Edition du Soir de La Revue de Presse du dimanche 17 Mai 2020

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Souleymane Bachir Diagne: «Les pays du Nord ne connaissent pas l’Afrique»

https://www.mediapart.fr/Le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne pose son regard sur la crise mondiale ainsi que sur les inégalités et préjugés qu’elle met à nu. Il rappelle l’urgence de décoloniser les imaginaires pour penser le monde de maintenant comme d’après.

Pourquoi l’Afrique, qui déjoue les pronostics fatalistes en résistant relativement bien au virus jusqu’à présent, est-elle toujours évoquée sous un prisme catastrophiste ? Pourquoi, dans les pays du Nord, ce sont les minorités, en particulier les Noirs, et les pauvres qui sont le plus durement frappés par le Covid-19 ?

Dans un entretien à Mediapart, le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne pose son regard sur la crise mondiale ainsi que sur les inégalités et préjugés qu’elle met à nu. Depuis New York où il vit et profite d’un congé sabbatique de l’université de Columbia pour terminer un ouvrage, l’auteur d’En quête d’Afrique(s), coécrit avec l’anthropologue Jean-Loup Amselle (Albin Michel, 2018), rappelle l’urgence de décoloniser les imaginaires pour penser le monde de maintenant comme d’après.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, l’Afrique n’est évoquée qu’à l’aune d’un présent et d’un futur horribles, comme si le continent était voué à ne connaître que catastrophes et hécatombes. Pourquoi ce regard sempiternellement alarmiste et négatif du Nord sur l’Afrique ? 

Souleymane Bachir Diagne :La première grande raison à cela, c’est la force de l’habitude et la force du préjugé. Préjuger, c’est juger à l’avance. Dès lors qu’on juge à l’avance ce qu’est l’Afrique qu’on croit connaître, évidemment les mêmes images, les mêmes stéréotypes reviennent : que c’est nécessairement un continent pour lequel il faut avoir de la compassion, un continent enfoncé dans une pauvreté qu’on ne considère même plus comme conjoncturelle, le lieu de maladies. Ces images, qui sont anciennes, fonctionnent malheureusement encore dans l’inconscient de beaucoup.

Donc les épidémies sont souvent associées à l’Afrique. L’idée que l’effort africain, la capacité de réponse de l’Afrique ne comptent pour rien tient à la force du préjugé. D’où ces discours catastrophistes à l’arrivée du Covid-19 : « Cela va être un désastre, un cataclysme incontrôlable. » Cela dit, les infrastructures sanitaires sont dans un état de sous-équipement qu’il ne faut pas nier. Si on compte en nombre de lits, de respirateurs, les États africains n’auraient pas été en mesure de supporter la même courbe de la pandémie qu’ont connue les pays européens ou les États-Unis.

Ces discours réducteurs m’inspirent une réflexion plus générale. Paradoxalement, alors qu’il y a eu la relation coloniale qui pourrait laisser penser qu’il y a une meilleure connaissance de l’Afrique, les pays du Nord ne connaissent pas l’Afrique. Beaucoup n’ont pas vu les progrès accomplis en Afrique ces dernières décennies. L’Afrique aujourd’hui, ce sont des classes moyennes, plus éduquées, qui se sont malgré tout développées et qui sont aussi un pouvoir d’achat.

Le pays qui s’en est rendu compte d’abord, c’est la lointaine Chine, qui est venue s’y installer et y investir massivement. En venant en Afrique, elle a ramené tout le monde, d’autres pays sont venus mais pour être en compétition avec elle. En s’investissant en Afrique, la Chine a créé la rupture avec l’idée que n’étaient possibles avec le continent que les liens traditionnels dans la continuité coloniale ou des liens de compassion, dans une relation humanitaire.

Les origines de tant de préjugés sont-elles à chercher dans le passé colonial ? 

Toute la littérature coloniale – le fameux livre Heart of Darkness (Au cœur des ténèbres) de Joseph Conrad est emblématique –, représente l’Afrique comme le continent où sévissent toutes les maladies, des maladies mortelles pour les Européens, le lieu par excellence de l’infection. C’est ce regard colonial qui se traduit dans ces préjugés sous diverses formes à l’occasion de cette pandémie.

On a vu ces médecins chercheurs français de l’Inserm considérant sur un plateau de télévision que l’Afrique était un réservoir de populations disponibles pour des essais cliniques. L’Afrique est toujours réduite à sa démographie, avec la crainte que celle-ci n’aille se déverser sur l’Europe, opérant un grand remplacement. C’est la première obsession des prospectivistes à propos de l’Afrique.

C’est une Afrique évidemment totalement mythique qui ne correspond pas à l’Afrique d’aujourd’hui, qui a des problèmes bien réels, des infrastructures sous-développées inacceptables, mais qui est aussi une Afrique avec des alternances démocratiques, des États plus légitimes, qui ont su gérer la pandémie avec des moyens limités, une jeunesse qu’il faut mettre à l’école, à laquelle il faut donner de l’emploi mais qui est innovante. Autant d’atouts que le monde ne veut pas voir, souvent à cause du paravent des stéréotypes.

Comment rompre avec ce regard qui perdure à travers les âges, comment décoloniser les imaginaires ? 

Les imaginaires vont se décoloniser tout seul. On l’a vu avec les réactions suscitées après les propos de ces chercheurs. Il ne s’agit pas d’implorer le monde de regarder l’Afrique autrement. Il s’agit pour les Africains eux-mêmes d’imposer au monde que l’Afrique d’aujourd’hui est une Afrique qui croit en ses capacités, ses forces, avec laquelle on doit compter et qui tient son propre discours sur soi. L’Afrique doit cesser d’être l’objet du discours des autres pour se dire elle-même dans ce qu’elle est et l’avenir qu’elle s’ouvre.

Comment observez-vous cette pandémie à l’échelle du monde depuis New York, où vous vivez et êtes confiné depuis maintenant deux mois ?

Aujourd’hui, les États-Unis sont parmi les plus touchés par l’épidémie au monde. L’État de New York où je suis est celui qui compte le plus de morts [plus de 20 000 avec un confinement prolongé jusqu’au 28 mai – ndlr]. Cette pandémie a un côté égalisateur : ce ne sont pas seulement les pays les plus mal lotis, ou les moins puissants ou les plus pauvres qui sont frappés, c’est tout le monde qui a été frappé. Le pays le plus puissant au monde a été obligé de marquer une pause, comme le reste de l’humanité. C’est un phénomène extraordinaire.

Pour quelqu’un comme moi, c’est aussi un moment privilégié pour étudier une réalité très importante : la valeur d’un bon gouvernement. Et je suis aux premières loges pour étudier cela dans l’État de New York. Nous sommes dans une époque du triomphe du capitalisme global où on a chanté à l’envi qu’il fallait le moins d’État possible, que la vraie gouvernance du monde devait être celle des marchés, le rôle des États étant réduit au minimum. Cette pandémie nous enseigne leur importance.

Dans une crise aussi importante, les populations elles-mêmes demandent que l’État devienne ce qu’il a à être : le protecteur des citoyens. On a vu en temps réel la capacité des gouvernements d’inspirer ou pas confiance, d’informer pleinement ou pas les citoyens afin qu’ils puissent adopter les comportements individuels et collectifs qui soient des réponses à la crise, ce qui n’allait pas de soi. L’État de New York aura donc été bien gouverné, de ce point de vue.

De Chicago à la Seine-Saint-Denis, le Covid-19 exacerbe les inégalités, notamment raciales. Pourquoi ce sont les minorités, en particulier les Noirs, et les pauvres qui sont le plus durement frappés par le virus ?

Il est très important d’insister sur ce constat car des théories absolument fantaisistes circulaient et affirmaient que les Noirs étaient les mieux protégés de cette pandémie. Non seulement ce n’était pas vrai mais c’est tout le contraire. On savait que les inégalités sont très importantes dans notre monde et qu’elles se creusent, mais la pandémie a mis à nu ce qu’elles signifiaient vraiment.

Ce sont des inégalités devant la vie et la mort. Lorsque les questions vitales se posent, ce sont les plus pauvres qui paient le plus grand prix. Et ce sont donc les personnes racisées, comme on dit, qu’on retrouve plus nombreuses parmi les victimes, car ce sont elles qui souffrent le plus de la pauvreté. On ne peut pas nier les caractéristiques ethno-raciales de la pauvreté.

Qui plus est, les plus pauvres, et donc les racisés, sont les travailleurs essentiels. Quand on demande à tout le monde de se réfugier chez soi pour échapper à la maladie, on leur demande à eux de monter au front. Car ils font tourner les bus, les métros, les hôpitaux, les commerces, etc. Ils sont exposés deux fois : à cause des inégalités qui étaient déjà là et en se retrouvant en première ligne.

Beaucoup souffrent d’ailleurs de comorbidités, car la pauvreté et les inégalités dégradent et précarisent la santé. La précarité fait boule de neige lorsqu’une pandémie comme le Covid-19 éclate. Il est impératif que les leçons soient tirées de cette pandémie et qu’on s’attaque à ces inégalités.

Contrairement aux pays anglo-saxons comme le Royaume-Uni ou les États-Unis, les statistiques dites ethniques sont interdites en France. C’est un frein pour appréhender les inégalités ?

Il y a quelque chose de généreux dans l’idéal de ne voir que des citoyens et non des couleurs de peau. Mais il faut aussi pouvoir nommer les problèmes et en prendre, littéralement, la mesure, pour s’y attaquer. Et avoir un instrument d’évaluation de l’efficacité des mesures prises.

Le monde d’après qui vient est-il en mesure de tirer les leçons de ces inégalités ? 

Il serait absurde et stupide de revenir au monde d’avant. D’abord parce qu’il ne reviendra pas. Après la pause, on ne va pas redémarrer les moteurs et trouver l’économie au même stade. Une profonde crise socio-économique nous attend. Il faut prendre des mesures très importantes pour que la pauvreté et les inégalités soient combattues. Entre les nations et en leur sein.

