Dossier : La banlieue dakaroise, un creuset d’opportunités

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Dossier : La banlieue dakaroise, un creuset d’opportunités

https://liiquotidien.com Les clichés, longtemps entretenus sur la banlieue, seraient-ils en train de s’émousser ? Tout porte à le croire. De zone marginalisée, stigmatisée, la banlieue est en passe de devenir un véritable creuset de potentialités. Ses atouts démographiques aiguisent tous les appétits. Les investisseurs rivalisent de vitesse et d’ingéniosité pour conquérir ce vaste espace de perspectives.

Keur Massar relègue Pikine et Guédiawaye

«L’avenir de Dakar, c’est Keur Massar». Cette phrase d’un commerçant trouvé devant sa cantine au marché de Keur Massar est loin d’être balancée à l’emporte-pièce. Par ces mots, empreints d’espoir, le quinquagénaire donne son avis sur la situation actuelle de la zone. Située à l’extrême Est du département de Pikine, la commune de Keur Massar fait aujourd’hui l’objet de réelles convoitises. Tout le monde guette cette localité. Les commerçants, au premier chef, rivalisent d’ardeur pour occuper le moindre espace. Marchés, trottoirs, ruelles, aucune portion n’est négligée. La forte concentration de la population et la grande urbanisation font de la zone une cible de prédilection des investisseurs. A Keur Massar, les activités économiques sont en pleine effervescence.

Le rond-point de la station Shell explose d’activités

En quelques années, Keur Massar a complètement changé de physionomie. La zone est devenue une grande agglomération. Avec la montée en puissance de l’urbanisation, c’est carrément la ruée des marchands. Le marché, situé à l’entrée, est aujourd’hui noir de monde. La plupart des marchands ont quitté Dakar ou d’autres lieux de la banlieue pour rejoindre Keur Massar.
Le rond-point de la station Shell offre un décor particulier. Le grand chambardement qui y règne donne l’air d’un marché bien connu à Dakar  : Colobane. Sur ce lieu, on trouve toutes sortes d’activités. Des marchands ambulants qui occupent irrégulièrement la voie publique, des vendeurs de téléphones, de légumes, et autres produits alimentaires… Tous les créneaux sont explorés pour se faire des économies.
L’autre fait marquant, c’est le recrutement des ouvriers. Chaque jour, des centaines d’ouvriers, tous métiers confondus, se massent autour du rond-point. Menuisiers, maçons, électriciens, ferrailleurs et même mouleurs, outils entre les mains, attendent, chaque matin, ceux qui viennent puiser dans le stock. «Nous avons des chantiers, mais quand nos activités sont au ralenti, je viens ici pour chercher du travail», renseigne l’un d’entre eux. «Avant 11 heures, tout le monde est presque déjà parti», a-t-il ajouté, s’appuyant sur sa cisaille. Entre 3 000 et 6 000 francs Cfa la journée, ces professionnels du bâtiment transforment le rond-point en véritable centre de recrutement.

L’axe Keur Massar-Jaxaay aiguise tous les appétits

Sur les deux voies qui mènent à Jaxaay, la forte concentration des activités économiques se fait de plus en plus sentir. Le long de l’axe, boutiques, quincailleries, ateliers de menuiseries et autres magasins poussent comme des champignons.
L’attractivité de la voie s’explique par sa situation stratégique. C’est la route, passant par Jaxaay, qui relie directement Keur Massar à l’autoroute à péage. Mais aussi au département de Rufisque. Le transit y est très dense. Et chaque vendeur veut attirer l’attention des passants.
La restauration est également une activité très prisée dans la zone. Des petites gargotes aux restaurants modernes, en passant par les fast-foods, les initiatives se multiplient. Devant son restaurant, sur la route de Jaxaay, Mbeya épluche ses derniers légumes. C’est un jour de samedi. La montre affiche 10 heures passées. Le ciel nuageux offre un climat chaud et humide. Dans sa tenue de travail, la jeune dame s’apprête à faire le repas. Du riz au poisson pour le bonheur de ses clients. Elle a quitté la Médina (un quartier populaire de Dakar) pour venir s’installer à Jaxaay. «Il y a de l’avenir ici», a-t-elle déclaré, sourire aux lèvres. La jeune femme n’y va pas par le dos de la cuillère. Elle dit, clairement, que c’est la forte urbanisation de la zone qui a suscité son intérêt. La même explication est fournie par son voisin, Mohamed. Le jeune homme tient une charcuterie à côte du restaurant de Mbeya. Il informe avoir rejoint la zone depuis l’année dernière pour les mêmes raisons.
Plus loin, vers la zone de Zac Mbao, toujours sur les deux voies, Babou Sy gère un autre restaurant. A la différence de nos deux premières sources, ce policier à la retraite a investi dans un restaurant moderne. Sa proximité avec l’autoroute à péage constitue un avantage pour lui. M. Sy dit avoir des clients majoritairement issus des grandes entreprises, en chantier dans la zone. Les activités avicoles y sont aussi significatives grâce à l’usine de la Sedima et la centaine de poulaillers qui entourent la commune.

Le boom immobilier sans précédent

L’explosion des constructions, ces dernières années, dans la localité, attire d’autres formes d’investisseurs : les distributeurs de produits du bâtiment. Communément appelés quincaillerie, ces genres de magasin sont visibles un peu partout. Du toit au sous-sol, les vendeurs n’excluent rien. La poursuite de la clientèle reste l’unique raison de leur présence sur les lieux.

