Amath Soumaré, Économiste : «Pourquoi l’impact de la Covid-19 sera terrible pour nos économies ?»

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Amath Soumaré, Économiste : «Pourquoi l’impact de la Covid-19 sera terrible pour nos économies ?»

https://www.rewmi.com/ Pour mieux comprendre la marche de l’économie de notre pays, aujourd’hui votre rubrique « les jeudis de l’économie » vous propose un entretien avec Amath Soumaré, économiste et concepteur de l’intelligence économique et développement. Dans cet entretien exclusif, il est revenu, entre autres, sur l’impact de la crise sanitaire sur notre économie.

Qui est Amath Soumaré ?

Je suis Amath Soumaré, je suis le concepteur de l’intelligence économique et développement qui est une intelligence pour les pays du Sud-africains. J’ai créé ce concept en 1995 à Paris dont Sopel avec l’émanation à Dakar. Sopel existe depuis 1995. Il a été créé à paris. Vers 2012, nous avons créé l’antenne ici à Dakar et notre centre de formation qui est le centre africain de la nouvelle économie (CANE exécutif). Je suis président fondateur de Sopel International et je dirige aussi le Centre africain de la nouvelle économie. Je suis également le président de l’Attribution intelligence économie artificielle et nouvelle économie du Meds.
Je suis au MEDS depuis 2001. Je suis cofondateur de l’université ouverte de Dakhla au Maroc et le vice-président de l’Association africaine des acteurs de l’intelligence économique au niveau africain basée au Maroc. Je donne des formations à l’université de Chicago.

Vous êtes considéré comme le père fondateur de l’Intelligence économique africaine. Expliquez-nous le concept de l’intelligence économique ?

C’est une science qui utilise tout ce qui est société de l’information. C’est l’ensemble des techniques et technologies liées à l’information qu’on peut utiliser pour pouvoir anticiper. Cela va de l’information économique, financière, technologique, l’intelligence artificielle et tout ce qui peut contribuer pour l’Etat ou pour l’entreprise de pouvoir anticiper. Dans la vie, il ne faut pas faire comme les autres. C’est ce qu’on appelle la compétence distinctive. Si vous ne faites pas comme les autres, cela suppose que vous anticipez. C’est une science qui permet aux personnes, aux Etats et aux entreprises de comprendre l’environnement pour agir avec tous les outils qu’il possède pour trouver des solutions innovantes. Aujourd’hui, nous sommes dans un contexte où l’intelligence économique a beaucoup de portés parce que son but, c’est d’enlever les incertitudes. Cela suppose que quand on retire les incertitudes, il ne reste que les certitudes. C’est ce qui est difficile aujourd’hui dans l’époque qu’on vit avec la pandémie du Coronavirus. Il y a trop d’incertitudes. Partout, il y a des points d’interrogations et à partir desquels, on essaie de voir la viabilité du chemin qu’on a entrepris. L’intelligence économique, pour les Etats et les entreprises, c’est la nécessaire compétitivité. Dans cette compétitivité au niveau des entreprises, il faut que l’entreprise soit une entreprise intelligente.

Vous avez dirigé, pour la CEDEAO, les programmes, études et recherches, suivis évaluations, communication et Tic dans le cadre de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Faites-nous l’état des lieux du blanchiment d’argent en Afrique et au Sénégal ?

Le blanchissement de capitaux et le financement du terrorisme sont deux activités qui sont concordantes et qui vont ensemble. Le blanchissement de capitaux et le financement du terrorisme sont gérés par un organisme mondial qui s’appelle le Gafi, Groupe d’action financière internationale. Ce Gafi a des émanations en Afrique notamment le Groupe d’action financière du Moyen-Orient et de l’Afrique du nord (GAFIMOAN), le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’ouest (GIABA), etc. Les chiffres qu’on donne en général sont faux. Les blanchisseurs d’argent ne sont pas comme les entreprises qui ont des comptabilités. On ne peut publier que ceux que l’on attrape. Les chiffres donnent entre 2, 5 à 3 trillions de dollars par an. Les chiffres qu’on avait, c’était 1, 5 trillion de dollar en 1996. On ne va pas me dire que de 1996 à nos jours que les choses ont disparu.
Au contraire, c’est parti de plus bel. Depuis du temps de Wade jusqu’à présent, on a que des faits de blanchiment et de la corruption. L’objectif aujourd’hui de la lutte anti blanchiment, c’est de freiner ce mouvement qui est néfaste pour notre économie. Le sens et le but de l’économie, c’est la confiance. Dans une monnaie, si vous avez de la confiance, la monnaie se partage, s’échange et prend de la valeur. Le blanchiment d’argent, on prend l’argent qui ne rentrait pas dans le circuit normal pour le faire passer dans un autre circuit. Vous savez que l’économie nationale marche avec tout ce qui concerne les prélèvements de l’Etat. On ne paie plus de taxe, de douane et de fiscalité. L’argent passe ailleurs, c’est un manque à gagner pour notre pays. Lorsque vous n’avez plus beaucoup de liquidités, l’économie s’écroule. C’est un danger pour nos économies.
Quand les blanchisseurs d’argent débarquent quelque part, c’est la catastrophe. Aujourd’hui, vous vous promenez sur la corniche tout en remontant vers les Almandies, en regardant vers la droite, vous verrez que les maisons à milliards. On dit que le pays n’a pas d’argent, il y a problème. Sur l’origine de cet argent, rien n’est pas clair. Cela suppose qu’il y a beaucoup de caches dans ce pays. L’économie du Sénégal est hyper-cache. Le blanchiment est un problème trop sérieux surtout dans nos économies fragiles. Dans Dakar quand vous regardez tous ces immeubles, je suis sûr et certain d’après mes connaissances que 80% de ces gens ne peuvent pas justifier d’où vient l’argent.

