Abdoulaye Diouf Sarr face au ‘’tsunami Delta’’

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Abdoulaye Diouf Sarr face au ‘’tsunami Delta’’

https://www.enqueteplus.com Le ministre de la Santé et de l’Action sociale, en première ligne dans la gestion anti-Covid, fait face, depuis quelque temps, à une fournée de critiques et scandales liés à sa gestion de cette pandémie. Les dysfonctionnements du système sanitaire face à la 3e vague de Covid-19 viennent écorner cette image d’homme d’action et d’efficacité qu’il a tenté de se forger depuis mars 2020, début de la pandémie. Une image que voulaient renforcer ses partisans qui ambitionnent de le voir prendre les rênes de la capitale en janvier 2022.
La 3e vague de Covid-19 serait-elle en train de se transformer en tsunami qui risque de dévaster tout sur son passage ? Face à la multiplication des scandales liés à la gestion de cette pandémie (gestion du fonds Force Covid-19, le flou dans l’achat ou la vente du vaccin chinois, la pénurie d’oxygène, les retards de salaires et non-versement d’indemnités du personnel médical, surcharge dans les hôpitaux) la figure de Monsieur Covid-19 semble de plus en plus écornée.
Le dernier scandale révélé par le docteur Babacar Niang, Directeur de Suma Assistance, risque d’être le coup de trop pour le ministre de la Santé et de l’Action sociale. Dans l’émission ‘’Jury du dimanche’’ sur iRadio, le patron de Suma Assistance informe que du ‘’matériel du public est vendu aux structures sanitaires du privé’’.
Le scandale de trop, pour les responsables de la plateforme Avenir Sénégal Bi Nu Begg. Dans une note, ils invitent l’État à faire toute la lumière sur ‘’le matériel respiratoire qui équipait les centres de traitement des épidémies (CTE) qui aurait été vendu à des structures privées, suite à l’abandon de ces sites’’.
Dans la même foulée, ils réclament l’ouverture d’une enquête contre ce qu’ils considèrent comme un ‘’système de corruption et de prévarication organisé en haut lieu’’.
Ces dysfonctionnements dans la réponse anti-Covid viennent mettre à mal cette réputation de ‘’monsieur efficacité’’ que le ministre de la Santé et de l’Action sociale, Abdoulaye Diouf Sarr, s’est forgée à la tête du Coud, d’abord, puis au ministère des Collectivités territoriales, avec la mise en place de l’Acte III de la décentralisation.
Sur le pont depuis le début de la crise en mars 2020, il a multiplié les apparitions et les déclarations, le faisant apparaître comme un personnage central de cette crise sanitaire. L’ancien ministre du Tourisme a ainsi entretenu cette image et a contribué a surmonté les deux premières vagues de la Covid-19. Le lancement de la campagne de vaccination anti-Covid ainsi que les perspectives d’un vaccin anti-Covid Made in Sénégal en 2022 viennent conforter cette posture de ‘’protecteur’’ des Sénégalais.
Toutefois, des défaillances notées dans la prévention et dans l’anticipation d’une remontée des taux de contamination, depuis le 15 mai, et qui aboutit au mois de juillet à 712 personnes contaminées sur 3 543 tests le 1er août 2021 avec un taux de positivité à 20,10 %. Pis, la déferlante Delta, l’abandon des gestes barrières, la multiplication des rassemblements (tournées économico-politiques du président de la République, la Tabaski) ont annihilé les efforts de lutte et de prévention contre la Covid-19. Les prémices d’un scénario à la Tunisienne, avec des structures sanitaires complétement débordées et une forte pénurie d’oxygène se présentent de plus en plus, au fil des jours. Les fortes tensions au sein des structures sanitaires n’épargnent même plus les régions de Matam, Saint-Louis et Thiès qui observent une forte percée du variant Delta.

Abdoulaye Diouf Sarr face au péril ‘’mortel’’ de la vindicte populaire, en cas d’une flambée de l’épidémie

Petit à petit, le joli carrosse qui devait transporter le maire de Yoff jusqu’aux portes de l’Hôtel de ville de Dakar prend de plus en plus des allures de citrouille avant la date fatidique du 23 janvier 2022. Selon beaucoup d’observateurs, une dégradation de la situation avec une épidémie hors de contrôle risquerait d’entraîner des remous au sein de l’opinion publique et fragiliser un peu plus la position du ministre.
En outre, l’absence de Premier ministre l’expose directement aux critiques contre les manquements de l’État dans cette crise sanitaire. Cette exposition négative et de possibles poussées de chaleur de la vindicte populaire pourraient pousser le président de la République a tenté de repartir avec une page blanche, en se séparant de son ministre ‘’comptable de tous les scandales’’.
D’autant plus qu’un durcissement des mesures anti-Covid semble aussi périlleux pour le régime qui se remet juste des émeutes populaires de mars 2021. Ainsi, le débarquement du ministre chargé de la pandémie semble être une possible voie de sortie, en cas de mise en difficulté du gouvernement dans cette crise sanitaire.
Cependant, une éviction d’un cadre de l’APR et d’un fidèle du président Macky Sall paraît peu probable. L’ancien ministre des Collectivités territoriales a fait montre de sa détermination et de sa loyauté au sein des rangs de la mouvance présidentielle. Son ‘’coup de Trafalgar’’ pour tenter de désarçonner le mouvement Taxawu Ndakaru, lors de l’élection du HCCT dans la région de Dakar en septembre 2016, a forcé l’admiration de beaucoup de barons du ‘’Macky’’.
En outre, le départ d’une des figures de proue de la mouvance présidentielle dans la capitale pourrait aussi fragiliser le camp du pouvoir dans l’optique de janvier 2022.
Un scénario qui convainc Moussa Diaw, enseignant-chercheur en sciences politiques à l’UGB, pour qui le président Macky Sall s’est toujours mis un point d’honneur à ne jamais céder à la Vox Populi. ‘’Macky Sall n’a jamais cédé à l’opinion publique. Il serait maladroit de se séparer de lui en période de crise. D’autant plus qu’en filigrane, si le ministre est attaqué par l’opposition, c’est aussi la figure du chef de l’État qui est visée derrière. Des dysfonctionnements ont été observés, mais le président n’a pas formulé de critiques à son encontre. S’il prend des décisions, il le fait sur la base d’une analyse personnelle’’, a fait savoir l’universitaire.
Dans la perspective des élections locales du 23 janvier 2022, le chercheur en sciences politiques indique que les chances du ministre à la mairie de Dakar dépendront de l’avis de nos concitoyens face à sa gestion de cette pandémie de la Covid-19. ‘’De toute manière, les citoyens sont très inquiets et la situation est dramatique. Mais le temps passe très vite et on ne sait pas quand cette épidémie va s’achever. Est-ce qu’une décision majeure pour marquer la vraie prise en charge de cette pandémie sera mise en place ? Est-ce que les moyens pour y faire face seront débloqués ? Voilà, pour moi, les vrais enjeux de cette 3e vague Covid», conclut-il.MAKHFOUZ NGOM


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