Atouts démographique et géographique

Sur le plan démographique, Keur Massar occupe une place importante dans le département de Pikine. C’est la commune qui abrite la plus importante population. Les chiffres sortis du recensement de 2013 font état de 201 653 habitants. D’ici 2025, les projections de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) tablent sur 280 040 habitants.
En plus de cette opportunité démographique, Keur Massar est privilégié par sa position géographique. Trait d’union entre Rufisque, Pikine-Guédiawaye, la localité est en passe de devenir un véritable pôle d’échanges. Ou d’affaires. Les gigantesques infrastructures comme l’autoroute à péage et, peut-être bientôt, le Train express régional (Ter), sont aussi des facteurs qui font grouiller la zone de monde.

GUEDIAWAYE : nouveau terreau des investisseurs

Dans la banlieue dakaroise, les marchés polarisent la majeure partie des activités économiques. A Guédiawaye, marché bou bess ne déroge pas à la règle. Principale destination des investisseurs, ce marché grouille aujourd’hui d’activités. On y trouve toutes les sortes de commerce. Les vendeurs ont, pour la plupart, déserté d’autres marchés pour venir s’y installer. C’est le cas de Basse. Ce quinquagénaire, teint noir, dit avoir fait plus de vingt (20) ans à Guédiawaye. Auparavant, il était à Thiaroye. Ce qui l’a poussé à rejoindre la banlieue ? Basse fait savoir, sans ambages, que c’est la forte concentration de la population dans cette zone. «Je suis commerçant, je vais là où il y a une forte concentration de clients», a-t-il affirmé, les yeux rivés sur ses piles de bagages.
En effet, il suffit de s’attarder quelques minutes dans le magasin de Basse pour comprendre ce qui le fait courir. Il est, semble-t-il, le «roi des effets de beauté» du coin. L’homme a, dans ses rayons, tous les types de produits. Celui que les femmes surnomment tonton Basse, se contente de gérer la caisse. Planqué dans un coin aménagé situé à l’entrée, à droite, il reçoit les tickets délivrés aux clients par des employés très actifs derrière leur comptoir. L’incessant va-et-vient des hommes et des femmes dans la boutique donne une idée du pouvoir d’achat du commerçant.
Pouvoir d’achat dont il ne veut nullement parler. «Les affaires marchent bien à Guédiawaye», a-t-il seulement laissé entendre.
Comme Basse, nombreux sont aujourd’hui les investisseurs qui ciblent la banlieue. Objectif : capter la clientèle.  Après s’être formé en  menuiserie métallique et aluminium, Sidy, 25 ans, est venu poser ses baluchons à Guédiawaye. Il tient un atelier à quelques encablures de marché bou bess. Sous la tente qui lui sert de local, le longiligne jeune homme expose des grilles et autres cadres en fer et en aluminium. Jean noir déchiré, cheveux battant, Sidy brandit fièrement les produits qu’il a fabriqués. Selon lui, la demande existe dans la zone. D’ailleurs, tout ce qu’il expose devant sa boutique est commandé par ses clients. Les objets coûtent entre 40 000 et 350 000 francs Cfa. Un travail qui lui «permet de vivre», fait-il savoir.
La liste peut davantage s’allonger. Dans tous les coins et recoins du «marché bou bess», principal lieu d’échanges à Guédiawaye, toutes sortes d’activités économiques peuvent être répertoriées. Des tailleurs aux coiffeurs, en passant par les tatoueurs, les vendeurs de fripes, les menuisiers bois… dans chaque coin, on note une forte intensité des activités. Soit dit en passant, pour mieux saisir le poids des activités économiques du marché, nous avons tenté de rencontrer les différents responsables. Mais aucune de nos demandes d’interview n’a été acceptée.

Ce qui attire les investisseurs

En quittant Thiaroye (un quartier de la banlieue, situé près de Pikine), pour Guédiawaye, Basse fait savoir que sa décision tient en onze mots : la densité de la population dans ce quartier de la banlieue. La localité grouille de monde. Un des quatre départements de Dakar, la ville de Guédiawaye  concentre une forte population. Avec ses 12, 7 km² de superficie, elle abrite 329 658 habitants, selon les résultats du dernier recensement de 2013. Un chiffre qui sera décuplé dans les années à venir si l’on se fie aux prévisions de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd). Avec un taux d’accroissement annuel de la population de 2, 2%, l’Ansd prévoit une population totale de près d’un demi-million de personnes (457 804) d’ici cinq ans. Dans 32 ans – c’est le temps de doublement de la population de Guédiawaye, selon l’Ansd – le nombre sera multiplié par deux.
En termes de densité, Guédiawaye reste la zone la plus peuplée du Sénégal. C’est du moins ce qu’a noté l’Ansd en 2013. La concentration de la population dans cette localité dépasse, de loin, la moyenne nationale. Celle-ci est de 69 habitants au Km². Avec 18 539 habitants au Km², Guédiawaye se hisse largement sommet. A ses côtés, certains départements affichent un taux presque négligeable. C’est le cas de Ranérou, département de la région de Matam qui ne compte que 5 habitants au Km².


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