Un monde qui aurait tiré les leçons de la pandémie, c’est un monde où la dette des pays pauvres sera effacée sans atermoiement. Ce n’est pas de la compassion mais une mesure de sagesse. Si, ces dernières décennies, on a vu une Afrique émergente, il est temps de penser le vrai partenariat avec l’Afrique, une Afrique qui contribue à l’avancement économique de tout le monde : le préparer, c’est aider au redémarrage du continent en levant le fardeau de la dette.

L’économie, ce n’est pas seulement la compétition capitaliste, des taux de croissance, mais ce que l’on a appelé le développement humain, et je souligne le mot « humain ». Il faut reconstruire le monde sur cette base, non pas au sens humanitaire de la compassion mais bien au sens « humain », qui redonne son sens à l’humanité.

Que peut la philosophie en ces temps bouleversés ? 

Nous vivons une époque où il faut explorer philosophiquement les sagesses contenues dans toutes les régions du monde, dans tous les espaces où les humains pensent, réfléchissent à la vie, à la mort, à leur signification. Nous devons repenser beaucoup de choses, notamment notre lien à la nature. Cette pandémie révèle la crise écologique qui était déjà là, ces blessures que nous n’arrêtons pas d’infliger à la nature.

Il faut réfléchir à ce que signifie inscrire l’humain dans la nature, le replacer dans le vivant, et non pas, pour reprendre Descartes, le considérer comme un maître et possesseur de la nature qui s’arroge le droit de la transformer en ressources naturelles. Il est important ainsi de décoloniser nos esprits y compris sur ce terrain-là. PAR RACHIDA EL AZZOUZI

Moustapha Kassé: »POUR PARVENIR À L’ÉMERGENCE, IL FAUT UN ÉTAT FORT, DÉMOCRATIQUE,ACTIF »

https://www.seneplus.com/ http://www.enqueteplus.com/node–Moustapha Kassé, Doyen honoraire de la faculté des Sciences économiques de l’Ucad, revient sur les dernières mesures d’assouplissement de l’état d’urgence, les failles de la politique agricole, celle industrielle du pays, etc.
Après deux mois de pandémie et d’état d’urgence, le chef de l’Etat Macky Sall a décidé, en début de semaine, d’alléger les mesures de confinement pour une reprise de l’activité économique. Dans cette interview accordée à ‘’EnQuête’’, le professeur Moustapha Kassé, Doyen honoraire de la faculté des Sciences économiques de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), revient sur cette décision, les failles de la politique agricole, celle industrielle du pays, etc. 
L’économie sénégalaise, comme la plupart des économies du monde, subit de plein fouet les effets de la pandémie de Covid-19. Aujourd’hui, quelle analyse faites-vous de la situation nationale ? 
J’avais estimé, dans une réflexion antérieure, après une analyse rapide du tableau de bord de l’économie sénégalaise, que cette pandémie allait affecter, à des degrés contrastés, tous les secteurs. Les activités des 400 000 petites et moyennes entreprises (PME)/petites et moyennes industries (PMI) principales créatrices de la richesse et de l’emploi, seront impactées comme le tourisme (hôtels et restauration, sociétés de voyage, etc.), les transports (aériens, routiers etc.) le commerce, les activités artistiques et culturelles et, dans une moindre mesure, les BTP, les assurances. Tout cela a bouleversé le cadre macroéconomique, avec un creusement des déficits surtout budgétaire et au bout une décroissance du produit intérieur brut (PIB). Les transferts de la diaspora et les exportations, de même que les revenus individuels devront baisser de façon drastique. Les évaluations sont en train d’être faites par les services de la statistique.
Aujourd’hui, pour la reprise des activités économiques, le chef de l’État a décidé d’alléger les mesures de confinement. Est-ce qu’il est prudent de faire passer l’économie avant la santé, en cette période de pic de la pandémie ?
Votre question comporte plusieurs volets. Commençons par reconnaitre que la pandémie est loin d’atteindre son pic. Dans ce cas, il n’est du tout pas prudent de déconfiner en ouvrant tous les espaces de forte concentration humaine où il est difficile de respecter la distanciation sociale et les autres éléments de barrière. Ensuite, aucune communication argumentée des experts, que ce soit des professionnels de la santé, sociologues, anthropologues et économistes, n’est venue conforter cette décision présidentielle. En conséquence, il se produit une rupture de confiance entre le gouvernement et les populations.
La double crise, celle financière de 2008 et celle sanitaire de 2019, a plongé la mondialisation dans un basculement qui amorce le déclin des Etats-Unis et de l’Europe, et impose la Chine comme principal pôle de puissance du XXIe siècle. Les États africains doivent exploiter cette nouvelle recomposition de l’ordre mondial et se battre avec détermination, sérieux et rigueur pour trouver leur place dans le nouveau concert des nations, en exploitant en toute indépendance. C’est-à-dire sortir des tutorats, des servitudes et des mimétismes infantilisants. Et exploiter le potentiel de partenariat ‘’gagnant-gagnant’’ en faveur de leur développement. Ne loupons pas l’essentiel.
Selon vous, quelle était la meilleure stratégie pour le déconfinement ?
Au regard de toutes les expériences qui se déroulent de par le monde, le déconfinement apparait comme une opération très complexe, qui appelle une analyse approfondie de la situation sanitaire. A savoir les courbes d’évolution de la pandémie après des dépistages à grande échelle, la disponibilité des infrastructures de santé et le matériel des barrières, notamment les masques, etc. Une analyse de la situation sociologique, c’est-à-dire les comportements humains envers les règles de barrière, voire même anthropologique et économique. Il s’agit des conséquences économiques et financières sur les secteurs et les acteurs du secteur privé.
Elle commande, au nom des simples principes de précaution, d’abord, une préparation minutieuse portée par une évaluation rigoureuse de tous les paramètres du déconfinement ; ensuite, une estimation des moyens matériels et financiers qu’exigent toutes les mesures barrières et, enfin, une communication sobre et pédagogique en direction des populations sur les risques pouvant découler de l’ouverture des espaces publics (écoles, marchés, lieux de culte et transport). Cette foultitude de problèmes oblige à une concertation très large impliquant les professionnels de la santé, les experts, les autorités religieuses, les syndicats et la société civile. Il faut savoir et déplorer que le président de la République, dans les monarchies républicaines, est souvent isolé, sa vision obstruée par les multiples chasseurs de prébendes.
Cette crise a mis à nu des plans de développement économique de la plupart des pays africains. Quelle lecture faites-vous à ce propos ? 
Il y a longtemps que les pays africains ont complètement renoncé à la planification au profit d’une gestion libérale fondée sur la croyance dans les vertus autorégulatrices du marché qui est, aujourd’hui, morte avec la crise. Et la grande question économique du XXIe siècle sera de savoir jusqu’où l’État peut intervenir efficacement plutôt que de déterminer les conditions d’une libéralisation maximale.
La planification consiste à concevoir un futur désiré, ainsi que les moyens réels d’y parvenir. C’est un instrument de prise de décision par anticipation. Il s’agit, avant d’agir, de savoir ce qu’on va faire, et comment on va le faire. Les réussites de la Chine proviennent essentiellement de la planification : le Plan 2050, le Plan technologique et d’innovation 2025, etc. Ils suivent en cela les recommandations de Sun Tzu dans ‘’l’Art de la Guerre’’ (400-320 av. J.-C.). Cet auteur avait perçu la valeur de la planification : avec beaucoup de calculs, on peut vaincre. Avec peu, c’est impossible. Ceux qui ne font rien ont peu de chance de vaincre. Sénèque disait qu’il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va. On peut rappeler cette autre citation de Gaston Berger : ‘’Préparer l’avenir, ce n’est pas y rêver. C’est choisir, dans le présent, ce qui est capable d’avenir.’’ J’ai, toute ma vie durant, plaidé pour une réhabilitation de la planification et l’impérative urgence de son utilisation en matière de décision dans un environnement d’incertitudes et de risques.  Les oreilles néolibérales se bouchaient.
Le chef de l’État parle de redéfinition des priorités et d’autosuffisance alimentaire depuis le début de la crise. Mais on constate que depuis son arrivée au pouvoir, les programmes élaborés (Pracas, Prodac) n’ont pas porté leurs fruits. Pour vous, qu’est-ce qui explique cet échec ? 
Cette crise doit nous permettre de repenser profondément toutes nos politiques sectorielles dans une dynamique d’offre productive en vue d’éradiquer l’extrême pauvreté et la faim, d’améliorer les infrastructures de la santé publique, d’assurer l’éducation pour tous et de protéger la soutenabilité environnementale. Au-delà des incantations, pour arriver à l’émergence, il faut un État fort, démocratique, actif et capable d’impulser et d’organiser la société, de créer des externalités positives au niveau des infrastructures de base (santé, école, routes, énergie, assainissement, etc.) de guider et coordonner ces politiques sectorielles (industrielles, agricoles, des services, de la recherche  et des innovations technologiques).
D’encadrer les institutions de financement du développement, de promouvoir, appuyer et associer le secteur privé, de défendre un patriotisme économique clairvoyant et, enfin, de mettre en œuvre une politique sociale qui, au-delà de la justice sociale et de l’égalité des chances, se fixe de combattre le triple fléau du chômage, de la pauvreté et de la précarité.
La priorité doit être accordée à la politique agricole permettant l’instauration d’une agriculture performante et intensive, et le développement de la société rurale avec un paysannat de type nouveau qui possède et contrôle son espace, s’organise sur une base autonome, cherche à peser sur l’échiquier politique et dispose de techniques culturales, de matériels biologiques, de facteurs modernes de production.
Je demeure convaincu que les profondes et croissantes séquelles de la crise, qu’il s’agisse de la croissance, du chômage, des multiples précarités et de l’endettement, ne peuvent être durablement résorbées sans une relance économique forte menée par l’État dans un processus rigoureusement planifié, impliquant les transformations structurelles.  Plus d’un demi-siècle de politiques économiques et autant d’échecs avec ses désastreuses conséquences sociales : croissance atone, inégalités grandissantes, chômage, pauvreté et précarité. Comment les responsables politiques peuvent-ils se tromper à ce point et s’entêter à maintenir un modèle amoché ? La crise intime que rien ne soit plus comme avant.
L’industrialisation du pays reste aussi un défi à relever. Là aussi, on constate que l’Etat peine à trouver la bonne formule.Est-ce que le Sénégal peut s’appuyer sur son industrie pour assurer son émergence économique? 
J’ai publié un ouvrage intitulé ‘’L’industrialisation africaine est possible. Quel modèle pour le Sénégal ?’’. Au-delà des développements techniques, il ressort deux messages forts : ‘’Sans industrialisation, pas d’avenir. Protéger les capacités de production sur le sol national.’’ Au lendemain de son indépendance, en 1960, le Sénégal comptait parmi les pays les mieux dotés en infrastructures industrielles, dans toute l’Afrique occidentale française (AOF). Son niveau sur beaucoup de points était comparable aux pays asiatiques de l’époque, comme la Corée et la Malaisie.
Ce système industriel était construit par un État volontariste et développeur conduit par Mamadou Dia. Il a été systématiquement démantelé par les programmes successifs d’ajustement structurel des années 80.  Je cite le cas scandaleux du démantèlement de la filière textile qui était constituée de 7 unités industrielles avec un effectif de 2 000 à 3 000 employés. Aujourd’hui, elle utilise au maximum 300 personnes, soit une perte de l’ordre de 2 500 emplois industriels de haute valeur technologique. Cette perte d’emploi représente une masse salariale de 4,5 milliards de F CFA/an, des cotisations sociales de 1,15 milliard de F CFA/an qui faisaient vivre environ 25 000 personnes. Et si la tendance n’est pas inversée, la totalité du bassin d’emploi de la filière textile qui est estimée à 30 000, risque d’être perdue. Le manque à gagner du Trésor public, du fait de la sous-facturation des produits textiles importés, est estimé à 7,7 milliards de F CFA/an. C’est de la sorte que les mécanos du néolibéralisme ont complètement éteint le début d’industrialisation, au moment même où l’extension du système éducatif et la démographie galopante augmentaient à rythme effréné les demandes d’emploi.
Je voudrais souligner au moins 2 choix stratégiques majeurs d’une industrialisation propre, citoyenne, pilier d’une croissance économique durable et aux bénéfices équitablement répartis. D’abord, la transformation/valorisation des ressources à fort potentiel (agricoles). Ensuite, la satisfaction à la fois des besoins en biens essentiels des populations, y compris les plus pauvres (alimentation, habillement, médicaments, matériaux de construction et logements, outils et équipements agricoles, maintenance des matériels) ; les besoins en exportations de produits de qualité et compétitifs vers des marchés extérieurs solvables et en croissance (AGOA…) ;
l’intégration dans les chaînes de valeur régionales africaines ou internationales (délocalisation, sous-traitance/outsourcing) ; la prise de sa place sur des créneaux nouveaux, liés en particulier aux nouvelles technologies, aux industries culturelles, tourisme, artisanat où le label ‘’Sénégal ou Afrique’’ a un avantage compétitif.
Le problème lancinant du financement dans cette situation de récession appelle, entre autres, la mobilisation de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) à la laquelle les banques se refinancent (comme prêteur en dernier ressort) pour, d’une part, abaisser son taux directeur pour infléchir les taux d’intérêt afin de faciliter le financement de la relance des économies et, d’autre part, acheter les titres de dette et les conserver dans son portefeuille sans préjudice majeur pour son fonctionnement. Mariama Dieme

