Décoloniser l’enseignement dans le programme et dans le quantum horaire Par Alassane K. KITANE

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Décoloniser l’enseignement dans le programme et dans le quantum horaire Par Alassane K. KITANE

La preuve que même les plus grands monstres sont capables de dire des vérités philosophiques  : ce texte d’Hitler tiré de Mein Kampf. Il faut apprendre à aimer sa patrie en commençant par connaître son histoire, sa culture, ses héros. Enseignons à nos enfants la grandeur de nos ancêtres pour qu’ils soient fiers de leur pays. C’est dans la famille que cela commence, puis à l’école et puis toute la vie durant. Le sentiment d’appartenir à une nation forte, d’avoir un patrimoine culturel riche est exaltant ; c’est même le plus puissant levier psychologique pour booster l’énergie d’un peuple. Il faut accorder des bourses d’études aux étudiants pour qu’ils s’investissent scientifiquement dans la connaissance de leur passé, de leur culture. Il y a tellement de figures historiques dans chaque village du Sénégal, mais on n’en entend presque pas parler. Quel gâchis !
Hitler a dit  : « Transformer un peuple en nation présuppose la création d’un milieu social sain, plateforme nécessaire pour l’éducation de l’individu. Seul, celui qui aura appris, dans sa famille et à l’école, à apprécier la grandeur intellectuelle, économique et surtout politique de son pays, pourra ressentir – et ressentira -l’orgueil de lui appartenir. On ne combat que pour ce que l’on aime ; on n’aime que ce qu’on estime ; et pour estimer, il faut au moins connaître ».
Le mal de l’école est très profond parce qu’il a des racines culturelles et des séquelles psychologiques. Le colon nous a installé une école où les meilleurs, ceux qui étaient qualifiés d’intelligents, de « petits nègres émancipés » sont ceux qui parlaient correctement la langue française ! On est descendu tellement bas qu’on n’avait plus de ressource pour voir le soleil. Dans le long et grand tunnel de l’humiliation, du manque d’estime de soi, on en est arrivé à croire que parler correctement sa langue maternelle était un signe de décrépitude intellectuelle. Mais ça c’est le passé me rétorquera-t-on ! Le problème est que l’école sous l’indépendance n’a pratiquement pas changé, et il suffit juste de regarder le quantum horaire, d’analyser les emplois du temps des élèves pour s’en rendre compte.
L’élève qui s’inscrit au collège ou au Lycée est avant tout frappé par le libellé des disciplines, leur coefficient et leur crédit horaire dès réception de son emploi du temps. Français ? Un élève qui est wolof, peul, diola, sérère, etc. voit français parmi ses matières, mais aucune de ses langues. Pourquoi d’ailleurs ce libellé « français » ? Pourquoi ne pas mettre tout bonnement « lettres » ou « art et lettres » (AL est plus neutre que français) ou « littératures africaine et du monde » (LAM est plus beau que français) ? On me rétorquera que la langue de travail reste le français ! Je répondrai que oui, mais ce sera désormais vécu par l’élève comme un simple outil et non comme une essence qui doit déterminer tout le destin de ses études. Il faut faire revenir le conte dans les programmes, il faut enseigner même la littérature orale et celle religieuse sans tomber dans le fanatisme et le folklore.  Le plus dramatique est que de la 6e à la Terminale, l’élève doit faire en moyenne six heures de français par semaine ! L’étude de cette langue lui prend donc tout ce temps ? Il est temps de sortir de la vallée de l’humiliation, de s’agripper patiemment et sûrement sur les collines abruptes, mais amies, de notre patrimoine culturel et historique pour enfin voir le soleil de la liberté.
Dans les contenus également on apprend davantage à connaître la culture étrangère que la sienne. L’élève apprend plus l’histoire des pays étrangers que celle de son propre peuple. Il connaît moins la géographie de son pays que celle des pays colonisateurs  : comment veut-on que cet élève développe une quelconque fierté nationale ? Rien que par les disciplines qu’on lui enseigne, leurs contenu, libellé et coefficient, on suscite en lui un sentiment d’idéalisation d’autrui aux dépens de sa propre dignité.


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