{"id":22637,"date":"2023-12-30T18:37:13","date_gmt":"2023-12-30T18:37:13","guid":{"rendered":"https:\/\/rp221.com\/?p=22637"},"modified":"2023-12-30T18:37:14","modified_gmt":"2023-12-30T18:37:14","slug":"pour-une-epopee-de-lempathie-par-souleymane-elgas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rp221.com\/?p=22637","title":{"rendered":"Pour une \u00e9pop\u00e9e de l\u2019empathie Par Souleymane ELGAS"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour une \u00e9pop\u00e9e de l\u2019empathie Par Souleymane ELGAS<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est toujours hasardeux de dater pr\u00e9cis\u00e9ment une vocation quand il s\u2019agit d\u2019\u00e9criture. La tentation de romancer \u00e0 son avantage interf\u00e9rant, il nous est alors loisible, et on ne se prive pas, de compresser le temps, et de l\u2019ali\u00e9ner possiblement. Longtemps, je me suis refus\u00e9 \u00e0 toute ex\u00e9g\u00e8se de ce geste de naissance litt\u00e9raire conscient que tout confesser, c\u2019est \u00e9puiser un doux fumet myst\u00e9rieux qui arrache l\u2019irrationnel au domaine du seul divin et qu\u2019il fallait se r\u00e9approprier. L\u2019inexpliqu\u00e9 et son grand spectre offraient une \u00e9chappatoire \u00e0 la technicit\u00e9 par trop rationnelle du monde. Ce fut longtemps un cat\u00e9chisme scrupuleusement suivi, une esth\u00e9tique du contretemps. Je n\u2019ai pas eu avant d\u2019\u00e9crire \u2013 je n\u2019en tire aucun motif de gloire \u2013 le loisir bourgeois de l\u2019insouciance, de l\u2019\u00e9vasion, de l\u2019\u00e9chapp\u00e9e. Ni le plaisir aristocratique du snobisme cultureux. Encore moins le sas douillet des entr\u00e9es en mati\u00e8res gouvern\u00e9es par la d\u00e9licatesse des rituels de mise \u00e0 l\u2019\u00e9trier. Les lettres ont \u00e9t\u00e9 brulantes d\u00e8s leur jaillissement, \u00e0 vous en consumer l\u2019\u00e2me. Vivre, \u00e9crire, a donc vite \u00e9t\u00e9 une question d\u2019urgence - et pour tout dire - de survie. J\u2019ai commenc\u00e9 donc \u00e0 \u00e9crire, accabl\u00e9, d\u00e9sarm\u00e9, d\u00e9muni, envelopp\u00e9 dans un d\u00e9sespoir noir, le corps et l\u2019esprit meurtris.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le motif en \u00e9tait simple. A l\u2019automne 2005, j\u2019arrivai en France. Sur mon poste de t\u00e9l\u00e9vision, seul compagnon d\u2019exil, un soir de crachin malfaisant, le post-adolescent que j\u2019\u00e9tais vit sur l\u2019\u00e9cran des migrants clandestins arriver d\u2019Afrique. C\u2019\u00e9tait au journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 de 20 heures. Sur une c\u00f4te italienne quelconque, anonyme. Le ton du journaliste est cr\u00e9pusculaire, mis\u00e9rabiliste. Pourtant, aucun venin malveillant chez le bougre. La bande des secourus avan\u00e7ait \u00e0 cloche-pied. A l\u2019arri\u00e8re du d\u00e9cor, un chalutier, un quai, le cr\u00e9pitement de quelques flashs, la rutilante croix des secouristes dans leurs combinaisons. Au milieu de la haie d\u2019honneur fortuite qu\u2019ils forment, les survivants de la mer. Une dizaine. Jeunes, sveltes, hommes, hagards, frissonnants, envelopp\u00e9s dans des couvertures de survie qui ne portent que trop bien leur nom. Dans le regard, qu\u2019il fallait s\u2019appliquer \u00e0 voir et \u00e0 lire, l\u2019indicible blessure matin\u00e9e d\u2019espoir. Curieux m\u00e9lange de t\u00e9tanie furieuse et d\u2019app\u00e9tit de vie. Bouleversant contraste du tiraillement, de l\u2019entrain, et de l\u2019incertitude. Dans cette expression imprim\u00e9e sur leurs visages, si pr\u00e9cise qu\u2019elle en est troublante, je vis plus que des symboles poignants : pour la premi\u00e8re fois je vis des fr\u00e8res. L\u2019\u00e9cran se fit miroir. Jusqu\u2019\u00e0 la ch\u00e9tive constitution sah\u00e9lienne qui nous unissait en passant