Le secteur bancaire de l’UEMOA face à la pandémie du coronavirus Par Jean Tchangai, Cadre de banque,Senior Risk Manager, Executive Doctorate Student BSI/IAE. Lyon.

Les idées développées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la position de son institution.
https://www.financialafrik.com/Les impacts de la pandémie du COVID-19, qui atteint désormais l’Afrique Subsaharienne et notamment les pays de l’UEMOA, sont de même nature que dans les pays déjà touchés. La contraction de l’activité économique qui en résulte est brutale et d’une grande ampleur, touchant aussi bien le secteur public que privé et par ricochet le secteur bancaire. A l’instar de l’ensemble des banques centrales des pays concernés, la BCEAO a pris un certain nombre de mesures monétaires pour inciter les banques à soutenir le secteur privé. Ces mesures, pour nécessaires qu’elles soient, n’intègrent pas la dimension solvabilité des financements bancaires et doivent donc être élargies.

Un secteur bancaire en difficulté

La crise économique consécutive à la crise sanitaire qui impacte le secteur privé induit également une augmentation des dépenses publiques imprévues conjugué à une chute des recettes fiscales, aggrave les déficits publics préexistants, augmente les encours de dettes et nécessite un recours massif aux émissions de titres publics acquis pour partie par le secteur bancaire.
Les banques sont donc confrontées à un risque accru sur leurs actifs du fait de l’augmentation des risques de contrepartie. Par ailleurs l’effondrement de l’activité :
-Réduit le volume de leurs opérations avec la clientèle en matière de crédit, de dépôts et de transferts d’où une baisse du Produit Net Bancaire ;
-Accroît les charges d’exploitations induit par les mesures de prévention (mesures de distanciations sociales, gestes barrières,);
-Augmente le coût du risque (risque de crédit, risques opérationnels, …) et par conséquent un niveau de résultat moins important qu’escompté.
De plus, dans l’immédiat les banques sont confrontées à des nouveaux risques opérationnels. Du fait de cette pandémie sanitaire, elles doivent prendre des mesures spécifiques pour maintenir leur activité. Le travail à distance s’impose alors comme une solution, mais requiert notamment un système informatique performant, des connexions internet fluides et haut débit pour assurer la qualité et la sécurité des données. Cela augmente néanmoins la vulnérabilité des banques aux cyberattaques.
Selon un dirigeant de banque, l’impact immédiat du COVID-19 sur sa banque serait :
’Baisse de l’activité clientèle donc des flux à la banque, impayés, rééchelonnement ou restructuration des dettes, impacts ratios, risque de provisions, Réorganisation des RH en télétravail, mise en congés, service minimum bancaire assuré, suspension des investissements, dépenses non budgétisées pour la prise en charge de la pandémie […]’’[1]
Pour un autre la solidité des banques risque d’être mise à mal par l’impact de la crise sur le coût du risque.
« Contraction de la productivité de la banque ou des activités bancaires, baisse du PNB, augmentation du cout net du risque entraimant une baisse du résultat net de la banque. 

Des mesures de politique monétaire qui conforte la liquidité bancaire mais insuffisantes pour inciter les banques à soutenir le secteur privé

La BCEAO a décidé d’abaisser, à compter du 27 mars 2020, le taux d’intérêt applicable aux adjudications sur appel d’offre et de le porter à son taux minimum de 2.50% avec un volume suffisant de liquidité. C’est le niveau le plus bas jamais atteint par ce taux directeur. Elle a également décidé un élargissement des supports admis aux refinancements de la BCEAO (admission des créances privées cotées B). En facilitant l’accès des banques à la monnaie centrale et en abaissant son coût d’obtention, la BCEAO conforte la liquidité bancaire et accroit la faculté de ces dernières à octroyer des crédits au secteur privé à un taux d’intérêt moindre. Aussi, la BCEAO autorise les banques à classer les reports d’échéances dus à cette crise en créances saines et non en créances en souffrance, comme le préconise le plan comptable bancaire en vigueur.
Ces mesures d’ordre monétaire et comptable ne sont pertinentes que si l’on anticipe que l’activité économique un temps, suspendue, reprendra à l’identique à la fin de cette pandémie. Or rien n’est moins sûr, car personne ne peut savoir, si cette crise ne va pas engendrer des modifications des comportements de consommation et donc impacter la production à l’avenir. Par ailleurs, compte tenu des normes règlementaires de division des risques (limite d’engagement sur une même signature), des limites de concentrations sectoriels internes des banques, des volumes d’engagements existant mais surtout de l’importance des financements additionnels, les financements requis pour assurer la survie de certains secteurs économiques clefs, comme le transport aérien par exemple, peuvent dépasser la capacité du secteur bancaire à y faire face.

De l’impérieuse nécessité de prendre des mesures complémentaires pour inciter le système à octroyer davantage de financement

