LE DERNIER VIRAGE AVANT 2024 PAR ABDOUL ALY KANE
Au regard de la baisse tendancielle des suffrages collectรฉs par le camp prรฉsidentiel au fil des consultations, une dรฉfaite de son chef en 2024 ne saurait รชtre รฉcartรฉe.
A lโissue des consultations lรฉgislatives du 31 juillet dernier ayant mis dos ร dos majoritรฉ et opposition en termes de suffrages obtenus, le prรฉsident de la Rรฉpublique, fort dโune majoritรฉ รฉtriquรฉe, a procรฉdรฉ au choix du prรฉsident de lโAssemblรฉe nationale au sein des รฉlus de lโAPR puis ร la formation dโun nouveau gouvernement.
Dans son adresse ร la Nation annonรงant le choix dโun Premier ministre, le Prรฉsident Macky Sall a dรฉclinรฉ les urgences de ce gouvernement de ยซ combat ยป, ร savoir lโallรจgement du coรปt de la vie, le soutien ร lโemploi et lโentreprenariat des jeunes, la lutte contre les inondations et la chertรฉ du loyer.
Lโhorizon de ce gouvernement est donc de 16 mois, soit la fin du mandat prรฉsidentiel dรฉmarrรฉ en 2019. Un prรฉsident de lโAssemblรฉe a รฉtรฉ choisi parmi les inconnus du landernau politique APR, selon le bon vouloir du โPrinceโ, et dont les suffrages obtenus ont รฉtรฉ contestรฉs par lโopposition, arguant que le vote au sein de lโhรฉmicycle sโest dรฉroulรฉ dans des conditions foulant au pied le rรจglement intรฉrieur de lโinstitution
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Lโinstallation du prรฉsident de lโAssemblรฉe a รฉtรฉ รฉmaillรฉe dโรฉvรจnements sidรฉrants et cocasses voire chaotiques, tels la confiscation du micro en pleine prise de parole dโun intervenant et le rapt de lโurne par des responsables de lโopposition suivi de lโintervention saugrenue et inopportune dโune escouade de gendarmes. Il y a eu surtout la sortie de salle spectaculaire de Mme Aminata Tourรฉ, tรชte de liste de la coalition prรฉsidentielle aux รฉlections lรฉgislatives, ne souhaitant pas voter pour le candidat de lโAPR au ยซ perchoir ยป, exigeant de ce fait que lui soit rendue la procuration faite au profit dโun de ses collรจgues Farba Ngom. Lequel aura tout de mรชme fini par voter pour le compte de sa camarade de parti contre son grรฉ.
En rรฉalitรฉ, celui dont lโimage aura le plus รฉtรฉ affectรฉe par cette rentrรฉe parlementaire chaotique, cโest bien le prรฉsident de la Rรฉpublique qui voit la situation รฉchapper ร son contrรดle, et le nouveau dรฉcor se planter sous ses propres yeux. Etsi cโรฉtait finalement รงa, la cohabitation, et non lโarrivรฉe de lโopposition aux affaires, ce qui aurait pu รชtre parfaitement possible au regard de lโactuel rapport des forces ร la Place Soweto.
Les รฉlus APR devront sโadapter ร cette nouvelle configuration en termes de rapport de force, qui va induire des dรฉbats รขpres et nรฉcessiter de la nรฉgociation ร la place de lโapprobation mรฉcanique habituelle. On pourrait mรชme penser que le contrรดle de lโAssemblรฉe par le pouvoir arrange quelque part lโopposition actuelle, en ce quโil le dรฉcharge de la formulation dโune politique alternative, qui ne pourrait รชtre quโapproximative parce que non prรฉparรฉe, et de la conduite dโun gouvernement.
En effet, quelle politique aurait pu proposer une inter coalition devenue majoritaire en lโabsence dโun programme commun de gouvernement conclu au prรฉalable ? Quel rapport entretenir avec le prรฉsident de la Rรฉpublique auquel la Constitution accorde le pouvoir de dรฉfinir la politique de la Nation ?
On aurait sans aucun doute assistรฉ jusquโen fรฉvrier 2024 ร des arrangements ou combinazione ร lโitalienne, prรฉjudiciables ร lโopposition, parce que pouvant la rendre comptable des รฉchecs รฉventuels dโun gouvernement quโelle aurait formรฉ. La configuration actuelle de lโAssemblรฉe pourrait รชtre, en derniรจre analyse, favorable ร une opposition plus ร lโaise dans le rรดle de ยซ gardien des pratiques de bonne gouvernance ยป face ร un pouvoir ayant dรฉjร avouรฉ avoir mis sous son coude des dossiers compromettants et promu des cadres de son camp รฉpinglรฉs par les organes de contrรดle publics.
En toutes hypothรจses, la gestion de sa majoritรฉ ร lโAssemblรฉe ne sera pas de tout repos pour le prรฉsident de la Rรฉpublique.
Entre propositions de lois de lโopposition, propositions de commissions dโenquรชte parlementaires sur des sujets brรปlants, dรฉnonciations de malversation ou de mauvaise gouvernance avec des ยซ gorges profondes ยป convaincues de la fin du pouvoir, revendications sociales du fait de la chertรฉ du coรปt de la vie, le Sรฉnรฉgal va vivre pendant 15mois une situation politique tendue dont lโรฉpicentre de dรฉplacera vers lโAssemblรฉe nationale oรน les ยซ interdictions ยป de manifestation habituellement servies ร lโopposition par les autoritรฉs administratives ne sont pas opรฉrantes.
