{"id":6635,"date":"2022-11-09T16:51:09","date_gmt":"2022-11-09T16:51:09","guid":{"rendered":"https:\/\/rp221.com\/?p=6635"},"modified":"2022-11-09T16:55:50","modified_gmt":"2022-11-09T16:55:50","slug":"le-spectre-du-surendettement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rp221.com\/?p=6635","title":{"rendered":"LE SPECTRE DU SURENDETTEMENT"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"red\"><strong><em>LE SPECTRE DU SURENDETTEMENT<\/em><\/strong><\/h3>\n<em>LeTemoin-<\/em>Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a pris une s\u00e9rie de 11 mesures urgentes pour soulager les populations. Des mesures qui, toutefois, ont un co\u00fbt financier pour le budget de l\u2019Etat. La mat\u00e9rialisation de ces mesures oblige l\u2019Etat \u00e0 s\u2019endetter pour faire face aux exigences de la baisse des prix<strong>.<\/strong>\nCependant des \u00e9conomistes craignent que ces mesures ne puissent pas durer longtemps puisque l\u2019Etat n\u2019a pas assez d\u2019argent pour supporter autant de subventions. L\u2019un de nos interlocuteurs a relev\u00e9 l\u2019absence de production locale face \u00e0 des solutions \u00e0 long terme. Les moins convaincus \u00e9voquent l\u2019exigence d\u2019une production locale qui pourra permettre de disposer d\u2019une consommation inclusive sur le long terme.\nD\u2019apr\u00e8s eux, les entreprises ne peuvent pas allier une inflation sur les mati\u00e8res premi\u00e8res et les entrants \u00e0 une augmentation des salaires. Donc, il faut jouer avec beaucoup d\u2019intelligence pour ne pas g\u00eaner certains secteurs d\u2019activit\u00e9s du tissu \u00e9conomique \u00e0 pr\u00e9server. Suite \u00e0 ces constats, ils recommandent de fa\u00e7on conjoncturelle des solutions politiques \u00e0 tr\u00e8s court terme et non un choix de politique structurelle qui devrait engager tous ces secteurs cit\u00e9s dans une dynamique salutaire.\nDans ce registre, ils rel\u00e8vent qu\u2019une gymnastique \u00e9conomique doit \u00eatre faite avec beaucoup d\u2019intelligence pour allier moyens propres et endettement dans un financement avec une rentabilit\u00e9 cons\u00e9quente. Evoquant la r\u00e9ticence des commer\u00e7ants et des bailleurs \u00e0 appliquer les mesures prises, ils pr\u00e9conisent une surveillance du march\u00e9 pour impliquer tous les acteurs dans l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral du pays.\nL\u2019applicabilit\u00e9 de cette mesure, insiste-t-on, va d\u00e9pendre des moyens d\u00e9ploy\u00e9s par l\u2019Etat. Concernant le loyer, le probl\u00e8me majeur que rencontrent les locataires est que la plupart des propri\u00e9taires travaillent dans l\u2019informel. Pour l\u2019applicabilit\u00e9 de cette mesure de baisse du co\u00fbt du loyer, l\u2019Etat doit r\u00e9guler ce secteur consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant priv\u00e9. Et, pour une bonne application de ces mesures, le budget devrait suivre la dynamique de hausse constat\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Les \u00e9conomistes restent d\u2019avis que m\u00eame si le pays est d\u00e9j\u00e0 surendett\u00e9, il est possible de s\u2019attendre \u00e0 un d\u00e9ficit public plus important.