En période de crise, la qualité des portefeuilles bancaires se dégrade, ce qui conduit à une baisse de la profitabilité des banques et à une détérioration de leurs fonds propres. Dans ce contexte d’incertitude, accroitre le volume des financements au secteur privé risque d’exposer ultérieurement le secteur bancaire à de graves problèmes de solvabilité. La prise en compte du risque de contrepartie ou de crédit dans la décision de financement est aussi importante que celle du risque de liquidité. En conséquence, les autorités monétaires devraient non seulement s’occuper d’alléger les mécanismes de refinancement des banques mais aussi envisager des mesures devant permettre de contenir le risque de contrepartie. L’action des autorités monétaires pourrait porter sur trois niveaux. En soutient des mesures déjà prises, elles pourraient différer le provisionnement des créances dont le déclassement est lié à l’impact du COVID-19 ou à défaut redéfinir à titre exceptionnel[2] l’éligibilité en créance en souffrance les créances issues de l’impact du COVID-19. Selon une enquête exploratoire réalisée auprès des dirigeants de banque de la sous-région, plus de 3 dirigeants sur 4 (76,9%) souhaitent ce moratoire et pensent qu’en l’absence de telles mesures, les déclassements des créances en Créance Douteuses et Litigieuse(CDL) seraient suivis de leur dépréciation et mettraient à mal la solidité du système bancaire. Nombreuses seraient les entreprises concernées qui n’hésiteraient point à se mettre en règlement préventif, le temps de d’absorber l’impact de la crise sanitaire, de se réorganiser pour se relancer.
Elles pourraient aussi mettre en place un fonds commun, financé équitablement par la BCEAO et les banques commerciales, pour le rachat de tout ou partie des créances bancaires des entreprises impactées par le COVID-19. Ceci devrait permettre au secteur bancaire de mieux financer d’avantage la relance du secteur privé. En effet, lorsque les créances en souffrance sont provisionnées, les fonds propres des banques diminuent et leur capacité à financer les activités productives est affectée négativement. En cas de non provisionnement, les créances en souffrances détériorent la capitalisation des banques puisqu’elles sont déduites des fonds propres de base. Ainsi, les fonds propres effectifs vont afficher un repli, affectant négativement la solvabilité des banques. Ce faisant, lorsque l’insolvabilité devient chronique et généralisée, le risque de crise systémique s’accroit. Dans les deux cas de figure, les mauvais crédits exercent un effet d’éviction sur le financement des entreprises qui empruntent. Le risque d’un cercle vicieux est ainsi créé entre la crise bancaire et la crise économique (horiuchi A., 1998).
En outre, une baisse supplémentaire du taux d’intérêt applicable aux adjudications sur appel d’offre ainsi que les taux de rémunérations réglementés (compte épargne, dépôts à terme, etc.) permettrait  d’amoindrir l’impact sur le bilan des banques, des reports d’échéances sans charges d’intérêts, ni frais, ni pénalités de retards[3].
Concomitamment, les Pouvoir Publics devraient alléger les contraintes sur le secteur privé notamment en ce qui concerne les marchés publics pour permettre à ces derniers de disposer de marges financières et ainsi d’honorer leurs obligations financières. Il pourrait s’agir par exemple, d’annuler l’application des pénalités de retards et intérêts moratoires dans l’exécution des marchés publics ; et/ou d’accélérer les paiements au profit du secteur privé pour réduire la pression sur la trésorerie. Les mesures d’allègement de dette pourraient permettre aux États de telles manœuvres.
Par ailleurs dans le contexte actuel, il s’avère nécessaire pour le cas spécifique des TPE et PME, la mise en place d’un fonds de garantie communautaire UEMOA PME COVID FUNDS en vue de garantir les besoins crédits additionnels en faveur de cette cible dont la trésorerie s’est dégradée à cause de la baisse de leur activité. Il pourrait couvrir jusqu’à 75% du montant du crédit.
Les réformes bancaires mises en œuvre en 2018 et notamment la transposition des normes prudentielles de Bâle II/III dans l’UEMOA, de nouvelles règles comptables, ont renforcé la solidité et la résilience du secteur bancaire de l’Union. Mais au regard du risque accru sur leurs actifs du fait de l’augmentation des risques de contrepartie qu’engendre cette pandémie, il est nécessaire de proroger d’une année les dispositions transitoires relatives aux exigences minimales de fonds propres initialement fixé en 2022 et de prendre des mesures visant à alléger temporairement leurs exigences de fonds propres afin de leur permettre de se consacrer pleinement à leur métier. Ainsi elles pourront maintenir le financement de l’activité économique dans l’Union et atténuer l’impact économique de la pandémie du Covid-19.

Notes

[1]Verbatim recueillie à travers une enquête auprès de cadres dirigeants de banque de l’espace UEMOA, qui expriment leurs perceptions et attentes face à l’impact de la crise sanitaire sur leur activité. L’enquête a été menée à partir d’un questionnaire en ligne et dans l’anonymat.
[2] À l’instar de créances sur les PME et les Etats de l’UEMOA suivant l’instruction BCEAO N° 026 – 11 – 2016 relative à la comptabilisation et à l’évaluation des engagements en souffrance.
[3chéances des créances des entreprises affectées par la pandémie du covid-19.

A propos de l’auteur
Jean TCHANGAI*, Cadre de banque, titulaire d’un Master en Banque et Finance et certifié Senior Risk Manager, est Doctorant en Executive Doctorate in Business Administration à BSI et à l’IAE Lyon. Il est auteur de l’ouvrage «Notation financière dynamique et dynamique des marchés financiers» paru aux éditions PAF en 2016 et co-auteur de l’article, «Agenda pour une réforme du FCFA», Afrique des idées, janvier 2019.

Pierre Goudiaby Atepa: «Le PSE devrait être déchiré»

http://guestuinfo.com/–L’architecte Pierre Goudiaby Atepa pense que le Plan Sénégal Emergent(PSE) est désuet au regard du contexte économique actuel du Sénégal. L’homme d’affaires propose la mise à jour de ce document de référence de la politique de Macky Sall après la découverte du pétrole et du gaz dans notre pays. «Le Sénégal est l’un des pays les plus riches du monde. On de devrait le PSE dès lors qu’on découvert le pétrole et le gaz. Dans tous les pays du monde, la découverte de ressources minières marque un tournant majeur. Par conséquent, le PSE devrait être révisé sur certains de ces axes. (…)Je suis Sénégalais, mais nous sommes dans une situation inacceptable. On ne peut pas avoir des minerais d’or, de phosphate, du gaz, du pétrole, pendant ce temps , nos jeunes prennent les pirogues pour mourir en mer», s’offusque Atépa, contacté par le site Guestuinfo.
Pour lui, il est temps que l’Afrique tire profit de ses ressources naturelles et rompt définitivement d’avec cette image d’un «mendiant assis sur une montagne d’or». D’ailleurs, l’ancien président de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) annonce la parution prochaine de son ouvrage intitulé : La révolution industrielle de l’Afrique. Dans ce livre, Atépa propose des pistes de solutions pour que le continent puisse sortir de la pauvreté dans laquelle elle est plongée depuis l’indépendance «Le livre va paraitre après l’épidémie du coronavirus»., promet-il.Guestuinfo.com

Les horticulteurs sont les plus impactés de la crise (ministre)

https://www.seneweb.com/La crise économique due à la pandémie du nouveau coronavirus n’a pas épargné le secteur de l’agriculture. Selon le ministre de l’Agriculture et de l’Équipement rural, Professeur Moussa Baldé, pour le moment, «les impactés les plus visibles» de la Covid-19 sont les horticulteurs. Car, explique-t-il, «il n’ y a plus de fêtes (baptème, mariage, Gamou, etc.) dans le pays entrainant du coup une baisse significative de la consommation d’oignons, de pommes de terre, et autres. S’y ajoute le problème de déplacement interurbain avec l’état d’urgence qui a réduit l’écoulement de la marchandise, la fermeture des marchés, entre autres.
Face à cette situation, Moussa Baldé a renseigné que les acteurs de cette filière agricole ont bénéficié également du soutien du fonds Force Covid-19 mis en place par l’État. Il a souligné que son ministère, en collaboration avec celui du Commerce, la Délégation à l’entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes (DER/FJ), et sur instruction du président de la République, a travaillé à une formule. Et pour le moment, la DER/FJ a dégagé une enveloppe d’un milliard de francs Cfa pour soutenir les acteurs. Ce, en finançant des commerçants qui, à leur tour, vont aller racheter la production disponible, la stocker et pouvoir l’écouler au moment opportun.

«L’agriculture doit être le moteur de la résilience»

De l’avis du ministre, l’agriculture doit être le moteur de la résilience, comme elle a été le moteur de la croissance du pays durant le premier mandant du Président Macky Sall. Pour cette année, Moussa Baldé a fait savoir que le matériel agricole est déjà en place. A l’en croire, il y a plus de 2000 tracteurs et l’État continue à soutenir le secteur.
Il ajoute que le budget a été relevé de 50% et la météo a annoncé une bonne saison des pluies. Donc, pour lui, «toutes les conditions sont réunies aujourd’hui pour que l’agriculture joue sa partition dans cette crise sanitaire. Et qu’au mois d’octobre, quand la pandémie, qui est en train de frapper le monde de plein fouet sera vaincue, qu’on se retrouve avec une production agricole record qui permet au Sénégal de partir ».

«Le Sénégal doit se préparer à avoir des épidémies»

Le ministre de l’Agriculture a, par ailleurs, soutenu que les pays africains doivent se mobiliser pour avoir une économie résiliente. «La pandémie, elle nous met face à nos responsabilités. Vous savez, les épidémies, c’est une fatalité. On a le Covid-19, on aura peut-être le Covid-23 ou je ne sais quoi. Donc, le monde doit se préparer à combattre les épidémies. Les pays africains, le Sénégal en particulier, doit se préparer à avoir des épidémies. On doit pour cela aussi se mobiliser pour avoir une économie qui soit résiliente».

 Covid-19: “Programmer la reprise des cours pour le 2 juin, c’est décréter l’année blanche”,Dame Mbodj

https://senego.com/-Dame Mbodj, secrétaire général du Cusems authentique et coordonnateur du G20, n’est pas emballé par le reprise des cours. D’après lui, programmer la reprise pour le 2 juin prochain, c’est décréter l’année blanche, car elle ne pourra plus être sauvée techniquement et pédagogiquement. La seule formule qui s’impose, c’est d’agir tout de suite et maintenant.
Nombre de mois…
“On a déjà perdu deux mois dus aux grèves et deux autres mois à cause de la pandémie. Si vous y ajoutez un autre mois, l’année est perdue. Il y a aussi le cas des élèves de Terminale qui ne pourront pas passer leurs examens au delà du mois d’août, surtout pour ceux qui doivent voyager”, déclare Dame Mbodj sur Le Temoin.
Logique…
M. Mbodj estime que si l’Etat est dans une logique de sauver l’année scolaire, il doit agir vite et dès maintenant, mais il faut comprendre nos Etats. Ils fonctionnent à partir du calendrier que la France leur impose. C’est lorsque le Premier ministre français a annoncé qu’ils vont valider leur année scolaire que le Sénégal a pris la même décision.
Report…
” Le gouvernement doit décréter l’année blanche, ce qui est écarté puisque la France l’a écarté, ou alors valider l’année, en permettant aux élèves des classes d’examen de reprendre les cours, en leur faisant respecter les gestes barrières, comme la distanciation sociale, le port des masques, le lavage des mains. Pour les autres classes, nous aurons le temps de trouver une formule d’ici à décembre. Donc, nous sommes d’accord pour la reprise, mais nous nous opposons à son report jusqu’au 2 juin”, poursuit Dame Mbodj.

