Chronique : La ruée vers les terres Par Pape Sadio Thiam

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Chronique : La ruée vers les terres Par Pape Sadio Thiam

https : //directnewsinfo.com/ Dans un contexte de pénurie de terres, il est important de s’assurer que leur utilisation ne dépende du bon vouloir des pouvoirs locaux conjoncturels. La pression foncière ira en s’accentuant s’il n’existe pas une réelle volonté politique de juguler ce problème. Malheureusement, les actes posés ces derniers temps, tant par les populations que les autorités étatiques ou les pouvoirs locaux, laissent penser que le rapport que nous entretenons avec le foncier se décline plus en termes de confrontation qu’en termes de négociation ou de concertation. Chaque groupe social essaie de s’accaparer les ressources en fonction de son positionnement sur l’échiquier politique et social, de sa capacité de négociation. Au Sénégal, la terre est régie par un système de possession traditionnelle qui est souvent utilisé par les ruraux dans la gestion du foncier. A l’opposé, l’Etat a élaboré plusieurs lois sur le foncier, mais celles-ci ne sont pas souvent mises en œuvre du fait de leur caractère inopérant.
Tout cela rend difficile la compréhension du système juridique du foncier au Sénégal. De nombreux dysfonctionnements sont apparus, tant dans les villes qu’en milieu rural, ces dernières années. Avec la crise alimentaire mondiale et l’augmentation des besoins en énergies renouvelables, des Etats et des investisseurs nationaux et internationaux se sont portés acquéreurs de vastes superficies dans les pays en développement. Ce phénomène a pris une ampleur considérable en quelques années.
Il est devenu une réalité repérable dans plusieurs communautés rurales, notamment celles ayant un potentiel agro-physique plus élevé. Ces acquisitions de terres à grande échelle traduisent d’une certaine manière la vision de la politique foncière que l’Etat tente d’impulser, malheureusement au détriment des populations. Les exemples sont nombreux. Les plus récents ont défrayé l’actualité : communauté rurale de Ndingler, Guéréo, Fanaye, les terres de l’aéroport affectées à un promoteur privé, pour ne parler que des plus spectaculaires. Il est étonnant de noter que ces actions se situent en dehors d’un cadre normatif très clair, même si ce cadre doit aujourd’hui être totalement réformé.
Cette situation est due à la déconnexion effectuée par les autorités tant centrales que locales entre la politique foncière et la politique d’aménagement. Elle n’est pas non plus de nature à stabiliser et à permettre un développement économique et social optimal des régions. Le contrôle des réserves foncières devient un des principaux enjeux sociaux et politiques dans la ville et, de plus en plus, dans les campagnes, par le jeu conjoint d’un engouement des élites urbaines pour les propriétés rurales et des opportunités économiques offertes par la terre. L’accès à la terre est devenu l’enjeu d’une compétition rude entre les différents groupes sociaux qui mettent en branle des stratégies de plus en plus radicales pour accaparer les espaces disponibles.
En milieu rural, en l’absence du droit de propriété, le cultivateur manque de motivations réelles qui pourraient l’amener à accorder davantage d’intérêt à son outil de travail en cherchant à le rentabiliser toujours plus, avec le seul droit d’usage et de culture, il n’a d’autre préoccupation que d’exploiter la terre mais non d’y investir pour la maintenir en état de rentabilité accrue. Et les campagnes continuent d’accuser un retard toujours plus profond par rapport aux villes. Quand les villes continuent de se développer, de s’étendre, de se moderniser et de prospérer, les campagnes, elles, continuent d’être marginalisées dans un immobilisme profond réfractaire à tout changement !
Hormis la construction, çà et là, de quelques salles de classes et autres postes de santé, la physionomie des villages sénégalais est restée la même depuis les temps immémoriaux, aussi bien dans leur configuration qu’en ce qui concerne les matériaux utilisés en matière d’habitat. Le régime du domaine national, ne réserve aux paysans qu’une affectation assise sur une clause d’indisponibilité permanente que traduit une interdiction absolue de transaction, autrement dit une interdiction de l’accès à la propriété des terres. Ainsi les paysans ne sont propriétaires ni des terres qu’ils occupent à usage d’habitation, ni celles qu’ils cultivent pour la satisfaction de leurs besoins.
Les villages ne sont pas lotis. Les terres de culture non plus. Aucun titre n’est délivré pour sous-tendre l’affectation des terres et aucune organisation n’est mise en place pour le suivi de la gestion de ces terres. Les paysans ne sont donc pas motivés, ni placés dans des conditions matérielles d’organisation de leur espace d’activité, pour transformer par et pour eux-mêmes le milieu dans lequel ils vivent. Rien ne les y incite. Le résultat concret est qu’ils sont plus prompts à quitter les lieux qu’à y rester.
A la première occasion, ils quittent la campagne pour la ville où ils espèrent trouver l’emploi qui leur fait cruellement défaut. Le domaine national est un facteur de blocage du développement et de la modernisation de la campagne sénégalaise. Il annihile tous les efforts faits en faveur du monde rural. Pour ces raisons, il faut sans plus tarder réformer le régime foncier. Il faut réconcilier le paysan avec son outil de travail qu’est la terre. Il faut lui permettre d’accéder enfin à la propriété pleine et entière de cet outil de travail, seul moyen de le maintenir sur place et de l’amener à se comporter en bon père de famille dans la gestion de son environnement.


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