{"id":12823,"date":"2023-01-23T18:47:43","date_gmt":"2023-01-23T18:47:43","guid":{"rendered":"https:\/\/rp221.com\/?p=12823"},"modified":"2023-01-23T18:57:57","modified_gmt":"2023-01-23T18:57:57","slug":"djibril-samb-ou-lempire-du-quelque-chose","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rp221.com\/?p=12823","title":{"rendered":"Djibril Samb ou l\u2019empire du quelque chose"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"red\"><strong><em>Djibril Samb ou l\u2019empire du quelque chose\u00a0Par DR IBOU DRAME SYLLA<\/em><\/strong><\/h3>\nNotre \u00e9poque offre le spectre d\u2019une humanit\u00e9 oublieuse d\u2019elle-m\u00eame. Des attitudes qui \u00e9pousent la pente de la r\u00e9gression occupent les commentaires et autres analyses \u00e0 travers les m\u00e9dias o\u00f9 se relayent les sp\u00e9cialistes. Le constat semble effarant\u00a0: l\u2019homme semble se plaire dans l\u2019ab\u00eeme de la cruaut\u00e9 s\u2019il n\u2019est pas dans le confort de l\u2019indiff\u00e9rence. Le pessimisme est un poison qui cherche \u00e0 loger dans le c\u0153ur pour malmener la conscience. Et l\u2019un des traits caract\u00e9ristiques de notre \u00e9poque est la mont\u00e9e du pessimisme. Les hommes sont habit\u00e9s par un tourment diffus qui n\u2019est pas pr\u00eat \u00e0 quitter. C\u2019est sans doute \u00e0 point nomm\u00e9 que le philosophe Djibril Samb publie le tome 5 de\u00a0<em>L\u2019heur de philosopher la nuit et le jour<\/em>, publi\u00e9 en co\u00e9dition par Les Presses universitaires de Dakar et L\u2019Harmattan en 2021. En effet, le journal philosophique que tient D. Samb n\u2019est pas un journal intime qui gagnerait, lui, \u00e0 \u00eatre dans l\u2019ordre de l\u2019intime. Mais ce qui attire l\u2019attention, avant tout, c\u2019est ce regard p\u00e9n\u00e9trant et cette touche toute particuli\u00e8re qu\u2019il offre au lecteur assidu de\u00a0<em>L\u2019heur de philosopher la nuit et le jour<\/em>. Il faut le signaler\u00a0: ce cinqui\u00e8me tome poursuit et cl\u00f4t, momentan\u00e9ment, les r\u00e9flexions tilogiques telles qu\u2019elles sont d\u00e9clin\u00e9es par l\u2019auteur lui-m\u00eame.\n<h4 class=\"blue\"><strong><em>Le titre programmatique de ce cinqui\u00e8me tome, \u00ab\u00a0Qu\u2019il est difficile de rester humain\u00a0\u00bb, nous met face au chantier de l\u2019humain. Nous pouvons penser \u00e0 l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0perfectibilit\u00e9\u00a0\u00bb ch\u00e8re \u00e0 Rousseau ou au vacillement entre l\u2019ange et la b\u00eate, chez Pascal. Seulement la particularit\u00e9 de la d\u00e9marche sambienne est de nous conduire en 221 pages dans les compartiments de l\u2019humaine condition.<\/em><\/strong><\/h4>\nLe lecteur acceptant le contrat avec l\u2019auteur lirait la \u00ab\u00a0Pr\u00e9face\u00a0\u00bb dans laquelle D. Samb donne une information capitale. Il \u00e9crit en termes clairs que le tome 5 cl\u00f4t le cycle de\u00a0<em>L\u2019heur de philosopher la nuit et le jour<\/em>. Il est, en se d\u00e9finissant, via Aristote, tel que d\u00e9crit par Montaigne, en ces termes\u00a0: un\u00a0\u00ab\u00a0ruminant intellectuel\u00a0\u00bb (p. 73), ce qui ne manque pas de faire penser \u00e0 Nietzsche. En explorant le vaste