\n<h4 class=\"blue\"><strong><em>ME\u00cfSSA BABOU,ECONOMISTE : \u00abL\u2019Etat n\u2019a pas l\u2019argent n\u00e9cessaire pour supporter autant de subventions\u00bb<\/em><\/strong><\/h4>\nL\u2019\u00e9conomiste Me\u00efssa Babou porte une appr\u00e9ciation sur l\u2019impact de la baisse des prix des denr\u00e9es alimentaires et du loyer sur l\u2019\u00e9conomie du pays. Il s\u2019agit de 11 mesures urgentes prises parle Chef de l\u2019Etat, Macky Sall, pour all\u00e9ger les difficult\u00e9s des populations. Une baisse des prix qui n\u00e9cessite des concessions et des subventions \u00e9normes pour soutenir les impacts financiers \u00e0 long terme. Avec une inflation exponentielle tous azimuts, l\u2019\u00e9conomiste pr\u00e9cise qu\u2019il est normal qu\u2019un pays essaie de venir en aide \u00e0 ses populations. Mais, il craint que ces mesures ne puissent pas durer longtemps. Et avec le taux d\u2019inflation alimentaire, estim\u00e9 \u00e0 18%, l\u2019\u00e9conomiste est d\u2019avis qu\u2019il serait difficile d\u2019esp\u00e9rer sur le long terme un impact social de ces mesures.\nMe\u00efssa Babou juge que la baisse annonc\u00e9e des prix de denr\u00e9es alimentaires et du loyer pourrait \u00eatre compliqu\u00e9e pour l\u2019Etat. Des baisses de 25 francs pour des unit\u00e9s qui d\u00e9passent tous 300, rel\u00e8ve-t-il, semblent d\u00e9risoires. A son avis, il fallait se concentrer sur quelques produits, au lieu de vouloir baisser beaucoup de produits avec des propositions assez d\u00e9risoires. D\u2019apr\u00e8s l\u2019\u00e9conomiste, l\u2019initiative est bonne car pouvant avoir un impact sur le consommateur mais elle exige un suivi rigoureux avec des proc\u00e9dures judiciaires s\u2019il le faut contre les r\u00e9calcitrants.\nNous sommes en approche d\u2019une ann\u00e9e \u00e9lectorale. Les politiciens sont capables de tout pour avoir le dernier mot. Mais \u00e7a ne peut pas prosp\u00e9rer. Non seulement, c\u2019est d\u00e9risoire, ces baisses, mais, dans la dur\u00e9e, \u00e7a va co\u00fbter beaucoup d\u2019argent. C\u2019est ce que la Banque mondiale a dit en essayant de freiner le S\u00e9n\u00e9gal pour \u00e9viter des interventions qui d\u00e9passent plus de 700 milliards de francs. Pour le moment, nous sommes dans une urgence. On peut accepter que ces efforts soient faits. Mais, il nous faut une strat\u00e9gie pour combler tous ces gaps qui sont \u00e0 la base des probl\u00e8mes \u00bb, estime l\u2019\u00e9conomiste.\nIl rel\u00e8ve l\u2019absence de production locale pouvant permettre, dans un horizon de 3 \u00e0 5 ans d\u2019avoir une consommation inclusive. \u00ab C\u2019est vrai que, dans l\u2019urgence, nous pouvons accepter qu\u2019il y ait une assistance. Mais normalement, on devrait d\u00e9finir une solution de sortie d\u00e9finitive de crise \u00bb, pr\u00e9conise-t-il.\n<h4 class=\"blue\"><strong><em>Espoir de changements avec une inflation de 18 %<\/em><\/strong><\/h4>\nMe\u00efssa Babou est d\u2019avis qu\u2019avec le taux d\u2019inflation alimentaire estim\u00e9 \u00e0 18 %, il serait difficile d\u2019esp\u00e9rer un changement. De ce fait, rel\u00e8ve-t-il, vouloir, co\u00fbte que co\u00fbte, une baisse drastique de prix, semble possible dans le court terme. \u00ab Nous nous adaptons et je dois saluer les augmentations de salaires qui restent une aubaine \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des subventions. Mais, combien de S\u00e9n\u00e9galais sont des fonctionnaires ? C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 le b\u00e2t blesse. Les entreprises ne peuvent pas allier une inflation des mati\u00e8res et des entrants \u00e0 une augmentation de salaires. \u00c7a serait la catastrophe dans les co\u00fbts de production. Donc, il faut jouer avec beaucoup d\u2019intelligence pour ne pas g\u00eaner certains secteurs d\u2019activit\u00e9s du tissu \u00e9conomique qui est \u00e0 pr\u00e9server \u00bb, recommande-t-il.