ECHEC ET MA…CRON !PAR MAMADOU NDIAYE

Partagez ce contenu!

ECHEC ET MA…CRON !PAR MAMADOU NDIAYE

https://emedia.sn Il affiche une mine jubilatoire en parlant aux Africains. Cet air ahuri trahit chez lui une fausse condescendance. Macron, le président français cache mal cet esprit d’arrogance qui l’habite chaque fois qu’il aborde la situation du continent. Des preuves ? Pas besoin d’en fourbir une quand toute une trajectoire de rencontres, d’occasions d’échanges reste jalonnée de fait l’attestant.
Souvenons-nous du calamiteux démarrage de son mandat avec des déclarations à l’emporte-pièce, une proximité feinte à l’endroit de certains chefs d’Etat et des tapes sur l’épaule qui, loin de rassurer, dégagent plutôt un parfum de méfiance à l’égard d’homologues en manque de confiance justement. Ce geste, répétitif, peut chez Macron signifier autre chose que son premier sens, à savoir le réconfort. D’ailleurs il ne s’en cache pas de vouloir à tout prix tourner une page sombre de l’histoire de France d’autant que lui appartient à une génération qui veut dénouer ce lien en s’en détachant.
L’intention est habile. En revanche la manœuvre, cousue de fil blanc, l’est moins. Le récent sommet –mais quel sommet !- Afrique/France de Montpellier relève de cette tentative d’inverser les rapports en en secrétant de nouveaux avec des figures jeunes, énergiques, « bardées de diplômes », plus sympathiques donc plus accommodantes avec les nouvelles visées de la France sur le continent noir.
Que deux mille individus, perçus pour être représentatifs de l’Afrique « qui bouge » répondent à l’appel du 8 octobre, cela n’est pas anodin. Mais que les intéressés se détrompent  : le vrai terrain n’est pas le midi de la France mais bien en Afrique avec ses complexités, ses difficultés, ses contrastes, ses paradoxes, ses lenteurs, ses embardées, ses avatars, ses propres facteurs d’inhibition et d’accélération.
Ces interlocuteurs au sourire factice feignent-ils d’ignorer que la famille de Sankara vit à Montpellier ? La tenue également en octobre de ce grand raout n’est pas fortuite dès lors que le grand procès de l’assassinat en octobre 1987 du jeune président du Burkina Faso devrait s’ouvrir par une grande audience, précisément ce lundi 11 octobre 2021 à Ouagadougou. Près de 34 ans après la tragédie, le souvenir reste vivace. A-t-on voulu allumer un contre-feu pour distraire l’opinion internationale ?
Peine perdue puisque mort en héros, Sankara entre dans l’histoire par la grande porte quand d’autres en sortent par une porte dérobée, toute honte bue. Cette lecture de la conjoncture a échappé aux festivaliers de Montpellier dont les selfies et les amabilités de circonstance révèlent une candeur et une crédulité affligeantes alors que les mêmes n’arrêtaient pas de fustiger les chefs d’Etats africains au motif qu’ils obéissent au doigt et à l’œil à la France.
S’il en est ainsi, assiste-t-on à une politique du « ôte-toi de là que je m’y mette… » La conduite incongrue de gens que rien ne légitime du reste dénote toutefois une « ambition impatiente » de vouloir « occuper la place » avec une déconcertante naïveté. La même étrange naïveté s’empare de plusieurs segments de la diaspora qui s’apprêtent avec l’aide de la France à débarquer sur « Kolwézi », entendez en Afrique.
Ce sont des profils professionnels issus des banques, des assurances, de la finance, des médias, des réseaux sociaux, du cinéma, des ONG, d’anciens cadres, d’anciens ministres et des plénipotentiaires qui, tous, s’entendent pour souligner que le temps de l’Afrique est venu. Ils sont mandatés par de grands groupes industriels et sillonnent les pays africains en fonction des attaches qu’ils y ont pour authentifier les initiatives de rapprochement qu’ils déploient sur place.
Ils servent d’éclaireurs ou de pionniers à des projets qui dépassent leurs petites ambitions pour le compte d’une France qui souffre de carences, de vigueur, de vitalité dans un monde en plein redéploiement. Macron avait-il besoin de parler à la jeunesse africaine alors que l’opportunité se présentait à lui de sillonner les Etats-Unis pour expliquer le « coup tordu »que venait de lui infliger Washington à propos des sous-marins « vendus » par contrat puis résilié par l’Australie.
Pourquoi n’a-t-il pas dès lors songé à s’adresser à la jeune anglaise pour fustiger le comportement de Boris Johnson à l’égard des flux migratoires ? Ces questions et d’autres taraudent les esprits. En France, Macron n’apparaît plus comme un « don de la Providence » après avoir admis, défait, que son pays ne se réforme pas. En disgrâce dans l’opinion, en recul dans les sondages, malmené par une extrême-droite qui ne lâche rien, le Président Macron se cherche à moins de cinq moins d’une élection présidentielle décrite comme inédite avec des têtes d’affiches qui en disent long sur la dégradation de la démocratie française.
C’est ce président affaibli, chahuté qui titille l’Afrique en se prêtant de bonne grâce au petit jeu de la communication sous les lambris pour redorer un blason quelque peu terni. Il gouverne désormais à l’ancienne. Rien ne le différencie tant de ses prédécesseurs qui avaient tous à l’esprit de sauver les intérêts de la France pour garder une place dans la gouvernance du monde.
Or c’est à cette échelle justement que le rejet de la France s’avère plus net. Pouvait-il en être autrement ? Sans doute pas avec ces contrats léonins accordés en exclusivité à des entreprises françaises sous la discrète pression de Paris. Les ports, les aéroports, les chemins de fer, les télécommunications, les banques et surtout le retour des étrangers, pas plus compétents, aux postes de commande des filiales dédiées aux grands chantiers et u contrôle des infrastructures. Le rejet, au demeurant massif, s’explique par les pratiques abusives et l’accaparement vertical et horizontal de juteuses activités au détriment des nationaux.
Plus étonnant, ce président, pourtant bien charpenté, peine à gouverner la France et se complaît dans la boulimie des monopoles qu’il observe et constate sans lever le doigt ni élever la voix. Ce Macron-là, reconverti au réalisme, fait fi des équilibres, de la justesse des revendications des pays du sud. En plus il reste sourd au sort des économies pauvres dominées par une seule ressource soumise, de surcroît, aux caprices du marché ou aux humeurs de la conjoncture. Pour mesurer le préjudice dans les pays africains, la France n’a qu’à apprécier la perte du marché des sous-marins à l’Australie.
Dans un fol enchaînement, des centaines de PME françaises subissent les à-coups, des villes entières perdent des rentrées fiscales avec à la clé le retour massif au chômage qu’on espérait résorber grâce à ce « contrat du siècle ». Trente deux milliards d’euros perdus. Adieu la relance de l’industrie navale et de la haute technologie dont pouvait s’enorgueillir le savoir-faire tricolore. Là gît le déficit de notoriété d’une France qui refuse de connaître pourquoi elle est mal aimée. Surtout en Afrique…


Partagez ce contenu!

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*