Revue de presse du Dimanche 17 Mai 2020

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APR:QUEL AVENIR POUR AMADOU BA, MAKHTAR CISSÉ ET MIMI TOURÉ ? PAR PAPE SADIO THIAM

Le sort qui sera réservé au différents protagonistes dans cette sourde lutte à la succession de Macky pourrait être fatale non seulement aux prétendants, mais aussi au parti présidentiel lui-même
On dirait que la malédiction frappe tous ceux qui ont (ou du moins à qui on prête) des ambitions politiques. Aussi loin que l’on remonte dans l’histoire politique du Sénégal, il est facile de constater que c’est la rivalité qui est à la fois, et paradoxalement, le poumon et le poison de la politique. Du Parti socialiste à l’APR en passant par le PDS, les joutes politiques ont été très souvent fatales aux principales « promesses » d’épanouissement politique des collaborateurs des présidents. C’est vrai, la politique n’est guère une instance de fraternité religieuse, mais au rythme de la culture d’élagage systématique des potentiels aspirants à remplacer le roi, il y a à craindre. De Mamadou Dia du temps du PS à Macky Sall du temps de Wade ; l’histoire politique du Sénégal est rythmée de cortèges funèbres, faisant une procession incessante vers les cimetières politiques. Que d’énergie épuisée dans des luttes fratricides !
Que de génies sacrifiés sur l’autel de luttes politiques stériles pour le bien de la nation !
Alors qu’on regrette aujourd’hui encore le divorce fatal entre Senghor et Mamadou Dia, alors que la dislocation du parti libéral en mille morceaux est encore fraiche dans les mémoires, l’histoire semble se répéter pour l’APR. Ça combine de partout, ça cafouille, ça complote de toutes parts et tout se chamboule comme un château de cartes. A la manière des protagonistes de l’allégorie de làmbi golo, toutes les têtes qui dépassent sont systématiquement coupées et personne n’est désormais assuré de la plus petite parcelle de force politique susceptible d’être une soupape de protection pour le président qu’ils sont d’abord censés servir. En s’affaiblissant réciproquement, tous ses protagonistes ou potentiels aspirants minent le terrain de leur propre survie. Malheureusement l’histoire est tellement imbibée de passions que les hommes ne savent que très rarement en tirer les leçons pour éclairer leur avenir.
Ceux qui sont habitués à revisiter l’inépuisable répertoire mythologique des Grecs, savent que la lutte pour le pouvoir a toujours desservi les alliés et servi les adversaires. De tout temps, quand l’appétit du pouvoir devient insatiable et entraine une rivalité fratricide, la conséquence a été l’anéantissement réciproque des frères de parti. Antigone de Sophocle nous fait l’économie de la tragédie qui frappe inéluctablement les frères qui s’entretuent pour le pouvoir. Fils d’Œdipe et de Jocaste, Polynice et Étéocle offensent à trois reprises leur père parricide et incestueux jusqu’à l’enfermer. Œdipe les maudit trois fois et prédit qu’ils mourront chacun de la main de l’autre. La suite est plus que tragique : les deux frères héritent du pouvoir au sujet duquel ils s’entendent pour l’occuper par alternance au bout d’un an. Mais une fois au pouvoir, Étéocle refuse de céder. Ce qui amena Polynice le banni à se rebeller pour arracher le pouvoir des crocs de son frère. La suite est la réalisation de la prédiction de leur père incestueux : les deux moururent aux portes de la cité et le pouvoir pour lequel ils se sont fait tant d’injustices.
On peut tirer une infinité de leçons de morale de cette tragédie, dont deux principales. La première est que le destin, en politique comme ailleurs, ne vient jamais seul, il y a toujours une part de responsabilité dans le destin qui nous frappe. Le sort qui sera réservé au différents protagonistes dans cette sourde lutte à la succession de Macky pourrait être fatale non seulement aux prétendants, mais aussi au parti présidentiel lui-même. Le Parti socialiste s’est écroulé par suite d’une asphyxie découlant du poids insupportable des contradictions qui l’ont miné de l’extérieur. Le PDS a eu pratiquement le même sort : les luttes accessoires ont pris le dessus sur le combat principal. Les protagonistes se sont épuisés et perdu le goût de mener l’âpre combat pour le parti lui-même. La deuxième leçon qu’il faut justement tirer de cette tragédie qui frappe la famille d’Œdipe, c’est que les ennemis du dedans sont toujours plus redoutables et plus nocifs que ceux du dehors.
Qui pour dire à Mimi Touré, à Amadou Bâ, à Makhtar Cissé et aux autres qu’on ne grandit pas forcément en éradiquant toute grandeur devant soi ?
C’est vrai qu’il peut paraître insensé de conseiller à des rivaux politiques de faire preuve de loyauté même dans l’adversité, mais sur le thème du pragmatisme politique proprement dit, ils devraient être suffisamment outillés pour comprendre que la rivalité entre frères de parti doit avoir des limites. Quand on s’élève au-dessus de tous ses frères de parti sur la base d’intrigues, de complots et de lynchages médiatiques, on triomphe seul et très modestement. Et quand on triomphe après avoir écarté tous ses amis et alliés, la défense de son butin devient compliqué faute de soldat capable de comprendre son propre commandement. Il y a toujours des limites qui impliquent une forme de décence politique à ne jamais franchir sous peine de perdre le capital affectif dont a besoin tout aspirant à l’exercice de la puissance publique.
 Dans Théorie du partisan, Carl Schmitt déclare«l’ennemi est notre propre remise en question personnifiée»: on ne peut pas dire le contraire en réfléchissant sur les contradictions qui sont en train de miner le camp présidentiel. On a comme l’impression que le pouvoir n’est plus seulement pour eux un objet de convoitise, il est devenu l’arme dont les protagonistes se servent pour mettre à mort leurs rivaux. Or la rivalité n’a ici d’autre justification que la projection de soi sur le visage d’autrui de ses propres ambitions. Vouloir pour soi ce qu’on ne veut nullement reconnaître aux autres, n’est certes pas un crime en politique, mais pousser cet égoïsme à l’extrême, c’est forcément s’exposer à une asthénie politique qui risque d’être le pain béni pour ses vrais adversaires. Or la main invisible qui tire sur les ficelles de la discorde n’est autre chose qu’une main amie, peut-être même celle qu’on a un jour tenue pour relever quelqu’un en détresse.
L’adversité politique ne doit pas se muer en inimitié, car en politique comme dans le sport, une victoire est la promesse d’une défaite et toute défaite bien intégrée est l’antichambre d’une victoire prochaine. Quand la fortune élève quelqu’un à une station que l’on convoitait avec détermination, la frustration est généralement inévitable, mais on doit se garder d’en faire une mine de haine. La plupart des hommes politiques ne peuvent pas comprendre que les choix du Prince se fassent en leur défaveur. Chaque promotion d’un camarade est vécu comme une décadence ou même une damnation personnelle. En politique comme dans l’amour, le déficit affectif est source de rupture de communication qui alimente un cycle infini de soupçon de trahison, de vengeance et d’infidélité. Il y a une sorte de synchronicité entre la promotion de certains cadres de l’APR et la vague de vindicte populaire qui les poursuit ne relève pas du hasard.
Qui pouvait croire qu’Amadou Bâ pouvait se retrouver, quelques mois seulement après les élections présidentielles pour lesquelles il s’est presque surhumainement investi, dans une si mauvaise passe ?
L’actuel ministre des Affaires étrangères qui a longtemps été considéré comme le meilleur ministre des Finances sous le président Macky est de plus en plus absent du débat national. Et ce, non à cause de sa posture dans le gouvernement, mais à cause des innombrables foyers de tension qui sont allumés sur son passage. Et là où le bât blesse, c’est que ce sont exclusivement des querelles politiques qui constituent l’essentiel des nuages qui menacent d’assombrir son avenir politique. Aura-t-il la patience, la discrétion conquérante et le génie, requis pour dissiper tous ces nuages ? L’avenir nous édifiera, mais on peut d’ores et déjà présumer qu’en tant que politique, il sait lire les signaux et transformer le chant de cygne en prémices d’un avenir politique maîtrisé.
La meilleure façon en politique de se débarrasser d’un adversaire, c’est de le faire passer pour un ennemi du peuple, celui qui ment, extorque ou vole son peuple. Plus le préjudice subi par le peuple est en apparence énorme, plus ce dernier a tendance à y croire dur comme faire. De là vient la mauvaise posture qu’on les victimes de cette stratégie déloyale de mettre en place une ligne de défense cohérente et efficiente. Il n’y a pas de génie ou de héros qui puisse résister avec succès à des assauts dont il ne voit pas les auteurs. Un ennemi est d’autant plus redoutable qu’il est invisible : en se faufilant dans les labyrinthes qui vont des espaces du parti aux médias, en passant par le gouvernement et l’opposition, les comploteurs ont toujours une longueur d’avance sur leurs victimes.
Mimi Touré fait constamment l’objet d’attaques alors même qu’elle n’est plus directement dans l’appareil gouvernemental.
Le plus intriguant dans ces « gémonies du Capitole » où sont exposés les potentiels aspirants au trône, c’est qu’elle vient davantage des membres du parti au pouvoir que de l’opposition. Cette dernière est à la limite assignée au rôle de broyeur de cadavre déjà exécutés à l’intérieur de la maison. La liquidation par presse interposée ne peut être effective que si le nom de l’adversaire à abattre est associé à un « crime » de dimension nationale. L’accusé devient la cible de tirs nourris provenant aussi bien de l’opposition, de la presse, que de la société civile.
L’académicien français Jean Dutourd a, dans une très belle formule, résumé cette sorte de malédiction qui s’abat fatalement sur tout homme politique : « Toute carrière politique, si triomphale soit-elle, a ses éclipses ». Heureux sont donc les hommes politiques qui comprennent que la politique est comme la mer : chaque marée haute annonce une marée basse. Son habileté sera jugée en fonction de sa capacité à savoir ce qu’il doit faire en temps de marée haute et ce qu’il doit faire en temps de marée basse. Car la politique ne souffre pas de congé : quelle que soit la conjoncture, il y a des actes à poser pour ne pas tomber dans l’oubli ou être la proie facile des prédateurs de toutes parts.
Il y a dans chaque parti, dans chaque organisation politique ou civile des préposés aux sales besognes. En faire des alliés est un couteau à double tranchant : il ne faut jamais contracter une dette envers la racaille, on finit toujours par devenir de la racaille politique. Car comme disait, avec beaucoup de dose sarcastique, Charles de Gaulle, la politique la plus coûteuse, la plus ruineuse, c’est d’être petit… Un homme qui s’élève en gravissant sans honte l’échelle des petites combines et des mesquineries aura tellement souillé son âme que même si le pouvoir lui tombait dans les bras, il manquerait d’éclat de charisme pour le gérer convenablement.
On ne peut pas, de façon catégorique, dire que tout ce vacarme qui poursuit Makhtar Cissé est artificiel et sans fondement, mais ce serait difficile de ne pas y voir une main politique sournoise.
L’on nous rétorquera que c’est la logique de la compétition politique : soit on dévore soit on est dévoré. Mais quel intérêt de telles pratiques ont-elles pour la démocratie et, surtout, pour le pays ? Il n’a pas de gloire à remporter une joute dans laquelle on s’est arrangé pour n’avoir que des adversaires mutilés. La compétition au sein d’une formation politique au pouvoir est doublement utile en démocratie. D’abord parce qu’elle suscite l’émulation, forge le caractère des siens et les aguerrit pour faire aux adversaires extérieurs au part. Ensuite parce que la compétition, si elle est saine, incite à l’exemplarité morale qui servira de ceinture de sécurité contre les risques dépravation. Nos démocraties méritent que des courants de partis adossés à des principes et à des idées économiques claires animent la démocratie interne. On ne peut pas, dans ce Sénégal du XXIe , assujettir tout le débat politique autour de personnes. Une démocratie mature est celle où les personnes sont moins importantes que les idées. Les idées, les réformes politiques et économiques que proposent les hommes politiques et qui, dans une certaine mesure, constituent la matière à partir de laquelle ils pétrissent leur personnalité et leur charisme. https://www.seneplus.com/

 LES PRIX À LA CONSOMMATION EN REPLI TRIMESTRIEL DE 0, 7 %

Dakar, 17 mai (APS) – Les prix à la consommation ont enregistré un repli de 0, 7 % au premier trimestre 2020 comparativement aux trois derniers mois de l’année précédente, a indiqué l’Agence nationale de la statistique et de la démographie
Les prix à la consommation se sont repliés de 0,7% comparativement au trimestre précédent, souligne notamment la structure dans une note d’analyse de l’Indice harmonisé des prix à la consommation (IHPC).
‘’Cette diminution fait suite à celle des prix des produits locaux, modérée par la hausse de ceux des produits importés’’, signale le rapport consulté à l’APS.
Cette évolution, fait savoir la même source, est conjointement expliquée par le recul des prix des ‘’produits alimentaires et boissons non alcoolisées’’, et de celui des services de ‘’santé’’.
En variation annuelle, les prix à la consommation ont augmenté de 2, 1%, selon l’ANSD. Elle met cette hausse en lien avec l’augmentation des prix des services de ‘’transports’’, des ‘’produits alimentaires et boissons non alcoolisées’’, des services de ‘’restaurants et hôtels’’ et des ‘’biens et services divers’’.AKS/ASB

LES EXPORTATIONS SONT RESSORTIES À 153, 4 MILLIARDS DE FRANCS EN MARS, EN BAISSE DE 6, 1 %

Dakar, 17 mai (APS) – Les exportations sénégalaise sont ressorties en baisse de 6, 1 % en mars dernier, atteignant une valeur financière 153, 4 milliards de francs contre 163, 4 milliards le mois précédent, a-t-on appris de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie.
‘’Au mois de mars 2020, les exportations du Sénégal sont ressorties à 153,4 milliards de FCFA contre 163,4 milliards de FCFA au mois précédent, soit une baisse de 6, 1%’’, indique l’ANSD dans ses statistiques du commerce extérieur.
Le document parvenu à l’APS lie ce repli à une chute vertigineuse de 99, 8 % des exportations d’arachides non grillées, de 81, 4 % des engrais minéraux, de 48, 2 % des produits pétroliers et de 45, 3 % du ciment hydraulique.
Dans le même temps, un relèvement de 78, 6 % des exportations d’acide phosphorique, de 95, 9 % de titane a amoindri cette baisse, tandis qu’en comparaison de leur niveau de mars 2019, les expéditions ont enregistré un repli 24, 5 %, relève le rapport.
Le cumul à fin mars des exportations s’est établi à 591 milliards de francs contre 555, 3 milliards pour la période correspondante en 2019, soit une hausse de 6, 4 %, selon l’ANSD.
L’or non monétaire (24, 1 milliards de francs), les poissons frais de mer (20 milliards de francs), l’acide phosphorique (12, 8 milliards de francs), les produits pétroliers (7, 3 milliards de francs) et les bouillons (6, 8 milliards de FCFA) ont été les principaux produits exportés au cours du mois de mars 2020, révèle-t-on de même source.
Les principaux clients du Sénégal ont, en mars, été la Suisse (14,5%), le Mali (10,5%), l’Inde (8,9%), la Côte d’Ivoire (8,8%) et l’Espagne (6,7%), détaille l’Agence nationale de la statistique et de la démographie.AKS/ASB

HAUSSE DE 68 % DES IMPORTATIONS EN MARS (ANSD)

Dakar, 17 mai (APS) – L’Agence nationale de la statistique et de la démographie fait état d’un bond de 68 % des importations en mars dernier, période durant laquelle la valeur financière des expéditions a été évaluée à 486, 2 milliards de francs contre 289, 4 milliards de FCFA, le mois précédent.
Les importations du mois de mars 2020 sont évaluées à 486,2 milliards de FCFA contre 289,4 milliards de FCFA au mois précédent, soit un relèvement de 68 %, rapporte l’ANSD dans son bulletin des statistiques du commerce extérieur consulté à l’APS.
Le rapport impute cette hausse à celle des achats à l’extérieur d’autres véhicules terrestres (30,7 milliards de FCFA contre 7,5 milliards de FCFA au mois précédent), de riz (+69,2%) et d’autres machines et appareils (+35,3%).
Par ailleurs, l’absence d’importations d’huile brute de pétrole au mois précédent contre 78,7 milliards de FCFA en mars a renforcé cette augmentation, souligne la même source.
Il est toutefois fait état d’une modération de l’augmentation par le repli des importations de machines et appareils pour industries alimentaires (-53, 9 %) et de maïs (-34, 7 %).
Comparées au mois de mars 2019, les importations ont connu une progression de 56, 8%. Leur cumul à fin mars 2020 s’est établi à 1123,4 milliards de FCFA contre 965,5 milliards de FCFA pour la période correspondante en 2019, soit un relèvement de 16,4%, relève l’ANSD.
Elle signale que les principaux produits importés, au cours de la période sous revue, sont l’huile brute de pétrole (78,7 milliards de FCFA), les autres machines et appareils (56,5 milliards de FCFA), les produits pétroliers finis (40,5 milliards de FCFA), les autres véhicules terrestres (30,7 milliards de FCFA) et le riz (22,9 milliards de FCFA)

« Un solde commercial négatif de 332, 8 milliards »

Les principaux fournisseurs du Sénégal ont été la France (20,2%), le Nigéria (16,2%), la Chine (8,9%), les Pays-Bas (3,8%) et la Turquie (3,7%), mentionne la structure dans ses statistiques des prix du commerce extérieur.
Dans le même temps, le pays a enregistré un solde commercial négatif de 332, 8 milliards de FCFA, contre -126 milliards de FCFA le mois précédent (février). Une détérioration en lien avec le déficit vis-à-vis du Nigeria (-77, 5 milliards de francs contre un solde positif de 2 milliards en février), note le rapport.
L’ANSD évoque également un renforcement du déficit vis-à-vis de la France (-94,5 milliards de FCFA contre -57,9 milliards de FCFA en février 2020) et de la Chine (-39,0 milliards de FCFA contre -20,6 milliards de FCFA à la période précédente).
En revanche, la réduction du déficit vis-à-vis de la Russie (-8,1 milliards de FCFA contre -12,6 milliards de FCFA au mois passé) a atténué la détérioration du déficit de la balance commerciale, fait-on savoir.
Le cumul du solde, à fin mars 2020, s’est détérioré pour s’établir à -532,4 milliards de FCFA contre -410,1 milliards de FCFA pour la période correspondante en 2019, résume l’Agence nationale de la statistique et de la démographie.AKS/ASB

«Sur la dette,on ne peut pas traiter les pays africains de façon homogène»

https://www.lepoint.fr/afrique/ENTRETIEN. Baisse des cours du pétrole, gestion de la dette, risque monétaire, stratégie de sortie de crise :

l’analyste gabonais Mays Mouissi livre son éclairage.