 Faut-il valider l’efficacité de la chloroquine avec la même méthode que celle du parachute? Par Georges Borgès Da Silva* et Roxane Borgès Da Silva*

https://www.financialafrik.com/–L’Institut hospitalier universitaire (IHU) Méditerranée Infection de Marseille a diffusé sur Youtube une série de communications regroupées sur le thème «Contre la méthode» lors d’une soirée scientifique des jeudis de l’IHU du 13 février 2020. La citation de GC Smith sur le «paradigme du parachute» dans la communication du Pr Didier Raoult1 , reprise dans celle du Dr Jean-Christophe Lagier «Contre les essais randomisés»2 , a retenu notre attention. Le British Medical Journal (BMJ) offre à ses lecteurs des articles facétieux dans son numéro de Noël. Ces articles équivalent ceux du 1er avril des médias français. Ainsi en 2003, par dérision envers les opposants à la méthode scientifique, il a publié un article mettant en cause l’usage du parachute en s’appuyant sur le fait qu’aucun essai contrôlé (un groupe avec et un groupe sans parachute) n’a été effectué pour affirmer son efficacité3 . Un essai contrôlé a pour objectif de comparer les résultats d’un groupe traité et d’un groupe non traité de la même manière (c’est-à-dire avec un placébo, ou avec le traitement de référence quand il existe, ou bien avec un traitement concurrent).
A l’IHU Méditerranée Infection de Marseille, les deux intervenants cités plus haut ont interprété cet article comme s’il s’agissait d’un article scientifique et non pas d’un article humoristique. Pourtant la note en fin d’article est très explicite sur la plaisanterie que voulaient faire les auteurs du BMJ :
“Contributors GCSS had the original idea. JPP tried to talk him out of it. JPP did the first literature search but GCSS lost it. GCSS drafted the manuscript but JPP deleted all the best jokes. GCSS is the guarantor, and JPP says it serves him right”.
La table des matières de ce numéro spécial de Noël est très éloquente du type d’articles qu’il présente4 . Dans leurs communications, les intervenants de l’IHU Méditerranée infection montrent que les essais cliniques ne pouvaient pas s’imposer comme arbitre de l’efficacité d’un médicament puisque le parachute s’est imposé sans essai contrôlé. Pour eux, cet article fantasque montrerait que l’étude observationnelle a autant de valeur probante que l’essai clinique. Dans son numéro de Noël 2018, le BMJ a publié un nouvel article sur le parachute5 . Dans ce dernier, un essai contrôlé a été réalisé entre un groupe avec parachute et un autre sans parachute. L’essai a conclu que le parachute n’apporte pas d’avantage significatif en termes de décès ou de traumatismes. Comble de dérision, la méthode précise que l’avion était à l’arrêt et son seuil de porte était à 60 cm du sol. Ce nouvel article, ne devrait pas apporter plus de crédit à l’opposition aux essais cliniques exprimée par l’IHU de Marseille.
Pourquoi n’est-il pas possible d’évaluer l’efficacité d’un médicament par une étude observationnelle, comme cela l’a été pour le parachute ?
Aristote l’a constaté il y a 2400 ans, Newton l’a énoncé avant qu’Einstein l’intègre dans un cadre plus général : il existe une loi régissant notre univers qui s’appelle la loi de la gravitation. Cette loi indique que la chute d’un corps lourd subit une force l’entrainant vers la Terre avec une accélération continue contre laquelle seule la résistance de l’air vient s’opposer. Pour un corps humain défini par ses caractéristiques anatomiques, il est tout à fait possible de calculer la vitesse à laquelle il va s’écraser sur la terre, selon la hauteur de la chute. Depuis 1797 (après un essai avec un chien l’année précédente), les différents essais observationnels de parachutes ont eu pour objectif de se servir de la portance de l’air pour ralentir la chute. Il n’y a jamais eu de groupe témoin non équipé, car on connaissait parfaitement l’effet mortel systématique de la loi de la gravitation sur le corps humain. De même, quand un médicament est mis en œuvre contre une maladie systématiquement mortelle, on se situe dans le même contexte que celui de la lutte contre la loi de la gravitation. Un essai clinique avec un groupe témoin non traité n’a pas d’intérêt (et n’est pas éthique).
Si le médicament réduit systématiquement la mortalité d’un nombre adapté de personnes, on peut conclure qu’il est efficace sur le taux de mortalité avec très peu de risque de se tromper. Concernant la maladie COVID-19, son taux de mortalité n’est pas encore bien précisé. Prenons l’exemple de la France qui a passé le pic de la pandémie. Fin avril 2020 le nombre de décès était de 24 376. Si on définit la population atteinte comme étant celle qui a eu un test positif, la France se situe à un taux de mortalité de 5 %. L’Allemagne se placerait à un taux de 0,2 % (avec quatre fois plus de tests positifs). En France, selon une estimation de médecins généralistes, le nombre de décès pourrait être majoré de 9 000 cas survenus en ambulatoire.Concernant les cas positifs, l’Institut Pasteur a estimé que 3,7 millions d’individus de la population française avaient été infectés.Avec ces dernières estimations,le taux de décès se situerait aux environs de 0,9%.
Toutes ces estimations sont évidemment très approximatives puisqu’il faut tenir compte des différences de mode de comptabilisation des cas suivant les pays. Sur la base des connaissances actuelles, comment juger de l’efficacité d’un médicament comme l’hydroxychloroquine à partir d’une étude6 qui relève 16 décès (1,3 %) pour 1 248 personnes traitées et d’une autre étude non publiée7 qui indique un taux de décès de 0,5 % ? Ces taux sont faibles mais proches des taux de mortalité nationaux résultants de traitement non spécifiques. C’est pour répondre en minimisant le risque d’erreur (biais) dans la réalisation d’une expérimentation et dans les conclusions à en tirer que les essais cliniques ont été mis au point. Les modalités d’organisation et de présentation du rapport de fin d’essai8 ont été précisées.
Pourquoi des essais cliniques ?
Selon Giraud A9, la médecine a vécu du XIXe siècle jusqu’aux années 1970 sur un modèle mécaniste. On pensait que le corps humain fonctionnait selon des lois complexes, mais appréhendables par la connaissance et que les médicaments pourraient agir dans le corps humain selon les propriétés qu’on leur reconnaissait. Ainsi, à la fin du XXe siècle on imaginait encore que les progrès de la médecine parviendraient à éradiquer les grandes maladies dont souffrent les populations. Mais les prédictions du modèle mécaniste10, parfois basées sur des constats de laboratoire, n’ont pas toujours été confirmées par les essais cliniques en pratique réelle. Ainsi les médicaments antiarythmiques de classe I ont été préconisés après infarctus en cas d’extra-systolie ventriculaire, pour prévenir la mort subite. Des essais cliniques contre placébo ont montré une majoration des décès. Longtemps utilisés, ils auraient induit autant de décès aux USA que les guerres du Viêt Nam et de Corée. Les déboires des modèles mécanistes, les résistances microbiennes et l’émergence de nouvelles maladies ont montré que l’instabilité et la complexité des systèmes, connues dans d’autres domaines des sciences, s’étendent également à la médecine. La gestion de l’incertitude et de la complexité est apparue nécessaire.
L’épidémiologie clinique (ou recherche clinique) a été proposée comme une discipline permettant à la médecine de porter des conclusions plus conformes à la réalité clinique que celles dérivées de la foi dans le modèle mécaniste.
L’épidémiologie clinique (ou recherche clinique) a été proposée comme une discipline permettant à la médecine de porter des conclusions plus conformes à la réalité clinique que celles dérivées de la foi dans le modèle mécaniste. Pour cela, elle a intégré l’incertitude dans ses raisonnements, à l’aide des outils statistiques. Il s’agissait de passer d’un paradigme d’explication (déterminisme, certitude) à un paradigme de prédiction intégrant l’usage des probabilités (donc des éléments d’incertitude) dans sa réalité. La connaissance des mécanismes des maladies est souvent insuffisante pour poser des diagnostics et prescrire des traitements appropriés, efficaces et sûrs. Il a été nécessaire d’utiliser une méthode rigoureuse d’observation et de classification pour en contrôler autant que possible les facteurs de variations, de biais et d’erreurs.
Ainsi les essais cliniques en double aveugle, randomisés et contrôlés11 sont devenus la méthode de référence pour la validation de l’efficacité des médicaments. Ce modèle, sans être parfait, est celui qui dans l’état actuel de nos connaissances permet le mieux d’éviter les erreurs systématiques lors des essais de médicaments. Nous sommes surpris par le déni de l’évolution de la médecine de la part de chercheurs de grande réputation, mais aussi par le manque de réactivité de la communauté des chercheurs et des décideurs. La mise en œuvre rapide d’un essai clinique bien mené aurait permis d’éviter des débats inutiles et beaucoup de pertes de temps et d’argent. Miser sur la rigueur scientifique pour faire avancer la science au profit de la santé des populations est fondamental.
Cet article repris à la demande de leurs auteurs dans Financial Afrik a été publié une première fois dans Cirano, un site d’économistes canadiens, à travers ce lien. https://www.cirano.qc.ca/fr/sommaires/2020PE-16