par des r\u00eaves, l\u2019\u00e9vidence de notre fraternit\u00e9 d\u2019\u00e2ge, de conditions, d\u2019histoire longue, m\u2019apparut sans d\u00e9tour. La r\u00e9v\u00e9lation fut vocationnelle \u00e0 peu de choses pr\u00e8s. L\u2019emprunt imm\u00e9diat \u00e0 travers cette t\u00e9l\u00e9vision de cette souffrance, dont je pris ma part, avec le g\u00e9n\u00e9reux d\u00e9vouement d\u2019un humanisme retrouv\u00e9, fut, aussi loin que je me souvienne, la perte d\u00e9finitive d\u2019une virginit\u00e9 de la conscience et l\u2019entr\u00e9e dans une gravit\u00e9 qui \u00e9tait la condition des miens. Le lendemain, je commettais un texte. Gauche, blasph\u00e9matoire contre toute r\u00e8gles grammaticales, mais o\u00f9 germait, \u00e0 petites doses, la compassion. Le titre du texte fut sobre : Convictions, publi\u00e9 dans un d\u00e9funt blog. Parchemin qui voulait gu\u00e9rir l\u2019Afrique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019empathie, je devais ainsi na\u00eetre \u00e0 son \u00e9vidence. Sans sommation. Et ce n\u2019\u00e9tait pas gagn\u00e9. Pour beaucoup d\u2019\u00e9lus touch\u00e9s par cette gr\u00e2ce du c\u0153ur, cela se transmet dans l\u2019heureuse filiation des affections. Mais m\u00eame quand on vous la transmet, elle n\u2019est jamais un gage, elle demande un apprentissage et un \u00e9veil constants. Dans mon cas, les faveurs n\u2019\u00e9taient pas si \u00e9videntes. Au S\u00e9n\u00e9gal, voir un animal \u00e9ventr\u00e9 susciter l\u2019hilarit\u00e9, un enfant supplici\u00e9 s\u2019inscrire dans la banalit\u00e9 du d\u00e9cor, la mutilation d\u2019une femme c\u00e9l\u00e9br\u00e9e comme l\u2019acte de r\u00e9sistance de la tradition, entre autres s\u00e9vices quotidiens, m\u2019a longtemps tout rendu tol\u00e9rable. Pleurer, c\u2019\u00e9tait un acte de faiblesse. S\u2019indigner, un caprice. Se rebeller, un aller simple vers la solitude. Enfant, contraint au mim\u00e9tisme des a\u00een\u00e9s, la souscription \u00e0 ce code du d\u00e9sengagement se fait sans heurts. Le conservatisme des \u00e9lites et la hi\u00e9rarchie des r\u00e9f\u00e9rences religieuses donnent l\u2019onction ultime de l\u2019inaction. Tel \u00e9tait le bain premier, il condamne \u00e0 en garder les effluves sinon la s\u00e8ve constituante pour de longs pans de notre vie. Le silence en soi n\u2019est pas crime. Celui v\u00e9ritable, c\u2019est l\u2019acceptation. R\u00e9signation sophistiqu\u00e9e que la tradition et ses tenanciers vendent comme \u00e9lan de rupture. Cette vaste terre de la saign\u00e9e ordinaire pouvait faire \u00e0 l\u2019enfance la tragique incorporation de l\u2019\u00e9vidence. La r\u00e9volte \u00e9tant un luxe rare face aux urgences de la survie, souscrire aux d\u00e9crets ambiants \u00e9tait ainsi un n\u00e9goce prosp\u00e8re pour la paix. La violence, c\u2019\u00e9tait un langage admis, sa force anesth\u00e9siante finit par tout contaminer. La d\u00e9mographie galopante aidant, se constitue une arm\u00e9e de r\u00e9serve, victime des morsures de la pauvret\u00e9, en lice pour la rel\u00e8ve passive. Ainsi d\u00e9sail\u00e9s par l\u2019habitude, peu touch\u00e9s par les affres de la violence gr\u00e2ce aux faveurs sociales qui affranchissent du malheur, moi et mes yeux nous faisions complices silencieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout cet ass\u00e8chement de la fibre empathique dont nous f\u00fbmes tous dot\u00e9s \u00e0 la naissance, accompagnait les drames de la vie, jusque dans la mort. La m\u00e9moire des siens par-del\u00e0 la mort, la gratitude qui en cr\u00e9e le socle, l\u2019amour de ses d\u00e9funts pour tisser le lien de la filiation et de la transmission, tout paraissait d\u00e9fectueux dans mon univers premier. La mort se terminait vite. Au mieux, le m\u00e9morial aux morts est profan\u00e9 par un silence, celui des st\u00e8les