3ème mandat : «Même si la rencontre avec Macron peut influencer la décision de Macky…» (Analyste)

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3ème mandat : «Même si la rencontre avec Macron peut influencer la décision de Macky…» (Analyste)

https://www.seneweb.com La rencontre entre les chefs d’Etat Macky Sall et Emmanuel Macron, ce mercredi, à Paris, peut avoir une incidence sur la décision du président sénégalais quant à une éventuelle troisième candidature. Mais, Macky Sall va garder le suspense encore plus longtemps. C’est du moins l’avis du spécialiste des Relations internationales, Chérif Sow. Dans cette interview avec Seneweb, l’analyste a également abordé le coup d’Etat au Mali et les réformes sur la monnaie ouest-africaine, entre autres sujets d’actualité.
Macky Sall a rencontré Macron, ce mardi, à Paris. Pourquoi le choix de ce moment pour un tel tête-à-tête?
Si on suit bien l’actualité, les deux hommes avaient prévu de se rencontrer en juin dernier à Dakar, en marge du déplacement du Président Macron en Mauritanie pour les besoins d’une réunion du G5 Sahel.
Sur le plan géopolitique, on sait que le Sénégal est très important dans le dispositif français en Afrique et plus particulièrement en Afrique de l’Ouest. Quoi qu’on dise aussi, le Sénégal a un certain leadership dans la région sur lequel le président Macron pourrait s’appuyer pour préserver ses intérêts et même accentuer sa présence. Il y a la menace, de plus en plus pressante, d’autres puissances émergentes ou confirmées comme la Turquie et la Chine qui pourraient remettre en cause l’hégémonie des entreprises française dans la région et au Sénégal en particulier. En effet, on constate un sentiment anti-français de plus en plus croissant dans les anciennes colonies qui nécessiterait le développement de nouvelles stratégies. Il en est ainsi de la création de la nouvelle monnaie Eco, qui devait être initialement une monnaie de la Cedeao.
Malheureusement, elle est annoncée comme le remplaçant du Franc Cfa, qui a cours uniquement dans l’espace Uemoa. Ce sujet cristallise le plus le sentiment anti-français de nos jours avec l’émergence de mouvements comme « Frapp France dégage » ou encore l’activiste d’origine béninoise Kémi Seba. Cette décision a plus pour effet de diviser les États de la Cedeao.

Mais ils auraient également parlé politique…

Naturellement, la politique serait au rendez-vous, avec la question du 3ème mandat qui fait partie des sujets les plus discutés depuis la réélection du président Macky Sall. Ce sujet est d’autant plus actuel avec la vrai-fausse non candidature du président Alassane Ouattara et la candidature annoncée du président Alpha Condé en Guinée.
Avec la guerre au vaccin contre la Covid-19, je suppose que la question s’invitera aux discussions car cette question est une question géopolitique majeure actuellement, surtout après l’annonce de la production par la Russie d’un vaccin en début d’année prochaine avec les commandes déjà passées par certains pays dont des pays africains.

Ce tête-à-tête pourrait-il influencer la décision de Macky Sall quant à une éventuelle 3ème candidature ?

Peut-être. Mais même si cette question sera abordée, je pense que le grand public n’en saura pas grand-chose.
N’oublions pas que le président Macky Sall n’est qu’à son début de mandat, le second. Je crois qu’il va continuer à entretenir le flou au tour de cette question encore pendant longtemps. Rappelons qu’il avait affirmé au moins à deux occasions qu’il ne briguera pas un troisième mandat. Le cas du président Wade et ceux récemment de Ouattara et d’Alpha Condé peuvent nous amener à être prudents dans nos analyses. En Guinée et en Côte d’Ivoire, cette question était agitée mais elle n’a eu son épilogue qu’à quelques semaines des élections dans ces deux pays. Le flou sera entretenu au Sénégal aussi jusqu’à l’approche de l’élection présidentielle.
Peut-être que comparaison n’est pas raison et qu’une décision sage sortira de ce débat au Sénégal pour le bien du peuple sénégalais.

