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ITW-GORGUI WADE NDOYE, INITIATEUR DU ‘’GINGEMBRE LITTERAIRE’’ : ‘’Replacer l’Afrique au cœur de l’agenda mondial’’

https://www.enqueteplus.com L’on commence à se familiariser au ‘’Gingembre de ContinentPremier’’. Le Sénégal a déjà accueilli trois éditions du ‘’Gingembre littéraire’’ et la quatrième s’ouvre ce matin à Dakar. Son initiateur, le journaliste Gorgui Wade Ndoye, nous en dit plus dans cet entretien.

On connait le concept ‘’Café littéraire’’. Vous nous faites découvrir le « Gingembre littéraire ». Comment est né ce concept et d’où vient le nom ? 

Le « Gingembre de ContinentPremier », du nom du magazine panafricain éponyme, a pour ambition de replacer l’Afrique des idées, celle qui se pense par elle-même, en dehors des clichés et des stéréotypes déstabilisateurs, au cœur de l’agenda mondial. C’est un concept qui se décline en « Gingembre littéraire », « économique », « politique », etc., selon les thématiques abordées et les personnalités invitées. Il s’agit donc d’ouvrir un espace de réflexions, en toute liberté, de manière inclusive et dans la générosité, pour permettre aux Africains et à ceux qui s’intéressent véritablement à ce grand continent berceau de l’Humanité et des Civilisations, de penser et de proposer des solutions aux défis qui assaillent l’Afrique, mais aussi l’humanité dont elle est solidaire. Le temps où l’on imposait des cadres de penser et de faire aux Africains est plus que révolu. Le gingembre est une plante qu’on retrouve presque partout dans le monde et ses vertus médicinales sont prouvées. Son goût épicé donne aussi du caractère à nos conférences-débats où de grands intellectuels, hommes et femmes de tout âge se retrouvent au-delà de leur différence à cogiter ensemble sur le passé, le présent et l’avenir de l’Afrique, mais aussi du monde. Le « Gingembre », lancé officiellement le 1er mai 2019, à la Maison internationale des associations de Genève, dans la grande salle Mahatma Ghandi, avec plus de 200 personnes, s’inscrit ainsi dans le cycle global de nos réflexions entamé aux Nations Unies, à Genève, depuis 2012 sur « La place de l’Afrique dans le monde : démocratie et souveraineté ».

Aujourd’hui commence un nouveau cycle de conférences. Parlez-nous de cette nouvelle édition ? 

Nous ouvrons la quatrième édition du « Gingembre de ContinentPremier », sur la thématique générale « Vivre ensemble : les médias traditionnels et les réseaux sociaux au service de la cohésion sociale », à la place du Souvenir africain, à  9 h 30, avec quatre panels animés par des personnalités de divers horizons reconnues chacune dans son domaine. Ensuite, nous aurons un autre panel à l’école de journalisme Ejicom, à Keur Gorgui, demain vendredi, pour finir en apothéose à l’amphithéâtre Crac de l’université Gaston Berger de Saint-Louis, ville où le journalisme sénégalais est né. Il s’agit, globalement, de reconstruire les stratégies utiles au vivre-ensemble : éducation à la citoyenneté, identités socioculturelles, quelle responsabilité des médias ? Quand on évoque la responsabilité des médias, l’on ne peut ignorer le rôle combien détestable et criminel joué par une certaine presse au Rwanda, en 1994, mais aussi en Côte d’Ivoire, à la suite de la crise postélectorale. Nous avons donc, dans cette édition de 2022, invité des journalistes amis aussi des politiques de ces deux pays pour témoigner, afin que ce qui s’est passé dans ces deux pays de cette Afrique qui nous est tous si chère, ne puisse plus se reproduire. Avoir des témoins de l’histoire de manière physique, virtuelle, orale ou par l’écrit, oblige à être plus humble et à mieux questionner l’exercice de ce métier du journalisme si noble, mais malheureusement agressé et violé dans ses fondements par beaucoup qui s’en servent et/ou qui devraient le protéger.

Médias et cohésion sociale  : le thème de cette année. Pourquoi ce choix ? 