champ du quelque chose \u2013 le\u00a0<em>ti\u00a0<\/em>\u2013 qui englobe aussi l\u2019humain, notre philosophe r\u00e9investit la pens\u00e9e kantienne pour y op\u00e9rer une \u00ab\u00a0r\u00e9volution copernicienne\u00a0\u00bb. Ce qui est \u00e0 l\u2019envers doit revenir \u00e0 l\u2019endroit. Nous ne sommes plus dans la palette du permis, mais dans le giron de l\u2019interdit. Quittant le positif, le philosophe de ce temps s\u2019int\u00e9resse au n\u00e9gatif qui est \u00e0 comprendre, ici, non sous l\u2019angle du mal, mais de la limite, voire de la limitation.\nToujours dans la \u00ab\u00a0Pr\u00e9face\u00a0\u00bb, D. Samb r\u00e9pondant \u00e0 la question \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que, proprement, \u00eatre humain\u00a0?\u00a0\u00bb note\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est r\u00e9ussir \u00e0 maintenir le contr\u00f4le de l\u2019<em>homo spiritalis<\/em>\u00a0sur l\u2019<em>homo animalis<\/em>, emp\u00eacher le d\u00e9bordement du second, voire son explosion, menace permanente. Il peut arriver qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re, ce contr\u00f4le soit perdu, parce qu\u2019on ne sait plus se poser la bonne question, la question utile, non pas, selon le style kantien\u00a0: \u00ab\u00a0Que m\u2019est-il permis de faire\u00a0?\u00a0\u00bb, mais plut\u00f4t\u00a0: \u00abQue ne m\u2019est-il pas permis de faire\u00a0?\u00bbLa vraie question porte sur la limite, non sur l\u2019\u00e9tendue.Je ne parle pas d\u2019<em>esp\u00e9rer<\/em>,car il n\u2019y a jamais rien \u00e0 esp\u00e9rer, mais de\u00a0<em>faire<\/em>.\u00bb (p. 9.).\nPenser avec D. Samb revient \u00e0 s\u2019engager sur le chemin de la reconqu\u00eate de soi. Ce chemin est un chantier tout en \u00e9tant un sentier. D\u2019abord, une \u00e9preuve qui nous tire de l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 avant de nous rendre disponible pour la qu\u00eate, donc pour l\u2019ouverture vers le monde. Un travail de l\u2019en-commun doit \u00eatre men\u00e9 au nom de l\u2019humain. S\u2019engager pour un id\u00e9al est une v\u00e9ritable raison de vivre. L\u2019homme n\u2019est pas seulement celui qui donne sens\u00a0; il en porte dans son \u00eatre m\u00eame. L\u2019exigence absolue de son v\u00e9cu ne r\u00e9side pas dans la palette de ses possibles, mais dans son refus de laisser prosp\u00e9rer ce qui ne doit pas advenir. Des mots qui disent la vie dans ce qu\u2019elle a de plus authentique et de plus profond\u00a0: l\u2019humain. Vivre, ce n\u2019est pas seulement occuper un\u00a0<em>espace<\/em>\u00a0et un\u00a0<em>temps<\/em>\u00a0bien d\u00e9termin\u00e9s. C\u2019est fondamentalement porter t\u00e9moignage des autres et de soi-m\u00eame. Des intersubjectivit\u00e9s \u00e9clair\u00e9es par la r\u00e9flexion d\u00e9filent \u00e0 travers les pages qui peuvent \u00eatre lues en tous les sens. \u00catre, c\u2019est \u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9cole de l\u2019humain, o\u00f9 tout est source d\u2019apprentissage. Le philosophe de ce temps nous invite \u00e0 exercer notre esprit, \u00e0 recevoir des le\u00e7ons de la vie en ouvrant grandement notre c\u0153ur.