DES MOTS SUR DES MAUX – IMMUNITÉ COLLECTIVE : Ce qui vaut pour les Pays-Bas et la Suède ne vaut pas pour le Sénégal PAR CALAME

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DES MOTS SUR DES MAUX – IMMUNITÉ COLLECTIVE : Ce qui vaut pour les Pays-Bas et la Suède ne vaut pas pour le Sénégal PAR CALAME

http://www.sudonline.sn/Expert en Santé publique et ancien directeur du programme de lutte contre le paludisme, Dr Pape Moussa Thior milite pour laisser le virus Covid-19 circuler afin, dit-il, de créer «une immunité vitale de groupe». Une «approche» qui aurait «été retenue dans des pays comme la Suède, les Pays Bas, la Corée du Sud, entre autres» (voir L’Ob’s n°4976). Ces derniers, souligne-t-il, n’ont fait, ni confinement ni pris de mesures de restrictions, de mouvements entre les régions
La réalité est toutefois beaucoup moins idyllique que cela, si l’on sait par exemple que l’Institut national de la santé publique et de l’environnement (RIVM) des Pays-Bas a dénombré la semaine dernière 4.475 morts du coronavirus, chiffre qui paraît inquiétant pour un pays qui compte 17 millions d’habitants et quelque 1.150 places en soins intensifs.
En tout état de cause, pour ces deux rares pays européens cités en exemple par Dr Thior (Pays-Bas , Suède), il conviendrait plutôt de parler de «confinement intelligent». Il se trouve que des mesures restrictives ont bel et bien été adoptées en Hollande, allant de la fermeture des écoles, des bars, des restaurants aux différents lieux de rassemblement. Et si les habitants sont autorisés à sortir, c’est grâce à la confiance et à la grande discipline des Néerlandais qui, dans les faits, pratiquent le confinement sans y être obligés.
Autrement dit, « le gouvernement a mis la responsabilité dans les mains de ses citoyens », comme l’a si bien résumé un professeur en anthropologie médicale. De même, en Suède, partant de leur confiance élevée dans les autorités publiques, les populations sont plutôt promptes à adhérer aux directives gouvernementales. Il s’y ajoute que le risque de propagation du virus au sein des familles y est grandement réduit à cause de la petitesse de la taille des ménages.
En somme, la longue tradition de discipline qui prévaut aux Pays-Bas et en Suède ne vaut pas pour les autres pays. Encore moins pour le Sénégal, une société plutôt tactile, portée par l’irrépressible envie de se toucher, de manger autour du bol, de se retrouver dans la chaleur et la proximité des corps. Aussi, réagissant à la proposition qui leur est faite, Pr Moussa Seydi , chef du Service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital de Fann, de mettre le doigt sur le « risque d’aller vers l’hécatombe si on tente cette expérience».
Etonnant tout de même que Dr Thior ait oublié de s’appliquer son invite, en l’occurrence lorsqu’il rappelle que : «Il faut certes garder à l’esprit les dégâts causés par le Covid-19 dans les pays occidentaux et en Chine, mais il faut tenir compte de la situation locale pour le choix des interventions». Au demeurant, pour avoir oublié cette forte recommandation, nombre de nos pays continuent de s’abimer dans une soumission voire une extraversion qui les enserre dans une dépendance dévastatrice, ponctuée par une insécurité alimentaire, sanitaire, économique, etc.
En plus de patauger dans la fange d’une tenace et aveuglante fascination vis-à-vis de l’occident. Avec en arrière fond, un mépris de soi perceptible dans certains détails de la vie quotidienne, (le diable n’est-il pas dans le détail ?), qui font équivaloir noir et malheur à l’instar d’une malédiction atavique. Et tout cela sédimentant des perceptions désastreuses dans les consciences individuelles et collectives.
Aussi, éprouve-t-on quelques difficultés à suivre le plaidoyer de Dr Thior. Surtout, lorsque succombant aux sirènes de la victimisation, il tombe dans une sorte de rite sacrificiel consistant, comme c’est de mode, à immoler l’occident, suspecté d’avoir « cherché à nous faire peur pour nous pousser à adopter une attitude passive, sans réaction, afin de nous empêcher de tirer profit d’une situation qui pourtant était à notre avantage».
Confronté à sa fragilité, égrenant quotidiennement son nombre de malades, de morts, l’occident a-t-il vraiment le temps d’épouser une telle stratégie ? A supposer que oui, la responsabilité de notre démission ne saurait pour autant lui être imputée, nous dédouanant de nos propres défaillances. Aux uns et aux autres, s’adossant à un esprit critique intransigeant et sans complexe, d’en tirer les leçons et de s’évertuer à être des constructeurs d’avenir


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