Après être descendu sous la barre des 20 dollars le baril fin avril, son prix le plus bas depuis 20 ans, le cours du Brent de la mer du Nord a grimpé cette semaine, dans le contexte d’un rebond de la production industrielle chinoise, avec un pic à 32,50 dollars. Il n’empêche, la crise du Covid-19 a bouleversé le marché mondial des hydrocarbures, et l’effondrement des cours de l’or noir enregistré depuis début janvier affecte en particulier les pays exportateurs africains. Spécialiste du contrôle des risques et de sécurité financière, Mays Mouissi revient pour Le Point Afrique sur les enjeux auxquels ils font face, et met en particulier la focale sur « le pays qu’il connaît le moins mal », le Gabon.
Le Point Afrique : Les pays africains sont diversement touchés par la chute des cours du brut. Pourrait-on faire une sorte de typologie des conséquences sur ces États ?
Mays Mouissi : Il y a déjà une distinction à établir entre les pays exportateurs ou importateurs nets d’hydrocarbures.
La plupart des pays producteurs de pétrole du continent souffrent du syndrome hollandais, avec des économies souvent très dépendantes du secteur pétrolier et très peu diversifiées. La chute des prix du baril se répercute donc sur les recettes publiques, les dépenses d’investissement, les dépenses sociales et les réserves en devises puisque la vente d’hydrocarbures et de matières premières en général contribue fortement à leur constitution. Ainsi, parmi les pays exportateurs, les plus affectés par la crise économique créée par le Covid-19 sont ceux dont l’économie et les recettes publiques dépendent le plus fortement du secteur pétrolier, comme l’Algérie, le Nigeria et l’Angola. Les moins touchés sont des pays comme le Cameroun – certes, petit pays pétrolier – mais dont l’économie est plus diversifiée, et dans une moindre mesure, le Gabon qui a amorcé le développement du secteur agricole, ce qui lui permet aujourd’hui de garantir un certain nombre d’emplois alors que le secteur pétrolier est en crise.
En ce qui concerne les pays importateurs de pétrole, la baisse des cours est généralement perçue comme un soulagement. Elle permet aux États de faire des économies en réduisant leurs dépenses d’approvisionnement en énergie, et entraîne une baisse du prix du carburant à la pompe qui se répercute non seulement sur le pouvoir d’achat des ménages, mais aussi sur la ligne de coût de production de divers secteurs de l’économie. Cependant, dans le contexte du coronavirus, ces bénéfices n’ont pas été ressentis, car la pandémie a contraint les États à mettre en place des plans de riposte sanitaire et des mesures de sauvegarde économique et sociale particulièrement onéreux.
Quelles sont les répercussions monétaires de la chute des cours du pétrole ?
La baisse actuelle des cours du brut se répercutant sur les réserves en devises, elle a, de fait, un impact plus ou moins important sur les fluctuations des devises des pays pétroliers par rapport aux devises de référence, comme l’euro et le dollar. Dans les pays producteurs de pétrole qui appartiennent à des zones monétaires à taux de change fixe, comme de ceux de la zone franc qui ont un système de parité fixe avec l’euro, on peut penser que le système agit telle une sorte de sécurité, au moins pendant cette période particulière – ce qui n’empêche pas pour autant le débat sur le mode de fonctionnement de ce système monétaire.
Une fois encore, ce sont les pays les plus dépendants du pétrole qui pourraient être les plus affectés par la dépréciation monétaire. Ils sont très souvent tributaires de l’extérieur pour se nourrir et doivent importer des matières premières agricoles ou des produits de grande consommation, ce qui impacte négativement leur balance commerciale. Par exemple, nous consommons beaucoup de riz en Afrique, mais combien de pays sont autosuffisants dans la production de riz ? Or, pour importer du riz d’Asie et commercer avec ces pays, il faut des réserves en devises suffisantes. Si votre monnaie est dévaluée, ou si elle se déprécie, vous perdez du pouvoir d’achat, et cela peut se traduire par des crises alimentaires. Pour l’instant, les États africains se sont montrés plutôt efficaces sur ce plan, puisqu’on n’a pas observé de pénurie alimentaire majeure sur le continent depuis le début de la crise. C’est un constat que l’on peut saluer.
Pour l’analyste économique Mays Mouissi, il faudrait une véritable stratégie de relance basée sur trois piliers : l’appui au secteur privé formel et informel, le renforcement de la protection sociale et l’investissement public. © Peter Allan
Y a-t-il des risques de dévaluation dans certaines zones ou certains pays ?
C’est assez difficile à dire pour le moment, car nous vivons une crise quasiment sans précédent qui affecte presque tous les pays de la planète. Nous sommes dans une situation où les prix du pétrole baissent, mais le niveau des importations diminue également avec la réduction des activités économiques. Pour l’instant, ce que je constate c’est que le naira nigérian ou le dinar algérien sont particulièrement observés.
Nombre de pays pétroliers sont déjà fortement endettés. Quelle est, selon vous, la meilleure stratégie en matière de dette dans le contexte de l’affaiblissement des cours du pétrole ?
Il y a en effet des niveaux d’endettement préoccupants. Le Gabon, par exemple, a une dette publique supérieure à 60 % du PIB. Au Congo, la dette publique est même supérieure à 100 % du PIB. Ces niveaux d’endettement sont encore plus préoccupants quand on regarde les dépenses engagées en urgence dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 et qui ne manqueront pas d’accroître davantage le poids de la dette.
Le groupe d’experts mis en place par l’Union africaine, avec notamment l’Ivoirien Tidjane Thiam, a préconisé la mise en place d’un moratoire d’un an sur le remboursement de la dette pour permettre aux États d’affecter les ressources prévues pour le service de la dette en 2020 à la riposte contre le Covid-19. Cette solution, qui fait sens, a cependant l’inconvénient d’accroître la charge de la dette pour les années futures. C’est pourquoi je pense qu’il faut l’enrichir. Je propose de négocier le décalage d’au moins une année de toutes les échéances de remboursement des dettes bilatérales et multilatérales sans que cela n’entraîne une augmentation de la charge de la dette. C’est une discussion qui peut être engagée avec les bailleurs de fonds. C’est principalement pour cette raison que je n’adhère pas non plus au moratoire proposé par le G20.
Quant à l’annulation de la dette réclamée par certains pays africains, c’est une question qui me met mal à l’aise et qui renvoie de l’Afrique une image d’éternelle assistée dont les citoyens africains ne veulent plus. Je pense qu’il est du devoir des dirigeants de chaque pays d’honorer les dettes contractées. Des dirigeants qui ont massivement endetté leurs pays et utilisé la dette publique pour leur enrichissement personnel ne sont pas légitimes pour demander une quelconque annulation de la dette. Le leur accorder reviendrait à encourager la prédation des ressources publiques. Il me paraît donc évident que, sur la dette, on ne peut pas traiter les pays africains de façon homogène.
Comment votre pays, le Gabon, a-t-il été affecté en particulier par la chute des cours du pétrole ?
Premièrement, les recettes prévisionnelles du budget de l’État, évaluées à 3 000 milliards de francs CFA, seraient amputées de 700 milliards. Une telle perte de recettes est catastrophique d’autant que les charges de l’État demeurent quasiment constantes. Les salaires des fonctionnaires et les prestations sociales doivent continuer d’être payés. Il convient de rappeler que le Gabon compte 100 000 fonctionnaires pour 2 millions d’habitants, c’est le ratio agent public par habitant le plus élevé au sein de la zone franc.
Deuxièmement, pour la première fois depuis 2009, le Gabon va très probablement entrer en récession en 2020. Or, d’après mes observations, le seuil à partir duquel les populations commencent à ressentir les bénéfices de la croissance économique se situe autour de 7 %. J’en déduis que les répercussions sociales de cette récession seront désastreuses.
Enfin, soulignons que le secteur privé paie un lourd tribut à la chute des cours du pétrole combinée aux mesures de confinement et au ralentissement généralisé de l’activité économique. Les secteurs pétrolier et minier, avec l’extraction du manganèse et forestier, en plus des emplois directs qu’ils créent, alimentent toute une chaîne de sous-traitance qui est pourvoyeuse d’emplois. Les réductions de coûts qui vont s’opérer dans les grandes compagnies pétrolières et minières du pays vont inexorablement menacer des milliers d’emplois dans la sous-traitance. C’est pourquoi il aurait été judicieux pour l’État gabonais d’aider spécifiquement les sous-traitants des grands groupes pétroliers et miniers.
Quelles pistes de solutions préconisez-vous au Gabon pour surmonter la crise ?
J’invite les décideurs à mettre en place une véritable stratégie de relance basée sur trois piliers : l’appui au secteur privé formel et informel, le renforcement de la protection sociale et l’investissement public.
Au niveau des entreprises, je propose de conjuguer dans le cadre d’un programme coordonné des mesures de soutien économiques, budgétaires, fiscales et monétaires, en vue d’assurer l’accès des entreprises à la liquidité dont elle manque tant et qui est indispensable pour assurer leur pérennité. Sur le plan monétaire, la banque centrale doit évoluer, jouer pleinement son rôle et assumer une politique quantitative à l’instar de ce qu’on observe à la Ressource fédérale américaine et à la Banque centrale européenne. L’urgence est de financer les entreprises, et pas uniquement par le canal bancaire.
Ces propositions appellent de la part de l’État de mesures économiques évidentes. C’est pourquoi je suggère de faire des économies dans les dépenses de fonctionnement de l’État et de sacraliser les dépenses d’investissement nécessaires à la relance économique ainsi que les dépenses sociales indispensables au bien-être des populations.
Il s’agit notamment de réduire de façon significative le budget de certaines institutions privilégiées à commencer par la présidence de la République, de supprimer des institutions en doublon, comme le Sénat, qui ne m’apparaît pas indispensable au fonctionnement de l’État, dans le sens où il a sur le plan constitutionnel exactement les mêmes missions que l’Assemblée nationale. Le but est de générer des économies afin de ne pas restreindre les dépenses liées à des secteurs essentiels, comme l’éducation, la santé ou les infrastructures.  Propos recueillis par Agnès Faivre

IRÈNE MINGASSON:«L’AFRIQUE EST RÉSILIENTE MAIS…»

http://www.emedia.sn/Ambassadrice de l’Union européenne (UE) auprès de la République du Sénégal depuis un an et demi, Irène Mingasson approuve à moitié le discours alarmiste de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) disant qu’on risque d’avoir 190 mille morts du coronavirus en Afrique. Avant l’OMS, le Secrétaire général de l’Organisation des Nations-Unies (ONU), António Guterres, annonçait des millions de morts sur le même continent.
L’Afrique pourrait être plus résiliente ?

« Ce que je veux dire par là, explique l’invitée du Jury du dimanche (JDD), émission de Mamoudou Ibra Kane, sur Itv et iRadio, ce 17 mai, c’est qu’on doit avoir un langage fort pour sonner l’alerte. Parce que, c’est très sérieux. On l’a vu en Europe, en Asie, en Afrique aussi. Mais être alarmiste au sens d’annoncer un catastrophisme qui est démenti par les faits parce qu’à vrai dire l’Afrique est résiliente. Les dirigeants ont pris des mesures fortes tout de suite pour contenir le phénomène, pour aplanir la courbe de la pandémie. Ce qui était d’ailleurs une stratégie qui a été suivie en Europe aussi. Et pour cela, il faut un certain nombre de mesures. Au contraire, il faut être confiant de ce qu’on voit, pour l’instant en termes de résultats, de contingentement de la pandémie. »
La gestion de la crise sanitaire au Sénégal vue par l’UE
« Ce que nous avons vu c’est que des mesures ont été prises très vite. C’était intéressant parce qu’on regarde la manière dont les choses ont été gérées en Europe, où les choses ont démarré quelques semaines avant. Ce qui est frappant et remarquable, au Sénégal comme d’ailleurs dans d’autres pays voisins, c’est la rapidité et la fermeté des réactions dont la fermeture de l’espace aérien. C’est certainement des choses à saluer, ça a été pris au sérieux immédiatement, avec un certain nombre de mesures pour ralentir les effets de propagation du virus à l’intérieur du pays. De l’observation de tous ceux qui travaillent avec notre partenaire sénégalais, ça a été une réponse ferme et sans ambiguïté. (…) Ici, on n’était pas plus prêt qu’ailleurs au moment où la pandémie a démarré mais toute une stratégie qui visait à gagner du temps a mobilisé les autorités, les forces de sécurité, et à très grande échelle, et je trouve qui a été aussi relayée de manière remarquable par la société civile, le secteur privé, les médias, toute la société sénégalaise. »
Avocate des mesures d’assouplissement pour relancer l’activité économique, la Franco-allemande appelle, toutefois, les populations « à maintenir les gestes barrières » à travers l’exercice d’adaptation. Dié BA & Pape D. DIALLO (photo)

IRÈNE MINGASSON:«UNE ENQUÊTE DOIT SE FAIRE SUR LA COVID-19»

http://www.emedia.sn/L’indemnisation réclamée à la Chine accusée d’être responsable de la propagation du virus à Covid-19 n’est pas à prendre à la légère. La preuve, la volonté de l’Union européenne de mener une enquête pour situer les responsabilités. Mais l’action sera déclenchée une fois que le coronavirus sera maîtrisé.
Invitée du Jury du dimanche, émission de Mamoudou Ibra Kane, sur Itv et iRadio, ce 17 mai, Irène Mingasson, l’Ambassadrice de l’Union européenne (UE) au Sénégal, explique : « c’est une question sérieuse parce que c’est une question qui touche assez profondément les perceptions et les peurs que nous rencontrons en tant qu’individu, communauté, par rapport à un virus comme celui-là, une pandémie dangereuse, qui nous inquiète, qui nous dépasse. Ce qui ressort de là, peut être un réflexe de rechercher qui est le coupable pour se rassurer, pour être indemnisé plus tard, si cela doit se justifier. »
A en croire la diplomate, il s’agit, « d’abord, si une accusation est portée on est quand même dans un système où avant de condamner on fait une enquête. Du côté de (l’UE), pour autant que je sache, à cette question-là, telle a été la réponse : ’’Une enquête doit se faire’’. Parce que, nous avons beaucoup à apprendre de cette pandémie, de la manière dont ce virus se déploie ? Et il sera très pertinent pour nous tous, collectivement, de savoir comment cela a démarré ? Et comment cela s’est répandu ? Pourquoi ? Parce que nous avons ce virus aujourd’hui, et qu’il faut que nous soyons prêts pour le prochain. Parce qu’il n’y a pas de raison qu’il n’y ait qu’un virus de ce type. La prochaine fois, il faut que nous soyons beaucoup mieux préparés. Sinon pour le moment, ce qui est important, c’est la recherche de solution mais pas la recherche de coupable. »

TRAVAILLER SUR UNE SOLUTION DE VACCIN

De vrais thèmes pour l’avenir, conclut la juriste de formation : « Le rééquilibrage des influences et des positionnements au niveau global des puissances respectives mais aussi la question de l’acuité de l’information. C’est-à dire que dans un contexte d’anxiété et d’hyper connexion et de circulation de l’information à tout va et très rapidement, il faut faire attention à la désinformation ».
Quid de l’Afrique ? « Nous vivons dans un monde globalisé hyper connecté. (…) Aujourd’hui, il faut que nous travaillions tous ensemble sur des solutions de recherche de vaccin, pour pallier l’impact socio-économique de ce virus, renforcement des systèmes de santé, tout cela se passe partout et en même temps. L’Europe, très clairement, a indiqué et de façon immédiate sa solidarité par rapport à l’Afrique dès l’instant qu’elle a commencé à être touchée. C’est normal, cela fait partie de notre relation, et du fait plus généralement que nous sommes des continents aux destins liés, beaucoup plus que liés à des questions de ’’qu’est-ce qui est dû et à qui’’. Nous sommes solidaires. Ce n’est pas de la charité, nous avons intérêt à régler ce problème ensemble », répond-elle.
Une solidarité qui ne va pas jusqu’à l’annulation de la dette de l’Afrique mais à un moratoire. Dié BA & Pape D. DIALLO (Photo)

Abbas Jaber:«Il faut annuler ou geler la dette des 10 pays du Sahel évaluée à 30 milliards de dollars”

https://www.financialafrik.com/Evaluant la crise sanitaire mondiale du Coronavirus, le Président-fondateur du Groupe agro-industriel Advens-Géocoton, Abbas Jaber, a fait un vibrant plaidoyer en faveur de l’Afrique, principalement des 10 pays du Sahel. L’industriel suggére à la communauté internationale l’annulation pure et simple ou le gel pour un certain nombre d’années de la dette des pays du continent qui représente 1% du coût actuel de la crise Covid 19. “Le coût global de la crise Covid-19 est estimé à 3000 milliards de dollars par les spécialistes de la haute finance mondiale. Or, la dette des 10 pays du Sahel ne dépasse pas 30 milliards de dollars, soit 1% du coût de la crise qui secoue présentement le monde entier”.
Le patron d’Advens-Géocoton emboîte ainsi le pas à plusieurs Chefs d’Etat du continent dont le Président sénégalais Macky Sall qui avait récemment lancé une campagne internationale pour l’annulation de la dette africaine. Jaber salue par ailleurs les efforts immenses consentis par les dirigeants Africains pour contenir et maîtriser la crise avec à la clé des chiffres parlants et moins de ravages en Afrique qu’en Europe ou aux Etats-Unis. Advens-Géocoton qui comptabilise 165 années d’expérience est présent en Afrique depuis plus de 70 ans dans le secteur agricole, principalement dans le coton et les céréales.
En France, le groupe était récemment confronté à une polémique liée à une pénurie artificielle de la farine dans la grande distribution. Les grandes surfaces françaises préféraient s’approvisionner en Allemagne. Ce qui n’est plus possible car la crise Covid19 est passée par là et les Allemands sont plus préoccupés par la satisfaction des besoins du marché intérieur. Les responsables d’Advens rassurent les consommateurs de l’Hexagone en informant que leurs moulins tournent actuellement à plein régime avec une capacité de production de 2500 tonnes par jour. Ils invitent en outre les plus hautes autorités françaises à soutenir davantage la meulerie en grande difficulté depuis une bonne quinzaine d’années.  Albert Savana

«LE SÉNÉGAL POURRAIT NE PAS SUPPORTER LES CONSÉQUENCES DE LA PANDÉMIE»

http://www.emedia.sn/De l’avis de Papa Diallo, Directeur de l’Institut Supérieur des Finances, il sera difficile pour le continent noir de faire face à cette crise sanitaire qui aura forcément des répercussions néfastes sur le plan économique. « Nous sommes arrivés à la limite des modèles économiques. La mondialisation va de pair avec la fragilisation des systèmes économiques. Ils sont tellement faibles qu’ils n’arrivent plus à supporter certaines crises qui ne sont plus conventionnelles », a signalé M. Diallo à l’émission Lr du Temps, sur Iradio (90.3) ce dimanche 17 mai 2020. Toutefois, le Directeur de l’ISF estime que cette crise pourrait être une aubaine pour l’Afrique. « C’est une chance pour l’Afrique de réfléchir à son propre modèle de développement économique. La Covid-19 a fini par mettre à nu certains secteurs comme la santé », a-t-il signalé.

