LA MAGIE DU NET PAR MAMADOU NDIAYE

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LA MAGIE DU NET PAR MAMADOU NDIAYE

http://www.emedia.sn/Le monde regarde l’Afrique. Avec attention. Plusieurs voix s’unissent pour montrer la voie… aux sans voix abasourdis par les avatars d’un mal venu « d’ailleurs ». Scène inédite en effet que celle de lundi soir qui rassemblait ce que l’Afrique compte de stars de la musique. « Together as one », a été le slogan d’impulsion par lequel une invite est lancée à l’endroit des forces vives du continent pour stopper la pandémie du covid-19. « Jamais cause n’aura réuni une telle constellation de célébrités africaines mondialement connues », comme l’a dit joliment l’exubérant présentateur de la chaîne privée sénégalaise, iTV, Boubacar Diallo dit DJ Boub’S aux manettes de ce méga Event comme il l’aime. A-t-on l’esprit à la fête pour célébrer en 2020 la Journée mondiale de l’Afrique ?
Par la magie du Net et du satellite, des réseaux sociaux et des télévisions, les grands artistes du continent sont sortis de leur confinement pour redonner, par la chanson, du moral aux Africains, les invitant à vivre sainement, à renoncer à la résignation, à affirmer leur fierté, et surtout à se montrer à la hauteur des défis qui assaillent cette terre qu’ils chérissent tous tant. Par ces prestations qui introduisent un nouveau type de rapports et d’audiences, les artistes africains revendiquent avec brio et intelligence la « quête d’une représentation » à travers ces « cafés commerce », autrement dit, ces « jam sessions » virtuels version New Age.
En joignant l’utile à l’agréable, l’événement réveille un sentiment d’appartenance tout en soulignant la fragilité sanitaire de nos pays qui nécessite un sursaut d’orgueil ainsi que la mise en commun de nos moyens. Alors que le sectarisme, non seulement est politiquement coûteux mais en plus, il trahit le projet panafricain des pères fondateurs d’Afrique et des Caraïbes.
L’initiative est à saluer proprement. Inspirée de l’imagination féconde du confrère Makhtar Sylla, elle séduit l’Union Africaine des Radiodiffuseurs (UAR) qui s’associe étroitement à Worldwide Afro Network (WAN) pour concrétiser ce show planétaire plébiscité par les internautes et les téléspectateurs du continent, de la diaspora et du monde. Il y avait du rythme, de la joie, ponctués d’émotion avec les apparitions de Angélique Kidjo, de Jocelyne Bérouard, de l’inusable beauté Naomi Campbell, de l’indéboulonnable Jimmy Cliff et de l’inoubliable Mory Kanté.
« Plus de douceur et d’humanité dans le monde » ont-ils plaidé en chœur et du fond de leur cœur tout le long de la soirée. La musique réussira-t-elle là où la politique a échoué : unir le continent ? En s’unissant, disait l’éditorialiste et fondateur de l’hebdomadaire Jeune Afrique, Béchir Ben Yahmed, l’Afrique devenait illico une puissance pour s’imposer sur l’échiquier international. L’immobilisme persiste cependant en dépit des menaces et des risques.
A cette fin, le coronavirus semble, à beaucoup, une figure imposée de la conjoncture. La maladie a très peu tué, moins de cinq mille décès à ce jour, selon des données du Centre de Contrôle des Maladies de l’UA. Les cas positifs se comptent par milliers certes, mais pas de quoi déclencher du vague à l’âme. Pour autant les Africains n’ont pas les yeux dans le vague ! Loin donc d’être dans le déni de réalité, ils appréhendent néanmoins la crise sanitaire avec une surprenante lucidité, poussant les dirigeants, au nom de ce même réalisme justement, à déconfiner les populations sous peine d’aggraver une situation déjà précaire. Car le virus circule plus lentement avec le respect des consignes et des gestes de précaution.
L’instinct de survie et un-sauve-qui-peut indescriptible ont mis à nu les faiblesses du continent souvent évoquées dans d’obscurs sommets auxquels participent des gloires d’hier (qui s’éternisent) et d’incertains espoirs de demain (qui s’accrochent). Ce scénario est le même depuis l’aube des indépendances. L’ivresse s’est poursuivie jusqu’au 25 mai 1963, date de création de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne. Pour faire peau neuve, l’Union africaine (UA) lui succède en 2002.
Ce changement de nom n’entraîne pas ipso facto une modification profonde des conditions de vie des Africains. Lesquels s’aperçoivent que leurs pays ne disposent pas d’infrastructures de santé dignes de ce nom. Il est vrai que des sommités médicales et des équipes chevronnées existent. Mais elles se parlent peu. A cela s’ajoutent failles, lourdeurs et pénuries de médicaments dans des hôpitaux où les services fonctionnent petitement.
Ne se fréquentant pas comment dès lors ces équipes pourraient-elles développer des synergies ? Pas plus qu’elles ne confrontent les résultats de leur recherche pour attaquer de front le marché mondial des vaccins et des essais cliniques. Or, compte tenu de la fréquence des maladies virales en Afrique, les travaux devraient s’orienter vers des réponses immunitaires basées sur plus d’anticorps. De nombreux spécialistes s’accordent là-dessus. Par bonheur, la pandémie ne débouche pas sur l’hécatombe annoncée. Mais cela vaut avertissement avec frais sûrement. Le virus nous rappelle simplement notre vulnérabilité. Certains malades, même guéris ou d’autres proches tétanisés par le manquement au rituel de deuil auront tous du mal à se reconstruire.
Qui plus est, par pans entiers, les économies du continent s’affaissent faute de résilience. Les entreprises encore debout, bénéficient de reports de charges dont elles devront s’acquitter un jour ou l’autre. Très peu industrialisés, les pays africains exportent des matières premières brutes et importent des produits manufacturés.
A cet égard, le fameux Plan de Lagos avait fixé au début des années 80 les repères d’industrialisation de l’Afrique sous la houlette de feu Edem Kodjo, alors Secrétaire Général de l’Organisation panafricaine. Il avait mobilisé les grands esprits du continent et, au prix d’un effort soutenu, ils étaient parvenus à produire un rapport d’une exceptionnelle densité très vite classé « sans suite » par des chefs d’Etats viscéralement attachés à de factices attributs de souveraineté.
De l’avis des experts, cette étape de transformation reste capitale. Elle crée de la valeur, dite ajoutée et des emplois forcément qualifiés. Les deux facteurs combinés, secrètent des revenus, donc du pouvoir d’achat qui, diffusé à une large échelle, soutient l’activité industrielle par l ‘effet de consommation qu’il induit. En clair l’activité, reprend dans les zones où la situation se stabilise.


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