Covid-19 et paludisme, la double peine pour le continent africain

Health agents look at a sick child laying under a mosquitoe net in a hospital on April 24, 2015 in the popular suburb of Port-Bouet in Abidjan, on the eve of the World Malaria Day on April 25, 2015 as the Ivory Coast's ministry of Health in collaboration with the UNICEF and Global Fund for HIV launched in Abidjan a distribution of mosquitoe net in the prevention and treatment of the desease. Malaria kills on average 7 children every hour in Ivory Coats and about 1,200 children in sub-Saharan Africa per day. AFP PHOTO/ SIA KAMBOU
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Covid-19 et paludisme, la double peine pour le continent africain

https://www.lepoint.fr/afrique/ Alors que toute l’attention se porte sur la lutte contre le coronavirus, le paludisme continue de tuer. L’OMS prédit un pronostic plus sombre si rien n’est fait.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a averti que le nombre de décès causés par le paludisme en Afrique subsaharienne pourrait doubler pour atteindre 769 000 morts, car les efforts pour lutter contre la maladie sont perturbés par la pandémie de coronavirus. En effet, la pandémie de Covid-19 pourrait perturber les campagnes de prévention, notamment la distribution de moustiquaires et de médicaments contre le paludisme. Pour y remédier, l’Afrique subsaharienne devrait mieux regarder aux restrictions logistiques mais aussi s’adresser aux populations. En ces temps de coronavirus, beaucoup de parents refusent d’emmener les enfants dans les centres de santé pour s’y faire soigner par peur de contracter le Covid-19. De plus, les symptômes du paludisme et du Covid-19 étant faussement proches, cela induit en erreur nombre d’entre eux. Sans compter que pour lutter contre le nouveau coronavirus, les pays africains ont très tôt fermé les frontières, et même instauré des interdictions de circulation en centres-villes. Ce qui a retardé la livraison de matériels. « L’Afrique a fait des progrès significatifs au cours des vingt dernières années », a expliqué le Dr Matshidiso Moeti, directrice régionale pour l’OMS pour l’Afrique. « Bien que le Covid-19 représente une menace majeure pour la santé, il est essentiel de maintenir les programmes de prévention et de traitement du paludisme. Nous ne devons pas revenir en arrière », a-t-elle insisté, alors qu’on célébrait samedi 25 avril la Journée internationale de lutte contre le paludisme.

Ce que prédisent les scénarios

« Des perturbations graves des campagnes de distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide [MII] et dans l’accès aux traitements antipaludiques pourraient entraîner un doublement des morts en Afrique subsaharienne cette année par rapport à 2018 », s’alarme l’Organisation, en se fondant sur une nouvelle analyse par modélisation. Dans le scénario le plus pessimiste élaboré pour 41 pays, toutes les campagnes de distribution de moustiquaires sont suspendues et l’accès à des médicaments antipaludiques efficaces est réduit de 75 %.
« Le bilan des morts du paludisme en Afrique subsaharienne en 2020 atteindrait 769 000, deux fois plus qu’en 2018. Cela signifierait un retour à des taux de mortalité que l’on ne voit plus depuis 20 ans », a souligné l’OMS.
L’Afrique subsaharienne représentait en 2018 environ 93 % de tous les cas de paludisme dans le monde, et 94 % des décès. Plus des deux tiers des décès, soit 272 000, concernent les enfants de moins de cinq ans, selon le dernier rapport mondial sur le paludisme de l’OMS. Mais les moustiques ont développé une résistance accrue aux médicaments couramment utilisés, ce qui complique la lutte contre la maladie.
L’organisation mondiale souligne que le nombre de cas positifs au nouveau coronavirus en Afrique subsaharienne ne représente encore qu’une « petite proportion » du total dans le monde, et que les pays de la région disposent donc d’« une fenêtre d’opportunité critique pour minimiser les perturbations » des opérations de lutte contre le paludisme. À cet égard, l’OMS et ses partenaires « félicitent les dirigeants du Bénin, de la République démocratique du Congo, de Sierra Leone et du Tchad pour avoir lancé des campagnes de distribution de moustiquaires MII pendant la pandémie ».
Exemple concret avec le Zimbabwe qui, en plus de la pandémie de coronavirus, est confronté à une hausse de près de 50 % des cas de paludisme par rapport à l’an dernier, selon des sources officielles. Du coup, les autorités craignent que l’augmentation du nombre de cas de paludisme laisse craindre que ceux de coronavirus passent inaperçus puisque certains des symptômes sont similaires. Le Zimbabwe, où la population est confinée depuis fin mars, a enregistré officiellement 29 cas confirmés de Covid-19 jusqu’à présent, dont 4 décès. « Cette année, le nombre de cas de paludisme dans le pays est de 170 303 et celui des morts de 152, comparé respectivement à 117 715 et 127 en 2019 pendant la même période », a déclaré le ministère de la Santé sur Twitter cette semaine. « Nous commençons à voir le nombre de cas (de paludisme) augmenter », a confirmé à l’AFP Norman Matara de l’Association zimbabwéenne des médecins pour les droits humains (ZADHR). « Malheureusement, cela se passe à un moment où nous avons affaire à une autre crise sanitaire, la pandémie de Covid-19. Il est possible de confondre les deux maladies, car quelques-uns des symptômes tendent à être similaires », a-t-il prévenu.
La seule solution serait d’effectuer des tests Covid-19, dont le Zimbabwe, plongé dans une profonde crise économique depuis deux décennies, manque cruellement. « Il est probable que des patients atteints du paludisme restent chez eux au lieu d’aller se faire soigner » à l’hôpital de crainte de contracter le coronavirus, a expliqué Norman Matara.