Que vous-inspire la présence de Ouattara, qui a déjà déposé sa candidature, chez Macron?

C’est une caricature que vous faites en vous exprimant ainsi. Emmanuel Macron n’est pas le Président du Conseil constitutionnel de la Côte d’Ivoire. Il semble qu’il y sera pour des vacances. Je ne vois pas Ouattara retirer sa candidature ou celle-ci soit invalidée par le Conseil constitutionnel. Présent en France ou pas, c’est sûr que les deux chancelleries en ont discuté. Il n’y a pour le moment aucune condamnation de cette candidature. Les États-Unis s’en remettent d’ailleurs à la décision des juges des élections.

Quel lien entre la question cruciale des 3èmes mandats et l’impérative relance des économies dans la sous-région ?

C’est triste de le dire mais nos chefs d’États s’occupent plus de leur situation politique que celle du développement économique. Certes, il y a des avancées dans certains pays sur le plan économique mais des décisions malencontreuses ont tendance à saper ces avancées pour les permettre de perdurer au pouvoir ou à envisager une dévolution familiale ou clanique du pouvoir. Il faut que nos autorités politiques sachent que l’action politique ou la contribution au développement économique ne se limite pas à l’exercice du pouvoir. Le respect des principes démocratiques et de la loi fondamentale sont aussi des gages d’un développement économique et social. Ils constituent même le fondement car leur respect assure une stabilité, condition fondamentale pour l’épanouissement économique et social d’un pays.

Beaucoup d’observateurs soupçonnent la France d’être derrière le ‘’souple’’ coup d’Etat contre Ibk. Avez-vous le même sentiment ?

La France a de l’expérience dans la gestion de ce type de crise. Elle connait la situation politique du Mali. Tout ce que je sais, c’est que le départ d’IBK était une demande sociale pour qui connait bien le Mali et qui y a séjourné, ces dernières années. Je ne veux pas dire que j’encourage cette pratique qui peut être un grave précédent. Pour moi, la France a eu une meilleure lecture de la situation que les chefs d’État de la Cedeao. Elle a eu à condamner ce coup de force mais sans pour autant penser à des sanctions dans l’immédiat. Si les chefs d’État de la Cedeao étaient mus par l’intérêt des populations maliennes, ils ne devraient pas avoir cette posture de sanctions, surtout de sanctions qui vont étouffer davantage des populations qui souffrent sur le plan économique et social. Le Mali fait partie des pays les plus pauvres de la planète, il vit une situation sécuritaire marquée par des conflits liés au terrorisme, à des conflits intercommunautaires, s’y ajoute la crise sanitaire mondiale qui a paralysé le monde avec ses conséquences économiques et sociales sans précédent.
On peut comprendre que ces décisions soient basées sur des principes, des textes qui gouvernent l’institution. La Cedeao doit gérer cette crise de façon intelligente et en impliquant l’ensemble des acteurs nationaux.
Les autorités politiques dans les différents États doivent écouter les peuples et mener des réformes polico-institutionnelles pour aller vers une Cedeao des peuples. On pourrait citer le cas du parlement de la Cedeao dont le choix des membres est fait sur la base de nomination même s’ils sont issus d’élections au suffrage universel direct. Ce sont des élections nationales. Ces députés doivent être élus à travers des élections dédiées comme cela se fait en Europe pour donner plus de légitimité à l’institution.

Quels impacts cette impasse peut-elle avoir sur les réformes déjà en cours sur la monnaie ouest-africaine ?

Pour moi, cette réforme est plus impactée par la Covid-19 et par la volonté politique. La France a adopté un projet de loi mettant fin au Franc CFA au plus fort de la crise de la Covid-19. Ce qui pour moi est plus un coup de communication qu’autre chose. La preuve est que le projet de loi n’est toujours pas adopté par l’Assemblée nationale française.
Cette réforme, de toute façon, a pris une mauvaise tournure avec l’exclusion des autres États de la Cedeao.


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