\nSamb \u0153uvre dans la r\u00e9flexion, cette pens\u00e9e critique, qui ne laisse aucune r\u00e9gion du r\u00e9el. L\u2019humaine condition occupe une place de choix dans ses investigations sur le \u00ab\u00a0<em>ti<\/em>\u00bb. En effet, pour lui, l\u2019homme est le \u00ab\u00a0quelque chose humain vivant\u00a0\u00bb (p. 9). Les turbulences de l\u2019histoire ne laissent pas le philosophe de ce temps indiff\u00e9rent. Cette histoire dont l\u2019acteur principal est l\u2019humain est en perp\u00e9tuelle \u00e9bullition. \u00c9tant donneur de sens, l\u2019humain est celui qu\u2019il voit dans l\u2019immense empire du \u00ab\u00a0ti\u00a0\u00bb comme l\u2019\u00e9dificateur d\u2019un nouvel ordre. Dans la lign\u00e9e de T\u00e9rence, le philosophe s\u00e9n\u00e9galais professe son humanisme int\u00e9gral et radical\u00a0: \u00ab\u00a0Je dois d\u2019abord rappeler que, \u00e0 la diff\u00e9rence notable de nombre de nos id\u00e9ologues, je suis un humaniste radical\u00a0\u00bb (p. 18). L\u2019humanisme radical du philosophe Samb et r\u00e9v\u00e9lant son idiosyncrasie est contenu dans cet appel \u00e0 toujours faire le bien sans se pr\u00e9occuper d\u2019une quelconque r\u00e9tribution. C\u2019est ainsi qu\u2019il d\u00e9clare\u00a0: \u00ab\u00a0Si faire le bien ne sert \u00e0 rien, c\u2019est n\u00e9anmoins ce qu\u2019il faut faire, car le bien fait toujours du bien au bienveillant\u00a0\u00bb (p. 201). Sa position est sans nuance quand il est question de la dignit\u00e9 humaine. Nous pouvons lire sous sa plume ceci\u00a0: \u00ab\u00a0Sachez-le\u00a0: chaque fois que vous humiliez un humain comme vous, vous d\u00e9choyez de la dignit\u00e9 de l\u2019humaine condition, et c\u2019est \u00e0 vous-m\u00eame d\u2019abord que vous faites du tort\u00a0\u00bb (p. 23.). \u00c9voquant la question des honneurs, de la gloire, de la reconnaissance derri\u00e8re quoi courent tant d\u2019hommes et de femmes, D. Samb conclut sa m\u00e9ditation du 28 avril 2019 en une formule on ne peut plus \u00e9difiante\u00a0: \u00ab\u00a0la satisfaction int\u00e9rieure suffit \u00e0 l\u2019homme sage\u00a0\u00bb (p. 81).\nLa soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e8re ses propres logiques de violence et de reproduction. Elle \u00e9tablit des zones de marges o\u00f9 certains peuvent op\u00e9rer impun\u00e9ment. D. Samb interpelle la classe intellectuelle de l\u2019Afrique qui pr\u00e9f\u00e8re garder le silence sur des questions s\u00e9rieuses comme le g\u00e9nocide rwandais. Il signale non sans amertume\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Afrique pensante ne semble pas pr\u00eater une attention suffisante \u00e0 la cr\u00e9ation le 5 avril dernier, par le pr\u00e9sident fran\u00e7ais, d\u2019une commission de neuf membres sur les archives concernant le Rwanda\u00a0\u00bb (p. 70). \u00c0 la d\u00e9charge honorable de Boubacar Boris Diop, qui en fait son cheval de bataille, nous constatons un silence qui frise l\u2019indiff\u00e9rence, ce cancer moral, le drame rwandais semble \u00eatre une honteuse affaire qu\u2019il faut taire. Le philosophe de ce temps s\u2019en inqui\u00e8te, s\u2019il ne s\u2019en offusque pas. Loin de lui une attitude raciale\u00a0; il n\u2019est pas r\u00e9gionaliste non plus. Son analyse de la crise nous invite \u00e0 faire en sorte que