L’ère numérique a facilité l’accès à l’information, la création et le partage de connaissances, favorisant ainsi les échanges et le dialogue interculturel. Cependant, la montée de discours haineux et le ‘’terrorisme’’ verbal en ligne démontrent que la technologie numérique a également engendré un certain nombre de défis. L’un d’eux est l’établissement d’un juste équilibre entre la liberté d’expression en ligne d’une part, et, d’autre part, le respect de la dignité humaine et du vivre-ensemble. Quel rôle jouent les médias traditionnels et les réseaux sociaux dans notre quotidien et l’éducation des populations ? Quelle place tiennent-ils au sein du cercle familial, amical ou professionnel ? Quelle importance prennent-ils dans notre relation aux autres ? Quelles conduites adopter pour réduire les mauvais usages et surtout pour préserver le lien et le dialogue entre les populations ? Autant de questions qui seront traitées par ces éminences grises amies, aussi le public qui participera à la cagnotte réflexive. Naturellement, comme nous le rappelons dans notre note conceptuelle, l’objectif de ce ‘’Gingembre’’ vise à dessiner les pas menant vers la paix, la liberté d’expression et la vie dans une atmosphère de respect et de cohésion sociale. Il s’agit également de se pencher sur le rôle des médias traditionnels et des nouveaux médias dans le vivre-ensemble. Dans ce contexte, ces journées de réflexion s’interrogeront sur les raisons pour lesquelles il est essentiel de renforcer un journalisme libre et de qualité, afin de permettre aux médias de contribuer efficacement à leur véritable rôle : informer et éduquer. Plus précisément, les interdépendances entre liberté d’expression, droit à l’information, paix, inclusion et cohésion sociale seront explorées.

Cette année, il y a des hommes et femmes de médias à qui vous voulez rendre hommage (Babacar Touré, Sidy Lamine Niasse, Eugénie Rokhaya Aw, etc.). Que retenez-vous de ces grands de la presse sénégalaise ?

La grande dame Eugènie Aw, icône du journalisme sénégalais, c’était une vie de combat, un engagement de tous les jours, qui va au-delà de sa seule corporation des médias.  Elle n’est pas que journaliste ; c’était aussi une féministe, une révolutionnaire, une militante engagée à gauche. La journaliste patriote est un exemple qui a été de tous les combats pour la démocratie, le pluralisme et la souveraineté du Sénégal. Notre dernière rencontre, c’était l’année dernière au Warc, à l’occasion d’une conférence organisée par la professeure Penda Mbow. Eugénie Aw était là encore, magistrale, se faisant la défenseure de la jeunesse qu’il faut comprendre et écouter. Babacar Touré, c’est d’abord un humaniste absolu et un visionnaire. C’est aussi l’aîné journaliste doué de tous les talents, une belle plume, qui a été de tous les combats de la démocratie sénégalaise. Babacar Touré, c’est le pionnier de la presse indépendante, un exemple pour des générations de journalistes. Aujourd’hui encore, la liberté d’expression et le pluralisme médiatique doivent tant au talent du fondateur du groupe Sud. J’aurais tant aimé le connaître personnellement, même si j’ai été pendant des années le correspondant de ‘’Sud Quotidien’’ en Suisse. Beaucoup de personnes qu’il a soutenues dans l’ombre se souviennent également d’un discret et bienfaiteur, notamment des étudiants à qui il a offert des bourses d’études. Le cheikh Sidy Lamine Niasse, ‘’c’est la quête de vérité qui l’a fait entrer en journalisme, comme on entre en religion, armé d’une conscience sacerdotale. Si seule la vérité est révolutionnaire, alors, il faut la dire. Par l’écrit d’abord, qui est verbe, la parole qui est action, l’image qui est création’’. Ces mots, ce sont ceux de Babacar Touré, qui a eu la chance de dire sa reconnaissance à Sidy Lamine Niasse de son vivant. C’était à la faveur de l’inauguration du nouveau siège du groupe Walfadjri, un après-midi du 1er avril 2010. Comme l’avait si bien résumé le fondateur de Sud, le regretté Sidy Lamine Niasse, c’est le journaliste, l’Intellectuel islamiste, l’homme d’idées, ouvert et curieux sur tout.  C’est surtout un symbole pour tous ces lettrés en langue arabe, même au pays de Senghor. Par sa détermination, son parcours et sa créativité, le patron du groupe Walf symbolisait la curiosité de l’intellectuel. C’était aussi un patron de presse écouté, une voix reconnue, avec laquelle les intellectuels, les politiques et le Sénégalais lambda aimaient à dialoguer. Il fut un ami et un frère pour moi, quand j’étais le président des clubs d’arabe du lycée Abdoulaye Sadji et des anciens de ce lycée de Rufisque à l’université Gaston Berger de Saint-Louis. Il a fait le déplacement dans mon quartier à Colobane II Sud pour une conférence et deux fois à Gaston Berger. Je le vois encore, lui avec tout ce qu’il représentait en termes de savoirs, me demander ce que je pensais de son exposé et de venir s’asseoir dans la chambre d’étudiant le 7G4/D. Merci à eux, à tous nos valeureux confrères qui nous ont quittés et qui devraient nous servir de référence. Nous devons préserver leur héritage intellectuel et humain.BABACAR SY SEYE