteur des pêches, conformément aux orientations de la Lettre de Politique sectorielle des Pêches et de l’Aquaculture qui a prôné la cogestion comme nouveau mode de gestion des ressources halieutiques au Sénégal.
– Conseil National Interprofessionnel de la Pêche Artisanale au Sénégal (CONIPAS)
– Groupement des Armateurs et des Industriels de la Pêche au Sénégal (GAIPES)
– Réseau national des Conseils locaux de Pêche artisanale (RN-CLPA)
– Coalition des Femmes transformatrices de produits halieutiques
– GREENPEACE
– Réseau national des GIE interprofessionnels (RNGIEI)
– Association pour la Promotion et la Responsabilisation des Acteurs de la Pêche Artisanale Maritime (APRAPAM)


Partagez ce contenu!

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*