pareille situation ne se reproduise. La classe politique africaine, qui est plus \u00e0 la remorque qu\u2019actrice, a montr\u00e9 ses limites. D. Samb a compris que l\u2019horreur n\u2019advient que l\u00e0 o\u00f9 on lui am\u00e9nage un lieu de culte. Ce lieu, c\u2019est le silence. Pire, l\u2019indiff\u00e9rence. Il reste alerte parce que constamment \u00e9veill\u00e9 face \u00e0 la dynamique historique des peuples. Cette posture sambienne est \u00e0 comprendre sous l\u2019angle d\u2019un r\u00e9alisme intellectuel consistant \u00e0 se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence qu\u2019en ce qui concerne l\u2019Histoire et les peuples, aucun acquis n\u2019est irr\u00e9versible. C\u2019est au c\u0153ur de la civilisation que la barbarie se donne comme r\u00e9alit\u00e9 tangible. Face aux glorieuses victoires, chacun revendique sa belle part. Au c\u0153ur de nos trag\u00e9dies nationales, voire continentales, chacun scrute le visage de l\u2019autre pour lui faire porter le chapeau de la responsabilit\u00e9. La classe intellectuelle africaine excelle dans un fait d\u00e9sastreux\u00a0: elle brille dans l\u2019art d\u2019ajourner les urgences.\nDjibril Samb est dans la sph\u00e8re du \u00ab\u00a0petit nombre de grands esprits, d\u2019une fraicheur et d\u2019une ind\u00e9pendance exceptionnelle, surgis au cours des mill\u00e9naires\u00a0\u00bb (Jaspers). Et parce que la pens\u00e9e philosophique se manifeste dans \u00ab\u00a0la fa\u00e7on dont s\u2019accomplit, au sein de l\u2019histoire, la condition d\u2019un \u00eatre humain auquel se r\u00e9v\u00e8le l\u2019\u00eatre m\u00eame\u00a0\u00bb\u00a0(Jaspers). Dans le domaine de la pens\u00e9e, D. Samb n\u2019est pas un d\u00e9taillant, mais aucun d\u00e9tail n\u2019\u00e9chappe \u00e0 son\u00a0<em>inspectio mentis<\/em>. Sa pens\u00e9e ne s\u2019inscrit nullement dans la contingence\u00a0; le philosophe est plut\u00f4t sous la conduite d\u2019une exigence absolue. La pens\u00e9e critique seule guide sa conduite avec une ouverture qui actualise en permanence cet accueil si cher aux humanistes.\n<h4 class=\"blue\"><strong><em>En portant son regard sur la vie humaine et ce qu\u2019elle rec\u00e8le comme richesse, notre penseur nous met face \u00e0 nous-m\u00eames. C\u2019est dans cette perspective que les trajectoires de Adawiyya Rabia et Vincent Lambert sont \u00e9voqu\u00e9es d\u2019une mani\u00e8re diachronique.<\/em><\/strong><\/h4>\nLes diff\u00e9rents portraits de Rabia sont \u00e9tablis avec minutie (p. 104) en d\u00e9clinant les \u00e9tapes de sa vie (p. 88). D. Samb, pour acc\u00e9der \u00e0 Rabia, passe par la production po\u00e9tique de celle-ci. C\u2019est ainsi qu\u2019il s\u2019\u00e9vertue \u00e0 \u00e9tudier les quatorze po\u00e8mes de Rabia (p. 88). Cette vie se d\u00e9cline en trois phases. La premi\u00e8re \u00e9tape\u00a0: d\u00e9bauche, deuxi\u00e8me \u00e9tape\u00a0: l\u2019amour vou\u00e9 \u00e0 un homme, et troisi\u00e8me \u00e9tape\u00a0: orientation vers Dieu. Cette derni\u00e8re phase a pour cons\u00e9quence l\u2019oubli, voire l\u2019effacement de soi pour laisser toute la place au Divin. Rabia passe de l\u2019humain au divin (p. 102). Un homme peut se lasser d\u2019aimer quelqu\u2019un d\u2019autre, mais