Le Sénégal n’est prêt à faire face

Avec son économie extravertie, le Sénégal va subir les contrecoups de la crise. C’est l’analyse de l’Economiste, Moussa Dembélé, qui relève une économie mondiale en baisse. « Les autorités avaient tablé sur un taux croissance de 6% en 2020. Cela m’étonnerait même que l’on atteigne 3%. Je pense que le Sénégal, comme la plupart des pays africains, risque de se retrouver dans la récession. Parce que, nous sommes trop dépendants de l’extérieur. L’exemple de la Force Covid-19 est là. Les 60% des 1000 milliards que le Sénégal compte mobiliser pour faire face à la crise proviennent de l’extérieur. Cette dépendance fait que le Sénégal n’était pas préparé à la crise et il ne pourrait pas supporter ses conséquences », relève Moussa Dembélé. Babacar FALL & Pape D. DIALLO (photo)

Pêche industrielle au Sénégal:La fin irréversible d’un monopole ?

http://www.lasnews.info/Depuis quelques semaines, un débat s’est installé sur les licences de pêches attribuées à des bateaux étrangers. Les membres du Groupement des Armateurs et Industriels de la Pêche au Sénégal (Gaipes) ont démarré les hostilités contre le Ministre de la Pêche Alioune Ndoye qui s’est lui aussi prononcé sur les préoccupations de cette association dirigée par Saër Seck. Se sentant visés, les membres du Collectif des Acteurs de la Pêche (CAP) sont entrés dans la danse pour donner leur point sur la question. Mais tout laisse croire qu’il y a de gros intérêts financiers qui se cachent derrière les agissements récurrents des membres de Gaipes.

Les Sénégalais doivent comprendre ce qui se passe réellement dans ce secteur. Car il y a trop de manipulations et de contrevérités dans ce débat. Qu’est ce qui fait courir Saër Seck ? Pourquoi Gaipes s’acharne-t-il contre le Ministre de la Pêche ? Par presse interposée, le Ministère de la Pêche, Gaipes et ses alliés, et le CAP affichent leurs arguments, chacun de son côté, pour expliquer sa version des faits. Et pourtant, c’est une affaire facile à comprendre pour les personnes de bonne foi. Dans les faits, il faut reconnaitre que Saër Seck est un coutumier des faits. A chaque fois qu’un nouveau Ministre de la Pêche est nommé, il fait de l’agitation en tapant sur ce dernier pour se faire inviter autour de la table, afin d’imposer le point de vue de Gaipes. Il l’a réussi avec presque tous les prédécesseurs d’Alioune Ndoye à l’exception de Djibo Ka, de Souleymane Ndéné et de Khoureychi Thiam tous anciens ministres de la pêche.

KHOUREYCHI THIAM SE DÉFOULE SUR GAIPES

Le 10 Novembre 2011, le journal « l’Observateur » avait publié un article intitulé : « Khoureychi Thiam s e  » d é f o u le  » s u r le Gaipes ». C’était, face aux députés à l’Assemblée Nationale, ce jour, Khoureychi Thiam, Ministre de l’Economie Maritime, n’avait pas dissimulé sa colère contre le Gaipes qui «mène un combat farouche contre l’Etat sur les autorisations de pêche accordées aux navires étrangers».
Aujourd’hui, c’est ce même débat que Saër Seck a remis sur la table, ce qui confirme le constat par rapport aux agissements de ce dernier contre les ministres de la République. Et pourtant, GAIPES n’a que des partenaires étrangers, plus particulièrement, européens. Pourquoi SAËR veut-il s’opposer aux autres étrangers d’origine, asiatique, arabe ou russe ?
Après avoir déclaré devant les parlementaires que «la gestion des ressources halieutiques est du ressort de l’Etat», Khoureychi Thiam a précisé que «les armateurs n’ont de leçon à donner à personne». Le Ministre a déclaré que «le Groupement des Armateurs et Industriels de le Pêche du Sénégal (Gaipes) s’attaque à tout moment au Gouvernement». Khoureychi Thiam avait ajouté : «Le Président du Gaipes, Saër Seck, qui vocifère partout en disant que l’Etat brade les ressources halieutiques, fait de la piraterie en allant pêcher ailleurs».
Pour preuve, Khoureychi disait : «son bateau a été arraisonné en Guinée-Bissau et trois autres bateaux ont été saisis en Mauritanie. Il a fallu l’intervention de l’Etat, à tous les niveaux, pour sauver ses biens». Il ajoute que : «les premiers pirates, ce sont les membres du Gaipes».
Concernant les autorisations de pêche accordées aux navires russes, le Ministre signale que «c’est une affaire d’Etat et qu’il y a un choix à faire pour satisfaire les besoins des Sénégalais».
Khoureychi Thiam soutenait que «chaque année, il y a 1,4 million de tonnes de poissons partagés entre la Guinée-Bissau, le Guinée Conakry, la Gambie, le Sénégal, le Maroc, la Mauritanie et les Iles du Cap-Vert. Si on ne profite pas de ce stock qui est dans nos eaux de décembre à avril, d’autres pays le feront à notre détriment». Toujours devant les députés rapportait le journal du Groupe Futurs Médias (GFM), le ministre souligne que « ces autorisations de pêche accordées à des bateaux russes sur qu atre mois (de janvier à avril), ont déjà rapporté au Trésor Public, en l’espace de deux mois, 860 millions de Fcfa ».
«Depuis que Me Abdoulaye Wade est arrivé au pouvoir, aucun ministre n’a pu verser 860 millions de francs CFA au Trésor public en deux mois», assène M. Thiam. Selon le Ministre, «personne ne peut empêcher le Sénégal d’octroyer ces autorisations de pêche qui permettent aujourd’hui de régler beaucoup de problèmes, notamment le financement de Plan Takkal».

GAIPES VEUT COGÉRER LE MINISTÈRE DE LA PÊCHE

La question que l’on peut se poser c’est : qu’est ce qui fait courir Saër Seck ? Et, pourquoi c’est toujours lui qui s’attaque aux Ministres de la République et aux Gouvernement ? Il faut d’abord comprendre que les membres du GAIPES plaident pour une cogestion du département de la pêche comme l’avait écrit un certain Adama Lam. En d’autres termes, Saër Seck et sa bande veulent gérer le Ministère de la pêche à la place du Ministre nommé.
Mais, un ministre qui se respecte n’acceptera jamais d’appliquer des directives dictées par le Gaipes ou autres. Aujourd’hui, l’attitude d’Alioune Ndoye a beaucoup surpris les membres du Club de Saër qui entendaient faire du Maire de Plateau, un faire-valoir à leur service exclusif. Sous le magistère de Me Abdoulaye Wade, Saër dénonçait les licences attribuées aux navires russes aujourd’hui, il s’oppose à la venue des chinois alors qu’il travaille luimême avec des français.
A y voir de plus près, la mer sénégalaise est devenue un espace de conflit géostratégique entre puissances étrangères : l’Europe (Gaipes) contre la Russie et la Chine. Sur tous les fronts, les blocs chinois, européens et russes s’affrontent à travers le monde, surtout autour des ressources halieutiques, pétrolières, minières. Faut-il maintenant, accorder des licences de pêche aux partenaires français de Saër pour les refuser aux associés sénégalais des chinois, des russes, des coréens ou des arabes ? Il y’a un arbitrage à faire pour être juste. Au Sénégal, Gaipes semble être le prolongement de la France-Afrique. Car les navires de Saër ont presque tous une origine française à cause Michel Adrien l’un des premiers armateurs de la France coloniale jadis basé à Dakar.
Pour la petite histoire, il faut rappeler qu’en 1947, l’armement européen basé au Sénégal était composé de deux chalutiers, quelques voiliers, cotres et barques motorisées. En 1955 : un seul chalutier en activité, deux pinasses et un bateau à moteur. Tous étaient d’origine française jusqu’aux années 1990.ENQUÊTE RÉALISÉE PAR MAMADOU MOUTH BANE (Dakar Times)

Guèréo-Spoliation de 52ha,menace sur la lagune:Dr Mamadou Lamine Ba donne sa version

https://www.seneweb.com/La Girafe ! C’est un projet hôtelier qui n’a pas encore vu le jour, mais qui fait l’objet de récriminations ayant abouti à la création d’un Collectif de Guèréo. Dans cet entretien, Dr Mamadou Lamine Ba, conseiller du consortium des partenaires/investisseurs et ancien ministre donne version sur les faits allant d’une présumée spoliation par l’État, de la menace sur la lagune…
Il y a quelques jours un collectif a dénoncé la spoliation de 52 ha à Guèréo devant servir à construire un projet hôtelier dénommé La Girafe. Qu’en est-il réellement ?
L’État ne peut pas spolier quelqu’un parce que les terres sont du domaine national. C’est l’État qui en assure la gestion. Quand l’État a un projet d’intérêt public, d’utilité économique pour le pays, l’État peut bien prendre les arrêtés et les décrets de déclassification qu’il faut pour que ces terres puissent être mis en valeur au profit du développement économique et social de nos terroirs. L’État ne peut spolier personne. Maintenant, il y a des gens qui occupent de manière illégale des terrains et qui s’arrogent les droits de propriété sans pour autant avoir une délibération, un titre foncier ou un bail de l’État. Si ceux là crient à une spoliation c’est tout simplement de l’abus. Parce que beaucoup de gens crient à la spoliation et il se trouve que ses personnes ne détiennent aucun titre de propriété. L’État est propriétaire de ces terres. Il y a des riverains autour de la lagune de la Somone, des pêcheurs et quelques agriculteurs qui disent eux-mêmes être intéressés par un projet touristique qui peut créer des emplois. L’agriculture étant ce qu’elle est devenue aujourd’hui dans cette zone parce qu’il y a beaucoup de salinité au niveau des sols : ce n’est plus une zone propice à un développement agricole, ni à du maraîchage. Le type de pédologie que nous avons ici est impropre à l’agriculture. Il n’y a pas de spoliation, du tout. Aucune terre n’a été attribuée à un bailleur extérieur comme certains le prétendent. C’est un projet hôtelier validé par l’État et par l’Apix.
Est-ce que vous avez essayé de discuter avec les différentes parties afin de trouver un terrain d’entente ?
Nous sommes prêts à dialoguer avec toute personne qui se croit détenteur ou un ayant droit sur ces terres. Mais que deux, trois personnes qui ont 200 ou 300 mètres, qui sont à Dakar et qui cherchent à instrumentaliser les populations pour leurs intérêts crypto-personnels. Et qui n’ont aucun papier. Je le répète, je vais insister là dessus, je veux juste que quelqu’un me donne une délibération d’un conseiller municipal, d’une autorité des domaines sous forme de bail pour dire voilà ça m’appartient. Les ayants droit, les populations qui travaillent sur cette zone nous les connaissons tous. Nous avons discuté avec elles et elles sont d’accord pour ce projet. Ceux qui parlent de spoliation ont peut-être des ambitions inavouées. Il faut aller leur demander pourquoi ils s’agitent comme ça pour des terres qui ne sont pas les leurs.
Demain si le projet venait à voir le jour quel sera son impact sur la vie de la population ?
Ça va créer des emplois. Le projet inclut l’élargissement de la maternité pour en faire un plateau médical digne de Guèréo, un centre de santé. L’ impact c’est que ce projet également voudrait élargir et restaurer l’école. Le projet prévoit d’équiper les pêcheurs de Guèréo avec des pirogues motorisées, des gilets de sauvetage en quantité, des Gps pour que l’activité de pêche puisse continuer à exister dans le village de Guèréo. Le projet prévoit l’absorption de toutes les activités agricoles et d’élevage de la zone. L’hôtel va s’approvisionner en légumes, fruits, vollailes. Tout cela permettra un développement local et touristique. Nous avons construit le village artisanal de Somone et nous voulons faire la même chose à Guèréo mais en triple. Depuis plusieurs décennie, bientôt un quart de siècle Guèréo est là. Personne n’y a rien investi. Nous voulons arrêter ça. Nous voulons le développement de Guèréo. La création d’emploi pour les jeunes de Guèréo. De milliers de jeunes ne vont plus en mer parce que la pêche ne marche plus donc il faut trouver une alternative. Et c’est ça la volonté du président de la République. Et c’est ce que nous sommes en train de faire.
Vous parlez de plainte, il y en a une qui a été déposée à la cour suprême (il coupe).
Une plainte contre qui ?
Contre cet investisseur étranger.
Ils ne peuvent pas déposer une plainte contre un investisseur étranger. L’investisseur n’a encore rien mis, il a demandé qu’on lui attribue un terrain pour qu’il y implante un projet de développement, d’intérêt public. Ces gens qui ne savent même pas ce qu’ils disent. Ce que nous voulons c’est le développement harmonieux de Guèréo en collaboration avec la population locale et nous allons travailler sur ça.
Si demain la Girafe venait à voir le jour, c’est la mort imminente de la lagune prévient les membres du collectif. C’est le cas ?
Ils disent des choses qu’ils ne maîtrisent pas. J’ai été ministre de l’environnement ici au Sénégal. Cette mangrove où les femmes travaillent c’est moi qui l’ai replantée en 2000 vous pouvez consulter les archives. Je suis venu ici avec le projet Wetland dirigé par le colonel des eaux et forêts Sylla, financé par le fonds mondial pour l’environnement pour replanter la mangrove et créer des emplois pour les femmes. Toutes ces femmes qui font dans l’ostréiculture le font parce que Lamine Ba est passé par ici pour régénérer la mangrove. Ce projet ne peut en aucune façon mettre en péril l’écosystème marin mettre en péril la lagune. C’est des gens qui ne savent pas ce qu’ils disent qui le disent. Au contraire, il faut protéger l’environnement à travers les installations que nous ferons ici et non laissé ça en jachère au contraire on risque de tout perdre. Khady NDOYE.Mbour

PROPOSITION DE RÉAMÉNAGEMENT DE L’ANNÉE SCOLAIRE PAR Par M. DIOUF et Mme SECK, enseignants

Dans son discours du 11 Mai 2020, le président Macky Sall a annoncé que « le covid-19 continuera encore de circuler dans le pays jusqu’au mois d’aout, voire septembre ». Il a par ailleurs confirmé la reprise des cours prévue le 2 juin prochain. Laquelle avait été annoncée dans une note d’orientation qu’enseignants et élèves s’étaient partagés, notamment sur les groupes de discussions en ligne. Il est à redouter que cette reprise des cours n’ait des répercussions néfastes. Ce sont des centaines de milliers d’élèves qui vont reprendre le chemin de l’école après deux mois d’interruption en raison du covid19. D’après la note d’orientation susmentionnée, les enseignant.e.s devront rejoindre leurs postes le 18 Mai. Avec eux/elles, il faudra compter le personnel d’appoint, gardiens et personnes de charge, les administrateurs des écoles etc.
La majorité des écoles du Sénégal sont dans des conditions d’hygiène et de logistiques déplorables. Bon nombre d’entre elles ne disposent pas de salles de classe permettant d’acter une distanciation sociale efficiente. La disponibilité de latrines, l’accès à l’eau, l’enclavement et/ou l’éloignement de beaucoup d’établissements ont toujours constitué un frein à des conditions d’enseignement-apprentissage idoines. Qui plus est l’hivernage a débuté par endroits et nombreux sont les élèves qui préfèreront rejoindre les champs (avec l’accord des parents) que de reprendre le chemin des écoles. Pour ce qui est des zones urbaines, avec la récurrente question des inondations, les écoles servent souvent de lieu de recasements de sinistrés.
Il faut aussi prendre en compte la situation de nombre d’enseignant.e.s et apprenants immunodéprimé.e.s ou souffrant de pathologies liées à leur environnement scolaire, mauvaise qualité de la craie, abris provisoires, humidité dans les salles de classes, etc. Il est aussi à se demander ce qui a été prévu pour les enseignantes en état de grossesse et celles qui allaitent. Notons que l’ANSD comptait dans sa Situation Economique et Sociale (SES) du Sénégal de 2016, 9827 établissements d’enseignement primaire, 1932 au niveau du Moyen et 827 établissements du secondaire. Le délai entre l’annonce de reprise des cours et la reprise effective nous parait extrêmement court pour mettre en place, sur tout l’ étendu du territoire, un dispositif de prévention et de prise en charge d’éventuels contaminés (Dieu nous en garde). Toutes conditions qui permettraient aux enseignant.e.s, aux administrateurs et aux élèves de rejoindre les classes en toute confiance.
Tenant compte de tous ces paramètres il nous semble prématuré, pour ne pas dire hautement risqué de reprendre les cours à la date prévue du 2 juin. Il est primordial de préserver la santé d’une frange importante de ce que la nation a de plus cher, ses enfants les plus jeunes et les plus vulnérables. Il est tout aussi primordial de préserver la santé de dizaines de milliers de mères et de pères de famille.

Nous proposons ainsi :

-De reprendre les cours dès le 1er octobre : ce mois, de même que celui de novembre seront consacrés à la poursuite des enseignements-apprentissages, en vue de compenser le retard accusé à tous les niveaux.
-De consacrer le mois de décembre aux examens ou évaluations certificatives (qui prendront fin au plus tard le 22 décembre en tenant compte des congés de Noël)
-De programmer la rentrée scolaire 2020-2021 dans la fourchette du 05 au 10 janvier 2021, cette année se poursuivra jusqu’au 31 juillet comme de coutume.
-De faire cours les samedis pour le compte de l’année scolaire 2020-2021 au niveau de l’élémentaire.
-De réaménager les emplois du temps en augmentant le crédit horaire selon les matières dominantes au niveau du Moyen-Secondaire. Par exemple, une classe de 3eme qui a 4h en Histoire-Géographie par semaine se verrait ajouté 2h dans la discipline.
Ce sont là nos propositions pour sauver l’année scolaire tout en limitant le risque de propagation du covid-19 chez les élèves et les enseignant.e.s.

GESTION DE LA COVID-19:SOMMES-NOUS EN TRAIN D’ÉCHOUER?PAR Ousmane NDOYE,Product Portfolio Manager Ingénieur Systèmes embarqués -Paris

Ebranlé par ces vagues de commentaires et d’articles sur la situation sanitaire dans laquelle la pandémie COVID-19 a plongé notre pays depuis maintenant plus de deux mois. Egaré par les nombreuses analyses et avis tranchés, parfois contradictoires sur le sujet, j’ai décidé d’entreprendre cette réflexion sur le sujet dans le but de comprendre comment nous en sommes arrivés à ce stade, d’analyser avec l’objectivité qui s’y prête la stratégie jusqu’ici entreprise par le gouvernement du Sénégal pour contenir la propagation du virus à court terme et l’éradiquer par la suite. Cette entreprise serait inachevée si elle ne s’attelait pas à explorer d’autres solutions adaptées à nos réalités socio-économiques qu’il aurait été judicieux d’expérimenter.
Dans son ouvrage intitulé Le Monde d’effondre, Chinua Achebe déclarait en 1958 « Le blanc est malin, il est venu tranquillement et paisiblement avec sa religion. Nous nous sommes amusés de sa sottise et nous lui avons permis de rester. Maintenant il a conquis nos frères et notre clan ne peut plus agir comme un seul homme. Il a placé un couteau sur les choses qui nous tenaient ensemble et nous sommes tombés en morceaux ». Il est évidemment très loin de moi l’idée de comparer l’homme blanc à un coronavirus. Pour autant, lorsque l’on regarde de près ce qui s’est passé avec la gestion de cette maladie au Sénégal depuis le patient 0 venu de France, les mesures prises par le gouvernement et la façon dont ces dernières ont été accueillies par nos concitoyens, cette citation dans ce livre que j’affectionne particulièrement y trouve toute sa place.
Le 23 Mars dernier, le Sénégal décrétait l’Etat d’urgence dans tout le territoire national, dernier jalon d’une série de mesures visant à contenir la propagation de la pandémie dans le pays. Un couvre-feu est alors installé à partir de 20h et les brutalités policières qui ont suivi les premières nuits sont là pour montrer toute la détermination de ce gouvernement. Les écoles sont maintenant fermées depuis 8 jours, les rassemblements, prières de groupe et déplacements inter-régionaux interdits.
Cette situation plonge le pays dans une configuration inédite où l’économie est à terre et des milliers de pères et mères de famille dans l’incapacité de nourrir convenablement leur progéniture.
De la grève des transporteurs, contraints à respecter un nombre strict de passagers, découle des scènes insoutenables d’essaim de banlieusards sur l’autoroute tentant de regagner désespérément leur demeure avant l’heure fatidique où la horde de policiers déchainés et assoiffés de sang jaillit des casernes pour leur rappeler que « 20h = 20h ». Le pays compte alors seulement 71 patients sous traitement.