Le trafic que faux billets devient de plus en plus insistant au Sénégal. Quel est l’impact de ce trafic sur la monnaie ?

Nous avons beaucoup de chance de ne pas avoir notre propre monnaie comme la Gambie, la Guinée ou d’autres pays de la sous-région. La fausse monnaie, c’est la meilleure façon de déstabiliser un pays. C’est la façon la plus royale de mettre un pays à genou. Les Guinéens en savent quelque chose. Quand Sékou Touré a dit non, les français ont créé la fausse monnaie et qu’ils ont envahi le pays. Cela veut dire que l’argent n’a plus de valeur. On a la chance pour le moment étant donné qu’on est dans une zone avec des couvertures de change fixe avec une parité par rapport à l’Euro. L’argent ne se dévalorise pas mais les faussaires sont toujours là. Aujourd’hui, nous sommes dans un pays de narcotrafiquants parce que ça ne va pas durer par contre. Nous sommes arrivés à un tournant en 2020 où la gouvernance est devenue la base de toute société qui veut se viabiliser dans le futur. Partout où il n’y a pas de gouvernance financière, politique, démocratique, entre autres, ce pays-là va se déstabiliser.

La Covid- 19 va-t-elle bouleverser l’ordre économique mondial ?

La Covid-19 a déjà bouleversé l’ordre économique mondial et ce n’est pas encore fini. Vous avez un pays qui s’appelle les USA à partir des accords de Breton Woods qui est devenu la première puissance mondiale. Vous avez un pays comme la Chine considérée comme un pays en développement. Aujourd’hui en 2020, vous avez la Chine comme première puissance mondiale, les USA deuxième ou troisième parce qu’ils sont en train de partir aux abysses. Ils sont en faillite totale. Ils ont de la chance parce qu’ils ont pu prendre leur dollar comme étalon. Vous payez votre marchandise en dollar quand il y a un déficit, on le partage avec tous ceux qui utilisent le dollar. Avec le dollar, ils partagent leur problème avec tout le monde. Les banques centrales ne vendent que des planches à billets. Ce ne sont pas des milliards mais des trillions de milliards.
Ça n’arrête pas. La Banque fédérale dit maintenant non limite, cela veut dire tant que les entreprises ont besoin d’argent, ils vont faire l’imprimerie. Les européens ne sont pas passés en reste. Aujourd’hui l’impact, c’est plus que grave. Nous, on n’a pas cette chance, on ne peut pas faire de la planche à billets, on est obligé de gérer notre économie réelle. C’est pourquoi l’impact de la Covid-19 sera terrible pour nos économies et nos pays. Une fois la crise sanitaire finie, vous allez voir la réalité économique. Beaucoup de banques vont faire faillite et beaucoup de sociétés vont fermer.

Quelle est la contribution du MEDS dans le secteur de l’économie nationale ?

Le Mouvement des Entreprises du Sénégal (MEDS) a une grande chance d’avoir quelqu’un comme le président Magnick Diop. Il faut le reconnaitre, c’est quelqu’un qui a une vision. Je l’ai remarqué dans plusieurs paramètres. Il a don de Dieu qui est de ressentir les choses. Aujourd’hui, c’est la seule organisation patronale à avoir une commission qui est chargée de réfléchir sur des problèmes d’intelligence économique et développement. Aucune de ces organisations patronales n’a ni les capacités, les moyens et l’expérience de le faire. Il n y a pas. Je voyais Magnick très social mais je lui ai dit, il faut les aider à s’en sortir pas les assister et il rigolait. Après le recule, j’ai compris beaucoup de choses parce qu’on a su faire du libéralisme social. Lui, c’est l’un des pères du libéralisme social. Je l’ai vu faire du libéralisme social, aider et accompagner les gens pour les faire dans certains problèmes.
Je les ai vus pendant presque deux décennies de mes propres yeux, personne ne me l’a dit. Au niveau du MEDS, c’est cette chance qui se distingue du patronat. Il n’a pas les mêmes visions, les mêmes démarches et les orientations que le patronat. Si vous savez la masse du secteur informel au Sénégal, vous comprenez bien qu’il y a 20 ans de cela, il a dû faire un bon choix. Le MEDS a une chance d’avoir quelqu’un qui a cette faculté de percevoir les choses à venir. C’est ça le leadership. Un leader doit avoir une vision et son président à cette qualité. C’est ça la chance du MEDS dans son positionnement aujourd’hui dans l’économie nationale. Toute consultation qui se fait au Sénégal sans le MEDS, les gens sentent qu’il reste quelques choses.Propos recueillis par Zachari BADJI


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