l\u2019amour de Dieu ne d\u00e9raille pas\u00a0; il n\u2019est pas dans une vis\u00e9e int\u00e9ress\u00e9e, voire \u00e9go\u00efste. Finalement, tout se passe comme si Rabia, d\u00e9\u00e7ue d\u2019un amour non r\u00e9ciproque, d\u00e9cide de se tourner vers son Seigneur qui ne trahit pas. D. Samb donne un avis global sur Rabia\u00a0: \u00ab\u00a0Quoi qu\u2019il en soit, je garde, pour ma part, de Rabia, l\u2019image d\u2019une femme puissamment humaine [\u2026] Ce qui est \u00e9trange, c\u2019est que malgr\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e9vation de son id\u00e9al mystique, dont l\u2019amour est le foyer irradiant, elle soit rest\u00e9e, encore aujourd\u2019hui, une figure irrempla\u00e7able de la pi\u00e9t\u00e9 populaire\u00a0\u00bb (p. 106). Rabia mourut\u00a0octog\u00e9naire.\nL\u2019accident de Vincent Lambert (p. 124) et les rebondissements qui s\u2019ensuivirent sur le plan judiciaire ont int\u00e9ress\u00e9 notre philosophe. Dans son analyse de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler le \u00ab\u00a0cas Vincent Lambert\u00a0\u00bb, D. Samb montre qu\u2019au-del\u00e0 de l\u2019aspect juridictionnel qui entoure cette affaire avec des positions conflictuelles, voire contradictoires, des protagonistes, il nous faut tenter d\u2019en saisir la dimension m\u00e9taphysique. Cette probl\u00e9matique m\u00e9taphysique est au c\u0153ur de cette question sambienne\u00a0: \u00ab\u00a0Si la vie n\u2019est maintenue, litt\u00e9ralement, que par des proc\u00e9d\u00e9s artificiels, doit-on en conclure pour autant que cette vie n\u2019est plus une vie\u00a0?\u00a0\u00bb (p. 122). Vincent Lambert a v\u00e9cu dans le coma pendant onze longues ann\u00e9es.\nNotons que Rabia et Vincent Lambert sont deux figures humaines, parmi d\u2019autres, qui servent de fondement illustratif \u00e0 notre philosophe pour instruire le chantier qu\u2019engage l\u2019humaine condition. Notre philosophe conseille\u00a0: \u00ab\u00a0Si tu veux bien commencer ta journ\u00e9e, et bien la passer, commence par t\u2019installer dans une disposition bienveillante \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ton prochain, quel qu\u2019il soit\u00a0!\u00a0\u00bb (p. 67). D\u00e9j\u00e0, dans la \u00ab\u00a0Pr\u00e9face\u00a0\u00bb, il parlait de l\u2019exigence pour tout homme de cultiver \u00ab\u00a0la bienveillance envers son prochain\u00a0\u00bb, celle-ci \u00e9tant \u00ab\u00a0enracin\u00e9e dans l\u2019amour de la paix\u00a0\u00bb (p. 9). Toutefois, il reste lucide et r\u00e9aliste en portant un regard sur l\u2019humaine condition. \u00ab\u00a0Nous sommes tellement humains par nos travers et nos petits cot\u00e9s\u00a0\u00bb (p. 85).\nSamb engage une lecture d\u2019un roman, dans ses m\u00e9ditations, qui profite \u00e0 son lecteur. Le monde de l\u2019an 3000, tel que d\u00e9crit dans le roman de Souvestre, semble avoir des germes bien plant\u00e9s au c\u0153ur de notre civilisation (voir p. 210-211.). Face \u00e0 la logique performative, l\u2019homme contemporain \u00e9rige en \u00e9chelle d\u2019\u00e9valuation non pas la b\u00eate et l\u2019ange, mais la b\u00eate et la machine. Le probl\u00e8me de l\u2019argent-roi qui r\u00e9gente la vie des hommes est analys\u00e9 avec beaucoup de minutie par notre philosophe.