{"id":38327,"date":"2025-10-31T06:29:03","date_gmt":"2025-10-31T06:29:03","guid":{"rendered":"https:\/\/rp221.com\/?p=38327"},"modified":"2025-10-31T06:29:05","modified_gmt":"2025-10-31T06:29:05","slug":"plaidoyer-pour-un-consommer-local-plus-quun-choix-economique-une-question-de-dignite-nationale-par-souleymane-jules-sene","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rp221.com\/?p=38327","title":{"rendered":"Plaidoyer pour un consommer local : plus qu&rsquo;un choix \u00e9conomique, une question de dignit\u00e9 nationale !Par Souleymane Jules S\u00c8NE"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a quelques jours, j'\u00e9tais dans un supermarch\u00e9 de Dakar. Devant le rayon des huiles, une dame h\u00e9sitait entre une bouteille d'huile d'arachide import\u00e9e et une autre, produite \u00e0 Kaolack. Elle a fini par prendre l'import\u00e9e. \"C'est moins cher\", m'a-t-elle dit avec un sourire g\u00ean\u00e9, presque coupable.<br>Cette sc\u00e8ne anodine r\u00e9sume notre drame national, nous avons perdu confiance en ce que nous produisons. Pire encore, nous avons laiss\u00e9 notre march\u00e9 devenir une jungle o\u00f9 seul le prix compte, o\u00f9 la logique du gain imm\u00e9diat \u00e9crase tout le reste.<br>Pourtant, de la Vall\u00e9e du Fleuve \u00e0 la Casamance, du Sine-Saloum aux Niayes, des femmes et des hommes travaillent chaque jour pour nourrir ce pays. Ils transforment notre riz, pressent nos fruits, raffinent nos huiles, cr\u00e9ent des cosm\u00e9tiques naturels d'une qualit\u00e9 remarquable. Mais leurs produits restent invisibles, rel\u00e9gu\u00e9s au fond des rayons quand ils ne sont pas tout simplement absents.<br>Quand le march\u00e9 devient une jungle<br>Soyons honn\u00eates, sans r\u00e9gulation s\u00e9rieuse du march\u00e9, aucune politique de consommation locale ne peut r\u00e9ussir. C'est la dure v\u00e9rit\u00e9 que nous devons regarder en face.<br>Trop souvent, nos acteurs \u00e9conomiques commer\u00e7ants, importateurs, distributeurs abandonnent toute fibre patriotique pour se concentrer uniquement sur leurs marges. Je ne les juge pas individuellement. C'est le syst\u00e8me qui est malade. Un syst\u00e8me o\u00f9 il est plus rentable d'importer que de soutenir nos producteurs. Un syst\u00e8me o\u00f9 la sp\u00e9culation fait grimper artificiellement les prix des denr\u00e9es que nous cultivons. Un syst\u00e8me o\u00f9 les grandes surfaces pr\u00e9f\u00e8rent remplir leurs rayons de produits \u00e9trangers plut\u00f4t que de faire l'effort de r\u00e9f\u00e9rencer nos marques locales.<br>Le r\u00e9sultat : une \u00e9conomie qui tourne \u00e0 vide, des producteurs d\u00e9courag\u00e9s qui abandonnent leurs champs, des jeunes qui fuient vers les villes ou l'\u00e9migration, et nous tous, consommateurs, pris en otage entre prix prohibitifs et qualit\u00e9 douteuse.<br>Un march\u00e9 sans r\u00e8gles, c'est une jungle. Et dans une jungle, seuls les plus forts survivent rarement au b\u00e9n\u00e9fice du plus grand nombre.<br>R\u00e9guler n'est pas brider, c'est prot\u00e9ger<br>Il faut le dire clairement, nous avons besoin d'un \u00c9tat r\u00e9gulateur, ferme et pr\u00e9sent. Pas un \u00c9tat qui \u00e9touffe l'initiative priv\u00e9e, mais un \u00c9tat qui pose les r\u00e8gles du jeu pour que la comp\u00e9tition soit \u00e9quitable. Concr\u00e8tement, cela signifie contr\u00f4ler les importations massives qui tuent notre production locale. Pourquoi inonder nos march\u00e9s de riz asiatique quand nos rizi\u00e8res de la Vall\u00e9e peuvent nourrir le pays ? Pourquoi laisser entrer des oignons \u00e9trangers quand Potou produit parmi les meilleurs du continent ? Certains me diront que ces quantit\u00e9s produites ne peuvent nourrir ce pays , ils ont certes raison , mais que faut il faire pour en arriver la , quelle politique l'Etat est appel\u00e9 \u00e0 pr\u00e9voir dans un court et long terme ?<br>Cela signifie aussi encadrer les prix. Fixer des prix planchers pour que nos producteurs ne vendent pas \u00e0 perte, et des prix plafonds pour que les consommateurs ne soient pas \u00e9trangl\u00e9s par la sp\u00e9culation. Cela signifie sanctionner vraiment sanctionner ceux qui s'enrichissent sur le dos de la faim du peuple.<br>Cela signifie enfin imposer des quotas, que les grandes surfaces, les h\u00f4tels, les restaurants r\u00e9servent au moins 30% de leurs achats aux produits locaux transform\u00e9s. Ce n'est pas une contrainte, c'est une obligation patriotique. C'est le minimum pour qu'une \u00e9conomie nationale existe vraiment.