A propos des auteurs

*GEORGES BORGÈS DA SILVA: MÉDECIN SPÉCIALISTE EN SANTÉ PUBLIQUE, FORMATEUR EN RECHERCHE ET PUBLICATION SCIENTIFIQUES, TOULON (FRANCE).
*ROXANE BORGÈS DA SILVAPROFESSEURE AGRÉGÉE, DÉPARTEMENT DE GESTION, D’ÉVALUATION ET DE POLITIQUE DE SANTÉ DE L’ÉCOLE DE SANTÉ PUBLIQUE DE L’UNIVERSITÉDE MONTRÉAL. CHERCHEUSE, CENTRE DE RECHERCHE EN SANTÉ PUBLIQUE CHERCHEURE ET FELLOW CIRANO.
NB: Georges Borgès Da Silva est ancien médecin-chef de la Compagnie sucrière sénégalaise à Richard Toll (1976 – 1986). Quant à Roxane Borgès Da Silva, elle est native de Saint Louis (Sénégal).
NOTES
Raoult D. Contre la méthode. Les jeudis de l’IHU. 13 février 2020. Marseille : IHU Méditerranée Infection. 19e minute.
Lagier JC. Contre les essais randomisés. Les Jeudis de l’IHU. 13 février 2020. Marseille : IHU Méditerranée Infection. 6e minute.
Smith GC, et al. Parachute use to prevent death and major trauma related to gravitational challenge:systematic review of randomised controlled trials. BMJ 2003;327:1459-61.
4 BMJ. 2033 ; 327(7429).
5 Yeh RW, et al. Parachute use to prevent death and major trauma when jumping from aircraft:randomized controlled trial. BMJ 2018; 363.
6 Million M. Early treatment of 1061 COVID-19 patients with hydroxychloroquine and azithromycin,
Marseille, France (version provisoire). IHU-Méditerranée Infection, Marseille, France ; 2020.
7 IHU Méditerranée Infection, Marseille, France ; 2020.
8 CONSORT 2010 Statement: updated guidelines for reporting parallel group randomised trials. Equator Network. Oxford, UK ; 2010.
9 Giraud A.Evaluation médicale des soins hospitaliers. Paris:Economica,Collection santé publique;1992
10 Manon S. Le modèle mécanique. Philog, cours de philosophie. 2008.
11 Contrôlé veut dire que la comparaison se fait entre au moins deux groupes de patients. Randomisé signifie que le hasard a régi la répartition entre les groupes. En double aveugle, signifie que ni le patient ni celui qui donne le médicament ne sait lequel des produits comparés est donné. Le groupe qui ne reçoit pas le médicament étudié peut recevoir le traitement de référence s’il existe, ou un autre médicament comparable, ou bien un placébo s’il n’y a pas de traitement de référence. Tous les patients reçoivent en plus les traitements dont ils ont besoin.

Covid-19: les Instituts Pasteur de Madagascar et de Dakar au centre de la polémique

https://www.financialafrik.com/-Les Instituts Pasteur de Madagascar et de Dakar ont récemment été confrontés à ce qui au départ s’apparentait à une théorie du complot mais à s’avère à l’arrivée être une information diversement appréciée sur des erreurs dans les tests au covid-19.
Dans la Grande île, tout part le 6 mai dernier quand l’IPM annonce dans son décompte quotidien un pic de 67 cas positifs contre une moyenne de 5 à 6 cas par jour. A la télévision nationale malgache, la porte-parole du Centre opérationnel de commandement Covid-19 faisait état ce jour-là d’un total cumulé de 193 cas pendant que l’Organisation mondiale de la Santé (Oms), se basant sur les chiffres de l’Institut Pasteur, annonce 225 cas confirmés.
Les protestations du gouvernement malgache sont immédiates. Une enquête est ouverte en même temps qu’une contre-expertise sur les échantillons positifs. Quelque 55 tests déjà annoncés positifs par l’Institut ont été repris par le même centre et un autre établissement, le Centre d’infectiologie Charles-Mérieux (CICM) , pour un résultat étonnant: seuls 5 cas étaient finalement positifs. Que faut-il en déduire ?
Pour l’Institut Pasteur de Madagascar que nous avons contactés, nous renvoyant au communiqué officiel diffusé suite à l’incident, “des échantillons sains ont pu être accidentellement contaminées mais sans que l’on sache à quel moment. Avant ou après leur arrivée à l’Institut”. Les autorités poursuivent de leur côté leurs investigations. Faut-il le rappeler, l’unité de virologie de l’Institut Pasteur de Madagascar a été l’une des premières en Afrique à détecter, par PCR, dès le 29 janvier, le nouveau coronavirus (SRAS-Cov-2).
L’autre polémique, à des milliers de kilomètres d’Antanarivo, concerne l’Institut Pasteur de Dakar, confronté lui aussi à des erreurs sur des cas déclarés positifs dans ses laboratoires. Les tests sur 10 médecins de l’hôpital Fann, déclarés positifs à la Covid-19 par les services de l’Institut, sont revenus négatifs, après un second essai. Prié de s’expliquer sur l’affaire, l’Institut Pasteur assure n’avoir jamais dit que les résultats sont positifs, affirmant plutôt que ces derniers n’étaient pas conformes en raison d’erreurs sur la fiche de prélèvement, dans les colonnes du journal Libération.
Les Instituts Pasteur de Dakar et de Madagascar sont des établissements privés à but non lucratif et reconnues d’utilité publique. Les deux organes appartiennent au Réseau international des instituts Pasteur qui gère 30 institutions dans 27 pays.  Albert Savana

Le Sénégal vient d’enregistrer un 26e décès

https://www.seneweb.com/Notre pays vient d’enregistrer son 26ème décès lié a coronavirus. Il s’agit d’une femme de 71 ans qui a rendu l’âme, hier samedi, peu avant 19h, à Diamaguène. Mais, selon le ministère de la Santé, le test au Covid-19 effectué sur sa dépouille est revenu positif, ce dimanche 17 mai.

Dakar: Testé positif avec son beau-fils et abandonné dans son domicile, ce père s’inquiète (AUDIO)

https://www.pressafrik.com/La nouvelle stratégie du ministère de la Santé et de l’Action sociale en ce qui concerne la prise en charge des cas positifs à la Covid-19 n’est pas respectée sur le terrain. En atteste le désarroi de ce père de famille testé positifs depuis le vendredi 15 mai 2020 avec son beau-fils âgé de 14 ans et laissé à lui-même dans sa maison sise dans un quartier de la capitale que nous tiendrons secret pour des mesures de sécurité. Isolés par leurs proches dans une chambre de la demeure, les deux malades du nouveau Coronavirus supportent mal toute la psychose qui entoure cette maladie qui fait des ravages dans le monde (plus de 300 mille morts dont 25 au Sénégal).
Tout a commencé le 8 mai 2020 quand le mari de la soeur de notre cas positif approché a été déclaré positif. Leur soeur a été logiquement identifiée comme cas contact et testée le 10 mai avec son bébé de 14 mois. Les tests sont revenus positifs. Ne présentant aucun symptôme, elle a été évacuée avec son enfant au Hangar de l’Aéroport Léopold Sédar Senghor, réservé aux cas asymptômatiques.

« Dans l’identifiant de mon frère, ils ont mis Divorcé alors que tel n’est pas le cas »

C’est un certain Alioune Gueye, inquiet de la situation de son frère et de sa soeur testés positifs, qui a pris l’initiative de joindre PressAfrik pour révéler le désarroi de sa famille. Il a raconté ce qui s’est passé après l’évacuation de sa soeur.  « Toutes les personnes de la maison familiale ont été testées y compris mes parents ( mon père a 81 ans). Les tests sont revenus négatifs sauf pour deux personnes: mon frère qui a 39 ans et son beau-fils qui a 14 ans« , dit-il avant de relever quelques bizarreries sur le cas de son frère : « Dans un premier seul l’enfant était déclaré positif,  c’est ensuite vers 14 heures qu’ils ont rappelé pour dire que mon frère est positif. (Et le plus étonnant), dans l’identification, il est déclaré divorcé  alors que tel n’est pas le cas« .
Des erreurs qui viennent encore renforcer la thèse selon laquelle, l’Institut Pasteur se trompe souvent dans les échantillons des personnes testées.

« Le bébé de ma soeur qui allaite ne reçoit aucun traitement »

Alioune a également déploré les conditions dans lesquelles leur soeur se trouve au Hangar LSS. « Ma sœur est admise au Hangar de l’Aéroport de Yoff. Elle est restée une journée entière sans traitement, prétextant qu’ils allaient lui faire un nouveau prélèvement. Ceci étant fait, ils ne lui ont pas communiqué les résultats. Le lendemain, ils lui donnent un comprimé matin, midi et soir. Son fils qui a 15 mois, qui allaite, ne reçoit quand à lui aucun traitement« , raconte Alioune Gueye, très inquiet de la situation de ses proches contaminés.

Les confidences du frère testé positif et laissé à lui-même avec son beau-fils

Ce qui me préoccupe Alioune, c’est est que les services du ministère de la Santé ne sont pas venus chercher son frère et son beau-fils de 14 depuis vendredi. Prétextant qu’ils n’ont plus de place. « Mon frère et l’enfant sont chez mes parents depuis maintenant 3 jours soit près de 72 heures, isolés dans une chambre. Voila ce qui me ronge alors qu’ils déclarent que les hôpitaux ne sont pas saturés« , déplore-t-il.
PressAfrik a essayé de joindre le frère contaminé en personne qui a accepté de parler de son problème. Dans les échanges, il a fait une étonnante révélation. L’autorité sanitaire avec qui il a parlé au téléphone après avoir été déclaré positif au nouveau Coronavirus lui a dit: « Comme vous êtes jeune, ce n’est pas grave. Confinez-vous chez vous et respectez les mesures barrières »

« On comprend l’Etat, si les hôtels et autres centres sont saturés. Mais qu’ils nous donnent au moins le traitement à prendre à domicile »

Cette recommandation faite par ladite autorité sanitaire à cette personne déclarée positive à la Covid-19 va à l’encontre de la nouvelle stratégie annoncée par le Docteur Abdoulaye Bousso cette semaine. « Aujour’hui, on a vu que par rapport à la capacité de nos réceptifs hôteliers qui sont occupés par la plupart des contacts, il est difficile de prendre en charge certains patients positifs qui sont actuellement à domicile et que nous sommes en train de manager. C’est pourquoi (…) aujourd’hui, concernant les contacts, la prise en charge va se faire à domicile. Les contacts vont être confinés à domicile et les réceptifs hôteliers vont être dédiés aux personnes positives. C’est la stratégie actuelle qui va démarrer et qui nous permettra d’avoir plus de capacité« , déclarait le Directeur du Centre des opérations d’urgence sanitaire (COUS) le vendredi 15 mai
Donc, toutes les personnes déclarées positives doivent être prises en charge dans les, hôpitaux , centres de traitement (personnes âgées ou présentant des symptômes) hôtels, centres aménagés (pour les personnes asymptômatiques ou présentant peu de symptômes). Notre source et son beau-fils font partie de ce lot. Et pourtant, ils sont confinés chez eux et ne reçoivent aucun traitement
Le Directeur de cabinet du ministre de la Santé n’a ni décroché à nos appels ni répondu à nos SMS pour expliquer pourquoi ces deux personnes déclarées positives ne sont pas prises en charge dans les réceptifs hôteliers ou centres dédiés aux patients asymptômatiques. Avec tout les risques que comporte le confinement de cas positifs chez lui sans surveillance et sans prise en charge.
La Directrice de la Santé publique marie Khémess Ngom Ndiaye a pris le soin de nous contacter. Après avoir lui avoir exposé le problème, elle demandé à ce qu’on lui donne les contacts dudit cas. Ce qui a été fait. Certainement pour organiser sa prise en charge extra-hospitalière.AYOBA FAYE

