{"id":41213,"date":"2026-07-20T11:44:57","date_gmt":"2026-07-20T11:44:57","guid":{"rendered":"https:\/\/rp221.com\/?p=41213"},"modified":"2026-07-20T11:44:57","modified_gmt":"2026-07-20T11:44:57","slug":"bassirou-diomaye-faye-nouveau-president-de-la-cedeao-la-fissure-aes-dans-le-mur-de-lintegration-sera-t-elle-beante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rp221.com\/?p=41213","title":{"rendered":"*Bassirou Diomaye Faye, nouveau pr\u00e9sident de la CEDEAO : la fissure AES dans le mur de l&rsquo;int\u00e9gration sera-t-elle b\u00e9ante ?*"},"content":{"rendered":"<p>La d\u00e9signation de Bassirou Diomaye Faye \u00e0 la pr\u00e9sidence en exercice de la CEDEAO intervient \u00e0 un moment o\u00f9 l&rsquo;organisation traverse la plus grave crise de son histoire, marqu\u00e9e par le d\u00e9part du Mali, du Burkina Faso et du Niger, d\u00e9sormais r\u00e9unis au sein de la Conf\u00e9d\u00e9ration des \u00c9tats du Sahel (AES). Dans son discours, le chef de l&rsquo;\u00c9tat s\u00e9n\u00e9galais a insist\u00e9 sur la s\u00e9curit\u00e9, l&rsquo;int\u00e9gration \u00e9conomique et le renforcement de l&rsquo;autonomie de la CEDEAO.<\/p>\n<p>Mais cette \u00e9lection suffira-t-elle \u00e0 rapprocher Dakar et l&rsquo;AES ? Rien n&rsquo;est moins s\u00fbr.<\/p>\n<p>Les griefs de l&rsquo;AES contre la CEDEAO d\u00e9passent largement la personnalit\u00e9 de son nouveau pr\u00e9sident. Bamako, Ouagadougou et Niamey reprochent \u00e0 l&rsquo;organisation r\u00e9gionale d&rsquo;avoir abandonn\u00e9 son id\u00e9al d&rsquo;int\u00e9gration pour devenir un instrument politique au service de certaines puissances \u00e9trang\u00e8res, au premier rang desquelles la France. Les sanctions \u00e9conomiques impos\u00e9es au Mali en 2022, les menaces d&rsquo;intervention militaire au Niger apr\u00e8s le coup d&rsquo;\u00c9tat de juillet 2023 et les multiples injonctions sur les calendriers \u00e9lectoraux ont durablement d\u00e9truit la confiance entre les deux camps.<\/p>\n<p>L&rsquo;arriv\u00e9e de Bassirou Diomaye Faye pouvait pourtant laisser esp\u00e9rer un changement. Durant la campagne pr\u00e9sidentielle s\u00e9n\u00e9galaise, le tandem qu&rsquo;il formait avec Ousmane Sonko incarnait un discours de souverainet\u00e9 africaine, d\u00e9non\u00e7ant le n\u00e9ocolonialisme \u00e9conomique, plaidant pour une monnaie plus ind\u00e9pendante et pr\u00f4nant des relations internationales moins d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9es. Cette rh\u00e9torique trouvait un \u00e9cho favorable dans les capitales de l&rsquo;AES.<\/p>\n<p>On se rappelle que le jeune pr\u00e9sident s\u00e9n\u00e9galais s&rsquo;\u00e9tait m\u00eame vu confier par ses pairs lors du sommet d&rsquo;Abuja en juillet 2024, une mission de m\u00e9diation cruciale pour tenter de rapprocher la CEDEAO et l&rsquo;Alliance des \u00c9tats du Sahel (AES) aux c\u00f4t\u00e9s de son homologue togolais Faure Gnassingb\u00e9. Port\u00e9 par son profil de jeune dirigeant souverainiste n&rsquo;ayant pas pris part aux sanctions pass\u00e9es contre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, le chef de l&rsquo;\u00c9tat s\u00e9n\u00e9galais incarnait alors une figure de consensus capable de restaurer le dialogue. Malgr\u00e9 ces efforts diplomatiques et une posture d&rsquo;ouverture, la r\u00e9conciliation s&rsquo;est heurt\u00e9e \u00e0 la position ferme des r\u00e9gimes sah\u00e9liens, qui ont r\u00e9affirm\u00e9 le caract\u00e8re \u00ab irr\u00e9versible \u00bb de leur retrait de l&rsquo;organisation r\u00e9gionale.<\/p>\n<p>Deux ans plus tard, le contexte est radicalement diff\u00e9rent. Les relations entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko se sont fortement d\u00e9grad\u00e9es sur fond de rupture politique. Or Sonko demeurait, aux yeux de nombreux responsables sah\u00e9liens, l&rsquo;interlocuteur s\u00e9n\u00e9galais le plus proche de leur vision souverainiste. Son \u00e9loignement du pouvoir modifie profond\u00e9ment la perception de Dakar dans les cercles dirigeants de l&rsquo;AES.