Des symptômes identiques ?

C’est un minuscule parasite du nom de Plasmodium qui touche essentiellement les régions tropicales d’Afrique et d’Asie du Sud-Est, mais aussi l’Amérique centrale et du Sud, le Moyen-Orient, la Turquie, le Pakistan, l’Inde et la Chine.
Les moustiques femelles le transmettent aux humains qu’elles piquent pour le repas de sang nécessaire à leur ponte (les mâles ne piquent pas). Il s’installe dans notre foie et s’y multiplie. Après une dizaine de jours, la population explose et les parasites envahissent le sang.
C’est à ce stade que fièvres, maux de tête et douleurs musculaires commencent. Puis les tremblements avec sueurs froides… Sans traitement, anémie, problèmes respiratoires, et la mort peuvent s’ensuivre, dans le cas de Plasmodium falciparum, dominant en Afrique. Pour le Fonds mondial : « L’histoire de l’élimination du paludisme montre que la maladie tire parti du moindre relâchement des efforts déployés pour la maîtriser. Même des avancées impressionnantes peuvent être réduites à néant par une baisse des efforts pendant une seule saison de transmission et la maladie peut reprendre vigueur si l’on ne maintient pas une lutte efficace. La situation peut être pire encore après une reprise qu’avant la mise en place de la lutte contre la maladie, car les populations ont perdu l’immunité partielle acquise par une exposition répétée au paludisme. »

Comment soigne-t-on le palu ?

Le paludisme se prévient et se soigne. Un diagnostic précoce et un traitement rapide sont les moyens les plus efficaces de prévenir l’aggravation des cas de paludisme et les décès associés. Exemple : les voyageurs qui se rendent dans les régions concernées prennent des médicaments antipaludéens. Les habitants limitent le risque avec des moustiquaires traitées par insecticides. Il existe également un dépistage accessible. L’efficacité de ces barrières à la malaria est bien démontrée. Et si l’OMS tire la sonnette d’alarme, c’est pour ne pas accuser de retards sur ces mesures préventives.
Quand ils tombent malades, les médicaments existants sont efficaces, pour les enfants et les femmes enceintes – mais moins d’un enfant sur trois a pu en recevoir régulièrement, note l’OMS.
Le premier vaccin pour enfants, RTS, S, a commencé à être distribué dans trois pays africains en 2019, mais il ne réduit le risque que de 40 % après quatre doses. Malgré des milliards de dollars de dépenses, le monde n’a toujours pas trouvé de solution radicale contre le paludisme.

Où en sont les recherches sur un futur vaccin ?

Le Ghana, le Kenya et le Malawi ont lancé des campagnes grandeur nature avec le vaccin le plus avancé contre la maladie. Aboutissement de plus de 30 ans de travaux, la campagne lancée dans ces trois pays vise à confirmer l’efficacité du vaccin sur des enfants âgés de moins de 2 ans, les plus vulnérables à la malaria. C’est l’OMS qui coordonne ces programmes. À ce jour, quelque 275 000 enfants ont reçu la première dose sur les quatre prévues du vaccin RTS, S dans les trois pays. Les attentes sont immenses autour de ces résultats. Reste à résoudre l’épineuse question du financement.

Le casse-tête des financements

Si, en 2018, 2,7 milliards ont été investis au total dans la lutte contre le paludisme, ces financements proviennent pour la plupart des pays étrangers, États-Unis en tête. Ce montant est jugé en dessous des besoins réels estimés à 5 milliards de dollars pour rester sur la voie des étapes convenues à l’échelle mondiale. Et les pays qui investissent le moins sont malheureusement les plus touchés. Six pays, à eux seuls, ont enregistré plus de la moitié des cas : le Nigeria (25 %), la République démocratique du Congo (12 %), l’Ouganda (5 %), ainsi que la Côte d’Ivoire, le Mozambique et le Niger (4 % chacun


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