Covid-19: « Il faut lever l’interdiction de circuler entre les régions »(Dr Moussa Thior)

https://www.seneweb.com/L’ex-Coordonnateur du Programme national de lutte contre le paludisme (Pnlp) parle encore. Après avoir déclaré qu’il faut laisser le virus de la Covid-19 circuler, Dr Moussa Thior fait une autre suggestion, et non des moindres, aux autorités. «Il faut lever l’interdiction de circuler entre les régions», a-t-il déclaré, ce dimanche, sur le plateau de l’émission Grand Jury de la Rfm.
Motif ? Pour Dr Thior, au regard des chiffres du coronavirus au Sénégal, la Covid-19 n’est pas très contagieuse. «Le taux de létalité est de 1% et cela dénote un excellent indicateur qui renseigne sur la qualité de la prise en charge des malades», soutient l’expert en santé publique.
Mieux, il demande que l’état d’urgence et le couvre-feu soient levés avant la date du 2 juin, estimant que ces mesures de restrictions ne se justifient pas.
«Dakar a la particularité de contenir l’essentiel des soins de santé. Les malades qui sont dans les régions et qui ont rendez-vous à Dakar, comment feront-ils pour venir avec l’état d’urgence ?», s’interroge-t-il.
Avant d’ajouter : «Le confinement ne sert à rien, car la transmission n’a pas été rompue au bout de deux mois. Le virus continue toujours à circuler. Le confinement n’est qu’un élément qui vient s’ajouter à l’armada de lutte contre la maladie».
Selon Thior, le virus n’a pas la même virulence en Afrique qu’en Chine ou Europe. «Le virus a un comportement dans un environnement X et un autre dans un environnement Y.»
Pourquoi le virus n’est pas virulent en Afrique ? Dr Moussa Thior trouve la réponse dans la jeunesse de la population africaine. «La majorité de la population du Sénégal a une moyenne d’âge comprise entre 19-20 ans», a-t-il souligné.

Stigmatisation des malades de Covid-19: Dr Thior accuse le ministère de la Santé

https://www.seneweb.com/Dr Thior accuse le ministère de la SantéDéjà confrontés à la maladie, des victimes de la Covid-19 font face à la stigmatisation. Certains doivent cacher la situation autour d’eux. Dr Moussa Thior, invité  ce dimanche de l’émission Grand Jury de la Rfm, indexe la communication du ministère de la Santé «focalisée» sur la peur.
«La stigmatisation vient de la façon de communiquer du ministère de la santé. Notamment sur la définition des cas communautaires, laquelle a fait peur aux gens. Si on veut régler ce problème de stigmatisation, le ministère doit revoir sa manière de communiquer», recommande Thior.
Même si le ministère de la Santé a voulu donner des gages de transparence à travers ses communiqués de presse, le format employé a également renforcé l’angoisse.
Thior laisse entendre que  « le fait de relater quotidiennement le nombre de cas a conduit la population à s’attendre tous les soirs à l’hécatombe, conformément à la chronique d’une catastrophe annoncée sans cesse relayée par la presse et les réseaux sociaux.
Une communication qui, à son avis, est inefficace. Pour le toubib, il est  nécessaire de communiquer de façon à amener les populations à identifier les risques, à évaluer et comprendre leurs vulnérabilités. C’est ce qui peut les inciter à adopter les bons comportements et à s’approprier les mesures de lutte.

Révélation du Dr Sokhna: « L’institut Pasteur a refusé de donner à l’iressef sa souche de la Covid-19 »

https://www.seneweb.com/Invité de l’émission « Objection » de ce dimanche sur Sud Fm, Dr Cheikh Sokhna a fait une révélation de taille sur les rapports entre l’institut Pasteur et l’iressef du Pr Souleymane Mboup. Et il faut dire que la collaboration n’est pas de mise entre les deux instituts de recherche.
« Dans le contexte du combat contre la Covid-19, il y a une nette collaboration entre le Pr Raoult et le Pr Mboup de l’Iressef qui est une fierté nationale. Ils ont une vision commune sur cette maladie. Nous échangeons des protocoles », souligne Dr Cheikh Sokhna.
Qui révèle : « Il (Mboup) a fini par disposer de la souche de la Covid-19 parce que cela n’a pas été facile. L’institut Pasteur avait refusé de lui céder la souche. Sa souche vient de Marseille (l’institut de Didier Raoult) ».
L’objectif recherché dans cette collaboration avec celui qui est à l’origine de la découverte du Vih-2 (Pr Souleymane Mboup), selon Dr Sokhna, c’est de « créer des hubs de plateau technique ».

« Au Sénégal, il y a 4 coronavirus qui circulent » (Dr Sokhna)

https://www.seneweb.com/La sévérité différente de la Covid-19 d’un pays à un autre, d’un continent à un autre, avait soulevé des questionnements sur la mutation du virus. Il en ressort que le Sras cov2 mute. « Ça c’est le propre même du virus », précise Dr Sokhna.
« Le virus qui est en Chine, France, États-Unis… Ce n’est pas le même virus. Les gens sont en train de chercher si ces mutations ont un effet sur l’infectiosité, sur le mode de transmission, sur la sévérité. La dernière information que j’ai eu lors du dernier staff en visioconférence avec Marseille, le chercheur qui est responsable de cette partie à dit qu’il a détecté au moins une centaine de virus différents avec le même coronavirus avec des mutations », informe-t-il.
Rien qu’au Sénégal, soutient Dr Sokhna, quatre coronavirus circulent. « (…) J’ai deux étudiantes. L’une travaille sur le microbiote respiratoire et c’est là où on a découvert qu’au Sénégal par exemple, il y a quatre souche ou type de coronavirus qui circulent et qui créent les rhumes depuis toujours », révèle Dr Sokhna.

Docteur Pape Moussa Thior: «L’état d’urgence et les mesures restrictives ont créé un drame souterrain au Sénégal»

iGFM-(Dakar) L’expert en santé publique, le Docteur Moussa Thior, plaide pour la levée de l’état d’urgence avant la date du juin fixée pour sa fin. L’ancien coordonnateur du programme de lutte contre le paludisme déclare que les mesures de restrictions prises par le chef de l’Etat ne se justifient pas. Il soutient même que l’Etat d’urgence et les mesures restrictives qui l’accompagnent ont créé un drame souterrain dans notre pays.
«J’estime qu’on peut pas empêcher les gens de circuler entre les régions. Dakar a la particularité de concentrer l’essentiel des structures de santé du pays. Les malades qui sont pris en charge dans les centres anticancéreux  et les centres chirurgicaux ne viennent pas de Dakar. Ils viennent de Matam, de Podor, de Ziguinchor etc. Et pour venir à un rendez-vous médical, ils rencontrent des difficultés parce que les transports publics ne marchent pas. On est train de vivre un drame souterrain causé par ces mesures.
Pourquoi continuer à faire l’état d’urgence ? », a plaidé Docteur Thior dans l’émission Grand Jury de la RFM.
Il a également expliqué que la décision de confiner les populations n’a pas donné de résultats probants. « Tout le monde sait que le confinement ne sert à rien. La preuve, on a déconfiné.  Cela n’a pas permis de rompre la chaîne de transmission. Au bout de 2 mois, ils se sont rendu compte qu’ils n’arriveront jamais à rompre la contamination avec le confinement. Le confinement est juste un élément qui vient s’ajouter à l’armada pour lutter contre le covid-19 », explique-t-il.
Par ailleurs, l’expert en santé publique reconnait la complexité de la lutte contre le covid-19 et salue la gestion de la crise par l’Etat du Sénégal.

Dr Thior: «Le virus n’est pas si contagieux»

http://lesoleil.sn/L’ ancien coordinateur du Programme national de lutte contre le paludisme (Pnlp), Dr Moussa Thior est d’avis que le coronavirus n’est pas très contagieux. Pour étayer sa thèse qu’il a émise lors de l’émission Grand Jury sur la radio RFM, il avance « ce sont les chiffres qui le disent. Pourquoi on continue à dire qu’elle est très contagieuse. Lorsqu’une personne est testée positive, on identifie toutes les personnes qui ont eu à être en contact avec elle. Sur un test de 100 contacts, 7 à 12 deviennent positifs, alors ce n’est pas une maladie très contagieuse. Le taux de létalité est de 1% et cela dénote un excellent indicateur qui renseigne sur la qualité de la prise en charge des malades », détaille Dr Thior.
Il a encore appuyé sa théorie de laisser le virus circuler. Ainsi, il demande au chef de l’Etat d’assouplir encore les mesures de l’état d’urgence. « Je pense qu’avant le 2 juin, on pouvait permettre aux gens de circuler entre les régions », plaide-t-il avant de s’interroger sur la pertinence du confinement.

