COMMENTAIRE : Ma part de vérité  !

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COMMENTAIRE : Ma part de vérité  !

http://www.enqueteplus.com Trop d’émotion. De l’électricité dans le vent. On calme le jeu. On interroge les faits. Aussi bien les paysans de Ndingler que le PDG du Groupe Sedima sont des Sénégalais. Seule la vérité doit donc permettre de les départager. Si tant est qu’elle nous intéresse  !
D’abord, à qui appartiennent les terres litigieuses situées à la frontière entre Ndiaganiaw et Ndingler ? Ici s’affrontent deux droits : le droit moderne dont se prévaut Babacar Ngom et le droit coutumier que brandissent les paysans.

Les parties ont-elles apporté la preuve de leurs prétentions ? Quoi qu’on puisse lui reprocher, le PDG de Sedima a pu mettre sur la table une preuve intangible. Un titre foncier en bonne et due forme. En droit, ce genre de titre est considéré comme définitif et inattaquable. (Comment est-il parvenu à faire transformer sa délibération en TF ? Y a-t-il eu un dysfonctionnement au niveau des services étatiques ?…).

Autant de sujets de réflexion pour une gestion efficiente de la terre, non seulement pour les générations actuelles, mais également pour celles à venir. Mais ceci est un autre débat et cela transcende l’affaire Ndingler et Babacar Ngom. Dans cette affaire qui défraie la chronique, même si la loi le permettait, il faut reconnaître que ni la morale ni la justice ne sauraient cautionner que n’importe quel milliardaire puisse venir s’emparer des terres appartenant à des paysans. Raison pour laquelle il est utile de s’intéresser aux allégations des paysans. Nonobstant le titre foncier dont dispose l’homme d’affaires. Ces derniers peuvent-ils apporter, de quelque manière que ce soit, des preuves d’une quelconque propriété ou même de leur possession sur le bien ? Jusque-là, cela n’a pas été fait. La seule réponse fournie c’est  : « Sunu suufu maam leu (Ce sont les terres de nos ancêtres). Si on se rend sur les lieux, nous allons vous montrer le ‘nebadaaye’ de tel ancêtre, celui de tel autre ancêtre… » D’autres donneront le nom de grands-parents qui vivaient près de la ferme. Mais pas dans la ferme.
Mais soit ! A supposer même que les terres appartiennent à leurs aïeuls. Est-ce une raison de les laisser en jachère pendant toute une éternité ? Comme c’est le cas un peu partout sur le territoire national.
Voilà pourquoi il est impératif de savoir si ces terres faisaient l’objet d’une exploitation avant l’arrivée de Sedima.
Pour Babacar Ngom, la réponse est négative. « C’était une vaste brousse. J’ai payé au total 77 millions de F CFA pour débroussailler, suite à la délibération du conseil municipal. Personne n’osait, à l’époque, s’y aventurer ». Pour les paysans, c’est affirmatif. Quand on leur demande depuis quand ils les cultivent, les réponses divergent. Quand elles ne se contredisent pas.

Aucune date exacte. Beaucoup de généralités et d’hésitations.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’exploitation de ces terres est relativement récente pour des immeubles qui sont supposés appartenir à leurs arrières grands-parents.
Rapportant des confidences du maire de Ndiaganiaw, Ngom a dit : « C’est un gars honnête (le maire) qui ne veut pas être emporté dans du n’importe quoi. Mais il est très gêné, parce que c’est sa population. Il m’a confirmé qu’au début de cette histoire, même des gens du village lui disaient que ce terrain n’était pas exploité. Mais aujourd’hui les mêmes n’osent plus le dire à cause de la pression. »
Interpellé, le maire affirme  : « Je ne sais franchement pas si la terre était exploitée ou non avant. Mais puisqu’ils (les villageois) disent qu’ils les exploitaient, je ne peux que les croire.
Certes, je suis de la zone, mais je n’avais jamais été là-bas avant 2014-2015. »
Ainsi, aucune des preuves admises en droit n’est encore apportée par les gens de Ndingler. Pas d’écrit, pas de témoignage (neutre), pas d’aveu, même pas encore suffisamment d’indices. Il ne s’agit pas de dire qu’ils n’en disposent pas, encore moins qu’ils ont tort. Il s’agit juste de dire que, dans ce litige qui oppose des parties, toutes sénégalaises, nous ne pouvons qu’être du côté de la vérité. Et celle-ci ne peut jaillir que de la confrontation des différentes versions.

Par ailleurs, se pose également la question relative au nombre de victimes. Combien de personnes étaient sur le terrain avant l’arrivée de Sedima ? La réponse est 40. Pour Babacar Ngom, d’abord, personne n’était sur les lieux avant. Ensuite, même après le terrassement, pas plus d’une dizaine ne s’y activaient. Jusqu’au dernier hivernage.

Malgré tout, on aurait pu comprendre le combat de Ndingler, si les terres étaient effectivement situées dans le village. Raison pour laquelle nous avons essayé d’y voir plus clair. Là également, difficile de trancher si le terrain appartient à Ndingler (commune de Ndiaganiaw) ou à Dilakh (commune de Sindia).
En attendant d’avoir l’avis de l’autorité administrative compétente, nous nous sommes approchés des deux maires. Pour celui de Sindia, ces terres relèvent bel et bien de sa compétence. Quant à son homologue de Ndiaganiaw, il répond  : « Je ne peux vraiment pas m’avancer sur cette question, parce que la zone n’a pas été délimitée. Aujourd’hui, personne ne peut dire de combien d’hectares le champ a empiété sur Ndiaganiaw. Il faudrait que les autorités viennent effectuer le tracé. »
Une chose est sûre  : entre les habitations de Ndingler et la ferme, c’est une très longue distance que nous avons parcourue. Six kilomètres, aime à marteler le PDG du Groupe Sedima. Selon les gens de Ndingler, c’est parce que leurs grands-parents ont été chassés desdites terres par le tarissement des puits, la difficulté à accéder à l’eau. Toujours est-il que nous avons du mal à croire que les 140 ménages environ, qui vivent dans le désormais célèbre village, peuvent, seuls, cultiver toutes ces terres que nous avons vues sur place. Même s’ils prétendent le contraire.
Cela dit, rien ne peut expliquer l’attribution à titre privatif d’autant de superficies de terres arables à des individus. Fussent-ils nationaux. Quand c’est des étrangers, c’est encore pire  ! C’est tout aussi inadmissible que des paysans veuillent refuser de manière quasi-systématique tout projet agricole. Au seul motif que ‘’sunu suufu maam leu’’. MOR AMAR


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