\nIl inscrit le combat, ce corps \u00e0 corps, avec l\u2019adversit\u00e9, au c\u0153ur de la vie en soutenant\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a d\u2019avenir que pour ceux qui se battent, car ceux qui se battent sont ceux qui vivent\u00a0\u00bb (p. 194). L\u2019humanit\u00e9 est malade de ses hommes dont la lourdeur rive au sol. Disparition de la po\u00e9sie, donc de la libert\u00e9 de r\u00eaver. Le lecteur de D. Samb revient saisi et m\u00eame frapp\u00e9 en faisant une jonction entre la vie en l\u2019an 3000 et le cas typique de Vincent Lambert.\nL\u2019abolition des fronti\u00e8res entre les disciplines constitu\u00e9es donne acc\u00e8s \u00e0 des choses in\u00e9dites. C\u2019est l\u00e0 que tout prend sens et acquiert une port\u00e9e. Penser sur l\u2019\u0153uvre de D. Samb tient plus \u00e0 une entr\u00e9e dans un sanctuaire\u00a0plut\u00f4t que d\u2019en sortir. Une \u0153uvre qui vous habite par la force argumentative et la pr\u00e9cision conceptuelle. Chez notre philosophe, le rien m\u00eame est digne d\u2019int\u00e9r\u00eat. Dans la s\u00e9rie des m\u00e9ditations (t.1 \u00e0 t.5), D. Samb s\u2019inscrit dans une pratique philosophique qui va au-del\u00e0 de la contingence et m\u00eame de la n\u00e9cessit\u00e9. C\u2019est ainsi que dans le tome 5, il d\u00e9cline sans ambages sa posture intellectuelle en notant que le philosophe de ce temps \u00ab\u00a0aime la libert\u00e9 et r\u00e9prouve l\u2019oppression\u00a0\u00bb (p. 129.).\nNotre philosophe pose le probl\u00e8me du v\u00e9cu humain et du couronnement de celui-ci \u2013 la mort \u2013 en termes philosophiques et plus globalement humanistes. D. Samb, en fid\u00e8le lecteur de Platon et platonisant, adopte aussi une attitude sto\u00efcienne. De l\u00e0, sa lecture de la douleur, de la peine et de la souffrance est assez \u00e9difiante sur son \u00e9l\u00e9vation spirituelle. Dans son entreprise d\u2019enqu\u00eate et d\u2019analyse du \u00ab\u00a0<em>ti<\/em>\u00a0\u00bb, le philosophe Samb met sa propre pens\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9preuve d\u2019un regard objectif. Cette marque \u00e9thique est une force morale qui t\u00e9moigne de sa grandeur. Ce tome 5 est une somme, un tr\u00e9sor. Tout ce qui est trait\u00e9 par Djibril Samb acquiert une port\u00e9e heuristique. En D. Samb, il nous faut v\u00e9n\u00e9rer \u00ab\u00a0cet effort lourd de signification accompli\u00a0\u00bb (Jaspers).<strong>DR IBOU DRAME SYLLA,<\/strong>Professeur de\u00a0philosophie, <a href=\"https:\/\/www.sudquotidien.sn\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?hl=fr&amp;q=https:\/\/www.sudquotidien.sn&amp;source=gmail&amp;ust=1674584330166000&amp;usg=AOvVaw0u4AOWSwIPtWOUFjdIFwZn\">https:\/\/www.sudquotidien.sn<\/a>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Djibril Samb ou l\u2019empire du quelque chose\u00a0Par DR IBOU DRAME SYLLA Notre \u00e9poque offre le spectre d\u2019une humanit\u00e9 oublieuse d\u2019elle-m\u00eame. Des attitudes qui \u00e9pousent la pente de la r\u00e9gression occupent les commentaires et autres analyses \u00e0 travers les m\u00e9dias o\u00f9 se relayent les sp\u00e9cialistes. 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