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Restaurer la confiance des populations

Or, de nombreux États africains connaissent aujourd’hui un problème de confiance  : c’est la confiance des populations dans leurs gouvernements respectifs. Même s’il s’agit d’une problématique complexe à causes multiples (et bien sûr pas limité à l’Afrique), il est clair que certaines réalités politiques ou socio-économiques d’aujourd’hui, comme la corruption, le détournement de fonds, la manipulation des élections ou le favoritisme, alimentent cette méfiance des populations africaines vers leurs leaders politiques. Le résultat nuit directement aux États mêmes, par exemple au travers d’une assiette fiscale réduite, à cause de citoyens qui préfèrent acter dans le secteur informel au lieu de payer des impôts à un gouvernement perçu comme non intègre. Une solution technique, telle que la blockchain, en tant que garant neutre entre parties prenantes, pourrait aider à rétablir de la confiance entre populations et États au bénéfice des deux.

La blockchain à la place d’une monnaie digitale

Avec l’introduction d’une monnaie digitale basée sur la blockchain et émise par la banque centrale, comme l’Afrique de l’Ouest avec le e-Eco, les États gagneront en visibilité sur les flux financiers sur leurs territoires respectifs. Via une imposition des transactions financières enregistrées, l’État pourrait ainsi augmenter effectivement ses revenus – sous hypothèse, que les citoyens utilisent cette monnaie digitale et n’ont pas recours à des alternatives « analogiques ». De fait, l’effet contraire et pervers d’une réduction de l’assiette fiscale de l’État pourrait même se réaliser, si la transparence fiscale est perçue comme trop invasive incitant davantage d’évasions.
Imposer l’usage d’une monnaie virtuelle semble irréaliste, notamment dans des pays où la digitalisation est encore naissante. En revanche, la blockchain offre d’autres cas d’usage qui peuvent encourager la formalisation et le paiement d’impôts (que ça soit en monnaie virtuelle ou manuelle).

Plus de services aux populations

L’idée clé est que la formalisation doit également fournir des avantages, par exemple, sous forme de services à la population formalisée, et la blockchain peut faciliter certains de ces services. Un premier exemple est l’enregistrement des cadastres sur la blockchain pour sécuriser les droits de propriété et réduire la peur d’expropriation. Ceci pourrait également attirer des investisseurs, qui d’ailleurs payeraient des impôts à l’État.
Un deuxième exemple est l’assurance des individus sans intermédiaire grâce aux smart contracts sur la blockchain  : d’un côté, la blockchain peut enregistrer l’historique médical de l’individu (maladies, accidents, vaccins…) ; de l’autre côté, l’algorithme intelligent enregistré sur la blockchain peut déclencher des remboursements automatiquement dès que les conditions définies dans la police sont réunies.

Mutualiser l’adoption de la blockchain

De la cryptomonnaie aux cadastres en passant par l’assurance, la blockchain offre des cas d’usage qui peuvent encourager la formalisation du secteur informel tout en augmentant l’assiette fiscale de l’État, et la mise en place en parallèle de ces cas d’usage pourrait mutualiser son adoption. En même temps, la pertinence de l’utilisation de la technologie blockchain doit être évaluée au cas par cas  : étant une technologie formidable pour la sécurisation de données entre plusieurs parties, la blockchain est tout de même plus complexe et techniquement plus lourde que des solutions centralisées.
Finalement, la blockchain, à elle seule, ne peut pas rétablir la confiance. Elle n’est pas la solution en soi, mais un outil pouvant aider à formaliser l’économie souterraine, tout en garantissant une traçabilité et une transparence des flux financiers.  Par Jean-Michel Huet* et Lennart Ploen**


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