Hippolyte Fofack : L’après-Covid signe «l’approfondissement de l’intégration de l’Afrique dans l’économie mondiale»

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Hippolyte Fofack : L’après-Covid signe «l’approfondissement de l’intégration de l’Afrique dans l’économie mondiale»

https://magazinedelafrique.com/Il y a des raisons d’être optimistes quant aux perspectives de croissance de l’Afrique après la Covid-19. Un nouveau continent verra le jour révèle l’économiste en chef d’Afreximbank.
Tant de choses ont changé depuis le début de la pandémie du coronavirus, un événement «cygne noir» qui a affaibli l’économie mondiale et l’a placée sur la voie similaire à celle de la grande dépression des années 1930.
Les prix des produits de base se sont effondrés, tandis que le commerce mondial a chuté de 3% au premier trimestre – et baissera de 27%  (un record) au deuxième trimestre, selon les prévisions de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced).

Les échanges dans le cadre de la Zlecaf commenceront l’année prochaine, mais les avantages d’un marché entièrement intégré – qui devrait atteindre 1,7 milliard de personnes d’ici à 2030, avec un pouvoir de dépenses combiné des consommateurs et des entreprises de 6,7 billions de dollars – sont déjà importants.

Aux États-Unis, le chômage est monté en flèche et les banques alimentaires ont refait surface dans les grandes villes pour aider les familles à faire face à la double crise sanitaire et économique.
Le FMI prévoit une récession massive aux États-Unis, parallèlement à un ralentissement mondial synchronisé. Bien que l’ampleur de la contraction devrait être moins prononcée en Afrique, la région connaîtra néanmoins sa première récession économique en plus de 25 ans. La production africaine, qui est restée résistante pendant la crise financière de 2007-2008, doit faire face à un test majeur pendant la phase de tassement mondial du virus.
Cette fois, la contraction mondiale synchronisée reflète l’adoption d’un comportement d’aversion, un instinct d’auto-préservation contre le virus hautement mortel, et la mondialisation des mesures institutionnalisées (confinement, quarantaine et distanciation sociale) adoptée par divers gouvernements pour ralentir la propagation du virus et aider les systèmes de santé à faire face à la demande croissante de leurs services.
Les taux de reproduction efficaces (le nombre moyen de personnes qui contracteront le virus d’une seule personne infectée) sont en baisse et les taux d’infection atteignant des niveaux record, stagnent. Cela a permis d’assouplir les mesures de confinement, ce qui implique sans doute que le virus pourrait disparaître au cours du second semestre.
Néanmoins, selon un rapport de l’ONU, les chocs mondiaux de l’offre et de la demande provoqués par ces mesures ont déjà fait des ravages sur l’économie mondiale, qui devrait perdre près de 8,5 billions de dollars de production au cours des deux prochaines années.
La plupart des secteurs de l’économie ont souffert, la production étant au point mort dans plusieurs secteurs. La perturbation de la chaîne d’approvisionnement a entravé le commerce mondial, tandis que les revenus des ménages ont été affectés par la baisse de la production, qui fait monter les prix du côté de l’offre.
Les chocs mondiaux de l’offre et de la demande affectent également l’Afrique par d’autres canaux. Il s’agit notamment du resserrement des conditions financières, de l’augmentation des primes de risque, des inversions des flux de capitaux et des tensions sur les marchés des matières premières, qui aggravent tous les problèmes de liquidité et alourdissent les balances des paiements.
L’indice des prix des produits de base sur le marché libre de la Cnuced (qui mesure l’évolution des prix des produits primaires exportés par les économies en développement), a perdu 20% de sa valeur en mars. De plus, le chômage augmentant en Europe et en Amérique du Nord, les envois de fonds pourraient chuter. La Banque mondiale estime que les envois de fonds vers les pays à revenu faible ou intermédiaire pourraient baisser de plus de 20% cette année.