Illusion d’une stratégie…

On se dit malgré tout que le gouvernement dispose d’un plan stratégique visant à éviter à tout prix que le virus se propage. Les conséquences sociales et économiques risqueraient d’être dramatiques. Le pays dispose de seulement 80 lits de réanimations (parmi les plus faibles du continent). Le nombre de places en hospitalisation est également limité. Outre sa grande contagiosité, ce virus affectionne particulièrement la promiscuité et la chaleur qui font tant le charme de nos modes de vie. Pour un pays sous développé comme le nôtre, prendre ce problème à bras le corps et tôt pourrait sembler une bonne idée. Seulement faut-il prendre des mesures adaptées à la situation socio-économique. Le challenge qui se dresse en face du gouvernement est alors de prendre des mesures efficaces qui tiendraient sur la durée et n’engendreraient pas plus de problèmes qu’elles n’en résolvent.

Kyrielle de mesures inefficaces et inadaptées…

Apparu sur son sol en Décembre 2019, la Chine fait encore face au virus six mois après. Lorsque le Sénégal prenait ces premières mesures, il apparaissait déjà clair que la pandémie ne serait pas combattue en un mois. Pourtant ces premières mesures décidées dans la précipitation s’apparentent clairement à celles appliquées dans les pays occidentaux avec les moyens en moins.
La première fausse bonne idée aura été le couvre-feu imposé le soir. La plupart des Etats Africains y ont eu recours à défaut de pouvoir imposer un confinement total à leur population. Le pouvoir matraque les récalcitrants et donne l’impression d’être en guerre et de maitriser la situation. Pour autant, son inefficacité dans ce contexte ne fait aucun doute car les individus libres durant la journée ont tout le temps d’attraper la maladie et de contaminer leur famille le soir venu. Pourquoi dès-lors mobiliser autant de ressources de l’état pour une cause d’avance perdue ?
La fermeture des marchés, les mesures restrictives dans le secteur des transports et l’interdiction des trajets interurbains ont eu comme effet d’anéantir le secteur informel qui représente à lui tout seul près de 41% du produit intérieur brut du pays et emploie environ 48% de la population active. La capacité d’épargne de ces ménages étant presque nulle, des familles entières doivent se résigner à rester chez elles et mourir de faim. Les entreprises s’endettent et mettent la clé sous la porte faute de commandes. Au moment où les productions de carottes, d’ognons, de choux et de tomates sont à leur paroxysme à l’intérieur du pays, des producteurs regardent impuissants leur seule récolte de l’année pourrir. Encore une fois, le génie du gouvernement a cru bon d’adopter aveuglément les mêmes mesures contraignantes qu’en Europe, se gardant d’indemniser les familles et entreprises touchées. La réalité c’est surtout que l’Etat n’a simplement pas les moyens de sa politique. En guise de comparaison le coût du chômage partiel visant à indemniser les salariés qui ne pouvaient pas travailler est estimé à 24 milliards d’euros en moins de deux mois. Gouverner c’est prévoir. Gouverner c’est anticiper. C’est également innover lorsque les prévisions ne sont pas reluisantes ou les circonstances extraordinaires. C’est un euphémisme de dire que nos autorités ont manqué cruellement de clairvoyance.

Défiances et rétropédalage…

La patience des sénégalais n’est point éternel. Les prédécesseurs de Macky Sall l’avaient déjà appris à leur dépens. Le soutien de la population à ces mesures venues d’ailleurs, appliquées sans la moindre prise en compte des contraintes quotidiennes du sénégalais lambda n’aura pas duré longtemps. Les récentes déclarations de chefs religieux exigeant la réouverture des lieux de prières ne sont en réalité que l’ultime expression du rejet de la gestion catastrophique de cette crise. Pourtant l’exécutif entend en profiter…
Le 11 Mai, Le président Macky Sall revient sur toutes les mesures visant à lutter contre la pandémie alors que la situation sanitaire s’est considérablement dégradée ces derniers jours avec une augmentation fulgurante des nombres de nouveaux cas, d’hospitalisation et de réanimation. Circulez ! Il n’y a rien à comprendre. Pour masquer son échec dans la gestion de la COVID-19, le président se pose en gouvernant attentif aux préoccupations de son peuple. Il suffit de regarder le point de presse du ministre de la santé Abdoulaye Diouf Sarr le lendemain pour s’en persuader. Il y parle d’une nouvelle option stratégique qui s’explique par la seule nécessité d’apprendre à vivre avec le virus.
Evidemment cette nouvelle stratégie tombe très mal, dans la mesure où le gouvernement avait toutes les informations en sa possession pour l’adopter deux mois auparavant. Par ailleurs, tous les pays dans le monde qui ont adopté avec succès l’apaisement des mesures restrictives l’ont fait après avoir constaté une baisse significative de la progression du virus. En France, le déconfinement a été prononcé après plus de 15 jours de baisse systématique des principaux indicateurs de l’avancée/recul du virus que sont :
• Le nombre de nouveaux cas positifs
• Le nombre de nouveaux cas positifs hospitalisés
• Le nombre de cas sévères en réanimation
Cette nouvelle stratégie s’apparente donc plus à un renoncement qu’à une adaptation. Le terme « démission » employé par Ousmane Sonko leader de l’opposition n’est à mon avis point usurpé.

Aurions-nous pu faire autrement ?…

Comment un pays sous développé peut faire face efficacement à une pandémie d’une grande contagiosité ? Ceci aurait été sans doute un excellent sujet de thèse pour quelqu’un qui aurait suivi des études poussées en politique de santé publique. A défaut, je propose des stratégies simples adoptées ailleurs et qui étaient à la portée d’un pays sous développé comme le Sénégal.
Pour rappel, nouveauté, pandémie, forte contagiosité et faibles moyens sont d’une part les principaux challenges auxquels font face ces pays sous-développés ou en voie de développement. D’autre part le temps est presque l’unique facteur positif dont ont disposés ces pays face à ce coronavirus apparu fin 2019. On a l’habitude de dire que gouverner c’est prévoir. L’Afrique étant parmi les derniers à être touchés par la crise, le génie sénégalais avait certainement le temps de se mettre en branle, adoptant des stratégies innovantes et viables seyantes au contexte social et économique pour faire face à la crise.

Contrôle judicieux des déplacements interurbains

Interdire le déplacement des personnes et des biens entre deux régions non touchées par le virus n’a aucun sens. Dans ces zones seul le respect des mesures barrières devait être instigué. Les écoles, le tourismes, l’économie régional tourneraient alors normalement et les productions locales exportables sous certaines conditions. En revanche, l’’essentiel de l’effort aurait dû être déployé pour surveiller les flux de passages entre les zones touchées et les zones non touchées. Le contrôle des personnes et la désinfection des flux de marchandises doivent y être systématiques. La route étant le principal moyen de transport, le contrôle en serait davantage facilité. Eventuellement, Un système clair de seuil de contagion défini à l’avance pourrait enclencher des mesures plus restrictives dans ces zones non ou très peu touchées. C’est la décision qui a été prise en Côte d’ivoire dans le volets 2 de la lutte contre la COVID-19 qui voit la ville d’Abidjan épicentre de la pandémie fermée alors que le reste du pays où aucun nouveau cas n’a été détecté reprend une vie normale.
Ces mesures, en plus de permettre la continuité de l’activité ont l’avantage de coûter peu chères, faciles à déployer et durables.

Tests à grande d’échelle et stratégie d’isolation pérenne

Le Sénégal aurait dû investir massivement dans une stratégie de tests à grande échelle sur toute personne présentant des symptômes, avec une isolation des personnes malades pensée de façon pérenne et par pallier. Aujourd’hui tous les tests sont réaliser à Dakar par l’institut Pasteur. Dans l’attente des résultats, les patients peuvent vaquer à leurs occupations risquant de contaminer encore plus de monde. Si des centres de tests avaient été installés dans toutes les régions, le diagnostic se ferait beaucoup plus rapidement et l’isolation des malades plus efficaces. L’Etat n’a pas les moyens de loger toutes les familles mises en quarantaine dans des hôtels. A la place une isolation surveillée à domicile avec assistance médicale aurait été plus judicieux. Seuls les cas graves seraient acceptés à l’hôpital. Cette stratégie exige une logistique adaptée et des investissements colossaux dans les tests virologiques RT-PCR préconisés pour établir le diagnostic de la maladie.

Sensibilisation sur la nature de la maladie

Le gouvernement du Sénégal a déployé des moyens importants dans la communication avec la transparence dans les communiqués quotidiens sur l’évolution de la maladie. Des campagnes de sensibilisation se sont malheureusement concentrées uniquement sur les mesures d’hygiène et de distanciation sociale à adopter. En revanche, beaucoup de gens ignorent encore les caractéristiques de la maladie. Comment peut-on l’attraper et ne développer aucun symptôme ? Comment peut-on la transmettre même si on ne se sent pas malade ? Des patients parfois guéris se mettent à douter de la maladie par honte d’avoir vu leur familles mises en quarantaine ou simplement par méconnaissance des spécificités de la maladie. A l’avenir un effort de pédagogie plus important devra y être consacré parce que cela augmente la méfiance des populations dont la coopération est primordiale pour vaincre pareille pandémie. Le folklore qui accompagne la sensibilisation n’est d’aucune utilité.
En définitive, les autorités sénégalaises confrontées à la pandémie de la COVID-19 ont adopté dans la précipitation des mesures restrictives inadaptées et intenables économiquement de surcroît sur la durée. Cette pandémie par la même occasion a mis en exergue la fragilité et les nombreuses carences de notre système de santé mais également la fébrilité de notre économie portée par le secteur informel. Le gouvernement avec certes très peu de moyens, a sans doute manqué une belle occasion d’exposer le génie sénégalais en adoptant des solutions innovantes et viables pour lutter efficacement contre le virus tout en soutenant l’économie. A défaut, il est demandé aujourd’hui aux sénégalais d’apprendre à vivre avec le virus avec l’assouplissement des mesures restrictives. Les conséquences risquent d’être dramatiques. A l’avenir il faudra se pencher sérieusement sur des stratégies concertées à l’échelle régionale et continentale pour venir à bout de tels fléaux qui risquent hélas de se répéter.

S’unir pour un vaccin pour tous contre la Covid-19 (Tribune)

APA-Dakar (Sénégal)–Des personnalités du monde entier unissent leur voix pour un accès universel à un potentiel vaccin contre le nouveau coronavirus au moment où certains dirigeants veulent mettre la main sur la précieuse substance.
L’humanité d’aujourd’hui, vulnérable face à ce virus, est à la recherche d’un vaccin efficace et sûr contre la Covid-19. C’est notre meilleur espoir de mettre un terme à cette douloureuse pandémie mondiale.
Nous demandons aux ministres de la Santé réunis à l’Assemblée mondiale de la santé de se rallier d’urgence à la cause d’un vaccin pour tou-te-s contre cette maladie. Les gouvernements et les partenaires internationaux doivent s’engager : lorsqu’un vaccin sûr et efficace sera développé, il devra être produit rapidement à grande échelle et mis gratuitement à la disposition de tous, dans tous les pays. Il en va de même pour tous les traitements, diagnostics et autres technologies contre la Covid-19.
Nous reconnaissons que de nombreux pays et organisations internationales progressent vers cet objectif, en coopérant multilatéralement en matière de recherche et de développement, de financement et d’accès, y compris les 7,4 milliards d’euros annoncés le 4 mai dernier, dont il faut se féliciter. Grâce aux efforts inlassables des secteurs public et privé, et à des milliards de dollars de recherche financée par les pouvoirs publics, la découverte d’un vaccin potentiel progresse à une vitesse sans précédent et plusieurs essais cliniques ont déjà commencé.
Notre monde sera plus sûr que lorsque tout le monde pourra bénéficier de la science et avoir accès à un vaccin – ce qui est un défi politique. L’Assemblée mondiale de la santé doit parvenir à un accord mondial qui garantisse un accès universel rapide à des vaccins et à des traitements de qualité, les besoins étant prioritaires sur la capacité de payer.
Il est temps que les ministres de la Santé renouvellent les engagements pris lors de la création de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), où tous les États ont convenu d’assurer « le meilleur état de santé possible en tant que droit fondamental de tout être humain ».
Ce n’est pas le moment de favoriser les intérêts des entreprises et des gouvernements les plus riches, au détriment de la nécessité universelle de sauver des vies, ou de laisser cette tâche importante et morale aux forces du marché. L’accès aux vaccins et aux traitements en tant que biens publics mondiaux est dans l’intérêt de toute l’humanité. Nous ne pouvons pas laisser des monopoles, une concurrence grossière et un nationalisme myope faire obstacle à cet accès à la santé.
Nous devons tenir compte de l’avertissement selon lequel « ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le répéter ». Nous devons tirer les douloureuses leçons d’une histoire d’inégalité d’accès face à des maladies telles que le VIH et le virus Ebola. Mais nous devons également nous souvenir des victoires révolutionnaires des mouvements de santé, notamment des militants et des défenseurs de la lutte contre le Sida qui se sont battus pour l’accès de tou-te-s à des médicaments abordables.
En appliquant ces leçons, nous appelons à un accord mondial sur les vaccins, les diagnostics et les traitements Covid-19 – mis en oeuvre sous la direction de l’Organisation Mondiale de la Santé – qui :
1. Garantit le partage mondial obligatoire de toutes les connaissances, données et technologies liées à la Covid-19 avec un ensemble de licences Covid-19 librement accessibles à tous les pays. Les pays devraient être habilités et autorisés à utiliser pleinement les sauvegardes et les flexibilités convenues dans la déclaration de Doha sur l’accord sur les ADPIC et la santé publique afin de protéger l’accès aux médicaments pour tous.
2. Établit un plan mondial et équitable de fabrication et de distribution rapide – entièrement financé par les pays riches – pour le vaccin et tous les produits et technologies Covid-19, qui garantit la transparence « au prix coûtant réel » et l’approvisionnement en fonction des besoins. Il est urgent d’agir pour renforcer massivement les capacités mondiales de fabrication de milliards de doses de vaccins et pour former et recruter les millions d’agents de santé rémunérés et protégés nécessaires pour les administrer.
3. Garantit que les vaccins, diagnostics, tests et traitements Covid-19 sont fournis gratuitement à tous, partout. L’accès doit être prioritairement réservé aux travailleurs de première ligne, aux personnes les plus vulnérables et aux pays pauvres les moins à même de sauver des vies.
Ce faisant, personne ne peut être laissé pour compte. Une gouvernance démocratique et transparente doit être mise en place par l’OMS, avec la participation d’experts indépendants et de partenaires de la société civile, ce qui est essentiel pour garantir la redevabilité de cet accord.
Ce faisant, nous reconnaissons également le besoin urgent de réformer et de renforcer les systèmes de santé publics dans le monde entier, en supprimant tous les obstacles afin que les riches comme les pauvres puissent accéder aux soins de santé, aux technologies et aux médicaments dont ils ont besoin, gratuitement au moment où ils en ont besoin.
Seul un vaccin pour tous – dont l’égalité et la solidarité sont la base – peut protéger toute l’humanité et permettre à nos sociétés de fonctionner à nouveau en toute sécurité. Un accord international audacieux ne peut pas attendre.
Ont entre autres signé :
Macky Sall, Président du Sénégal
Irina Bokova, Directrice Générale de l’Unesco (2009-2017)
Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, Président du Ghana
Gordon Brown, Premier ministre du Royaume-Uni (2007-2010)
Cyril Ramaphosa, Président de l’Afrique du Sud
Imran Khan, Premier ministre du Pakistan
Moussa Faki, Président de la Commission de l’Union Africaine (UA)
Mario Monti, Premier ministre de l’Italie (2011-2013)
Ellen Johnson Sirleaf, Présidente du Liberia (2006-2018)
Juan Manuel Santos, Président de la Colombie (2010-2018)
Viktor Yushchenko, Président de l’Ukraine (2005-2010)
Mehdi Jomaa, Premier ministre de la Tunisie (2014-2015)
Horst Köhler, Président de l’Allemagne (2004-2010)
Olusegun Obasanjo, Président du Nigeria (1999-2007)
Bernard Kouchner, ministre français de la Santé (1992-1993, 1997-1999, 2001- 2002), ministre des Affaires étrangères (2007-2010)
Aminata Touré, Premier ministre du Sénégal (2013-2014)

2480 cas positifs dont 973 guéris, 25 décès, 1 évacué et 1481 encore sous traitement

https://www.ferloo.com/Selon le communiqué n° 77 du Ministère de la Santé et de l’Action sociale (MSAS) : « ce dimanche 17 mai 2020, pour 816 tests réalisés, 51 sont revenus positifs au coronavirus soit un taux de positivité de %. Il s’agit de 47 cas contacts suivis et 04 cas issus de la transmission communautaire répartis comme suit : Yoff (01), Dakar Plateau (01), Yeumbeul (01) et Touba (01).
24 patients ont été testés négatifs et déclarés guéris. 09 cas graves sont pris en charge dans les services de réanimation à Fann (03) et l’hôpital Principal (06).
A ce jour, le Sénégal compte 2480 cas positifs dont 973 guéris, 25 décès, 1 évacué et 1481 encore sous traitement.
Le Ministère de la Santé et de l’Action sociale présente ses condoléances à sa famille attristée et appelle les populations au respect strict des mesures de prévention individuelle et collective.

9 cas graves en réanimation dans les hôpitaux de Fann et de Principal de Dakar

https://actusen.sn/-La liste des cas graves s’allonge. Ce dimanche, lors du point de presse traditionnel sur la situation de la pandémie au Sénégal, le Directeur de Cabinet du ministre de la santé, Docteur Alyose Diouf a signalé la présence de 9 cas graves.
Lesquels, selon le porte-parole du ministère de la santé sont pris en charge dans les services de réanimation de l’hopital de Fann (03) et de l’hopital Principal de Dakar (06). Mais, rassure le Docteur, l’état de santé des autres patients hospitalisés dans les centres de traitement, est stable.

TAMBA/GOUDIRY-Féténiébé peu souffler…

Libération Sénégal online-Entre hier et aujourd’hui, 29 malades, jadis positifs au coronavirus, ont été déclarés guéris à Tambacounda (13 vendredi et 16 aujourd’hui), a appris Libération online de sources autorisées. Selon nos informations, le foyer de Féténiébé (Goudiry), d’où est originaire la majorité des patients guéris, est en passe d’être éteint.