<br>Nous avons besoin d'une autorit\u00e9 de r\u00e9gulation du march\u00e9 agroalimentaire, ind\u00e9pendante et dot\u00e9e de vrais moyens. Un arbitre capable de surveiller, contr\u00f4ler et sanctionner. Sans cela, nous continuerons \u00e0 tourner en rond.<br>Faire du \"Made in S\u00e9n\u00e9gal\" une fiert\u00e9, pas une excuse<br>Mais r\u00e9guler ne suffit pas. Il faut aussi donner envie. Donner envie d'acheter s\u00e9n\u00e9galais, non par charit\u00e9, mais par choix. Parce que c'est bon, beau, moderne, d\u00e9sirable.<br>Assez de voir nos produits dans des emballages tristounets, mal finis, comme s'ils s'excusaient d'exister. Nos producteurs m\u00e9ritent mieux. Nos consommateurs m\u00e9ritent mieux. Le S\u00e9n\u00e9gal m\u00e9rite mieux.<br>Investissons dans le design, dans le packaging, dans le storytelling. Que chaque produit raconte une histoire : celle du paysan de Richard-Toll, de la transformatrice de Kolda, du jeune entrepreneur de Thi\u00e8s. Cr\u00e9ons des labels qui font r\u00eaver : \"Or de la Vall\u00e9e\", \"Saveurs Casaman\u00e7aises\", \"Terroir du Sine\". Faisons du Made in S\u00e9n\u00e9gal non pas un argument de second choix, mais une marque de prestige.<br>J'imagine des rayons d\u00e9di\u00e9s dans nos supermarch\u00e9s, mis en lumi\u00e8re comme on met en valeur les grands crus. J'imagine des campagnes publicitaires o\u00f9 nos artistes, nos influenceurs, nos leaders d'opinion affirment : \"Je consomme s\u00e9n\u00e9galais et j'en suis fier.\" J'imagine des festivals de terroir, des routes des saveurs, o\u00f9 le touriste comme le Dakarois d\u00e9couvrent la richesse de nos r\u00e9gions.<br>Le marketing territorial, c'est \u00e7a : transformer notre pays en une marque attractive, o\u00f9 chaque produit devient un ambassadeur de notre culture et de notre savoir-faire.<br>L'urgence d'un sursaut collectif<br>Ce combat n'est pas celui de l'\u00c9tat seul. C'est le n\u00f4tre, \u00e0 tous.<br>Aux \u00e9lus locaux, organisez des march\u00e9s de producteurs, soutenez vos coop\u00e9ratives, faites de vos terroirs des marques de fiert\u00e9.<br>Aux commer\u00e7ants et distributeurs, jouez le jeu du patriotisme \u00e9conomique. Oui, l'import\u00e9 peut sembler plus facile, mais \u00e0 quel prix pour notre avenir commun ?<br>Aux m\u00e9dias et influenceurs, racontez les success stories, c\u00e9l\u00e9brez nos entrepreneurs, montrez que consommer local, c'est tendance, moderne, intelligent.<br>Aux banques, financez nos petites entreprises, croyez en nos projets locaux, investissez dans la transformation agricole.<br>Et \u00e0 nous, consommateurs, chaque achat est un vote. Chaque produit local choisi est un emploi cr\u00e9\u00e9, une famille nourrie, une \u00e9conomie renforc\u00e9e. Nous avons ce pouvoir.<br>Un choix de civilisation<br>Consommer local, ce n'est pas se replier sur soi. Ce n'est pas refuser la mondialisation. C'est y entrer debout, avec nos forces, nos richesses, notre identit\u00e9.<br>C'est refuser d'\u00eatre \u00e9ternellement des consommateurs de ce que les autres produisent. C'est d\u00e9cider de cr\u00e9er de la valeur ici, de garder la richesse ici, de construire l'avenir ici.<br>Cette dame que j'ai crois\u00e9e au supermarch\u00e9 m\u00e9rite de pouvoir choisir l'huile de Kaolack sans qu'elle co\u00fbte plus cher. Elle m\u00e9rite de la trouver dans un beau flacon, avec une \u00e9tiquette qui inspire confiance. Elle m\u00e9rite de savoir qu'en l'achetant, elle soutient une coop\u00e9rative de femmes, elle contribue au d\u00e9veloppement de sa r\u00e9gion, elle participe \u00e0 la souverainet\u00e9 de son pays.<br>Nous le m\u00e9ritons tous.<br>Le S\u00e9n\u00e9gal regorge de talents. Nos terres sont fertiles. Nos transformateurs sont comp\u00e9tents. Nos jeunes d\u00e9bordent d'id\u00e9es. Il ne manque qu'une chose : une volont\u00e9 politique ferme de r\u00e9guler ce march\u00e9 chaotique et un engagement collectif de croire en nous-m\u00eames.<br>Faisons du \"Made in S\u00e9n\u00e9gal\" non pas un slogan creux, mais une r\u00e9alit\u00e9 quotidienne. Un label de qualit\u00e9. Une source de fiert\u00e9. Un projet de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a quelques jours, j&rsquo;\u00e9tais dans un supermarch\u00e9 de Dakar. Devant le rayon des huiles, une dame h\u00e9sitait entre une bouteille d&rsquo;huile d&rsquo;arachide import\u00e9e et une autre, produite \u00e0 Kaolack. 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