Docteur Makhtar Diouf, Directeur du centre national d’aviculture : « Un plan de relance de la filière sera soumis au Chef de l’État »

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Docteur Makhtar Diouf, Directeur du centre national d’aviculture : « Un plan de relance de la filière sera soumis au Chef de l’État »

Entre mars et avril 2020, plus d’un milliard de francs Cfa a été perdu sur la vente de poussins, explique Dr Makhtar Diouf, par ailleurs Conseiller technique du Ministre de l’Élevage et des Productions animales. Il révèle qu’un plan de relance de la filière avicole est en gestation et sera soumis au Président de la République.

Comment se porte la filière avicole actuellement ?

D’habitude, c’est une filière qui marche bien. En 2019, on a eu à produire 54 millions de poussins, près de 80 000 tonnes de viande de volaille et plus de 880 millions d’œufs à couver. C’est une filière qui a produit un chiffre d’affaires de 203 milliards de francs Cfa. Pour 2020, nous étions repartis sur la même lancée, mais il y a eu des événements majeurs qui ont impacté la filière. Il s’agit surtout de la Covid-19 avec les mesures restrictives comme le couvre-feu et l’interdiction des déplacements entre départements. La plupart des poulets, des œufs et des couvoirs se trouvant dans les régions de Thiès et Saint-Louis, ces restrictions dans la circulation des personnes et des biens ont eu un impact significatif sur les échanges. Il y a eu aussi l’annulation d’évènements religieux majeurs ainsi que la baisse de fréquentation des hôtels et restaurants. Ce qui a fortement joué sur l’écoulement des produits. Des producteurs se sont retrouvés avec des stocks conséquents et une bonne partie a été détruite. L’impact réel de la Covid-19 est toujours en train d’être étudié économiquement. On n’a pas encore les résultats, mais rien qu’entre mars et avril 2020, plus d’un milliard de franc a été perdu sur la vente de poussins. Nous sommes en train de faire les statistiques et, d’ici un mois, je pense que nous aurons les chiffres de l’exercice 2020.

Il y a aussi la grippe aviaire qui a été détectée dans une ferme à Thiès et au Parc national des oiseaux du Djoudj. Comment les aviculteurs vivent-ils cette situation ?

Dès qu’on a parlé de grippe aviaire, le réflexe des éleveurs a été d’arrêter les commandes de poussins. Ce phénomène a été combiné aux méventes du mois de décembre et à l’arrêt des exportations. Quand il y a la grippe aviaire et que le pays en fait la notification officielle au niveau de l’Office international des épizooties (Oie), les États, en vertu du principe de précaution, arrêtent toute importation. C’est pourquoi la Gambie et d’autres pays limitrophes vers lesquels nous importions des poussins et des œufs à couver ont fermé leurs frontières aux produits sénégalais. Cela constitue un manque à gagner et beaucoup de sociétés ont perdu de l’argent.

Le marché local est-il en mesure d’absorber toute la production ?

Oui. Le marché local en a la capacité parce que les producteurs s’adaptent. Ils attendent toujours d’écouler le stock entre leurs mains avant de se lancer dans un autre cycle. Seulement, il y a un manque à gagner et l’éleveur s’appauvrit. Pour preuve, beaucoup ne se sont pas encore relevés des pertes de l’année dernière. Pour la production d’œufs par contre, les choses se passent bien. Avec la crise, beaucoup se sont retirés du marché et il y a actuellement un équilibre. Il se pourrait même que, d’ici l’hivernage, il y ait trop d’œufs sur le marché.

On note tout de même une psychose chez certains consommateurs. Les techniciens ont-ils suffisamment investi le terrain pour rassurer les populations ?

Le travail a été fait au Ministère de l’Élevage et des Productions animales. Ce qu’il faut retenir, c’est que sur le marché, en ce moment, il n’y a aucun produit avicole avec de la grippe aviaire, pas un poulet ou un œuf contaminé au H5N1. Les populations n’ont donc pas à s’inquiéter. Nous, en tant que vétérinaires et garants de la sécurité sanitaire des aliments d’origine animale, sommes en train de faire correctement notre travail. Le dispositif de veille est toujours en place et, chaque semaine, il y a une réunion du Comité d’urgence.

