Alexander Novak : «Nous faisons de notre mieux pour éviter un effondrement du marché.»

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Alexander Novak : «Nous faisons de notre mieux pour éviter un effondrement du marché.»

Les perspectives pour la demande sont tellement sombres que, dans une intervention lors d’une réunion virtuelle des ministres de l’Energie du G20, les 26 et 27 septembre 2020, le ministre russe de l’Energie, Alexander Novak, a dit  :  « Tous les acteurs du marché mondial de l’énergie doivent agir ensemble pour lutter contre les effets de la pandémie sur la demande de pétrole […] Il est évident que la structure du secteur de l’énergie sera transformée, tant du point de vue de la demande que de l’offre. La reprise ne sera pas rapide et il faudra beaucoup de temps pour atteindre les indices d’avant la crise ». Craignant un effondrement brusque de la demande, il a ajouté  :  « La Russie a pris des engagements sans précédent en matière d’équilibrage du marché, en tant qu’acteur responsable du marché de l’énergie. Nous faisons de notre mieux pour éviter un effondrement du marché de l’énergie et, partant, de l’économie mondiale ».

Les producteurs qui croulent sous la dette

L’autre facteur qui place le pétrole dans une mauvaise posture est la dette des compagnies pétrolières, qui n’a cessé de grossir depuis les 15 dernières années. Selon l’organisme finlandais en charge de la géologie pétrolière, la production de pétrole conventionnel a commencé à plafonner vers 2005. Après cette date, le monde est devenu de plus en plus dépendant des approvisionnements en pétrole et en gaz non conventionnels.
Une position confirmée par le Petroleum Analysis Centre en Irlande, qui a révélé que la production mondiale de pétrole conventionnel a en effet atteint un plateau limité en ressources à partir de 2005.
« Bien que la hausse du prix du pétrole de schiste aux Etats-Unis ait soulagé cette situation, avant même la pandémie, certains signes indiquaient que le boom du schiste pourrait être de courte durée », avait-il ajouté. Ainsi, depuis 2008, l’augmentation de la demande a été presque entièrement satisfaite par des sources plus coûteuses et difficiles à extraire comme le pétrole de schiste, les sables bitumineux et l’huile des forages en haute mer.

« Bien que la hausse du prix du pétrole de schiste aux Etats-Unis ait soulagé cette situation, avant même la pandémie, certains signes indiquaient que le boom du schiste pourrait être de courte durée ».

Or, les cours du marché sont restés relativement bas depuis cette période, même si le pétrole a atteint un pic de 145 dollars le baril, en juillet 2008. Cette faiblesse des prix a empêché l’industrie de faire des bénéfices significatifs par rapport aux coûts d’extraction et de production. Par conséquent, l’industrie a accumulé d’énormes dettes pour maintenir le cap. Il faut donc savoir que si l’industrie tient toujours, c’est en grande partie grâce à l’assouplissement quantitatif massif mis en place après la crise économique de 2008.
L’ère de l’énergie bon marché et abondante est donc révolue depuis longtemps, alors que la masse monétaire et la dette ont augmenté plus rapidement que l’économie réelle. La situation est désormais telle que l’offre et la demande ont atteint un point de non-retour où la normalité n’est plus qu’un lointain souvenir. Comme la vague des faillites aux Etats-Unis cette année, notamment dans le schiste, plusieurs compagnies sont donc appelées à disparaitre.

Un désinvestissement massif prévu

L’après-pétrole a déjà commencé à se préparer chez de nombreux producteurs. Secouées par la crise, les grandes sociétés pétrolières cherchent désormais un futur plus radieux dans les énergies plus propres. La crise a déjà provoqué des dépréciations d’actifs pour plus de 87 milliards de dollars chez Chevron, Shell, BP, Total, Repsol, Eni et Equinor. La période allant de mi-2014 à nos jours est ainsi devenue la plus grande période d’instabilité pour les compagnies pétrolières du monde

La crise a déjà provoqué des dépréciations d’actifs pour plus de 87 milliards de dollars chez Chevron, Shell, BP, Total, Repsol, Eni et Equinor.

Le français Total, par exemple, a annoncé qu’il opérera 20 % de ses investissements nets dans le sous-secteur des énergies renouvelables durant la décennie en cours et diminuera de 30 % ses ventes de produits pétroliers. Ainsi, ses ventes seront alors composées de 30 % de produits pétroliers, 5 % de biocarburants, 50 % de gaz et de 15 % d’électrons, principalement renouvelables. La compagnie a, en effet, pour ambition de devenir un leader mondial des énergies renouvelables en ayant 35 GW de capacité brute installée d’ici 2025 et en y ajoutant 10 GW par an au-delà de cette échéance. Une politique de réduction de ses émissions lui permettra alors d’atteindre la neutralité carbone pour l’ensemble de ses activités, d’ici 2050.

La compagnie Total a, en effet, pour ambition de devenir un leader mondial des énergies renouvelables en ayant 35 GW de capacité brute installée d’ici 2025 et en y ajoutant 10 GW par an au-delà de cette échéance.

BP a réduit de moitié son dividende et promis de diminuer sa production de pétrole et de gaz de 40 %, d’ici à 2030, pour se réinventer et mieux s’adapter aux changements du marché. Le géant britannique qui va se séparer de 10 000 de ses travailleurs va ainsi passer du statut de Compagnie pétrolière internationale (IOC) à celui de Compagnie énergétique intégrée (IEC). Un accent très particulier sera donc mis sur la production d’énergies plus propres et respectueuses de l’environnement. Aussi, l’entreprise investira-t-elle 5 milliards de dollars par an pour créer l’un des plus gros acteurs des énergies renouvelables au monde.

L’industrie a accumulé d’énormes dettes pour maintenir le cap.

Shell quant à lui, va atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Ces investissements dans des énergies plus propres nécessitent un désinvestissement qui va entraîner la suppression de 9000 postes, soit 10% de sa main-d’œuvre globale. Avec cette coupe, la société dit vouloir éliminer la complexité organisationnelle et réaliser des réductions annuelles de coûts d’exploitation pouvant atteindre 2,5 milliards de dollars.

Le géant britannique BP qui va se séparer de 10 000 de ses travailleurs, va ainsi passer du statut de Compagnie pétrolière internationale (IOC) à celui de Compagnie énergétique intégrée (IEC).

Saudi Aramco qui est la plus grande société pétrolière du monde, en chiffres d’affaires, s’engage à réduire les émissions de ses opérations de 13% d’ici 2025 par rapport au niveau de 2017. Cela représente environ les émissions de 6 millions de ménages américains. Cet objectif qui s’applique uniquement à l’intensité des émissions implique que le producteur puisse augmenter ses émissions globales à condition de réduire son empreinte par baril produit. Il n’inclut pas par exemple les émissions des clients utilisant cet hydrocarbure qui représente 90 % de l’empreinte totale d’une compagnie pétrolière.
Selon les analystes, l’ensemble des entreprises du secteur prépare des projets similaires afin de surmonter la crise et de s’inscrire dans la nouvelle dynamique. Elles se tournent vers l’avenir et cet avenir est celui des énergies propres.Olivier de Souza


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