COVID-19 À TOUBA-Une centaine de maisons et de malades isolés…Le virus bien parti pour s’acclimater…

https://www.dakaractu.com/Dans l’attente de trouver de nouveaux sites à même de satisfaire leurs exigences (à moins que laisser les malades résider chez eux ne soit la nouvelle dynamique officielle), le service médical en charge de gérer la covid-19 a fini d’isoler une bonne centaine de maisons et de malades à Touba. Une source nous souffle  qu’il  s’agit de près de 119 malades et d’à peu près le même nombre de maisons.
À défaut de mettre devant chaque maison des policiers, il a été privilégié de négocier avec certaines d’entre elles, afin de les convaincre de rester confinées pour ne pas propager le virus dans la cité.
Un soutien de taille leur a été apporté par le Khalife Général des Mourides qui a donné ndigël à ces familles de respecter les directives des blouses blanches avant d’actionner l’association Touba Ça Kanam en lui demandant de veiller à ce que ces personnes ne manquent de rien. Pour la journée du 16 mai, Touba enregistré un total de 5 cas dont 02 issus de la transmission communautaire.
Depuis le début de la pandémie, Touba a compté un total de 283 malades du nouveau coronavirus et Mbacké 42.

SITUATION DU JOUR :Dakar prend presque tout

Libération Sénégal online-Le ministère de la Santé et de l’Action sociale a annoncé, ce dimanche, 51 cas positifs au coronavirus. En dehors de Touba (3), tous les cas sont enregistrés dans la région de Dakar notamment dans les districts de Dakar-Ouest (15), Dakar-Sud (12), Dakar-Centre (5), Dakar-Nord (5), Guédiawaye (2), Sangalkam (3), Mbao (2), Yeumbeul (1), Diamniadio (2) et Keur Massar (1).

COVID19, la stratégie change, la bataille demeure Par Mary Teuw Niane

La pandémie du corona virus covid19 poursuit son expansion dans le monde. L’Afrique reste très faiblement touchée comparée au reste du monde. Cependant, chaque semaine, à un rythme très lent, la maladie progresse dans le Continent et par rapport au reste du monde. Ainsi cette semaine l’Afrique a dix sept (17) cas testés positifs sur mille (1000) cas testés positifs dans le monde, soit une progression de deux (2) cas par rapport à la semaine dernière. Pour les décès liés au corona virus covid19, l’Afrique a huit (8) décès sur mille (1000) décès déclarés dans le monde, soit le même nombre que la semaine dernière. Cette évolution asymétrique entre le nombre de cas et le nombre de décès montre encore, s’il en était besoin, la spécificité de Continent par rapport au développement de la maladie. J’ai du mal à comprendre toutes ces prédictions catastrophistes sur l’avenir de la pandémie sur notre Continent.
Au Sénégal, nous sommes à une moyenne d’un (1) décès lié au corona virus covid19 par trois (3) jours, ce nombre était d’un décès (1) par cinq (5) jours la semaine dernière, soit une progression de deux (2) jours. Le taux de mortalité du corona virus covid19 est de 1% au Sénégal contre 3.3% en Afrique et très en deçà du taux mondial qui est de 6.64%.
Le Sénégal est passé d’une stratégie d’arrêt de diffusion du virus à une stratégie d’une propagation contrôlée du virus. Il est important d’identifier les forces, les faiblesses et les risques liés à chaque stratégie. Pourquoi la première stratégie n’a pas fonctionné ? Quels sont les défis liés à la nouvelle stratégie ?
Pourquoi la première stratégie n’a pas permis de stopper la circulation du corona virus covid19 ?
Avec le contrôle des frontières, la fermeture des aéroports, les cas importés ont disparu. Par contre les cas communautaires ont fait leur apparition sans jamais être jugulés. Madame KK Shailaja, Ministre de la Santé de l’État de Kerala en Inde, un État de trente cinq (35) millions d’habitants avec 524 cas et 4 décès, lorsqu’on lui demande les raisons de son succès dans la lutte contre le corona virus covid19, invoque les mesures drastiques prises pour endiguer l’avancée de la maladie (isolement des contacts, hospitalisation des malades, etc.), l’engagement des autorités religieuses dans l’application des mesures prises et surtout la planification rigoureuse. Cette déclaration met en évidence nos faiblesses qui ont conduit à la saturation des lits d’hospitalisation, à une augmentation des contacts donc des occupants des lieux d’isolement, à l’expansion régionale et départementale de la pandémie. Sans une réorientation ou de nouvelles infrastructures, la stratégie allait conduire à une implosion du système.
La stratégie de contrôle de la propagation du corona virus covid19, peut-elle réussir ? Elle essaie de résoudre un certain nombre de contradictions que la première stratégie n’a pas pu surmonter ou même a semblé aiguiser :
-l’insuffisante convergence du milieu maraboutique ou de divers courants religieux musulmans par rapport aux décisions prises en particulier la fermeture des mosquées
-l’incompréhension socio-culturelle entre différentes autorités (pouvoirs publics, religieux, coutumiers, etc.) de la représentation des actes d’engagement et d’adhésion à une stratégie ;
-l’impérieuse nécessité du démarrage des activités agricoles pour la campagne agricole 2020 avec les risques réels pour tous les pays importateurs de céréales d’être confrontés en 2021 à une pénurie sur le marché mondial et donc à un risque de famine ;
-L’épuisement inévitable des forces de défense et de sécurité, des personnels de santé, etc. ;
-L’insuffisance du système de sécurité social qui oblige une grande partie de la population à aller travailler pour nourrir les familles : marchés, transports, services, etc. ;
-La nouvelle stratégie présente des risques :
-L’isolement des contacts dans les maisons, en raison de l’indiscipline de beaucoup de nos compatriotes et des habitudes de visites à domicile, peut contribuer à l’expansion de la maladie ;
-La levée de l’interdiction de circuler de région à région si elle devait intervenir pourrait faciliter la contamination des vingt-deux (22) départements qui sont indemnes de corona virus covid19 etc.
Évidemment chaque stratégie a ses avantages et ses inconvénients. Elle doit aussi avoir une manière spécifique de communiquer. Tout en continuant à mettre l’accent sur les gestes barrières, la communication devrait mettre une touche particulière sur
-la sensibilisation des groupes vulnérables (personnes âgées et/ou personnes souffrant de maladies comme le diabète, l’hypertension, l’asthme, le surpoids, etc.) ;
-la prise de conscience des familles, des communautés religieuses, des femmes et des jeunes pour protéger les personnes vulnérables en leur sein ;
-le sens du malade asymptomatique, un malade sans signe extérieur de maladie pour lequel, culturellement, il est difficile d’imaginer qu’il puisse contaminer une autre personne etc.
Cette stratégie comme la précédente pour réussir a besoin de discipline et de responsabilité individuelles et collectives. Le citoyen a un rôle essentiel à jouer et l’autorité administrative a sa responsabilité qui est engagée. L’Afrique bénéficie de spécificités qui empêcheront la maladie de faire des dégâts humains à l’image de l’Europe et de l’Amérique. Cependant le meilleur moyen de tirer profit de ces circonstances atténuantes, d’éviter la multiplication des cas graves, est d’être unis et engagés autour des mesures prises par le Comité national de Gestion des Épidémies et les autorités de la santé.L’Afrique vaincra la COVID19 !

Coronavirus au Sénégal:sont-ils en train de nous rouler dans la farine?ANALYSE

https://www.pressafrik.com/-Le Sénégal a connu son premier cas positif au coronavirus le 2 mars 2020. Pour empêcher la pandémie de se propager, le président Macky Sall a pris des mesures phares le 16 mars, à l’issue d’une réunion avec plusieurs autorités. Il s’agit notamment de la fermeture des écoles, des lieux de culte, suivie de proclamation de l’état d’urgence assorti d’un couvre-feu  le 23 mars, alors que le pays ne comptait que 79 cas positifs et 8 guérisons.
Dans une nouvelle adresse à la nation le 11 mai, Macky Sall a annoncé un assouplissement de l’état d’urgence comprenant la réduction de la durée du couvre-feu, la réouverture des lieux de culte, la reprise des cours dans les classes d’examen, le 2 juin. Sans oublier la réouverture des marchés hebdomadaires  communément appelés « loumas ».
Au regard de ces nouvelles mesures et compte tenu de la courbe ascendante de la maladie (2426 cas confirmés, 949 guéris, 25 décédés et 1454 sous traitement, au 16 mai),  force est de constater que cette lutte contre le coronavirus au Sénégal est souillée d’incohérences, de doutes, de bizarreries sur les chiffres déclarés par le ministère de la Santé, même si l’on est convaincu que la maladie existe.
A cette démarche incohérente du président Macky Sall, vient s’ajouter le débat sur la fiabilité des tests réalisés par l’Institut Pasteur de Dakar. Dans un article publié vendredi PressAfrik a fait une révélation. En effet, dix (10) médecins de l’ORL de l’hôpital Fann, déclarés positifs au Covid-19, sont revenus négatifs, après un second essai. Allons-nous avoir les mêmes chiffres si on refait les tests sur les plus de 2.400 cas confirmés ?
Interpellé par le journal Libération, l’Institut Pasteur n’a trouvé rien à dire, si ce n’est qu’il n’a jamais dit que les résultats sont positifs, affirmant plutôt que ces derniers n’étaient pas conformes en raison d’erreurs sur la fiche de prélèvement. De nombreux prélèvements ont été effectués, ils sont revenus négatifs. Les 10 agents ont pu ainsi reprendre leur travail le même jour, conclut le journal.
Quant au directeur de cabinet du ministère de la Santé, Dr Alyose Diouf, il a été interpelé par la Tfm, il n’a pu se prononcer: « Je ne pourrais pas me prononcer sur ce dont je n’ai pas d’informations claires. Nous sommes en train de voir cette situation, nous attendons les rapports, par respect pour les Sénégalais,je ne pourrais pas me prononcer».
Depuis le début de cette pandémie, les erreurs des services du ministère de la Santé se sont répétées. Un manque de rigueur, de concentration, ou de professionnalisme ? On ne le saurait jusqu’ici. Tantôt c’est sur la date du communiqué, tantôt c’est sur les chiffres des personnes déclarées positives au covid19, comme ça été le cas ce samedi 16 mai. Dans deux différents communiqués, nous sommes passés de 110 cas à 119.
S’y ajoutent des personnes testées positives après leur mort. Les familles de ces victimes ne gobent pas la thèse selon laquelle leurs proches sont morts de la maladie. Elles jugent étonnant que personne de leurs maisons ne soit testée ou mise en quarantaine, après qu’un parent ait été déclaré mort du coronavirus.
Dans le domaine des transports, une mesure bizarre a été rendue publique ce samedi. Dans les colonnes de L’Observateur, les services de Oumar Youm informent que désormais, les transports en commun peuvent remplir toutes les places assises au lieu de la moitié. Pour ceux qui est des taxis et véhicules particuliers, il leur est permis de transporter 4 personnes y compris le chauffeur au lieu de 3 personnes auparavant.
En analysant ces faits, on se pose beaucoup de questions sur la lutte contre la pandémie au Sénégal. Le gouvernement est-il sérieux dans sa démarche ? Sont-ils en train de  nous rouler dans la farine ? Ces cas post mortem sont-ils vraiment décédés du coronavirus ? Est-ce que l’ensemble des chiffres sont exacts ? Trop de zones d’ombre sur lesquelles les services de communication du ministère de la Santé, le Comité national de gestion des épidémies devront  éclairer la lanterne des Sénégalais. Le peuple mérite au moins cela.Salif SAKHANOKHO, journaliste PressAfrik

Multiples erreurs de dépistage de la Covid19:à quel Pasteur se fier?Par Moustapha Diakhaté

https://www.pressafrik.com/ Le Sénégal ne doit plus se fier à aucun pasteur! Les dépistages doivent être suspendus. Le gouvernement sénégalais doit aussi exiger un troisième test de contrôle pour tous ceux qui ont été dépistés par l’Institut Pasteur de Dakar.
En une semaine au Sénégal et à Madagascar des erreurs monumentales ont été relevées dans le dépistage de la covid19. Au Sénégal sur les dix (10) médecins de l’ORL de l’hôpital Fann, déclarés positifs à la Covid-19, sont revenus négatifs, après un second essai.
Pendant ce temps à la Grande Île malgache, une contre-expertise sur 67 cas déclarés positifs n’a finalement révélé que 5 cas qui sont réellement contaminés
Ces  dysfonctionnements dans l’analyse des tests de la Covid-19 transmis aux autorités sanitaires risquent de jeter durablement le discrédit sur les dépistages. Ces manquements risquent de fournir des munitions aux théoriciens du complot qui réfutent le caractère biologique de la pandémie ou à ceux nient l’existence de la maladie
A défaut d’une investigation de l’Assemblée nationale, espérons que le Comité de suivi ou le Comité national de gestion des épidémies édifieront très rapidement les Sénégalais des tenants et aboutissants des erreurs commises dans les tests par l’Institut pasteur de Dakar.

QUAND LA LUTTE CONTRE LE COVID-19 VIRE AU «MYTHE DE SISYPHE» PAR ABDOURAHMANE BA

https://www.seneplus.com/Le slogan « apprenons à vivre avec le Covid-19 » lancé par les autorités est venu mettre progressivement un terme à une approche de lutte inefficace promue par le CNGE
Dès les premières heures du Covid-19 dans notre pays en mars 2020, le Comité national de gestion des épidémies (CNGE) et les experts qui le conseillent ont très vite poussé nos dirigeants vers l’adoption de mesures de restriction, de confinement et de distanciation les plus draconiennes pour essayer de venir à bout de Covid-19 dans des délais record. Fort de son expérience exceptionnelle acquise durant la lutte contre le virus Ebola en 2014-2015 et de ses échanges d’information sur le Covid-19 avec des médecins et experts depuis la Chine, le CNGE et ses structures affiliées étaient convaincus que le confinement, la distanciation et la fermeture des réseaux de transport domestiques et internationaux, entre autres, permettront d’arriver effectivement à vaincre la progression du Covid-19.
Très vite, avec un nombre de cas infectés très faible et leur bonne localisation, le déploiement d’une stratégie impressionnante de dépistage systématique et d’isolement des cas testés positifs, ainsi que l’adoption d’une terminologie qui distinguait les types de cas (importés, contacts, communautaires, cas suivis, cas graves, cas évacués, cas en réanimation, cas morts, etc.), plusieurs analystes avaient commencé à claironner une victoire sur le Covid-19 et à vendre l’expérience et l’expertise sénégalaises à l’échelle internationale. Dans ce mouvement triomphaliste et ses semblants de succès, le CNGE et ses satellites du ministère en charge de la santé ont même adopté le travail en cavalier seul, en écartant les avis des scientifiques, chercheurs, universitaires et autres experts des plus prodigieux du pays.
Pour valider et accompagner cette stratégie de quasi-confinement, qui semblait donner des fruits à tout point de vue dans des délais courts, le gouvernement a mis en place un plan de résilience économique et sociale à plusieurs composantes d’un coût total de 1000 milliards de F CFA. Un plan très vite élaboré est lancé, qui touchait presque tous les secteurs et définissait des stratégies et approches claires pour apporter le soutien à l’économie, au secteur de santé, aux impactés y compris les ménages les plus vulnérables. Le gouvernement a aussi défini et mis en œuvre une stratégie de communication autour du plan de résilience afin de maintenir un dialogue constant avec l’ensemble des parties durant cette période de distanciation et pour essayer de garantir une mise en œuvre effective. Une stratégie de mobilisation des ressources très clairement déclinée a aussi été mise en œuvre. Avec l’installation même tardive d’un comité national de suivi dirigé par un militaire rompu, tout était presque au top.
L’heure n’est pas encore au bilan final, et la lutte contre le Covid-19 demeure toujours la priorité vitale en dehors des divertissements intellectuels sur les actions des uns et des autres. Cependant, force est de constater qu’il y a des leçons à apprendre à mi-chemin pour les intégrer progressivement dans la nouvelle forme de lutte évolutive et adaptative définie par le chef de l’Etat à partir de son discours de réorientation de la lutte contre le Covid-19 du 11 mai 2020. Le discours a marqué un tournant décisif dans l’approche de lutte initialement mise en œuvre et a apporté à mon avis une bouée de sauvetage au CNGE piégé par sa stratégie rigide et à productivité et efficacité mitigées. Plusieurs facteurs sont venus montrer les limites de la stratégie adoptée dès le début.
L’effet de la stratégie adoptée au début sur la progression du Covid-19 dans le pays est plus que discutable. On pourrait croire que cette approche aurait un effet sur la vitesse de propagation du virus, mais c’est tout à fait approximatif. Le seul effet qui pourrait être confirmé est le blocage de la progression entre les régions et entre les départements et qui serait dû au couvre-feu et l’interdiction des voyages intérieurs. Le fait qu’au soir du 11 mai 2020, 22 départements n’étaient pas encore touchés par le Covid-19 pourrait attester d’un effet d’arrêt de propagation dû au couvre-feu. Mais force est de constater que la progression du virus à l’intérieur des régions et départements touchés était hors de contrôle de la stratégie du CNGE.
Ainsi, cette stratégie aurait un impact inter-régional minimal sur la progression, mais resterait inefficace au niveau intra-régions et intra-départements, du moins pour les localités déjà touchées. La porosité des routes et l’usage des moyens de transports sur des pistes non-contrôlées par les forces de l’ordre notamment depuis la fermeture du marché « Ocass » de Touba par arrêté du préfet de Mbacké le 21 avril 2020 et la débandade des commerçants et marchands ambulants, a aussi mis en faiblesse l’effet positif minimal inter-localités de la stratégie.
Il faut aussi souligner l’effet de surcharge des structures sanitaires et hôtelières d’isolement de « cas contact » surtout à Dakar et à Touba créé par une stratégie de garde systématique de tous les « cas positifs » dans les structures de santé et des « cas contact » dans des hôtel réquisitionnés. Cette approche de remplissage sans arrêt de structures sanitaires à faibles capacités d’accueil et de prise en charge et des hôtels au nombre de places limité, sans aucune clarification des tactiques d’exit et avec l’absence de traitements efficaces connus du Covid-19, menait certainement vers l’impasse.
Voilà ainsi une bonne erreur d’approche dans la stratégie initiale due à un optimisme exagéré et une mauvaise appréciation des capacités inouïes de progression de ce virus qui a même surpris les nations les plus développées de la planète. Cet optimisme béat d’un départ euphorique qui a fini de créer ces surcharges et à entraîner un effet « blow-up » est sûrement dû à une inexpérience certaine, car Ebola et Covid-19 sont deux paradigmes différents, et à une peur cachée d’un potentiel accroissement des « cas graves » ou « cas en réanimation » qui feraient croupir nos structures sanitaires. Mais le remplissage systématique sans connaissance de l’issue finale était-il la meilleure tactique disponible ?
Il faut aussi souligner des limites dans l’approche de dépistage systématique de tous les « cas contact » confinés dans des hôtels et l’information à outrance tous les matins sur des statistiques et données épidémiologiques incomprises par la population au sens large. Le nombre de « cas contact » gardés et dépistés négatifs est énorme (plus de 87%) et pousse à se poser des questions sur l’efficience et l’efficacité de l’approche consistant à les dépister systématiquement, surtout si on sait que le virus disparaîtrait dans l’organisme ou l’immuniserait au bout d’un certain temps sans signes manifestes du porteur.
Il est aussi clairement démontré par plusieurs experts en communication sociale et gestion de crise que l’information à outrance sur les statistiques et les données épidémiologiques a pris le dessus et a noyé lamentablement la communication portant sur les mesures de distanciation et l’éducation des populations sur les attitudes à prendre, augmentant ainsi les capacités de progression du virus. Cette erreur dans l’approche de communication et information due certainement à des luttes de positionnement et de leadership au sein du CNGE et des structures du ministère en charge de la santé, ainsi qu’à une absence de stratégie claire de communication et information en temps de crise et de pandémie, a créé un écran de fumée et a cloué au sol tous les efforts d’éducation et de formation des masses pour l’adoption de la distanciation physique et le respect des mesures prises par le gouvernement.
Face à tous ces paramètres, et d’autres non partagés ici, le gouvernement a très vite réalisé que le plan de résilience préparé pour régler des problèmes urgents sur au maximum trois mois, risquerait d’être noyé par un virus et ses vagues d’effets néfastes, qui sembleraient nous envahir pour au moins sept à douze mois. Ainsi, le slogan « Apprenons à vivre avec le Covid-19 » lancé par les autorités est venu mettre progressivement un terme à une approche de lutte inefficace promue par le CNGE qui a fini de virer au « Mythe de Sisyphe ».
Cependant, plusieurs experts et même des membres du CNGE ont décrié la nouvelle approche qui autorise quelques relâchements pour faire respirer l’économie et éviter à la fin des crises de la faim et des émeutes, et prédisent l’hécatombe. De même, certaines couches de la population hésitent encore à appliquer les mesures de relâchement autorisées par le gouvernement, effrayées qu’elles sont par le Covid-19 et ses effets et la méthode d’information adoptée par le Ministère en charge de la santé. D’aucuns ont même prêché que la pandémie Covid-19 est similaire à des situations de guerre totale voire nucléaire, et autres catastrophes naturelles mortelles qui imposent des mesures exclusives de restriction totale. Ces peurs pourraient aussi être liées aux faibles capacités d’accueil et de prise en charge dans nos structures sanitaires, lorsque surtout les cas graves commenceront à augmenter dangereusement. D’où la certitude qu’une mesure d’accompagnement nécessaire manque dans la nouvelle approche et cette lacune devrait être comblée immédiatement.
Une révision du plan de résilience est nécessaire ainsi qu’une augmentation significative de l’enveloppe. Au minimum, 1000 milliards additionnels devront être injectés dans l’enveloppe du plan de résilience pour la doubler et qui devraient servir exclusivement à : 1- Renforcer les capacités d’accueil et de prise en charge dans nos structures sanitaires (Force Covid-19 Santé), au moins pour 500 milliards, 2- Renforcer la recherche et les études y compris socio-économiques pour préparer une meilleure sortie de la pandémie, 3- Renforcer le tissu économique et la résilience des ménages les plus pauvres (appuyer le secteur privé, appuyé la campagne agricole et les chaînes de valeurs agricoles, redynamiser les secteurs du tourisme et du transport, etc.), et 4- Renforcer le secteur de l’éducation pour éviter une année blanche (renforcer la protection et la prise en charge des enseignants et professionnels de l’éducation, renforcer la protection des enfants, élèves et étudiants, renforcer l’utilisation des innovations technologiques y compris l’enseignement à distance comme préconisé récemment par l’ancien Ministre de l’enseignement supérieur), etc.
Des ressources sont disponibles au plan international pour toute stratégie de réponse au Covid-19. Une bonne stratégie de « fundraising » ou mobilisation des ressources au plan international avec nos partenaires pourrait permettre de lever facilement 1000 milliards, doubler l’enveloppe du plan de résilience et mettre en œuvre un plan de riposte plus efficace.