<\/p>\n<p>\u00c0 cela s&rsquo;ajoute un autre facteur : le rapprochement diplomatique entre Dakar et Paris. M\u00eame si le S\u00e9n\u00e9gal affirme conduire une politique \u00e9trang\u00e8re ind\u00e9pendante, les nombreux signaux de coop\u00e9ration avec la France nourrissent les soup\u00e7ons dans les pays de l&rsquo;AES, o\u00f9 la rupture avec Paris constitue d\u00e9sormais un \u00e9l\u00e9ment structurant de leur doctrine diplomatique.<\/p>\n<p>La difficult\u00e9 de Bassirou Diomaye Faye sera donc double.<\/p>\n<p>D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, il devra convaincre les dirigeants de la CEDEAO qu&rsquo;une r\u00e9conciliation avec l&rsquo;AES est indispensable pour pr\u00e9server le march\u00e9 commun, la libre circulation et la coop\u00e9ration s\u00e9curitaire.<\/p>\n<p>De l&rsquo;autre, il devra persuader Bamako, Ouagadougou et Niamey que la CEDEAO n&rsquo;est plus l&rsquo;organisation qui les avait sanctionn\u00e9s, isol\u00e9s et parfois menac\u00e9s d&rsquo;une intervention arm\u00e9e.<\/p>\n<p>Or c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment sur ce point que le scepticisme est le plus fort. Les autorit\u00e9s de l&rsquo;AES r\u00e9p\u00e8tent que le probl\u00e8me n&rsquo;est pas le pr\u00e9sident en exercice de la CEDEAO, mais son architecture politique et les m\u00e9canismes de d\u00e9cision qui, selon elles, restent soumis aux influences ext\u00e9rieures.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sidence de Diomaye Faye pourrait certes am\u00e9liorer le ton des \u00e9changes. Son profil est plus consensuel que celui de plusieurs de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs et son discours met davantage l&rsquo;accent sur la souverainet\u00e9 \u00e9conomique africaine. Mais un changement de style ne suffira probablement pas si les dossiers de fond restent inchang\u00e9s : reconnaissance pleine de l&rsquo;AES, nouvelles modalit\u00e9s de coop\u00e9ration, gestion des fronti\u00e8res, libre circulation des personnes et des marchandises, ainsi que coop\u00e9ration militaire contre le terrorisme.<\/p>\n<p>Le paradoxe est d&rsquo;ailleurs saisissant. Jamais l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest n&rsquo;a eu autant besoin d&rsquo;int\u00e9gration pour r\u00e9pondre aux d\u00e9fis s\u00e9curitaires et \u00e9conomiques. Pourtant, jamais les lignes de fracture n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 aussi profondes.<\/p>\n<p>En ce sens, la pr\u00e9sidence de Bassirou Diomaye Faye constitue moins une solution qu&rsquo;un test. S&rsquo;il parvient \u00e0 restaurer un dialogue de confiance avec les dirigeants de l&rsquo;AES, il pourra entrer dans l&rsquo;histoire comme celui qui aura \u00e9vit\u00e9 une partition durable de l&rsquo;espace ouest-africain. En revanche, si la CEDEAO continue d&rsquo;\u00eatre per\u00e7ue comme le prolongement d&rsquo;int\u00e9r\u00eats ext\u00e9rieurs, tandis que Dakar appara\u00eet trop align\u00e9 sur Paris, la fracture entre les deux ensembles risque de devenir irr\u00e9versible.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est donc pas seulement un homme qui prend aujourd&rsquo;hui les commandes de la CEDEAO. C&rsquo;est toute l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;int\u00e9gration ouest-africaine qui se retrouve \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve des r\u00e9alit\u00e9s g\u00e9opolitiques du Sahel.<\/p>\n<p>*Oussouf DIAGOLA*<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La d\u00e9signation de Bassirou Diomaye Faye \u00e0 la pr\u00e9sidence en exercice de la CEDEAO intervient \u00e0 un moment o\u00f9 l&rsquo;organisation traverse la plus grave crise de son histoire, marqu\u00e9e par le d\u00e9part du Mali, du Burkina Faso et du Niger, d\u00e9sormais r\u00e9unis au sein de la Conf\u00e9d\u00e9ration des \u00c9tats du Sahel (AES). 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