Le prรฉsident Macky Sall va dรฉsormais diriger le pays jusquโau terme de son mandat actuel, avec une majoritรฉ courte et instable ร lโAssemblรฉe nationale, ce qui va le contraindre ร sโingรฉrer davantage dans le fonctionnement de cette institution et poser des actes politiques inattendus en vue de la conservation de cette majoritรฉ.
Son grand dรฉfi sera de garder la cohรฉsion de lโAPR jusquโร la fin de son mandat, ce qui ne sera pas chose aisรฉe au regard des pratiques de la classe politique, dont la transhumance et le chantage sont les plus courantes. Le gouvernement aura la difficile tรขche de dรฉfendre ses dossiers dans une Assemblรฉe oรน rien nโest acquis dโavance.
Bref, le pays va vivre une pรฉriode de grande dรฉmocratie parlementaire ร la condition que les nouveaux รฉlus soient ร la hauteur de leur mission. Au-delร des urgences sus รฉvoquรฉs, le gouvernement aura ร poursuivre lโexรฉcution du PSE dans un contexte de raretรฉ des ressources financiรจres de la coopรฉration internationale et de fort endettement du pays.
Le prรฉsident SALL a choisi comme Premier ministre M. Ahmadou Ba, ancien ministre des Finances puis des Affaires รฉtrangรจres. Parmi les critรจres du choix portรฉ sur sa personne, il a รฉtรฉ avancรฉ quโil est un artisan du PSE (Plan Sรฉnรฉgal รฉmergent). Nโayant pas รฉtรฉ lโunique concepteur de ce rรฉfรฉrentiel des politiques publique nationales, nous prรฉsumons que lโon parle surtout de son rรดle en matiรจre de mobilisation des ressources financiรจres auprรจs des partenaires financiers internationaux.
Compte non tenu de ses probables qualitรฉs personnelles, nous retenons dโAhmadou Ba quโil est lโargentier de lโEtat qui a endettรฉ le Sรฉnรฉgal plus que de raison, handicapant notre indรฉpendance financiรจre, รฉlรฉment important de notre libertรฉ dรฉcisionnelle en matiรจre รฉconomique.
Cet endettement a servi ร financer des infrastructures dont lโimpact sur lโรฉconomie ne sโest pas encore traduit par des retours sur investissements consรฉquents, permettant de faire face aux รฉchรฉances, mรชme si par ailleurs les travaux dโinfrastructures ont pu maintenir un taux de croissance artificiel, sans rapport avec la structure rรฉelle de lโรฉconomie cependant. Les conventions de financement dโhier avec les partenaires internationaux publics et privรฉs sont constitutives du stock de la dette dโaujourdโhui sur laquelle le FMI alerte.
Lโheure des remboursements a sonnรฉ alors que les cash-flow ne sont pas ร la hauteur!
Avec les travaux du PSE, le Sรฉnรฉgal est aujourdโhui dans une impasse รฉconomique et financiรจre. Lโheure des remboursements a sonnรฉ alors que les cash flow ne sont pas ร hauteur, induisant le recours au marchรฉ obligataire pour honorer les รฉchรฉances et ยซ reprofiler ยป la dette. Notre conviction est que le centre focal dโun plan de dรฉveloppement est dโabord la rรฉappropriation des ressources naturelles pour asseoir un politique dโindustrialisation basรฉe sur leur transformation, et la promotion dโun rรฉseau de PME industrielles et agro industrielles.
Dรฉvelopper le Sรฉnรฉgal demande le courage de prendre de grandes dรฉcisions de souverainetรฉ รฉconomique et lโimplication des populations sur les orientations, ce qui exige des gouvernants une transparence dans la gestion des fonds publics assise sur une culture de reddition des comptes et de prise de sanctions contre les auteurs de pratiques de mal gouvernance. La pรฉriode qui sโouvre va se refermer en 2024.
Pour ce qui concerne les prochaines รฉchรฉances prรฉsidentielles, la candidature du Prรฉsident SALL ร un 3รจme reste encore un mystรจre, faute pour ce dernier de corroborer ou dโinfirmer ses dรฉclarations antรฉrieures de non candidature amplement relayรฉes sur les rรฉseaux sociaux (VAR).
Cela nโempรชche que des hypothรจses puissent รชtre posรฉes et analysรฉes trรจs succinctement quant ร leurs consรฉquences possibles. Si le candidat Macky Sall ne se reprรฉsente pas en 2024, lโAPR nโy survivra pas faute de prรฉparation dโun dauphin dans des dรฉlais suffisants; les ambitions des uns et des autres vont se libรฉrer, et ce qui reste de lโunitรฉ du parti volera en รฉclats.
On se rappelle que Senghor avait passรฉ le relais ร Abdou Diouf via une disposition insรฉrรฉe en 1976 dans la constitution soit 5 ans avant son dรฉpart (art.35 alinรฉa 2 de la loi constitutionnelle no 76-27 du 6 avril 1976). Si le prรฉsident Macky Sall dรฉcide de prรฉsenter sa candidature pour un 3eme mandat, il sera dโabord obligรฉ de le faire ร trรจs court terme, ce qui va limiter dans le temps le travail gouvernemental. Mais surtout, il devra faire face ร lโopinion et notamment ร lโopposition qui nโaura nullement besoin de thรจme de campagne autre que le dรฉdit de la parole donnรฉe. Au regard de la baisse tendancielle des suffrages collectรฉs par le camp prรฉsidentiel au fil des consultations, une dรฉfaite de son chef en 2024 ne saurait รชtre รฉcartรฉe.LeTemoin