LES LANGUES NATIONALES, UN OUTIL INDISPENSABLE DANS LA COMMUNICATION COMMUNAUTAIRE PAR ABDA WONE

https://www.seneplus.com/Face à une pandémie comme la COVID-19, le message est plus audible, venant du voisin, du coreligionnaire et surtout de celui qui partage les codes linguistiques de la cible
La lutte commune contre la pandémie COVID-19, devrait grandement reposer sur la sensibilisation avant le dépistage, que celui-ci soit massif ou ponctuel voire échantillonné. 
Et pour sensibiliser massivement, il n’y pas meilleur support que les communautés. C’est connu qu’en Afrique notamment, l’individu a tendance à s’effacer pour la Communauté. C’est dans ce milieu qu’il se sent en sécurité, prend ses repères et recherche reconnaissance. C’est dans la Communauté qu’il tire ses meilleurs soutiens, mais aussi les contempteurs qu’il redoute le plus. S’il compte pour les siens, il est supposé compter aux yeux d’autres hors communauté.
La Communauté repose sur un partage d’espace de vie, de langue et de mémoire. A partir de telles considérations, il est possible d’obtenir des adhésions, de mobiliser la personne, en la mettant chaque fois devant ses responsabilités, devant et pour la Communauté. Face à une pandémie comme la COVID-19, le message est plus audible, venant du voisin, du coreligionnaire et surtout de celui qui partage les codes linguistiques de la cible. Sans être exclusiviste, le message gagne à être élaboré dans un support décodable. Par les mots, les symboles, les porteurs du message et le langage, il est plus facile d’atteindre la sensibilité des personnes.
Ainsi, la démarche communautaire peut occuper une place importante et sa parfaite maitrise devenir un formidable moyen de limiter la propagation du CORONAVIRUS. La COVID-19 se déplace plus vite que l’on ne l’avait envisagée.
Avec le développement croissant des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), la Communication communautaire s’est aussi adaptée et n’utilise pas que les canaux traditionnels de l’information, en l’occurrence, la télé, la radio, les journaux, l’affichage, le théâtre etc.
Mais la réussite d’une bonne campagne de communication communautaire suppose une parfaite connaissance de sa cible. Le concepteur du Plan de Communication doit connaitre la communauté vers laquelle il souhaite porter la bonne information. Dans notre cas précis, il s’agit de faire observer les gestes barrières et intérioriser les comportements qu’il faut pour endiguer la pandémie. Dans sa rapide propagation, le coronavirus ne discrimine personne, ni aucun groupe.
Communiquer avec la société (un pays par exemple) suppose d’abord et avant tout comprendre, qu’à l’intérieur de celle-ci, il y a des sous-groupes pas forcément aussi sensibles les uns que les autres, aux discours adressés à l’ensemble. Beaucoup sont davantage sensibles à ce qui leur parle en particulier, qu’à ce qui est adressé au groupe. A l’échelle plus large, comme au niveau pays, les rapports au message restent quasi inchangés.
Celui qui me parle me connait, me respecte, m’estime. Ainsi réagit la cible. D’où l’importance de la segmenter.
Si parler la même langue que la communauté est indispensable pour faire passer le message, parler le même langage est aussi d’une importance capitale pour éviter que les consignes ne soient mal comprises ou prises à la légère. Pour ce faire, il est important de considérer le rôle et le choix des leaders d’opinion confirmés.
Pour réussir la Communication communautaire il faut, en plus de la maîtrise de nos langues, une démarche inclusive et une équipe pluridisciplinaire. Celle-ci s’appuiera sur une parfaite connaissance de la communauté, de son passé, de sa sociologie et des règles qui la régissent. Sans quoi, le message qui lui est destiné pourrait malheureusement passer à côté et cela donne une campagne perdue.Abda Wone,Spécialiste en communication

Talibés De La République Et Pyromanes De La Laïcité par A. Aziz Mbacké Majalis

En comparant les gros titres alarmistes, ces derniers jours, de la plupart de nos médias sur la réouverture annoncée des lieux de culte au Sénégal, alimentées par les brûlots incendiaires de certains activistes zélés et autres « Talibés de la République ». Et les unes, aujourd’hui, beaucoup plus mitigées et moins chargées après ladite réouverture, l’on perçoit une certaine gêne ou même un dépit aisément compréhensible pour tout analyste attentif.
En effet, contrairement au capharnaüm prédit et au chaos obscurantiste, hautement pathogène et propagateur de Covid-19, auquel nous préparaient ces Cassandre médiatiques et leurs basses-cours d’oiseaux intellectuels de mauvais augure, dénonçant hardiment les « pressions maraboutiques sur une République capitulante et abdiquante », tout le Sénégal a vu le contraire. En lieu et place des postures malaisément justifiables de « lobbies religieux », exposant de façon irresponsable la vie de leurs « ouailles » dans les lieux de culte, l’on a plutôt vu un sens de l’organisation, un souci du respect des mesures barrières et une prise de conscience extraordinaires dans les mosquées de Touba, de Massalikoul Djinane, de Léona Niassène et beaucoup d’autres Maisons de Dieu. Un sens des responsabilités et une rigueur, certes perfectibles, mais de loin supérieures à ce que l’on a jusqu’ici constaté dans les autres lieux publics ouverts aux rassemblements (marchés, banques, boulangeries, transports…) pourtant techniquement beaucoup plus pathogènes.
Pourquoi nos médias et leurs fervents « Croisés de la Laïcité », pourtant d’habitude si friands d’informations sur dysfonctionnements et les failles des « élites religieuses », ne font-ils peu ou prou cas de ces trains religieux qui arrivent à l’heure ? Est-ce dû à la prévalence résiliente, dans notre système politique et intellectuel, du fameux paradigme laïciste, lie infâme du sang dégoulinant de la Religion guillotinée sur l’autel de la République des Lumières, récemment décrit sur les ondes de la RFM, avec une inouïe et rare naïveté, par le Directeur de la formation et de la communication au Ministère de l’Education nationale : « Personne ne peut dire quand prendra fin cette crise sanitaire. On peut fermer les mosquées et les églises SANS CONSÉQUENCES. Mais l’école ne peut continuer à être fermée sans conséquences. Si le Covid-19 doit être là pendant dix ans, qu’allons-nous faire ? Sinon apprendre à vivre avec ?»
Eskéy ! Thiey Yàlla de la République :- (
Une autre et récente initiative de taille, qui méritait pourtant d’être reprise par les unes de tous nos journaux et que, paradoxalement, l’on n’a entendu dans aucune de nos croustillantes revues de presse, est celle du Khalife général des mourides, qui vient d’instruire officiellement l’organisation communautaire « Touba Ca Kanam » de prendre désormais en charge les familles de Touba placées en quarantaine pour cause de Covid-19 (voir https://youtu.be/iQKwS4NRltw). Croyez-vous un instant, qu’à contrario, ces mêmes journaux, dont on a vu le rôle de premier plan dans la récente campagne de stigmatisation des foyers religieux récalcitrants, hésiteraient un moment à faire des potentiels désagréments sanitaires causés par la réouverture des mosquées le chou gras de leurs quotidiens ?
Qu’est-ce qui peut bien expliquer ce traitement à sens unique et inique d’une certaine information religieuse dans notre pays ? D’où vient cet anticléricalisme atavique d’un « Axe du Mal » (médias – laïcards pseudo-intellectuels), ardent artisans d’un « Nouvel Ordre National » enfin débarrassé de l’influence néfaste des « chefferies religieuses féodales » ? Où sont cette fameuse déontologie et ce sens de la distance critique du traitement objectif de l’information enseignés dans toutes les bonnes écoles de communication ? Apparemment rangés aux oubliettes des immondes écuries d’Augias médiatiques, en vue des hypothétiques calendes sénégalaises de l’honnêteté intellectuelle…
Certains religieux qui, en toute bonne foi, refusent de rouvrir leurs lieux de culte, sont-ils assez conscients du piège de la pression psychologique subtilement carottée et du chantage de la stigmatisation insidieusement bâtonnée dans lequel certains médias des mille collines les pousse ndank-ndank ? En distribuant abondamment les bons points des leaders religieux « responsables, citoyens et républicains », censés être plus soucieux de l’intérêt public et du progrès de la nation, car ayant pris la mesure allant dans le sens de leurs desiderata de maintenir la fermeture des lieux de prières et d’imploration du Seigneur, Tout-Puissant. Tout en les opposant artificiellement et perfidement aux prétendus « mare-à-bout » et autres religieux « obscurantistes, fanatiques et archaïques », ne se souciant, en réalité, que de la préservation de leurs propres prébendes et celles de leurs bruyantes chapelles rouvertes, de façon tout à fait inconsciente, à leurs troupeaux de « talibés crédules ». Le fameux choc des civilisations maraboutiques, en prélude à la fin de l’histoire des confréries dans ce pays, quoi !
Jusqu’à quand les musulmans de bonne foi continueront-ils de tomber si naïvement dans le piège de ces pyromanes sans foi ni loi dont la religion est le cadet des soucis ?Quand ?A. Aziz Mbacké Majalis majalis.org

“L’Etat doit éviter de céder à l’émotion et les décisions hâtives”, Cheikh Bamba Dièye

https://senego.com/L’inquiétude est le sentiment le mieux partagé après avoir écouté Monsieur le président de la République. Ce relâchement ne s’explique pas, surtout au moment où les cas augmentent chaque jour”, estime Cheikh Bamba Dièye, secrétaire général du Fsd/Bj.
Mesures…
Selon Cheikh Bamba Dièye, comment comprendre, avec une dizaine de cas, que des mesures drastiques soient prises et maintenant que nous touchons les 2000 cas, on veuille lever le pied. C’est bien de prendre des mesures, certaines sont même très opportunes, mais il faut toujours, en de pareilles circonstances, en mesurer la portée, les conséquences et incidences sur le quotidien des populations mais aussi et surtout sur l’équilibre et la stabilité du pays.
Demande…
“Demander aux commerçants de n’ouvrir les commerces que deux jours par semaine alors que le loyer, le fournisseur et la famille l’attendent n’était pas très avisé. De même, refuser, sans base scientifique ou sanitaire, le rapatriement des corps des Sénégalais morts à l’étranger me paraissait hasardeux”, déclare Cheikh Bamba Dièye.
Émotion…
D’après M. Dièye, un Etat doit éviter de céder à l’émotion et une prise de décision hâtive. Quelles que soient les circonstances, il faut rester logique et cohérent dans sa démarche pour ne pas rajouter à la psychose des populations. Maintenant que les dés semblent jetés, redoublons de responsabilité, restons prudents et respectons les gestes qui sauvent. Prions aussi pour que ces dernières mesures ne laissent libre champ au virus.

“L’assouplissement des mesures est un réajustement de la stratégie”, selon El hadj Hamidou Kassé

https://senego.com/L’assouplissement des mesures est un réajustement de la stratégie. Dans le volet couvre-feu, la variable horaire bouge de 21H à 5H du matin, donc la mesure elle-même demeure. La fermeture des marchés et des commerces un jour de la semaine pour le nettoiement est une nouvelle mesure qui complète les gestes barrières, déclare El Hadj Hamidou Kassé, ministre-conseiller en charge des questions culturelles.
Nouveauté…
Selon El Hadj Hamidou Kassé, le réaménagement des heures de travail obéit à l’exigence de relancer notre économie qui ne peut supporter l’hibernation dans la longue durée. Même les pays plus développés ne le peuvent pas. La nouveauté, c’est l’ouverture des lieux de culte.
Conditions…
Cette ouverture est assortie de mesures d’accompagnement, avec notamment des conditions d’accès strictes à déterminer avec les autorités compétentes, et parmi ces conditions, il y a forcément les gestes barrières“, soutient M. Kassé.
Critique…
D’après lui, le président de la République dispose, sans aucun doute, d’une masse critique d’informations qui le fondent à prendre cette mesure. Gouverner, c’est aussi être à l’écoute des bruits de fond de la société, c’est ne pas céder à ses propres sentiments. Il s’agit donc d’un nouveau tournant dans la stratégie qui engage toute la communauté. Et il ne croit pas que le moment soit propice pour la politique politicienne.
Propositions…
Les Sénégalais attendent de tous les acteurs des propositions constructives pour plus d’efficacité et de performance dans la lutte contre la maladie, pas l’invective, la polémique futile ou la posture dénonciatrice qui n’est assortie d’aucune alternative à la stratégie en cours“, poursuit El Hadj Hamidou Kassé.

