LE GÉNÉRAL ET LA VÉRITÉ DE LA GUERRE PAR L’ÉDITORIALISTE DE SENEPLUS, TIDIANE SOW

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LE GÉNÉRAL ET LA VÉRITÉ DE LA GUERRE PAR L’ÉDITORIALISTE DE SENEPLUS, TIDIANE SOW

EXCLUSIF SENEPLUS – L’exécutif semble céder à chaque coup de boutoir. On en revient à là où on aurait dû commencer : informer, sensibiliser, responsabiliser et rester derrière le peuple.
Souvenons-nous de nos westerns favoris : quand la cavalerie charge, le général est sur le côté. Plus le grade est élevé, plus le gradé est loin derrière les troupes. Cela n’a rien à voir avec le courage ni avec la bravoure. C’est la loi de la guerre. C’est le général qui a le plan de la bataille, il doit être à l’abri.

Rappelons aussi la qualité principale d’un homme politique selon Mitterand : l’ indifference ; une fois la voie tracée disait-il, il ne fallait pas s’arrêter aux états d’âme subalternes, il fallait être indifférent aux jugements éphémères, aux coteries, aux manipulations, aux jalousies. Enfin, il assénait qu’il fallait avoir la nuque raide pour ce qu’on estimait juste.

Les gens regarderont toujours dans le rétroviseur et tireront des enseignements à posteriori. Le biais rétrospectif peuple les places publiques.

Dans cette guerre qu’il avait déclarée à la Covid-19, la place du président aurait été meilleure derrière nous autres fantassins, les citoyens. Il a pris le risque d‘essuyer toutes les éclaboussures à la moindre anicroche en se mettant devant et en multipliant des gestes qui, aujourd’hui, pourraient apparaitre comme des maladresses : suppression du poste de Premier ministre, réquisition de tous les pouvoirs, mise en scène devant des sacs de riz, etc.

Le discours du 11 Mai fût un tournant. Ce fût un énoncé chaotique. La parole manqua de richesse, le ton d’espoir, et les questions de réponses fermes. Les lobbies semblaient continuer d’imposer leur diktat à un exécutif qui en la circonstance concentrait pourtant tous les pouvoirs.

Le président apparut fatigué, mal à l’aise. L’aplomb de ses premiers discours avait disparu. La façon lente dont il débitait les mots pouvait trahir qu’ils n’étaient ni dans son esprit, ni dans son coeur. A nous citoyens à qui il s’adressait, ils ne furent pas plus dans notre coeur, ni dans notre esprit. Une phrase malheureuse sonna le glas de nos espoirs : “il nous faut apprendre à vivre avec le virus” : le contraste était saisissant avec le slogan “Nous sommes en guerre” des premiers jours de la maladie.

Le président a peut-être écouté trop de monde. La meute, comme les chiens sauvages a fini par attaquer sa politique, chaque chien lui arrachant un lambeau ; cela commença par quelques religieux qui obtinrent l’ouverture des mosquées. Puis les commerçants s’engouffrèrent dans la brèche ouverte pour exiger l’ouverture des marchés. La diaspora, avec une rare ténacité, obtint contre l’avis de la justice et de son ministre de tutelle, le rapatriement de ses morts au pays. Puis vinrent les enseignants qui obtinrent à la dernière minute le report sine die de l’ouverture des classes, après avoir été laborieusement convoyés aux quatre coins du Sénégal. Une heure avant ce report, le ministre de l’Education nationale assurait que tout était fin prêt pour l’ouverture du lendemain. Les jeunes rognèrent sur le couvre-feu en brûlant quelques pneus épars dans les rues désertes et enfin les transporteurs n’eurent qu’à hausser légèrement le ton pour faire sauter le verrou de l’interdiction du transport interurbain et obtenir ainsi gain de cause.

L’exécutif semble céder à chaque coup de boutoir. Le peuple, jusqu’alors tétanisé par la peur du virus, a compris le message : “Nous devons vivre avec le virus”. On en revient là où on aurait dû commencer : informer, sensibiliser, responsabiliser et rester derrière le peuple.

Les récentes mesures prises ne passèrent point pour ce qu’elles furent – à savoir un allègement des mesures sanitaires au profit d’une reprise économique – mais pour ce qu’elles paraissaient être, à savoir une reculade devant des protestations catégorielles du peuple. Des moussaillons, sans grande influence à priori, sous l‘effet de menaces à peine voilées ont contraint le pouvoir à reculer.

La grandeur des hommes politiques se révèle surtout en période de crise. Elle ne consiste pas toujours à occuper un poste ou un employ, dit-on. Elle consiste surtout à avoir une vision, à la vivre et ne pas craindre d’être mal compris.

Elle exige une communication impeccable, de l’originalité, de la coordination et du courage. Maintenant, les citoyens sont devant, à l’assaut de la maladie, à la place qu’il faut, celle où ils auraient dû être depuis le début. A eux d’exercer avec discernement leur responsabilité : celle de respecter les mesures barrières et de ne pas abdiquer.

Dr Tidiane Sow est Coach en Communication Politique


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