solitaires qui \u00e9crasent cet affect fondateur. On grandit dans la fatalit\u00e9. Les d\u00e9crets du divin \u00e9tant inviolables et rab\u00e2ch\u00e9s \u00e0 l\u2019envi par tout pr\u00eache, \u00e0 quoi bon par cons\u00e9quent. Puisque le script est \u00e9crit. Ne reste plus qu\u2019\u00e0 slalomer entre les \u00e9cueils, et souhaiter la baraka, en ne faisant point de vague. L\u2019empathie pour les autres, c\u2019\u00e9tait une affaire inaccessible. Tout l\u2019itin\u00e9raire de vie, les rep\u00e8res, de la famille aux fondement moraux et religieux, avalisent l\u2019inaction et vident de son sens la notion de responsabilit\u00e9. Cela condamne toute initiative de s\u00e9cession \u00e0 l\u2019inefficience, \u00e0 l\u2019oubli face au monstre. Dans la comp\u00e9tition humaine et sa jungle, entendu qu\u2019il n\u2019y a pas de places, il faut y aller droit au but et ne pas s\u2019accabler de ce sentiment qui exige de nous de nous arr\u00eater malgr\u00e9 la fr\u00e9n\u00e9sie du monde, d\u2019infliger cette t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 insolente au temps. Longtemps, je pris part \u00e0 la course, bon \u00e9l\u00e8ve de cette s\u00e9cheresse qui nous tarit le flot humaniste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, dans ce canap\u00e9, \u00e0 Nice, malgr\u00e9 ce p\u00e9digr\u00e9e pas des plus fameux, je m\u2019\u00e9tais senti une famille dans ces visages inconnus. J\u2019avais certes commenc\u00e9 d\u00e8s mes 13 ans une vaste entreprise de remise en cause des dogmes, codes, r\u00e8gles et morales de la soci\u00e9t\u00e9 s\u00e9n\u00e9galaise. Rien cependant d\u2019urgent et de formel dans cet \u00e9lan. A Nice, je voyais un conflit dont les contours \u00e0 l\u2019\u00e9poque vaporeux tendaient \u00e0 installer un malentendu originel sur la migration. Un conflit d\u2019empathie. Entre le manque et le trop-plein, mais surtout entre le manque de la terre d\u2019origine et les postures cyniques des accueillants. Depuis 2005, la sc\u00e8ne inaugurale de ce sursaut, son motif, ont fait des petits. L\u2019immigration clandestine fauche \u00e0 rythme cadenc\u00e9, et remplit la M\u00e9diterran\u00e9e. Le temps n\u2019est pas un alli\u00e9. Il avance, et nous coulons. Dans l\u2019indiff\u00e9rence gaillarde des \u00e0-coups. Au moment o\u00f9 ce souvenir refait surface, les c\u00f4tes europ\u00e9ennes n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi prises d\u2019assaut. Au S\u00e9n\u00e9gal, pr\u00e8s de 5000 d\u00e9parts ont \u00e9t\u00e9 recens\u00e9s en un seul mois. Le spectacle des cadavres flottants \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres des c\u00f4tes de d\u00e9parts \u00e9meut, rapidement. Mais l\u2019empathie, dans cette difficile \u00e9pop\u00e9e, se lasse. 77 % de notre jeunesse, la mienne, a envie de quitter le pays. C\u2019est tout le patriotisme, tout le r\u00e9cit d\u00e9colonial, toute la fiert\u00e9 nationale, tous les r\u00eaves de r\u00e9ussite locale, qui \u00e9clatent au sommet des escomptes, et les discours rageurs se cognent contre l\u2019\u00e9vidence de la d\u00e9saffection.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai consacr\u00e9 une th\u00e8se \u00e0 cette migration, \u00e0 la notion de la dette au pays, pour les comprendre. Je voudrais attribuer cette vanit\u00e9 \u00e0 ce novembre de 2005. Par tous les moyens, l\u2019\u00e9criture m\u2019a sembl\u00e9 devoir \u00eatre la perp\u00e9tuelle recherche de la dignit\u00e9 humaine. J\u2019ai poursuivi par un livre sur l\u2019immigration, comme autant de petits meurtres de soi et entre soi, des meurtres admis. Ce jour primal sur les c\u00f4tes italiennes, dans ce regard des secourus, et dans sa fuite, c\u2019est elle, la dignit\u00e9, qui \u00e9tait \u00e0 la fois perdue mais \u00e0 l\u2019horizon. Nous \u00e9tions les m\u00eames. Nous