{"id":42753,"date":"2026-10-24T15:32:28","date_gmt":"2026-10-24T15:32:28","guid":{"rendered":"https:\/\/rp221.com\/?p=42753"},"modified":"2026-10-24T15:33:33","modified_gmt":"2026-10-24T15:33:33","slug":"le-silence-des-femmes-nest-pas-coupable-par-matel-bocoum","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rp221.com\/?p=42753","title":{"rendered":"Le silence des femmes n\u2019est pas coupable (Par Matel BOCOUM)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Les hommes ont hauss\u00e9 le ton pour d\u00e9noncer le silence des mouvements f\u00e9minins \u00e0 la suite du meurtre du sexag\u00e9naire Cheikh Oumar Ndiaye par sa deuxi\u00e8me \u00e9pouse. Mais c\u2019est ignorer que le silence ne rime pas forc\u00e9ment avec indiff\u00e9rence. Celui des femmes, loin d\u2019\u00eatre coupable, traduit, quelque part, une sid\u00e9ration face \u00e0 un acte qui d\u00e9passe l\u2019entendement.<\/strong><\/p>\n<p>Au nom des principes universels des droits humains, des femmes ont, elles aussi, condamn\u00e9 cette violence l\u00e9tale. Qu\u2019elle soit commise par un homme ou une femme, elles ne peuvent la cautionner. Une vie humaine demeure sacr\u00e9e. Nul n\u2019a le droit de tuer. Elles ont \u00e9t\u00e9 nombreuses \u00e0 s\u2019indigner en apprenant qu\u2019une jeune femme de 20 ans, enceinte, aurait mortellement poignard\u00e9 son \u00e9poux pendant son sommeil, \u00e0 la suite d\u2019un diff\u00e9rend familial. Selon des informations rapport\u00e9es par la presse, elle lui reprochait notamment d\u2019avoir frapp\u00e9 son fils, n\u00e9 d\u2019une pr\u00e9c\u00e9dente union. La nouvelle a provoqu\u00e9 un profond \u00e9moi. Les c\u0153urs ont \u00e9t\u00e9 meurtris. Les statistiques criminelles montrent que les femmes restent tr\u00e8s minoritaires parmi les auteurs d\u2019homicides et de crimes violents. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, les hommes sont largement surrepr\u00e9sent\u00e9s parmi les auteurs de violences l\u00e9tales. Mais cette r\u00e9alit\u00e9 statistique ne saurait conduire \u00e0 nier les violences commises par des femmes, notamment dans le cadre familial.<\/p>\n<p>Il est souvent soulign\u00e9 que certaines formes de violence sont moins visibles : violences verbales, psychologiques, \u00e9motionnelles ou relationnelles, brimades, humiliations, pressions morales ou harc\u00e8lement. On les impute souvent \u00e0 la gent f\u00e9minine. Dans certains foyers, les conflits conjugaux, les tensions li\u00e9es \u00e0 la polygamie ou encore les difficult\u00e9s de cohabitation vont jusqu\u2019\u00e0 cr\u00e9er des situations de grande violence. Si des hommes d\u00e9noncent aujourd\u2019hui ce qu\u2019ils consid\u00e8rent comme des indignations \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable, il faut reconna\u00eetre qu\u2019ils ne sont pas les seuls. Des f\u00e9ministes se sont inscrites dans la m\u00eame dynamique. La sociologue Nathalie Heinich, dans son ouvrage, \u00ab\u2009Etats de femme : l\u2019identit\u00e9 f\u00e9minine dans la fiction occidentale\u2009\u00bb, met notamment en garde contre une conception d\u2019une justice fond\u00e9e sur l\u2019appartenance \u00e0 une cat\u00e9gorie plut\u00f4t que sur l\u2019examen des faits. Elle consid\u00e8re qu\u2019un individu ne devrait pas \u00eatre jug\u00e9 en fonction de son sexe, mais de ses actes.<\/p>\n<p>Faire du sexe de l\u2019auteur un crit\u00e8re d\u00e9terminant de culpabilit\u00e9 reviendrait \u00e0 renoncer, selon ses explications, \u00e0 l\u2019un des principes fondamentaux de la justice : la responsabilit\u00e9 individuelle. Elle invite \u00e0 \u00e9viter des lectures trop simplistes des relations humaines et \u00e0 s\u2019interroger concr\u00e8tement sur les causes concr\u00e8tes qui conduisent \u00e0 la violence : histoire personnelle, environnement familial, \u00e9ducation, conflits conjugaux, pr\u00e9carit\u00e9, emprise, traumatismes ou encore exposition \u00e0 certains contenus num\u00e9riques. Sous nos cieux, le meurtre de Cheikh Oumar Ndiaye a \u00e9galement suscit\u00e9 la r\u00e9action d\u2019hommes qui estiment qu\u2019il est temps de parler de certaines violences qu\u2019ils disent subir dans la sph\u00e8re priv\u00e9e. Tout en reconnaissant que les femmes sont statistiquement minoritaires parmi les auteurs d\u2019homicides volontaires, ils \u00e9voquent des violences physiques non mortelles, mais aussi verbales, psychologiques et \u00e9motionnelles. Ces situations existent et m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre entendues. Les reconna\u00eetre ne signifie nullement mettre sur le m\u00eame plan toutes les formes de violences ni effacer les r\u00e9alit\u00e9s document\u00e9es des violences faites aux femmes. Il s\u2019agit plut\u00f4t de rappeler qu\u2019aucune violence ne devient acceptable parce qu\u2019elle est commise par une femme. Dans l\u2019espace familial, les conflits peuvent parfois d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer.<\/p>\n<p>Tensions conjugales, rivalit\u00e9s, jalousie, conflits li\u00e9s \u00e0 la polygamie ou difficult\u00e9s de cohabitation peuvent donner lieu \u00e0 des comportements agressifs. Mais il convient de ne pas transformer ces r\u00e9alit\u00e9s en accusations g\u00e9n\u00e9rales contre les femmes. Le silence des femmes face au meurtre d\u2019un homme ne peut pas \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une approbation. Et la d\u00e9nonciation des violences subies par certains hommes ne doit pas \u00eatre per\u00e7ue comme une attaque contre les combats f\u00e9ministes. L\u2019humanit\u00e9 prime sur toute autre consid\u00e9ration.<\/p>\n<p><strong>matel.bocoum@lesoleil.sn<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les hommes ont hauss\u00e9 le ton pour d\u00e9noncer le silence des mouvements f\u00e9minins \u00e0 la suite du meurtre du sexag\u00e9naire Cheikh Oumar Ndiaye par sa deuxi\u00e8me \u00e9pouse. Mais c\u2019est ignorer que le silence ne rime pas forc\u00e9ment avec indiff\u00e9rence. 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