DES MOTS SUR DES MAUX – Décrochage en rase en campagne Par CALAME

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http://www.sudonline.sn/L’annonce de la « démission » du directeur de cabinet du ministre de la Santé relève de ce que les maths définissent comme une  » équation à multiples inconnues aléatoires ». D’ abord, question « timing», elle intervient au moment où le ministère de la Santé le met régulièrement en scène et en selle, en alternance avec sa collègue, le Docteur Marie Khemess Ngom Ndiaye, pour égrener quotidiennement la liste des personnes testées, le nombre de malades guéris, en traitement, les morts des suites d’atteinte du coronavirus. Il en est devenu un des visages peu rassurants il est vrai, de cet exercice anxiogène et intrusif en s’invitant -et par voie de fait – en s’imposant dans nos foyers.
Les médias se sont fait un devoir de relayer massivement, en rivalisant de zèle et d’absence d’esprit de discernement cette communication agressive, traumatisante dont l’absence d’efficacité s’est traduite par une défiance, un rejet, populaires, abondamment illustrés par les manifestations de jeunes, la disqualification par des « foyers » religieux – non des moindres- des mesures gouvernementales, la capitulation de l’État lui-même en rase campagne, réduit à prôner le « vivre ensemble avec le virus » indésirable.
Dans ces circonstances, le départ du numéro 2 de l’armée de campagne, bien que prévu avant la crise sanitaire, mais retardé par celle-ci, interpelle et intrigue. La situation de la lutte contre la Covid 19 est-elle à ce point désespérée qu’il n’est plus nécessaire, ni utile, de différer outre mesure ses projets individuels ? Le plan de carrière consiste-t-il à occuper un poste central, où visibilité ne rime pas forcément avec lisibilité, mais qui permet, la proximité aidant, de se faire adouber par les institutions internationales ?
Dans des échanges émouvants d’une rare affectivité, le ministre de la Santé se gausse d’avoir mis le pied à l’étrier son ex-directeur de cabinet dont la candidature a été sinon présentée, au moins soutenue par le ministère, entendez le ministre himself.
Le migrant confie, la larme à l’œil, sa profonde émotion et sa reconnaissance éternelle à M. le ministre, par ailleurs son cher « ADS », comprenez ainsi qu’il appelle familièrement Abdoulaye Diouf Sarr par ses initiales. Ne nous méprenons point. On ne saurait manquer de se réjouir chaque fois qu’une personne méritante reçoit un coup de pouce dans l’évolution de sa carrière. On peut raisonnablement présumer que c’est le cas du directeur de cabinet partant, même si on peut légitimement se poser la question du vide qu’il pourrait laisser en quittant ce poste hautement stratégique qu’il occupe depuis seulement le remaniement post électoral intervenu il y a à peine 14 mois. Maintenant, s’il n’y a pas de vide que son remplaçant pourrait valablement compenser, cela poserait autrement la problématique des nominations et procédures au sein de la haute administration, où les états de service n’ont pas toujours quelque chose à voir avec le profil, l’expertise ou l’expérience.
Par ailleurs, nos sacro-saints partenaires au développement doivent se poser bien des questions au regard de leurs pratiques systématiques de débauchage de nos meilleurs cadres. Pour la plupart, nos têtes pensantes ne résistent pas à l’attractivité des postures de prestige, de possibilités d’accès à des ressources autrement hors de portée, de bénéficier de la reconnaissance des leurs qui passe par la légitimation à l’international.
Combien d’entre eux n’ont pu accéder à la propriété bâtie, entretenir la famille élargie, se construire et se créer des liens sociaux et professionnels valorisants. Les institutions et autres organisations internationales, gouvernementales, multilatérales publiques et privées, contribuent à piller le premier facteur de progrès, de création de richesses et d’émancipation, qui n’est autre que la ressource humaine.
Dans les pays qui prétendent nous aider, la politique de l’immigration choisie décapite nos universités, nos sociétés qui ont tant investi pour éduquer et former les rescapés d’un système extraverti. Sur place, dans nos pays, la crème de l’élite est happée par leurs représentations locales, même si le statut fourre-tout de « chargé de programmes (ou de communication) de ces agents recrutés localement (local staff) ne leur confère pas les avantages auxquels peuvent prétendre leurs homologues de la « fonction publique internationale  » Ne nous voilons pas la face. Cette situation préjudiciable à nos sociétés est de la responsabilité des « élites » et des régents qui ont confisqué le pouvoir, tout acquis à servir des intérêts étrangers à la cause des populations du continent africain.
Après 60 ans d’autonomie interne drapée sous les oripeaux d’une indépendance Cha Cha, hymne à « la liberté entre nos mains  » chanté par l’artiste congolais Grand Kallé et l’African Jazz Orchestra au moment du départ maquillé des colons, l’Afrique en est encore à tendre la main. Pourtant, des enfants de ce continent font les beaux jours de leurs « hôtes » dans la recherche, dans les universités, dans les firmes, dans la mode, dans l’art, dans la culture des pays hermétiques au courant migratoire (souvent forcé) qui a donné au monde sa substance et sa configuration actuelle.
A l’inverse, le continent considéré aujourd’hui comme l’avenir du monde, n’émet encore aucun signe probant qu’il sera d’abord et surtout l’avenir de ses enfants. C’est pourquoi le combat de ceux et celles qui ont résolument choisi de rester ou de rentrer, de partager les joies comme les peines de leurs compatriotes, n’en prend que plus de valeur. Exemplaire ! Le départ du dircab pose également un problème d’opportunité, du rapport entre les opportunités de carrière et le moment opportun pour acter une légitime mobilité professionnelle.
A l’actif du ministre, le remplacement de son plus proche collaborateur par une personnalité de même confession considérée comme minoritaire. C’est un fait suffisamment important voire inédit pour ne pas être salué comme il se doit. Dans d’autres contextes, on aurait pu se poser des questions quand un chrétien en remplace un autre. De même que le problème ne se pose pas quand un musulman succède à un coreligionnaire, il ne devrait pas l’être pour d’autres confessions. Seulement, voilà : nous sommes dans un petit pays où de plus en plus de voix obscurantistes et tonitruantes s’élèvent, amplifiées par des médias irresponsables pour mettre en avant un discours discriminant sur la domination d’une majorité musulmane qui devrait appliquer sa loi à une catégorie décrite comme ultra minoritaire. Or en République, on ne compte pas en termes quantitatifs ou en nombre, mais plutôt en capacité à garantir à toutes et à tous la même qualité en matière de droits (et de devoirs), d’égalité, d’équité, d’opportunités, de sécurité, de libertés individuelles et collectives d’aller et de venir, d’entreprendre, etc.
Dans la pratique, on observe un déficit criant de politiques volontaristes et attentives voire soucieuses de ces questions qui interpellent notre citoyenneté collective, la qualité et l’harmonie de notre « vivre ensemble « . Ce n’est pas parce qu’on n’en parle pas qu’un problème n’existe pas. L’État doit aménager notre commun vouloir de vie commune, de sorte que la zone de confort des uns ne soit le détonateur de l’inconfort des autres. Il s’impose aux dirigeants comme à tous les citoyens, qu’ils en soient conscients ou pas, un impérieux devoir de repérer les angles morts de notre société et d’abriter leurs occupants sous le parapluie fédérateur et protecteur de la République.


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