avions le m\u00eame \u00e2ge. Qu\u2019importe qu\u2019ils prissent un fr\u00eale esquif et moi l\u2019avion, qu\u2019importe qu\u2019ils fussent estampill\u00e9s, \u00ab immigr\u00e9 \u00bb \u00e9conomique d\u00e9testable et moi \u00e9tudiant \u00ab choisi \u00bb donc b\u00e9ni, l\u2019immigration me paraissait indivisible. Cette hi\u00e9rarchie morale de l\u2019acceptable \u00e0 travers l\u2019\u00e9picerie comptable de l\u2019Occident trouvait confort dans nos repr\u00e9sentations de reniement de nos fr\u00e8res. Le clash des classes sociales ressortait malgr\u00e9 le contournement (mal)habile du discours diasporique. La famille n\u2019\u00e9tait pas unie, et cette sourde violence, entre la r\u00e9alit\u00e9 de la condition et le d\u00e9sir de r\u00e9alisation, \u00e9tait l\u2019acide o\u00f9 mac\u00e8re la noblesse des sentiments qui en finissent contamin\u00e9s, radioactifs. Elle fondait une entreprise de reconqu\u00eate, dans cet espace ambivalent de la violence symbolique int\u00e9gr\u00e9e, dont le travers le plus difficile \u00e0 \u00e9viter est le ressentiment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De l\u2019empathie, on en fait commerce \u00e0 foison en Europe. Dans un outillage et des desseins si sophistiqu\u00e9s qu\u2019on pourrait se laisser duper. L\u2019Europe se barricade, dope les foyers identitaires, fait de la m\u00e9diterran\u00e9e son cimeti\u00e8re protecteur. Elle externalise sa fronti\u00e8re, s\u2019acoquine avec des tyrans pour multiplier ses fronti\u00e8res ext\u00e9rieures, tant\u00f4t en Tunisie, tant\u00f4t en Turquie, jadis en Libye avec le fr\u00e9quentable Kadhafi et son d\u00e9sert qui engloutissait avec app\u00e9tit les africains. Ne pas devoir accueillir toute la mis\u00e8re du monde donne quitus \u00e0 l\u2019abrogation de sa souffrance. Dans le genre, la mort est une th\u00e9rapie on ne peut plus efficace. L\u2019illusion d\u2019un herm\u00e9tisme salvateur, que les chancelleries europ\u00e9ennes entretiennent, s\u2019accompagne des pr\u00e9tentions de grand seigneur : sauver l\u2019Afrique, l\u2019aider \u00e0 se d\u00e9velopper. D\u00e9versement de capitaux, blanchiment moral \u00e0 grand frais. Mais le forfait demeure. Pas une once d\u2019empathie, d\u2019humanit\u00e9 malgr\u00e9 la fi\u00e9vreuse d\u00e9bauche de bons sentiments. Plus philosophiquement, dans un monde o\u00f9 les damn\u00e9s de la terre ne veulent plus consentir \u00e0 la subalternit\u00e9 de leur condition, il y a urgence \u00e0 repenser un ordre plus juste, plus humain, sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 r\u00e9elle des droits. J\u2019ai toujours eu du mal \u00e0 ce qu\u2019on subordonne la vie d\u2019un homme \u00e0 des papiers, ses \u00e9motions, son rire, sa vie, mais voila un p\u00e9ril administratif admis de longue date. Et la Loi immigration en France vient allonger la funeste liste de la suspicion jet\u00e9e sur l\u2019\u00e9tranger, agent surnum\u00e9raire et potentiellement parasitaire. L\u2019empathie sauce affichage est un commerce l\u00e9gislatif \u00e0 perte. On y perd le fondement de la dignit\u00e9 humaine, sans laquelle rien de grand ne se construit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet effort collectif ne peut \u00eatre la charge de l\u2019unique Occident, entendu qu\u2019il n\u2019est pas le seul centre du monde, d\u2019o\u00f9 on \u00e9nonce la fabrique des d\u00e9s\u00e9quilibres. L\u2019Occident, s\u2019il ne faut nullement le disculper, a souvent le dos large. Il se voit imputer des tares en r\u00e9alit\u00e9 universelles, tant en la mati\u00e8re le reste du monde ne fait ni mieux ni plus prometteur, et ne propose comme alternative qu\u2019une seule offre, celle de la r\u00e9action. Par la m\u00eame, il pr\u00e9tend capitaliser sur un rejet qui ne peut \u00eatre \u00e0 lui seul la fondation d\u2019une