\nRevenant sur les r\u00e9percussions de ces mesures de baisses sur le budget 2023 en cours d\u2019adoption par l\u2019Assembl\u00e9e nationale, Me\u00efssa Babou soutient que les choix ont \u00e9t\u00e9 faits. Il rel\u00e8ve que le minist\u00e8re du Commerce a vu son budget augment\u00e9 de plus de 100 milliards. Celui du minist\u00e8re de la Jeunesse, comprenant l\u2019emploi, a \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par trois. A c\u00f4t\u00e9, le budget de s\u00e9curit\u00e9 d\u00e9passe pratiquement les subventions alimentaires avec 380 milliards de francs. \u00ab Le regret est de ne pas voir dans ce budget un engagement cons\u00e9quent dans les secteurs productifs comme l\u2019agriculture, la p\u00eache, la production scolaire, sanitaire. Il n\u2019y pas suffisamment d\u2019engagement au niveau du budget o\u00f9 on voit que ces secteurs sont laiss\u00e9s en rade. Alors que la perspective devrait d\u00e9marrer avec ce budget 2023 en mettant plus d\u2019argent dans ces secteurs-l\u00e0 pour d\u00e9marrer une autoproduction. Quand vous importez un million de tonnes de riz, alors qu\u2019on ne voit pas ces solutions financi\u00e8res dans le budget, il faut s\u2019interroger \u00bb, pr\u00e9vient-il.\n<h4 class=\"blue\"><strong><em>Surendettement et taux d\u2019inflation de 11 % en phase de croissance<\/em><\/strong><\/h4>\nAbordant l\u2019approche globale de la situation \u00e9conomique du pays par rapport \u00e0 ce surendettement et aux taux d\u2019inflation de 11% en phase de croissance, l\u2019\u00e9conomiste est sceptique dans le choix de financement du gouvernement. \u00ab Vu l\u2019engagement que le gouvernement a pris dans les subventions, m\u00eame si c\u2019est d\u00e9risoire sur le plan alimentaire avec un engagement plus cons\u00e9quent dans l\u2019\u00e9nergie, on est en droit de nous poser la question sur le financement de ce programme. Or, tout le S\u00e9n\u00e9gal est un pays fiscal, alors il faut se demander comment ce programme se fera en baissant les textes et les imp\u00f4ts ? Si ces derniers sont en baisse, la solution sera forc\u00e9ment l\u2019endettement. Alors que nous sommes d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s endett\u00e9s. La FMI a eu raison de freiner le S\u00e9n\u00e9gal en disant que vous n\u2019avez pas les moyens de ces subventions. Et, trop c\u2019est trop. Ceci va creuser l\u2019endettement avec ce nouveau budget qui est \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 2 300 milliards de d\u00e9ficit qui sera combl\u00e9 par un endettement. Ce qui portera le d\u00e9ficit budg\u00e9taire \u00e0 plus de 5% \u00bb, a relev\u00e9 l\u2019\u00e9conomiste.\nD\u2019apr\u00e8s lui, les agr\u00e9gats seront les d\u00e9rapages. Et la dette normative doit \u00eatre \u00e0 66%, alors que le S\u00e9n\u00e9gal est \u00e0 73%. Le d\u00e9ficit budg\u00e9taire de 3 % va d\u00e9passer les 5 %. \u00ab Si \u00e7a continue, nous risquerions d\u2019\u00eatre dans un ajustement \u00e9conomique. Par cons\u00e9quent, c\u2019est une gymnastique \u00e9conomique que nous devrions faire avec beaucoup d\u2019intelligence pour allier moyens propres et endettement dans un financement avec une rentabilit\u00e9 cons\u00e9quente. Ce qui ne me semble pas \u00eatre le cas \u00bb, regrette Me\u00efssa Babou. Il n\u2019a pas manqu\u00e9 d\u2019\u00e9voquer les r\u00e9ticences des commer\u00e7ants et des bailleurs, n\u00e9cessitant une surveillance du march\u00e9 pour impliquer tous les acteurs dans l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral du pays. Il exhorte ainsi \u00e0 l\u2019inclusion de tous les secteurs et de tous les acteurs \u00e9conomiques du pays.