Le 7 février 2026, à Thieytou, quarante ans après la disparition du Professeur Cheikh Anta Diop, le sanctuaire qui abrite ce géant de la pensée africaine s’est mué en un véritable foyer de résurrection symbolique. Là, dans ce lieu sobre et majestueux dont l’architecture évoque l’éternité des monuments de l’Égypte antique , s’est rassemblée une foule plurielle et habitée par la mémoire.
Ministre et hauts fonctionnaires, enseignants et chercheurs, étudiants et élèves, anciens compagnons de lutte, descendants, marcheurs de la conscience, disciples d’hier et d’aujourd’hui, venus du Sénégal et d’ailleurs, se sont retrouvés autour de ce mausolée comme on converge autour d’une source. Tous portés par une même certitude silencieuse : Cheikh Anta Diop n’a pas disparu, il nous parle dans notre tréfonds.
Cette commémoration s’inscrit dans une séquence mémorielle dense et signifiante.
Après le centenaire de sa naissance célébrée en 2023, puis le cinquantenaire du Colloque du Caire de 1974 en veilleuse en 2024, l’année 2026 apparaît comme un seuil. Un moment charnière où l’hommage appelle à l’actualisation.
Cheikh Anta Diop, le savant, le pharaon des savoirs, l’ architecte de la méthode fut un homme qui sut articuler avec rigueur la science, l’idéologie et la politique. Son œuvre est un projet de restauration de la vérité historique au service de l’émancipation. En rétablissant l’Afrique comme berceau de l’humanité et source majeure des civilisations, il cherchait la justice épistémologique.
Face à des peuples africains longtemps brimés, face à une histoire falsifiée pour servir des logiques de domination et de mise en dépendance, Cheikh Anta Diop a proposé une alternative radicale : penser par nous-mêmes, à partir de nos langues, de nos cultures, de nos archives, de nos sciences et de nos responsabilités historiques.
À Thieytou, ce 7 février 2026, quelque chose a résonné avec une intensité particulière.
Comme si, autour de ce mausolée, l’heure de la renaissance avait sonné. Une renaissance exigeante, critique, créatrice qui n’est pas figée dans l’admiration qui paralyse
Car l’héritage de Cheikh Anta Diop loin du dogme est une invitation à la recherche et à l’action.
Une invitation à nous inspirer de sa pensée et de son œuvre pour actualiser, innover, interroger nos propres réalisations, et surtout tenir compte des contextes nouveaux – géopolitiques, culturels, technologiques-dans lesquels se joue désormais le destin de l’Afrique.
Vivement le musée dans sa demeure de Fann et un centre d’interprétation de son ouvre à Thieytou.Mieux , une semaine du panafricanisme comme évoqué pour faire de ce lieu natal une destination d’un tourisme mémoriel.
À nous désormais de prolonger ce chantier inachevé.
À nous de faire de la souveraineté un projet concret, du panafricanisme une pratique vivante, du fédéralisme une architecture politique crédible, et de la renaissance africaine mieux qu’un slogan, une réalité historique en devenir.
Cheikh Anta Diop a ouvert la voie.
À Thieytou, quarante ans après, nous avons encore entendu l’appel.
Madou KANE
Le 08 février 2026