Récupération synchronisée et rapide

Au milieu de ces défis, il y a des raisons d’être optimistes quant aux perspectives de croissance de l’Afrique. La coordination mondiale de la politique économique s’est améliorée et les réponses des pays et des banques multilatérales de développement ont été exceptionnellement fortes. Cela pourrait aider à créer les conditions d’une reprise mondiale tout aussi synchronisées et rapides que le déclenchement du virus lui-même.
Dans ce contexte, les perspectives à court terme indiquent une résilience accrue des économies africaines, la production dépassant les taux de croissance tendanciels en 2021.
L’apparition de la Covid-19 et la résilience du continent dénotent « également l’approfondissement de l’intégration de l’Afrique dans l’économie mondiale et la convergence macroéconomique mondiale en cours. »
Cela sera soutenu par une reprise mondiale synchronisée et une expansion économique robuste des principaux partenaires commerciaux de l’Afrique : l’Union européenne, la Chine, l’Inde et les États-Unis, qui représentent plus de 60% dans la totalité du commerce africain.
Au lieu de sombrer dans des trous noirs financiers – comme cela s’est produit lors de la crise de 2007-2008 – les énormes programmes de relance budgétaire et monétaire des pays aident à éviter les faillites, à réduire les insolvabilités, stimuleront la demande et le commerce mondiaux et augmenteront les prix des produits de base dans l’après-confinement.
Parallèlement, l’appui opportun des banques multilatérales de développement aide les pays les plus touchés à s’adapter aux retombées macroéconomiques induites par le virus. Grâce à leur soutien contracyclique à la liquidité, ces institutions aident les pays à faire face à des pressions aiguës sur la liquidité qui engendrent des déficits. Les dépenses de santé et sociales augmentent à mesure que les recettes fiscales et les recettes d’exportation diminuent.
La reprise dépendra également du rapport de l’Afrique à la stabilité macroéconomique devenue un pilier de la politique économique à travers le continent. Pour la première fois, la baisse des pressions et des attentes inflationnistes a permis aux banques centrales d’étendre les mesures de relance monétaire et autres réponses politiques pour soutenir les Petites et moyennes entreprises, les aidant à éviter les défauts de paiement.
Au-delà du soutien à la reprise économique, ce passage d’un objectif de politique monétaire unique (ciblage de l’inflation) au double objectif de stabilité des prix et de croissance représente un changement profond dans le paysage politique d’une région où la répression financière a jusqu’ici inhibé la croissance à long terme et la transformation structurelle.
Elle dénote également l’approfondissement de l’intégration de l’Afrique dans l’économie mondiale et la convergence macroéconomique mondiale en cours.

Pouvoir du « capital patient »

Un autre facteur clé de l’amélioration de la résilience des pays africains est l’intensification du processus d’intégration économique intrarégionale. Bien que le commerce intra-africain reste relativement faible dans l’ensemble, il a augmenté régulièrement au cours de la dernière décennie et sert de plus en plus d’absorbeur efficace des chocs mondiaux défavorables.
Cette croissance devrait s’intensifier dans les années à venir, augmentant de moitié dans la décennie qui suivra la mise en œuvre de l’Accord de libre-échange continental africain (Zlecaf). En effet, il pourrait doubler si la facilitation des échanges, plutôt qu’une simple libéralisation tarifaire, était entreprise pendant la mise en œuvre des réformes continentales d’intégration commerciale.

La crise du coronavirus devrait inciter l’Afrique à inaugurer une industrie locale d’équipements pharmaceutiques et médicaux pour renforcer la santé et la sécurité nationale et mieux préparer la région aux futures crises sanitaires.

Les échanges dans le cadre de la Zlecaf commenceront l’année prochaine, mais les avantages d’un marché entièrement intégré – qui devrait atteindre 1,7 milliard de personnes d’ici à 2030, avec un pouvoir de dépenses combiné des consommateurs et des entreprises de 6,7 billions de dollars – sont déjà importants.
L’augmentation des opportunités de croissance et des retours sur investissement soutient les flux d’investissement et déplace leur composition des ressources naturelles vers des industries manufacturières à forte intensité de main-d’œuvre, les entreprises profitant de l’augmentation de l’efficacité et des économies d’échelle.
Étant donné que la défragmentation des économies africaines permet aux entreprises de répartir le risque d’investir sur des marchés plus petits dans la région, le pouvoir du « capital patient » en tant que moteur de la croissance va s’amplifier. La pandémie, qui a fourni une nouvelle occasion de tester la résilience des économies africaines, apparaît comme une opportunité d’accélérer le rythme d’injection de « capital patient » déclenché par la Zlecaf pour soutenir la diversification des sources de croissance et renforcer le commerce intra-africain.
Alors que la gravité de la crise du coronavirus devenait apparente, les économies avancées ont tiré parti de leurs moyens financiers pour surenchérir sur d’autres pays dans les chaînes d’approvisionnement mondiales des produits Covid-19 (y compris les équipements de protection individuelle, les kits de diagnostic et de test et les ventilateurs), ce qui complique la tâche des pays africains pour les obtenir dans l’heure pour leurs besoins.
À cet égard, la pandémie a révélé les défauts du modèle de développement qui, pendant des décennies, a relié l’Afrique à l’économie mondiale exclusivement en tant qu’importateur de produits manufacturés et exportateur de matières premières et de ressources naturelles non transformées. La crise du coronavirus devrait inciter l’Afrique à inaugurer une industrie locale d’équipements pharmaceutiques et médicaux pour renforcer la santé et la sécurité nationale et mieux préparer la région aux futures crises sanitaires.
Cela aiderait à combler le trou énorme et toujours croissant de la balance des paiements du continent et à stimuler le commerce intra-africain, renforçant encore la résilience économique de la région alors qu’elle s’engage dans une trajectoire de croissance à long terme. *Hippolyte Fofack est économiste en chef d’Afreximbank
Traduit de l’anglais au français par Serges David


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