Application des mesures du Pres:Habib Ndao relève des contraintes

https://www.lequotidien.sn/-Dans le cadre du Programme de résilience économique et sociale (Pres), l’Etat a pris une série de mesures pour accompagner les ménages et les entreprises. Décortiquant lesdites mesures dans cet entretien, Habib Ndao, secrétaire exécutif de l’Observatoire de la qualité des services financiers (Oqsf), relève des difficultés dans leur application. Des contraintes pesant aussi bien sur l’Etat, les établissements de crédit, que sur la Bceao.
En date du 15 avril 2020, en plein Conseil des ministres, le chef de l’Etat a donné des directives fermes au ministère des Finances et du budget, celui de l’Economie et à l’Oqsf que vous dirigez, en vue d’engager des consultations avec la Bceao, l’Apbef, l’Apsfd pour faire face à l’impact du Covid-19 sur les ménages et les entreprises.
Qu’en est-il de ces consultations avec les acteurs ?
Nous avons entamé ces consultations sans délai. Dans les heures qui ont suivi la publication du communiqué du Conseil des ministres, nous sommes entrés en contact avec l’ensemble des acteurs.
Dans le contexte actuel de crise sanitaire, les mesures macroéconomiques et multisectorielles déjà prises par le chef de l’Etat, à travers le Programme de résilience économique et sociale (Pres), contribuent à renforcer la résilience des différents agents économiques, à relancer la consommation et à stimuler l’investissement pour que l’activité économique ne soit pas plombée.
Quelle a été la démarche des consultations ?
La démarche a été inclusive. C’est ainsi que l’Observatoire de la qualité des services financiers (Oqsf), soucieux de la préservation de la relation de confiance entre clients et établissements de crédit, a décidé d’engager de larges consultations avec les acteurs du secteur financier conformément aux directives présidentielles du Conseil des ministres du 15 avril 2020 : consultations allant des services des ministères des Finances et du budget, de l’Economie, du plan et de la coopération, de la Microfinance jusqu’aux associations consuméristes, en passant par la Bceao et l’Association professionnelle des banques et établissements financiers (Apbef) ainsi que l’Association professionnelle des systèmes financiers décentralisés (Apsfd).
Je saisis d’ailleurs l’occasion pour saluer le sens des responsabilités et du patriotisme des acteurs de l’écosystème financier et surtout des autorités monétaires qui, dès le 28 février 2020, ont pris des mesures fortes.
Pouvez-vous être plus précis sur les mesures prises par l’Etat, les établissements de crédit et par le Régulateur régional la Bceao.
En ce qui concerne l’Etat, une facilité de trésorerie de 200 milliards de francs Cfa a été mise en place pour les entreprises en difficulté, en plus du report d’échéances et de l’annulation d’impôts et taxes. Pour sa part, l’Oqs a entrepris des campagnes d’explication des mesures à travers des relais, tels que les associations de consommateurs et de recueillir leurs préoccupations, leurs attentes et le cas échéant, leurs propositions alternatives. Après, ce sera le tour de la presse comme ce que nous sommes en train de faire avec vous. Concernant les concertations avec les acteurs des établissements de crédit, les mesures suivantes ont été prises : l’augmentation des ressources mises à la disposition des banques, afin de permettre à celles-ci de maintenir et d’accroître le financement de l’économie ; l’élargissement du champ des mécanismes à la disposition des banques pour accéder au refinancement de la Banque centrale ; le report d’échéances sur les prêts accordés aux salariés du secteur privé ainsi qu’aux entreprises dont les revenus et activités ont été négativement impactés par le Covid-19, pour une période renouvelable une fois de 3 mois, sans frais, ni pénalité de retard. Je précise cependant que les salaires des fonctionnaires n’ont pas été impactés.
Les agents économiques souhaitant bénéficier de ces facilités sont invités à prendre contact dans les plus brefs délais avec leurs institutions respectives par tout canal approprié (téléphone, courriel, etc.) ;
Enfin, au titre des consultations menées avec les différentes associations de consommateurs (Ascosen, Acsif, Uncs, Adeteels, Asub), l’Observatoire a recueilli leurs propositions suivantes : la généralisation du report du remboursement des prêts à tous les clients, quel que soit le secteur d’activité ou le revenu, à l’effet d’élargir l’assiette des ménages bénéficiaires ; une révision à la hausse de l’enveloppe financière destinée aux entreprises affectées par le Covid-19 (actuellement de 200 milliards de francs Cfa qui sera logé en partie au Fongip) en vue d’assurer une plus grande couverture des besoins de certains secteurs et segments de l’économie.
Mais j’avoue qu’à côté des efforts, il y a des contraintes qui pèsent sur chaque acteur à des degrés divers.
Quelles sont ces contraintes qui pèsent sur l’Etat dans l’application des mesures ?
L’Oqsf, dans sa mission d’alerte et de veille sur les services financiers, a évalué les efforts et les difficultés de chaque acteur.
Nous avons partagé avec les consuméristes les mesures prises et leur avons expliqué les contraintes relevées et qui rendent difficile l’applicabilité de leurs propositions.
Du côté de l’Etat, il y a lieu de mentionner les contraintes liées à notre appartenance à une union économique et monétaire, l’existence d’une activité bancaire libéralisée, le coût sanitaire élevé de la pandémie supporté par l’Etat ainsi que la baisse des recettes publiques. Les efforts de l’Etat pour soulager les besoins de financement des agents économiques sont multiformes. En plus des vacances fiscales, l’Etat a mis en place un dispositif de financement de la Trésorerie rapide de 200 milliards de francs Cfa en soutien aux entreprises affectées d’une baisse de 33% de leur chiffre d’affaires suite à cette pandémie.
Et du côté des établissements de crédit qui sont présumés liquides, un report d’échéances généralisé doit être possible ?
Il faut ajouter «liquides d’argent d’autrui». L’activité des banques c’est quoi ? C’est recycler les dépôts de Demba en crédit pour Samba. Quant au report généralisé d’échéances tel que réclamé par les organisations consuméristes, des obstacles majeurs pourraient peser sur les établissements de crédit et les institutions de microfinance au titre desquels : les contraintes de liquidité monétaire suffisante pour combler le gap lié au report malgré le dispositif de refinancement mis en place par la Bceao dans les pays de l’Union ; la baisse du portefeuille des institutions de crédit avec une estimation à près de 1250 milliards de francs Cfa rien que pour la suspension des échéances de prêts sur une période de 3 mois au niveau des banques et de 120 milliards de francs Cfa pour les Sfd ; la différenciation du profilage des risques de la clientèle (public/ privé/ informel) ; la prise en compte de la dimension risque pour les opérations de restructuration de dette notamment pour les clients déjà exposés au surendettement.
Et la Bceao dans tout cela ?
N’oublions pas que la Bceao, qui est le Régulateur de notre Union monétaire, supervise plus de 150 banques au sein de l’Uemoa. A noter que la Bceao ne peut pas prendre des mesures uniquement pour un Etat de l’Union.
Les efforts additionnels fournis par la Bceao sont louables : car elle a injecté plus de 5000 milliards de francs Cfa dans le système financier, et mis en place un dispositif permettant aux trésors d’émettre des titres appelés «Bons Covid 19» avec une maturité de 3 mois.
En effet, la Banque centrale a mis sur pied un dispositif de suivi et de facilitation dénommé «Dispositif Covid-19», à l’intention des entreprises qui auraient des difficultés de financement avec leurs partenaires bancaires du fait de la pandémie du Covid-19. Il s’agit principalement de celles qui n’ont pas pu obtenir un accord avec leurs banques partenaires, pour le report d’échéances de leurs engagements.
Aussi, pour accroître la liquidité en faveur du secteur de la microfinance constitué pour l’essentiel de couches vulnérables, le guichet spécial de refinancement des effets portés sur les Pme a été élargi aux créances bancaires détenues sur les institutions de microfinance.
Quelle partition joue l’Oqsf dans la stratégie mise en place par les autorités ?
Notre partition, pour assurer une bonne mise en œuvre des mesures de report d’échéances au profit de la clientèle, consiste à déployer une campagne de communication et d’information à travers notamment la diffusion de communiqués de presse et la mise au point en interne d’un guichet de conseils et d’orientations à partir du numéro vert (800 880 880). Ce guichet est déjà opérationnel et enregistre quotidiennement des centaines de requêtes d’informations sur le report d’échéances.
Il faut noter que le volet «sensibilisation» sur les mesures de résilience économique et financière destinées à la clientèle est conforme à notre mission d’éducation financière.
Nous avons vu que vous faites partie des premiers intellectuels africains à soutenir l’édito de Macky Sall relatif à l’effacement de la dette africaine, quel est le fondement de votre argumentaire ?
Cette dette est considérée par l’intelligentsia africaine comme étant déjà payée depuis très longtemps. Pour la dette bilatérale, il est heureux que les instituions de Bretton woods ont été les premières à amplifier l’appel du Président Macky Sall et ont eu à proposer leur garantie aux pays créanciers à coordonner avec rigueur le processus d’annulation au cas par cas. Au-delà de cette opinion que je partage, il faut montrer aux capitalistes que sur le plan économique, comme le dit le Président Macky Sall, je le cite : «Si l’Afrique tombe, le Monde entier tombe» eu égard à la globalisation de l’économie mondiale. L’annulation de la dette africaine permet une relance de sa machine économique qui est ombélicalement arrimée à la croissance mondiale.
Etes-vous pessimiste sur l’environnement économique après Covid-19 ?
Je vais vous surprendre, car je reste optimiste sur l’avenir de l’humanité. Pourquoi ? Evidemment rien n’est et ne sera plus comme avant certes. Cependant, à mon humble avis, cette assertion de Karl Max qui disait que «le capitalisme porte en lui-même les germes de sa propre destruction» est dépassée car le capitalisme, depuis la fin du 20ème siècle, a su transformer chaque crise en une grosse opportunité d’aller plus loin, avec des reins plus solides. Le monde va forcément vers un nouvel ordre économique plus égalitaire plus solidaire et plus centré sur l’humain. Ce nouvel ordre doit commencer à l’intérieur des Etats, c’est ce que certains leaders, comme le Président Macky Sall qui a compris en intégrant dès 2012 dans sa politique économie, la stratégie de réduction des inégalités sociales et la lutte contre les disparités régionales, un nouvel ordre économique ne sera viable que si cette dimension est prise en compte dans les relations internationales post Covid-19.
Il faut noter que l’Etat du Sénégal, malgré les 1000 milliards déjà mobilisés, continue de chercher des fonds additionnels pour faire face davantage à l’impact du Covid-19 sur les populations et sur l’économie nationale au-delà des 6 mois. L’ensemble de ces mesures visent d’abord à protéger les ménages et ensuite à assurer une continuité de l’activité économique dans sa globalité.

SAINT-LOUIS-CÉRÉMONIE COMMÉMORATIVE DU 2ÈME ANNIVERSAIRE DE DÉCÈS DE FALLOU SÈNE :Les étudiants de l’UGB réclament toujours justice

http://www.sudonline.sn/Les étudiants de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis continuent de réclamer sans cesse justice pour leur défunt camarade Mouhamadou Fallou Sène. Ils se sont recueillis hier, vendredi 15 mai, devant son mémorial érigé à l’endroit où il est tombé au sein du campus social. Une manière pour eux de commémorer cette journée du 15 mai, jour d’anniversaire de la mort de leur camarade qui a été tué par balle le 15 mai 2018 lors d’affrontements ayant opposé les étudiants aux forces de l’ordre
C’est le 15 mai de l’année 2018 que l’étudiant Mouhamadou Fallou Sène a perdu la vie dans l’enceinte de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis. Deux ans après, jour pour jour, les étudiants ont commémoré son jour d’anniversaire de décès en présence des autorités universitaires, notamment le Recteur de l’UGB de Saint-Louis.
Mais la cérémonie s’est déroulée cette année dans un contexte particulier marqué par la pandémie de Covid-19 qui sévit dans le monde et dans le pays. « Ce qui est important pour nous, c’est d’être présents tous les ans, à chaque fois que ce jour est commémoré. Et nous en profitons pour prier pour le repos de son âme, afin que le Bon Dieu l’accueille dans son paradis.
Évidemment, le contexte aussi fait qu’il n’y a pas beaucoup d’étudiants présents autour de nous à cause de la situation actuelle qui sévit dans le pays. Il faut en profiter également pour prier Allah pour qu’il débarrasse toute l’humanité de cette pandémie et nous espérons revenir à nos activités le plus rapidement possible », a soutenu le Professeur Ousmane Thiaré, Recteur de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis.
De leur côté, les étudiants continuent de réclamer justice pour leur camarade Mouhamadou Fallou Sène et indexent l’État tout en dénonçant une certaine léthargie dans cette affaire.  » Nous sommes venus nous recueillir devant ce mémorial pour montrer qu’une injustice a été faite et que jusqu’à présent, les étudiants réclament sans cesse justice.
La Commission Sociale des étudiants de l’UGB de Saint-Louis ne manquera pas de réitérer son engagement dans ce combat contre l’injustice « , a martelé Babacar Diongue, Secrétaire général de cette Commission Sociale des étudiants de Saint-Louis. La cérémonie commémorative a été marquée par un récital de Coran, des séances de prières et de recueillement.

Aux Panafricains qui ignorent le Marxisme-Léninisme de Cheikh Anta Diop Par  Diagne Fodé Roland

L’impérialisme et le néocolonialisme ont réalisé la prouesse d’imposer la croyance fausse que le marxisme-léninisme, le Communisme est « étranger » à l’Afrique. Ce mensonge attrape nigaud est devenu une chanson reprise par les libéraux, les socialistes libéraux, les ex-leaders de la gauche historique et même malheureusement une certaine intelligentsia africaine parfois nationaliste dont le sport favori est d’importer les recettes libérales dictées par les institutions de Bretton Woods (FMI, Banque Mondiale, G7, OMC, etc).
Il n’y a rien de plus absurde que de considérer que le capitalisme colonial puis néocolonial soit adapté à l’Afrique, mais pas le socialisme scientifique. La bourgeoisie, les féodaux et la soi-disant élite apatrides africains répètent ces contre-vérités parce qu’ils sont les classes sociales sur lesquelles l’impérialisme s’appuie pour maintenir nos pays dans les griffes de la dépendance coloniale et néocoloniale.
Les intérêts de ces classes sociales sont directement liés à la mainmise impérialiste parce qu’elles sont dans un rapport de servilité volontaire aux maîtres dominants. Ce qui caractérise fondamentalement ces bourgeois et féodaux du pays, c’est qu’ils ont abdiqué volontairement sur leur propre intérêt de classe pour se contenter de la place de sous fifres, de sous traitants et abandonner tout projet de contrôler pour ses propres intérêts l’économie nationale. D’où son rôle principal est d’empêcher le développement au sein de l’économie nationale de « capitaines d’industries » nationaux. Voilà d’où vient par exemple l’accaparement de la distribution dans nos pays par les Auchan, Carrefour, lesquels grandes surfaces en France et en Europe sont en train de fermées pour s’y reconvertir à la vente en ligne. D’où les privatisations de l’eau, de la téléphonie, des chemins de fer, des ports, des aéroports, et autres secteurs stratégiques auparavant nationalisés.
Ces classes sociales prédatrices « nationales » ne sont non plus opposées au panafricanisme. Il en est de même de l’impérialisme qui, dans le cas français, faisait à sa manière du « panafricanisme » en unifiant sous le label « d’AOF » (Afrique Occidentale Française) et « d’AEF » (Afrique Equatoriale Française), avec l’accord des chefs d’Etats néocoloniaux, les futurs Etats balkanisés pour les réunir ensuite dans le « panafricanisme » monétaire des zones CFA.
C’est la preuve que le « panafricanisme » peut être aussi un instrument politique de l’esclavage colonial et semi-colonial. Le « panafricanisme » a été aussi un projet du sionisme noir avec Marcus Garvey, lequel s’accordait parfaitement avec le Ku Klux Klan (KKK) raciste et fasciste aux Etats Unis contre le mouvement de libération des noirs esclaves puis victimes de l’apartheid du Jim Crow aux USA. En effet, Marcus Garvey et le KKK partageaient le but du « retour des noirs » états-uniens en Afrique. Le premier pour fonder sa République noire en Afrique et le second pour se débarrasser des minorités noires après l’esclavage.
Voilà pourquoi, les premiers communistes africains – Lamine Arfan Senghor et Tiémokho Garang Kouyaté – opposaient aux « panafricanisme » et au « panégrisme » de Marcus Garvey « l’union libre des peuples libres » d’Afrique comme projet panafricain de libération nationale et d’émancipation sociale.
Il y a donc « panafricanisme » et « panafricanisme » dont le contenu national et social progressiste diffère radicalement sans se payer de mot. Or, les travaux scientifiques de décolonisation de l’histoire africaine et d’armement culturel des luttes de libération nationales de Cheikh Anta Diop ont été jusqu’ici instrumentalisés par une ribambelle de charlatans pour effacer toutes les frontières entre « panafricanisme » bourgeois, petit-bourgeois réformiste et panafricanisme révolutionnaire. Les travaux de Cheikh Anta Diop ont été manifestement inspirés par le matérialisme historique et dialectique du communisme scientifique.
C’est pourquoi Ferñent publie la préface de 1954 de Nations Nègres et Culture rédigée de la main du grand Egyptologue Cheikh Anta Diop afin que la jeune génération de révolutionnaires anti-impérialistes panafricains et de Communistes prennent la mesure des enjeux posés par l’existence, niée et ignorée, de plusieurs façons de concevoir le panafricanisme et à son contenu de classe. Bonne lecture.