alternative. Sur cette table de dissection du corps de l\u2019empathie, la sc\u00e8ne Ni\u00e7oise de la t\u00e9l\u00e9vision, sa r\u00e9currence, sa trag\u00e9die devenue si commune, m\u2019ont toujours command\u00e9 d\u2019aller \u00e0 la racine. Les drames de l\u2019immigration ne doivent pas uniquement hanter la conscience de l\u2019Europe. Il nous appartient, pour ne pas \u00eatre prisonniers de nos ranc\u0153urs folles, de faire de l\u2019empathie l\u2019obsession de nos vies. Le chemin sera long. Ce qu\u2019il faudra pour la construire, c\u2019est regrouper avec t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 chaque fragment de cette humanit\u00e9 rapi\u00e9c\u00e9e, pour faire renaitre une empathie authentique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des enfants laiss\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames aux droits des femmes, en passant par le refus de s\u2019enfermer dans les poisons identitaires du diff\u00e9rentialisme, le grand inventaire des sujets \u00e0 embrasser est large. Il suppose de fournir un effort capital, et ainsi redonner \u00e0 la vie sa pleine valeur, en regardant le monde \u00e0 hauteur d\u2019humanit\u00e9. Ni pour y faire de la figuration, ni pour y qu\u00e9mander la piti\u00e9. Produire en somme de l\u2019amour pour les n\u00f4tres et pour le monde, pour refaire de nos deuils l\u2019humus de notre m\u00e9moire, l\u2019\u00e9lan de nos affections, et notre proposition du monde, pour une humanit\u00e9 int\u00e9grale. Dans nos grandes m\u00e9gardes de lecture, on a qualifi\u00e9 l\u2019immigration africaine de fuite de la mis\u00e8re : elle n\u2019est pas tant \u00e9conomique qu\u2019affective. Les candidats forcen\u00e9s au d\u00e9part, malgr\u00e9 les risque connus, mirages d\u00e9construits depuis des d\u00e9cennies, recherchent la libert\u00e9, l\u2019accomplissement, la renaissance. L\u2019aveu d\u2019un tel \u00e9chec, en l\u2019absence de discours sinc\u00e8res en lieu et place des analyses faciles et flattant la bonne conscience, est la promesse de la chair toujours offerte \u00e0 l\u2019oc\u00e9an. Une reconqu\u00eate de l\u2019empathie pourrait bien s\u2019av\u00e9rer une modeste mais si inestimable th\u00e9rapie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Photo : Ndiebene, S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour une \u00e9pop\u00e9e de l\u2019empathie Par Souleymane ELGAS Il est toujours hasardeux de dater pr\u00e9cis\u00e9ment une vocation quand il s\u2019agit d\u2019\u00e9criture. La tentation de romancer \u00e0 son avantage interf\u00e9rant, il nous est alors loisible, et on ne se prive pas, de compresser le temps, et de l\u2019ali\u00e9ner possiblement. Longtemps, je me suis refus\u00e9 \u00e0 toute [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[46],"tags":[],"class_list":["post-22637","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-dossiers"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/rp221.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22637","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/rp221.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/rp221.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rp221.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rp221.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=22637"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/rp221.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22637\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/rp221.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22637"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/rp221.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22637"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/rp221.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22637"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}