\n<h4 class=\"blue\"><strong><em>PR THIERNO THIOUNE, MA\u00ceTRE DE CONF\u00c9RENCES TITULAIRE : \u00abCette baisse des prix des denr\u00e9es alimentaires pourrait augmenter le pouvoir d\u2019achat des consommateurs\u00bb<\/em><\/strong><\/h4>\nProfesseur Thierno Thioune, ma\u00eetre de conf\u00e9rences titulaire analyse l\u2019impact de la baisse des denr\u00e9es alimentaires et du loyer sur l\u2019\u00e9conomie du pays. Axant son analyse sur deux angles, il pr\u00e9cise que du c\u00f4t\u00e9 des consommateurs (m\u00e9nages), des vendeurs et des bailleurs, cette baisse des denr\u00e9es alimentaires augmente le pouvoir d\u2019achat des consommateurs. Les populations pourront, avec le m\u00eame niveau de revenus, consommer plus de biens. Mais, l\u2019application imm\u00e9diate de cette nouvelle mesure, prise dans le but de soulager les m\u00e9nages, pourrait conduire \u00e0 des pertes si toutefois la production ou l\u2019achat de ces denr\u00e9es n\u00e9cessite de supporter des co\u00fbts \u00e9lev\u00e9s.\nThierno Thioune, ma\u00eetre de conf\u00e9rences titulaire, par ailleurs, directeur du centre de recherches \u00e9conomiques appliqu\u00e9es (CREA) de la Facult\u00e9 des Sciences \u00c9conomiques et de Gestion de l\u2019Universit\u00e9 Cheikh Anta Diop consid\u00e8re que cette mesure de baisse devrait \u00eatre structurelle et non conjoncturelle. L\u2019applicabilit\u00e9 de cette mesure, insiste-t-il, va d\u00e9pendre des moyens d\u00e9ploy\u00e9s par l\u2019Etat. Concernant le loyer, il souligne le fait que le probl\u00e8me majeur que rencontrent les locataires est que la plupart des propri\u00e9taires travaillent dans l\u2019informel. Et pour l\u2019applicabilit\u00e9 de cette mesure, l\u2019Etat doit r\u00e9guler ce secteur consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant priv\u00e9. \u00ab Si nous prenons acte des propos du Pr\u00e9sident qui consid\u00e8re que le prix du loyer a augment\u00e9 de 200% depuis la tentative de baisse en 2014, alors que les co\u00fbts de construction n\u2019ont \u00e9volu\u00e9 que de l\u2019ordre de 45%, on peut s\u2019attendre \u00e0 une possible r\u00e9duction du prix des loyers dans le m\u00eame ordre que l\u2019augmentation des co\u00fbts de construction \u00bb, confirme Pr Thioune.\nL\u2019\u00e9conomiste indique que ces mesures n\u2019op\u00e8rent pas un changement structurel dans l\u2019\u00e9conomie. L\u2019inflation \u00e9tant import\u00e9e, les d\u00e9penses publiques devraient \u00eatre orient\u00e9es de plus en plus dans le soutien de ces mesures. Et celles-ci prendraient en compte les subventions et les mesures fiscales.\nD\u2019apr\u00e8s le professeur d\u2019\u00e9conomie, pour une bonne application de ces mesures, le budget devrait suivre la dynamique de hausse constat\u00e9e depuis ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Il d\u00e9duit qu\u2019on peut alors s\u2019attendre \u00e0 un d\u00e9ficit public plus important. M\u00eame si le pays est d\u00e9j\u00e0 surendett\u00e9. Heureusement, positive-t-il, l\u2019effet boule de neige entre les charges et la dette publique pourrait \u00eatre att\u00e9nu\u00e9e par les recettes issues de l\u2019exploitation du p\u00e9trole et du gaz pr\u00e9vue en 2023. Zaynab SANGAR\u00c8\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LE SPECTRE DU SURENDETTEMENT LeTemoin-Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a pris une s\u00e9rie de 11 mesures urgentes pour soulager les populations. Des mesures qui, toutefois, ont un co\u00fbt financier pour le budget de l\u2019Etat. 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