Où en êtes-vous avec la modernisation de la filière ?

L’État incite les producteurs à investir surtout dans la transformation. Il y a des périodes où il y a un surplus sur le marché. L’accent est aussi mis sur la formation des jeunes pour relever un peu le niveau de ceux qui travaillent dans les fermes. Le Centre national d’aviculture a été érigé en Centre d’impulsion pour la modernisation de l’élevage. C’est dans ce cadre que nous aidons aussi les acteurs à faire des business-plans et à avoir des poulaillers modernes. Cette année, nous avons formé à peu près 75 jeunes.

Quelles perspectives voyez-vous pour la filière avicole ?

S’il n’y a pas d’autres mesures dictées par la Covid-19, je pense que la filière va se relancer. Nous sommes dans le domaine de l’alimentation et il faut que les gens consomment. Un plan de relance de la filière est aussi prévu et doit être soumis au chef de l’État.

Les prix de l’œuf et du poulet de chair « stables »

Selon Libass Fall, aviculteur installé à Malika, le marché se porte bien actuellement. «Ce sont les mois qui ont précédé la Tabaski qui ont été très éprouvants. Le prix de la tablette était descendu jusqu’à 1000 FCfa parce qu’il y avait une suroffre sur le marché et la demande n’était plus au rendez-vous à cause des mesures restrictives. Certains se sont retirés du marché et les prix ont fini par se stabiliser», explique-t-il. Cet éleveur, spécialisé dans la vente d’œufs, situe le coût actuel de la tablette entre 2000 et 2200. Babacar Pouye, revendeur au marché de Rufisque, confirme cette stabilité. « Il n’y pas de baisse de fréquentation. Donc, les prix n’ont pas bougé. Le poulet de chair est cédé à 2500 FCfa et le local à 3500 FCfa en moyenne », dit-il. Installé quelques mètres plus loin, Salam Ka fait la même observation concernant la tablette d’œufs qu’il dit vendre à 2500 francs.

L’assurance, la grande méconnue des aviculteurs

Il y a un mois, le Ministre de l’Élevage et des Productions animales, au sortir d’une cérémonie de remise de matériel destiné à la riposte contre la grippe aviaire, répondant à une question relative à la couverture des risques, avait rappelé le caractère permanent et protecteur des assurances. «Au-delà de la grippe aviaire, elle est importante à tout point de vue. C’est donc une occasion pour nous de demander d’engager davantage les acteurs de toutes les filières à se rapprocher des structures d’assurance pour pouvoir aller dans le sens d’une collaboration qui permettrait de garantir et de protéger leurs activités», avait expliqué Aly Saleh Diop.
Du côté des éleveurs cependant, rares sont ceux qui souscrivent ou connaissent les différents produits intéressant leur secteur d’activité. Libass Fall, aviculteur, avec une dizaine d’années d’expérience, confirme ce manque d’informations. «J’ai actuellement des pondeuses en réforme, mais je compte bien assurer ma nouvelle bande de 2000 sujets. Seulement, je n’ai aucune information sur les produits qui concernent l’aviculture et j’ignore à qui m’adresser», dit-il.
Le Président de la Fédération des acteurs de la filière avicole, Serge Sadio, explique cette réticence par un manque d’informations mais aussi de confiance. «C’est plus difficile pour les petits éleveurs de souscrire à une police d’assurance. Ce ne sont pas des produits qui sont très connus des éleveurs. J’ai eu à faire des démarches dans ce sens il y a plus de trois ans, mais à l’époque, il n’y avait pas de produits d’assurance pour le poulet de chair », affirme-t-il. Amadou Mactar Mbodj, Président de l’Interprofession avicole sénégalaise (Ipas), affirme, lui, qu’une tournée de sensibilisation était prévue avec la Banque agricole avant que la Covid-19 ne change les plans.


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