PRÉFACE ÉDITION PRÉSENCE AFRICAINE 1954 DE NATIONS NÈGRES ET CULTURE Par CHEIKH ANTA DIOP 

De nos jours, on a l’habitude de se poser toutes sortes de questions : aussi faut-il se demander s’il était nécessaire d’étudier les problèmes traités dans cet ouvrage. Un examen, même superficiel, de la situation culturelle en Afrique Noire justifie une telle entreprise. En effet, s’il faut en croire les ouvrages occidentaux, c’est en vain qu’on chercherait jusqu’au cœur de la forêt tropicale, une seule civilisation qui, en dernière analyse, serait l’œuvre de Nègres.
Les civilisations éthiopienne et égyptienne, malgré le témoignage formel des Anciens, celles d’Ifé et du Bénin, du Bassin du Tchad, celle de Ghana, toutes celles dites néo-soudanaises (Mali, Gao, etc,), celle du Zambèze (Monomotapa), celles du Congo en plein Équateur, etc, d’après les cénacles de savants occidentaux ont été créées par des Blancs mythiques qui se sont ensuite évanouis comme en un rêve pour laisser les Nègres perpétuer les formes, organisations, techniques, etc, qu’ils avaient inventées.
L’explication de l’origine’ d’une civilisation africaine n’est logique et acceptable, n’est sérieuse, objective et scientifique que si l’on aboutit, par un biais quelconque, à ce blanc mythique dont on ne se soucie point de justifier l’arrivée et l’installation dans ces régions. On comprend aisément comment les savants devaient être conduits au bout de leur raisonnement, de leurs déductions logiques et dialectiques à la notion de « Blancs à peau noire » très répandue dans les milieux des spécialistes de l’Europe. De tels systèmes sont évidemment sans lendemain en ce sens qu’ils manquent totalement de base réelle. Ils ne s’expliquent que par la passion qui ronge leurs auteurs, laquelle transparaît sous les apparences d’objectivité et de sérénité.
Pourtant toutes ces théories « scientifiques » sur le passé africain sont éminemment conséquentes; elles sont utilitaires, pragmatistes. La vérité, c’est ce qui sert et, ici, ce qui sert le colonialisme: le but est d’arriver, en se couvrant du manteau de la science, à faire croire au Nègre qu’il n’a jamais été responsable de quoi que ce soit de valable, même pas de ce qui existe chez lui. On facilite ainsi l’abandon, le renoncement à toute aspiration nationale chez les hésitants et on renforce les réflexes de subordination chez ceux qui étaient déjà aliénés. C’est pour cette raison qu’il existe de nombreux théoriciens au service du colonialisme tous plus habiles les uns que les autres, dont les idées sont diffusées, enseignées à l’échelle du peuple, au fur et à mesure qu’elles sont élaborées.
L’usage de l’aliénation culturelle comme arme de domination est vieux comme le monde; chaque fois qu’un peuple en a conquis un autre, il l’a utilisée. Il est édifiant de souligner que ce sont les descendants des Gaulois contre qui César s’était servi de cette arme qui, aujourd’hui, l’emploient contre nous.
« A la valeur singulière de nos troupes, les Gaulois opposaient des inventions de toute espèce; car ils sont très industrieux et très adroits à imiter et à reproduire tout ce qu’on leur montre » (César, la guerre des Gaules, livre III, paragraphe 22).
On voit bien ici que le conquérant romain déniait aux gaulois rebelles toute capacité de création, c’est-à-dire ce qui fait la valeur suprême de l’homme et ne leur reconnaissait que les qualités, dites inférieures, d’imitation.
A l’heure actuelle, c’est une situation identique que nous trouvons en Afrique et dans tous les pays colonisés. On saisit le danger qu’il y a à s’instruire de notre passé, de notre société, de notre pensée, sans esprit critique, à travers les ouvrages occidentaux.
Devant cette attitude généralisée des conquérants, une réaction naturelle d’autodéfense était à prévoir au sein du peuple africain, réaction tendant, évidemment, à enrayer le mal quotidien que nous font ces armes culturelles redoutables au service de l’occupant. Il n’y avait pas deux manières de s’y prendre: compte tenu de ce qui précède, ces théories sont, à priori, fausses, parce qu’elles ne cherchent pas à atteindre la vérité. Si quelqu’une d’entre elles se souciait de le faire, une éducation occidentale faussée depuis des générations la priverait de la force nécessaire pour y parvenir.
Il devient donc indispensable que les Africains se penchent sur leur propre histoire et leur civilisation et étudient celles-ci pour mieux se connaître; arriver ainsi, par la véritable connaissance de leur passé, à rendre périmées, grotesques et désormais inoffensives ces armes culturelles. Pourtant, cette idée qui devrait n’être qu’un lieu commun est loin d’être évidente pour tous les Africains et l’on peut distinguer : plusieurs tendances à cet égard.
1-Les cosmopolites-scientifiques-modernisants – Cette catégorie groupe tous les Africains qui raisonnent de la manière suivante : fouiller dans les décombres du passé pour y trouver une civilisation africaine est une perte de temps devant l’urgence des problèmes de l’heure, une attitude, pour le moins périmée. Nous devons nous couper de tout ce passé chaotique et barbare et rejoindre le monde moderne technique à la vitesse de l’électron. La planète va s’unifier : il faut se mettre à l’avant-garde du progrès. La science va bientôt résoudre tous ces grands problèmes et rendra caduques ces préoccupations locales et accessoires. On ne saurait avoir d’autres langues de culture que celles de l’Europe qui ont déjà fait leurs preuves: on entend, par là, qu’elles supportent la pensée scientifique moderne et qu’elles sont déjà universelles.
2-Ce groupe qui comprend des variantes est le plus intéressant à analyser parce qu’il contient les individus les plus atteints de l’aliénation culturelle. Comme on le voit, il n’y a pour eux d’autre issue que l’assimilation. Leur attitude – lorsqu’ils sont sincères – provient d’une cécité culturelle ou de leur incapacité à proposer des solutions concrètes, valables, aux problèmes qu’il faut résoudre pour que l’assimilation cesse d’être une nécessité apparente; on nie alors l’existence, l’objectivité de ces problèmes : cela évoque l’autruche. Cette attitude n’est, au fond, qu’un piétinement dangereux car elle donne l’illusion de la marche en avant à pas de géant; elle masque la tendance à déprécier tout ce qui émane de nous. Le poison culturel savamment inoculé dès la plus tendre enfance, est devenu partie intégrante de notre substance et se manifeste dans tous nos jugements. De tels individus seraient conséquents avec eux-mêmes et auraient un bel argument en faveur de leur position s’ils pouvaient constater une attitude analogue à la leur chez les hyper-civilisés qui leur servent de point de mire: les Européens Occidentaux; s’ils avaient constaté chez ces derniers un mépris et un reniement de toutes leurs valeurs passées pour mieux devenir des Modernes.
Mais c’est précisément le contraire; et ce sont ces hyper-civilisés, quelles que soient leurs tendances politique ou philosophique qui sont les plus soucieux de sauvegarder leurs cultures nationales respectives. On voit donc que « modernisme » n’est pas synonyme de rupture avec les sources vives du passé. Au contraire, qui dit « modernisme » dit « intégration d’éléments nouveaux » pour se mettre au niveau des autres peuples, mais qui dit « modernisme », « intégration d’éléments nouveaux » suppose un milieu intégrant lequel est la société reposant sur un passé, non pas sur sa partie morte, mais sur la partie vivante et forte d’un passé suffisamment étudié pour que tout un peuple puisse s’y reconnaître
Encroûter l’âme nationale d’un peuple dans un passé pittoresque et inoffensif parce que suffisamment falsifié est un procédé classique de domination. Mais si l’on veut aller plus loin, si l’on veut effacer un peuple pour prendre sa place dans quelques décades, il faut arriver à désintégrer sa société, c’est-à-dire, amener l’élite – ou ceux que la masse considère comme y appartenant – à participer d’une façon criminelle ou innocente à la désintégration de la société, à la pulvérisation de la part vivante du passé, à laisser périr les valeurs fondamentales (histoire, langues, etc) qui constituaient le ciment de la société. C’est la raison pour laquelle les marxistes les plus avertis, même au cœur du combat le plus rude pour le pain quotidien et l’accession au pouvoir politique, veillent au maintien intégral et à la fortification constante de ces facteurs car ils savent que s’ils ne protégeaient pas ainsi la culture nationale qui garantit la survie de la société pour laquelle ils combattent, leur lutte manquerait d’efficacité.
Un ressortissant de ce groupe pourrait, pour arriver à une conviction, faire le raisonnement suivant qui, sans être brillant, présente l’avantage de conduire à une vérité certaine: « puisque je fais un crédit illimité à ces hyper-civilisés dont la sphère d’idées constitue mon système de référence, toute idée valable contenue dans cette sphère l’est pour moi. Or, ce sont eux qui, tout en soignant scrupuleusement leur histoire, tout en la glorifiant chaque jour, s’acharnent à falsifier systématiquement la mienne. Je peux donc déduire de leur attitude qui est toujours conséquente que, pour un peuple, il est d’un intérêt inestimable de connaître sa vraie histoire ». L’humanité ne doit pas se faire par l’effacement des uns au profit des autres; renoncer prématurément et d’une façon unilatérale, à sa culture nationale pour essayer d’adopter celle d’autrui et appeler cela une simplification des relations internationales et un sens du progrès, c’est se condamner au suicide. Quel est le simple d’esprit qui, aujourd’hui, ne serait pas capable de jouer au « Jules Verne » et de prophétiser ainsi, à la manière de Renan, sur l’an 2000 et les progrès que la science et la société réaliseront d’ici là, et, partant, sur le caractère transitoire de toutes nos préoccupations ? Seulement on oublie que le peuple qui n’est pas pleinement conscient de l’unique chemin historique qui conduit à ces sommets de perfection, à cette ère d’humanité sans couleur, etc, risque de s’égarer en chemin et d’être absent du concert des « nations » à cette époque-là…
Ainsi on voit qu’il n’est pas possible de partager l’attitude de ce premier groupe qui consiste à nier l’efficacité et l’utilité de la lutte contre l’aliénation culturelle, c’est-à-dire à nier l’existence de cette dernière alors qu’elle justifie les trois quarts de notre conduite.
Il n’est pas étonnant que la majorité de ce groupe ne soit pas composée de scientifiques. Bien sûr, il faudra que l’Afrique assimile la pensée scientifique moderne le plus rapidement possible; on doit même attendre davantage d’elle: pour combler le retard qu’elle a accumulé dans ce domaine depuis quelques siècles, il lui faut entrer sur la scène de l’émulation internationale et contribuer à faire avancer les sciences exactes dans toutes les branches par l’apport de ses propres fils. Mais ne nous faisons pas trop d’illusions: une telle entreprise ne se réalisera pleinement que le jour où l’Afrique sera totalement indépendante. Ce serait un suicide pour le régime colonialiste de permettre la formation de cadres techniques à un rythme efficace dans les pays dominés.A ce sujet, les programmes sont étalés sur une durée suffisante pour que, parallèlement, on ait assez transformé le milieu et le rapport numérique entre colons et indigènes afin que l’Afrique ne soit plus aux Africains. Chaque fois que les colonialistes nous invitent à une collaboration pour un progrès commun de nos deux peuples ils ont cette arrière-pensée d’arriver, avec le temps, à nous supplanter. Voilà pourquoi, tout ce qu’ils nous offrent n’est qu’un vaste mirage qui peut égarer un peuple entier, grâce à la complicité de quelques-uns. On assiste, tout au plus, à l’émergence de quelques individualités brillantes; mais André Siegfried dira aussitôt qu’on ne peut juger un peuple sur la réalisation de quelques individus, oubliant presque ainsi les bases théoriques de l’individualisme bourgeois occidental qui attribue le progrès de l’humanité à quelques génies.
Il devient donc clair que c’est seulement l’existence d’Etats Africains Indépendants fédérés au sein d’un Gouvernement central démocratique, des côtes libyques de la Méditerranée au Cap, de l’océan atlantique à l’océan indien, qui permettra aux Africains de s’épanouir pleinement et de donner toute leur mesure dans les différents domaines de la création, de se faire respecter – voir aimer – de tuer toutes les formes de paternalisme, de faire tourner une page de la philosophie, de faire progresser l’humanité en rendant possible une fraternisation entre les peuples qui deviendra alors d’autant plus facile qu’elle sétablira entre Etats indépendants au même degrés et non plus entre dominants et dominés.
Aussi les partisans du progrès et du modernisme abstrait qui évitent de poser le problème de cette manière, de mentionner que le progrès auquel ils semblent aspirer n’est pas possible dans le régime colonial où ils se trouvent – dans la mesure où ils ne sont pas simplement des irresponsables – ne peuvent manquer de mesurer la portée de leur attitude.

En conclusion,

 on peut citer la réponse que Lénine avait faite en de semblable circonstance : Durant sa lutte pour l’accession au pouvoir, le Parti Communiste bolchevik connu les mêmes difficultés et l’on vit des opportunistes développés l’idée du progrès technique et de la formation des cadres comme premier but à atteindre. Lénine répliqua : Pourquoi ne pas d’abord conquérir le pouvoir politique, chausser ensuite des bottes de sept lieues et marcher à pas de géants ?
2) L’intellectuel qui oublié de soigner sa formation marxiste ou celui qui a étudié rapidement le marxisme dans l’absolu sans en avoir jamais envisagé l’application au cas particulier qu’est la réalité sociale de son pays.
Les éléments de cette tendance qualifie, volontiers, notre attitude de : réactionnaire, bourgeoise, raciste, nazie !
Ils pensent, au fond, que les résultats atteints sont trop beaux pour être exacts et ils ont du mal à les admettre.
Il faut, ici, rappeler ce qui vient d’être écrit sur la nécessité pour un peuple de connaître son histoire et de sauvegarder sa culture nationale. Si celles-ci n’ont pas encore été étudiées, c’est un devoir de le faire. Il ne s’agit pas de se créer, de toutes pièces, une histoire plus belle que celle des autres., e manière à doper moralement le peuple pendant la période de lutte pour l’indépendance nationale, mais de partir de cette idée évidente que chaque peuple a une histoire. Ce qui est indispensable à un peuple pour mieux orienter son évolution, c’est de connaître ses origines quelles qu’elles soient. Si par hasard notre histoire est plus belle qu’on ne s’y attendait, ce n’est là qu’un détail heureux qui ne doit plus gêner dès qu’on aura apporté à l’appui assez de preuves objectives, ce qui ne manquera pas d’être fait ici.
Alors que les échafaudages des théoriciens du nazisme ne résistaient pas à la moindre analyse objective des faits, ici plus d’un spécialiste combattra les faits qui sont apportés par des arguments évasifs qui ne satisferont même pas les exigences intellectuelles d’un profane.
On peut également citer Lénine pour faire réfléchir ceux qui craignent une attitude bourgeoise : « Mais vous commettez une erreur si vous en concluez qu’on peut devenir Communiste sans s’être assimilé ce que les connaissances humaines ont accumulé. Il serait erroné de penser qu’il suffit de s’assimiler les mots d’ordre communistes et les conclusions de la science communiste sans s’assimiler la somme de connaissances dont le Communisme est lui même la conséquence… « La culture prolétarienne ne surgit pas toute faite on ne sait d’où, elle n’est pas une invention d’hommes qui se qualifient spécialistes en la matière. Pure absurdité. La culture prolétarienne doit apparaître comme le développement naturel de la somme des connaissances élaborées par l’humanité » (2 octobre 1920).

Ces réflexions générales sur la culture prolétarienne sont applicables au cas particulier de chaque peuple.

On peut se demander ce que pensent nos intellectuels en présence de l’attitude de la chine communiste qui, par soucie de sauvegarder sa culture nationale rejette l’idée de remplacer son écriture hiéroglyphique par les caractères phéniciens universels.
Dans la mesure où il s’agissait de réfuter des idées telles que : la civilisation est d’origine blanche, asiatique ou européenne, il devenait nécessaire – pour éviter toute équivoque sur le contenu des termes – de recourir à des phrases telles que : non, elle est d’origine nègre africaine. Car si on se contentait de l’expression « peuple africain », on manquerait de précision : il ne faut donc pas que le lecteur voie dans l’usage du terme « Nègre » une intention raciste; qu’il y voie l’unique souci de clarté de l’auteur. Les racistes conscients ou inconscients, se sont ceux qui nous obligent à réfuter leurs écrits par de pareils termes.
3) Les anti-nationalistes formalistes – ce sont ceux qui pourraient être offusqués par le « Nations Nègres et Culture ». Le premier titre envisagé – devenu sous titres, parce que trop long – était : « De l’antiquité nègre-égyptienne aux problèmes culturels de l’Afrique Noire d’aujourd’hui »; sans doute n’est-il pas plus satisfaisant. On peut leur faire remarquer que ce n’est pas parce que Staline a écrit  » Le Marxisme et la question nationale et coloniale », un livre dont le titre contient le terme de « national », qu’il fut nationaliste. On ne doit retenir du « nationalisme » que les deux thèmes qu’en retiennent les marxistes :
a) la culture nationale
b) l’indépendance nationale.
D’aucuns se lancent dans une sophistique économiste pour démontrer – on ferait mieux de dire : constater – qu’en cette ère d’interdépendance économique, il est vain de parler d’indépendance nationale. Ceux là, s’ils sont sincères, montrent bien ainsi qu’ils ne voient pas clairement la nature de cette interdépendance. Certes, l’époque des petites économies nationales fermées est révolue et on constate l’existence d’un marché international alimenté en produits de tous les continents grâce à l’acquisition de la vitesse qui a réduit les distances: ce sont là les idées courantes que l’on entend exposer tous les jours.
Quel serait le problème économique qu’aurait à résoudre un État Africain puissant qui s’étendrait sur la quasi totalité du continent, dont les frontières iraient de la Méditerranée libyque au Cap et de l’Océan Atlantique à l’Océan Indien ? Il aurait à vendre sur le marché international ses produits en excédent et à y acheter ce dont il manque le plus, tout en évitant de subir la pression d’un monstre économique quelconque. Considérant le degrés de puissance qu’atteindrait un tel État, il ne dépendrait économiquement des autres qu’autant que ces derniers dépendraient de lui. Telle doit être notre conception de l’interdépendance économique: éviter à tout prix de dépendre des autres plus qu’ils ne dépendent de nous, car il s’ensuivrait, automatiquement, des liens unilatéraux de colonisation et d’exploitation.
C’est ce qui rend impérieuse l’idée de Fédération de tous les États Noirs du continent.
Il est facile d’épiloguer afin de prouver que l’indépendance de la petite colonie du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Dahomey, etc, ne serait qu’illusoire car elles auraient à subir aussitôt toutes sortes de pressions extérieures et tomberaient automatiquement, par le jeu des forces économiques, dans l’orbite d’une grande puissance. La solution fédérale détruit cette objection.
On se demande parfois ce qu’on pourrait assimiler à des Nations en Afrique. Il serait aisé d’appliquer la définition de Staline aux Éthiopiens, Bambaras, Valafs, Zoulous, Yoroubas, etc. Au Soudan, Côte d’Ivoire, Togo, Sénégal, Guinée, Niger, Kenya, Afrique du Sud, Soudan dit « Anglo-Egyptien », existent des noyaux de nations qui se consolideront dans la lutte pour l’indépendance. Tandis qu’on peut prévoir déjà, pour chacune de ces régions – avec peu de chance d’erreur – quelles sont les langues qui s’imposeront; tandis que la communauté de culture, d’histoire, de psychisme ne fait aucun doute, bien que le milieu géographique présente une certaine unité, il serait vain de chercher à déterminer aujourd’hui quelles seront les frontières exactes de ces Nations. Le problème se réglera comme cela est entrain de faire pour Inde : c’est-à-dire que les frontières actuelles tracées pour la commodité de l’exploitation colonialiste – sinon au hasard – ne sont pas forcément inviolables et nous devons éduquer nos conscience en vue de la rendre apte à accepter une future modification.
En réalité, les Formalistes ont tout simplement peur de ne pas être à la page. Leur attitude masque un certain snobisme intellectuel; si elle était conséquente – dans le sens de l’intérêt du peuple – elle les conduirait au progressisme, ce qui est loin d’être le cas.
Les milieux colonialistes mènent une campagne orchestrée contre le nationalisme dans les pays dominés, essaient de prendre les devants pour le faire avorter partout; car notre nationalisme, même le plus chauvin, a des conséquences redoutables pour eux: il pulvérise leurs privilèges et balaient leur domination avec la violence d’un torrent.
Aussi peut-on constater que ceux qui nous enseignent que le nationalisme est dépassé sont :
a) des nationalistes métropolitains bourgeois qui, après avoir lutté dans leur pays et réalisé leurs propres aspirations seraient incommodés par une action similaire de notre part. Ils pourraient nous dire aussi : « mais que deviendrons nous si vous en faites autant »?
b) des nationalistes métropolitains bourgeois qui s’ignorent : ils n’arrivent pas à se défaire de l’idée que la patrie française doit, d’une manière ou d’une autre, arriver à garder ses colonies. Eux aussi se demandent ce que deviendrait la France sans ses possessions : ils pensent qu’on peut trouver une forme viable de l’Union Française et sont à la recherche d’une formule de rechange. Pour mieux faire apparaître l’anomalie de cette juxtaposition d’une Métropole et de ses colonies, supposons le fait généralisé en Afrique : celle-ci serait alors condamnée à être fragmentée éternellement entre la France, l’Angleterre, le Portugal, l’Espagne, l’Afrique du Sud du Dr Malan, etc. Si on arrivait à masquer un tell morcellement de l’Afrique sous le vocable de progrès et de démocratie, notre pays ferait les frais de la démocratie mondiale en ce sens qu’il resterait divisé et exploité d’une façon unilatérale.
Nous avons donc un devoir à accomplir à l’égard de l’Europe : nous devons l’aider à se guérir des vieilles habitudes contractées par suite de l’exercice du colonialisme, l’amener à saisir le vrai sens de ses intérêts qu’elle n’arrive même plus à localiser. L’Europe toute seule est trop faible et à besoin d’un secours pour arriver à se faire. Or, elle se fera sans retard et sur des bases réellement démocratiques le jour où elle sera persuadée de la perte définitive de l’Afrique; alors une Fédération européenne apparaîtra comme l’unique solution à tous ceux qui, jusqu’alors, se demandaient ce que deviendrait leur pays sans ses colonies.
4) Il pourrait exister un groupe composé d’éléments pensant que seule la lutte pour le pain quotidien importe, tout le reste n’étant que préoccupation d’intellectuel: il faut éviter de s’embarrasser de faux problèmes. On pourrait alors leur citer en exemple, le cas du Vietnam qui a été obligé de résoudre ces « faux problèmes » dans la jungle où il a fallu institué un enseignement en langue vernaculaire pour la formation des cadres. D’autre part, tout ce qui précède montre que l’on ne s’occupe de ces problèmes de culture que pour donner à cette lutte toute son efficacité pour la transformer en une lutte d’indépendance nationale.
Cet ouvrage n’est pas une « invention » sur des questions données : quiconque voudra se servir du marxisme comme guide d’action sur le terrain africain arrivera sensiblement aux mêmes conclusions.
Mais comprenons nous bien. Je tiens à dire que je ne fais aucune allusion à la véracité de la religion musulmane ou chrétienne. Je pense que tout Africain sérieux qui veut être efficace dans son pays à l’heure actuelle évitera de se livrer à des critiques religieuses. La religion est une affaire personnelle. Ici il est question uniquement des problèmes concrets qui doivent être résolu pour que chaque croyant puisse pratiquer librement sa religion dans des conditions matérielles meilleures. Il serait donc malhonnête de lire ce livre avec l’intention secrète d’y trouver une seul mot permettant de la jeter en criant au blasphème. Cheikh Anta Diop

Rappel à Dieu de la chanteuse Ndèye Seck Signature

http://guestuinfo.com/Le monde des artistes musiciens de la cité du rail vient d’être frappé par la disparition de la célèbre cantatrice, Mamadou Mamour Seck plus connue sous le sobriquet Ndèye Seck Signature.
Selon Dakaractu, elle a rendu l’âme à l’hôpital Saint-Jean de Dieu de Thiès, dans la nuit du samedi au dimanche aux environs d’une heure du matin. La rédaction de Guestuinfo présente ses condoléances à la famille éplorée et la monde artistique/


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