BALISES–Sonko, la Casamance et Tiken Jah Par Yoro Dia

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BALISES–Sonko, la Casamance et Tiken Jah Par Yoro Dia

https://www.lequotidien.sn Dès que j’ai entendu la sortie de Sonko «Macky Sall n’aime pas la Casamance» et la réponse des responsables de l’Apr, cela m’a fait penser au tube On a tout compris du grand reggaeman Tiken Jah Fakoly. La musique adoucit certes les mœurs, mais permet aussi d’éveiller les consciences et nous ouvre les yeux. Dans ce tube On a tout compris, qui est un must, Tiken Jah nous dit  : «Allez dire aux hommes politiques d’enlever nos noms dans leur business. On a tout compris. Ils nous mènent souvent en bateau vers des destinations qu’on ignore.» Le grand reggaeman ivoirien résume mon sentiment profond sur la Casamance et les politiciens. Juste envie de leur dire «d’enlever la Casamance de leur business». Notre crise nationale la plus grave ne doit pas être instrumentalisée à des fins partisanes, pour ne pas dire politiciennes. Cette longue crise a permis à notre pays de passer de l’illusion d’une «Nation une et indivisible à la réalité d’une Nation indivisible mais plurielle». L’excellent score de Sonko à la Présidentielle de 2019 marque le triomphe de cette Nation plurielle mais indivisible et est aussi un indicateur que l’opinion est déjà passée dans le Sénégal post-conflit. Que Sonko gagne en Casamance est aussi normal que Macky gagne à Fatick ou Idrissa Seck gagne à Thiès ou Issa Sall à Tattaguine car, en démocratie, la légitimité élective est avant tout locale. C’est pourquoi chaque homme politique a son fief. Que la Casamance rêve d’avoir un de ses fils à la tête du pays est somme toute normale. C’est un rêve démocratique, comme celui des électeurs du Cayor avec Idy ou du Sine avec Macky.
Le conflit en Casamance a été un traumatisme, mais a été utile car il nous a permis de repenser et de réécrire notre contrat social en dépassant le «modèle islamo wolof». Le Mfdc a apporté une mauvaise réponse à une vraie question. L’Etat (Diouf Wade et Macky) depuis des décennies, a commencé à apporter de bonnes réponses partielles comme le désenclavement. Avec le pont sur le fleuve Gambie, les bateaux et les avions, la Casamance n’a jamais été aussi proche, et par conséquent le sentiment particulariste et séparatiste n’a jamais été aussi loin. En plus de la réponse partielle du désenclavement, on attend des hommes politiques une réponse définitive, à savoir comment gagner la paix car l’Armée a gagné la guerre depuis très longtemps. C’est là où l’on attend des propositions, mais nous ne voulons pas d’un grand bond en arrière avec l’instrumentalisation de la Casamance comme une rente politicienne.
Le grand Tiken Jah demande toujours aux hommes politiques d’enlever nos noms de leur business parce qu’ils «allument le feu, ils l’activent et viennent jouer aux pompiers». En Casamance, le feu est éteint. Il ne reste que 40 ans de sédimentation des cendres. Donc plus que d’un pompier, nous avons besoin d’hommes d’Etat courageux, capables de convaincre les vieux guérilleros comme Salif Sadio et ce qui reste du Mfdc de sortir de la forêt, en leur offrant une porte de sortie honorable, comme l’a fait Lincoln quand son armée a gagné la guerre contre le Sud. Jefferson Davis, le Président des confédérés, est mort dans son lit des années après Lincoln. Malheureusement, même si nous avons beaucoup d’hommes politiques, les hommes d’Etat sont une denrée rare sous nos tropiques. Il y a un fossé entre hommes politiques et hommes d’Etat. L’homme d’Etat est l’homme politique qui s’interdit de franchir la ligne rouge pour ses intérêts personnels, politiciens ou partisans. La Casamance est une ligne rouge.
Djibo Ka et Ousmane Tanor Dieng se sont battus à mort politiquement entre 1996 et 2000, sans jamais franchir la ligne rouge du déballage des secrets d’Etat, ainsi d’ailleurs que Jean-Baptiste Collin, un des bâtisseurs de notre Etat, parti dans sa tombe avec ses innombrables secrets d’Etat. Jean-Baptiste Collin mérite que son nom soit donné à l’une des sphères ministérielles. Le Sénégal le lui doit. Mort à Bayeux, il a demandé à être enterré à Ndiafatte, alors que nos élites envoient leurs femmes accoucher à l’étranger, comme si c’était un péché originel de naître au Sénégal.


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