Dr Cheikh Sokhna Anta (IUH de Marseille): «vivre avec le virus, c’est tout faire pour ne pas être contaminé»

http://lesoleil.sn/Le Docteur Cheikh Sokhna Anta est l’un des éminents scientifiques sénégalais qui ont travaillé pour plusieurs institutions internationales de recherche. Ce chercheur sénégalais a dirigé deux essais vaccinaux contre la méningite et la grippe et des essais cliniques sur des médicaments antipaludiques. L’actuel chef d’équipe à l’Institut universitaire hospitalier de Marseille dirigé par le Professeur Didier Raoult, confirme, dans cet entretien, que les scientifiques n’ont pas cerné tous les modes de transmission du coronavirus.  Le scientifique soutient également  que le test PT-PCR, malgré sa très haute spécificité et sensibilité, sa fiabilité est de l’ordre de 60-80%. Celle-ci peut décroître pour avoisiner 40-50 %  entre 15 et 39 jours post infection. Tout compte fait,  Dr Cheikh Sokhna Anta recommande la combinaison des tests pour détecter, à la fois, les porteurs de virus, ceux qui ont développé une réponse immunitaire et les personnes les plus exposées à une infection. Il partage des conseils pour apprendre à vivre avec le virus.
 Docteur, le Sénégal a été cité en exemple, il y a trois semaines, dans la lutte contre la pandémie de coronavirus. Aujourd’hui, le Sénégal fait partie des pays d’Afrique qui ont plus de malades. Comment peut-on l’expliquer ?
En regardant la courbe sur la dynamique du nombre de cas positifs jusqu’au début du mois d’avril, le Sénégal a montré une augmentation régulière, sans emballement, alors que presque tous les autres pays connaissaient une augmentation exponentielle qui commence entre le 30ème et le 35ème  jour de l’épidémie. Il y avait moins de cas au Sénégal que dans les pays européens à la même date après le début de l’épidémie. C’est parce qu’il y a eu au Sénégal une prise en charge très précoce et un isolement systématique des proches des gens identifiés. Ainsi, les agents ont identifié les contaminations de l’entourage, d’où l’augmentation précoce, là où les autres pays ne faisaient que traiter les cas identifiés. Les autres pays n’ont pas vu les contaminations de proximité, et ont, en pratique, laissé le virus se diffuser jusqu’à l’explosion comme la France, l’Italie, etc.
Le taux de guérison au Sénégal était supérieur à 50% tandis que celui  de létalité (le pourcentage de décès) représentait 1,2%, selon les chiffres officiellement publiés. La pandémie de la Covid-19 avait une sévérité très faible dans le pays. Malheureusement, cette performance du Sénégal est aujourd’hui gravement menacée par l’accélération des nouveaux cas confirmés et surtout les cas dits communautaires. Actuellement, les nouveaux cas se sont « multipliés par six » au cours des 30 derniers jours. Chacun de ces cas communautaires possède  de nombreux contacts et le gros lot des nouveaux infectés se recrute parmi ceux-ci ; un seul cas communautaire pouvant transmettre le virus à plus de vingt personnes. Et, rien ne dit que d’autres cas communautaires et plusieurs autres contacts ne circulent pas dans la société, sans qu’ils soient connus par les services de santé à la base. C’est pourquoi, les autorités sanitaires ont opté pour une détection précoce des cas, dans les régions, en augmentant le nombre de tests, en renforçant les capacités d’alerte, de détection, d’isolement, mais aussi de prise en charge. Le pays vit donc dans une grande incertitude qui ne peut générer qu’une inquiétude pour les populations et un vrai risque sur leur santé.
Le Président de la République, Macky Sall, à la suite d’autres spécialistes, a invité les Sénégalais à apprendre à vivre avec le virus. Comment vivre avec le virus tout en réduisant les contaminations ?
Les premières mesures prises par le gouvernement du Sénégal ont comme objectif de limiter la propagation du virus, c’est-à-dire d’aplanir la courbe des nouveaux cas. Ce sont des stratégies qui ont d’abord été utilisées en Chine, ensuite en Europe et aux États-Unis. Et,  je pense que c’est nécessaire de le faire pour éviter des périodes critiques, avec une augmentation exponentielle des cas, avec des structures sanitaires débordées de cas graves qui nécessitent des soins intensifs. C’est pourquoi, scientifiquement, je ne peux pas comprendre ces mesures d’assouplissement prises récemment par le gouvernement. Par contre, sur les plans économique, social et religieux, ça peut se comprendre parce que ça peut permettre plus de liberté aux acteurs du secteur informel par exemple. Il faut dire aussi que ces mesures de restrictions, qui concernent tous les Sénégalais, ont un coût faramineux. Des secteurs de l’économie sont paralysés, les échanges commerciaux dégringolent, le chômage s’envole.
Apprendre à vivre avec le virus, c’est être conscient que le danger (le virus), l’ennemi est là, partout. Il faut faire attention, prendre toutes les précautions pour ne pas être contaminé et ne pas propager le virus (donc respecter les mesures barrières, le port du masque…) ; mais c’est mieux que « vivre avec le virus » qui consiste à laisser le virus circuler et contaminer la population et les plus solides vont survivre.
Quelle est le rôle que les populations doivent jouer dans cette croisade?
Avant de parler de la place de la population, le ministère de la Santé doit faire passer maintenant des messages clairs, simples et correspondants à la compréhension des populations. En réalité ; beaucoup de personnes ont peur de se signaler pour ne pas affronter, avec leurs familles et leurs entourages, la stigmatisation et le confinement à l’hôtel. Certains vont même jusqu’à rejeter les traitements ou sont incrédules par rapport aux résultats positifs de leurs tests. C’est le cas de Touba où des vidéos circulent où les gens ne croient plus à la maladie car ils disent « on te donne juste qu’un1/2 comprimé, à manger, à boire, on sent rien…, tout ça c’est de la politique… », parce que la létalité n’est pas spectaculaire comme Ébola ; beaucoup ne la prennent pas au sérieux et aussi le fait que certains soient asymptomatiques n’est pas une chose facile à comprendre pour beaucoup.
C’est pourquoi, il faut mobiliser les leaders locaux qui sont écoutés au sein  de leurs communautés (chefs religieux, chefs de quartier, bajénou gox (marraines de quartier) pour mieux les sensibiliser d’abord sur le caractère banal de la maladie (sans symptômes), ensuite sur le caractère très contagieux et enfin sur le caractère mortel de la maladie, surtout chez les personnes âgées. Une stratégie de communication intense doit être déployée dans les quartiers et les villages pour convaincre les populations d’adopter les bons comportements. La population doit s’approprier toutes les mesures de lutte contre cette maladie qui est tout à fait nouvelle chez l’homme avec des symptômes bénins et graves qui peuvent évoluer très soudainement. On peut aussi être porteur asymptomatique et disséminer activement le coronavirus autour de soi. C’est pourquoi la stratégie du « restons chez-nous » ou se confiner est efficace contre ce virus. Les populations doivent être la première défense contre les transmissions communautaires. Ce sont elles qui doivent s’auto-discipliner en premier et respecter les mesures barrières. Car, aujourd’hui, le pays est mobilisé pour la bataille contre le coronavirus. Chaque citoyen doit s’engager et se dire qu’il lui revient de servir de barrière à la maladie, en portant systématiquement un masque et en respectant les normes de distanciation physique. Chaque famille, chaque communauté de quartier doit être à l’avant-garde de la lutte et signaler très vite les cas suspects aux structures de santé si les personnes concernées refusent de le faire.
 Au regard des infections qui touchent des milliers de personnes à travers le monde en un temps si court, est-ce que les scientifiques ont finalement cerné tous les modes de transmission ?
Pas du tout ! Cette maladie est tout à fait nouvelle chez l’homme avec des symptômes bénins et graves qui peuvent évoluer  soudainement. On peut aussi être porteur asymptomatique et disséminer activement le coronavirus autour de soi. Il a été démontré que le coronavirus se propage à travers des postillons de salive, de toux ou d’éternuements, autrement dit, par contacts rapprochés avec des personnes infectées. C’est pourquoi il est déconseillé de faire la « chaleureuse » et fameuse poignée de mains et les accolades ou embrassades habituelles. Les scientifiques vont continuer à apprendre et à mieux comprendre la transmission de cette maladie et continuer à adapter les mesures préventives contre la Covid-19 en fonction des nouvelles connaissances.
Quelle position les pays d’Afrique doivent avoir face à des essais thérapeutiques et vaccinaux ?
Les médicaments que nous consommons tous les jours en Afrique, ceux que nous achetons dans les pharmacies prescrits par ordonnance, les vaccins qui figurent sur nos carnets de vaccination, y compris ceux de nos enfants sont issus d’essais cliniques pratiqués sur des humains.
Les protocoles pour les essais cliniques sont précédés d’une série de précautions éthiques et déontologiques dont les manquements entraînent l’interdiction ou l’arrêt des essais. Je faisais partie des 15 personnes ressources pour ne pas dire experts pour mettre en place, à partir de 2000, le comité d’éthique du Sénégal.  La quasi-totalité des pays africains sont dotés de comités d’éthique qui étudient, valident ou s’opposent aux essais qui concernent leurs populations. Il faut le reconnaître, des failles existent, l’histoire coloniale est riche de campagnes de vaccinations sauvages et d’essais malheureux.  Des risques subsistent sur les plans éthique et  humain, mais l’Afrique n’est pas, ni de près ni de loin, la cible privilégiée des essais cliniques à ce jour. Des milliers d’essais cliniques sont effectuées tous les ans dans le monde. Je peux donner comme exemple les essais cliniques initiés en 2017 ; le pourcentage de participation par continent est de 57 % pour l’Amérique du Nord, 38 % pour l’Europe, 27 % pour l’Asie et 8 % pour l’Afrique.
L’Afrique subsaharienne est la partie du monde la moins sollicitée pour les essais cliniques. L’Afrique est très peu présente dans ce registre de la recherche clinique et cette marginalisation du continent vis-à-vis de la participation aux avancées de la science n’est pas acceptable et les africains doivent se remobiliser pour que le continent ait une part plus importante à la production de la connaissance. Je donne l’exemple de la faible participation des pays à ressources limitées au grand essai clinique « Solidarity » lancé par l’Organisation mondiale de la santé (Oms) dans la réponse à la Covid-19 dans 30 pays, avec un seul pays africain qui y participe, et c’est l’Afrique du Sud. D’autres essais impliquent petit à petit des pays africains, comme le Sénégal, le Burkina Faso autour de l’association de la chloroquine avec d’autres molécules.
Dans le passé, j’ai dirigé deux essais vaccinaux contre la méningite et la grippe et des essais cliniques sur des médicaments antipaludiques, le paludisme.
Où en est-on avec la recherche ?
Je rappelle que l’Afrique participe à hauteur de 2% de la production scientifique mondiale. C’est très faible. En prévision d’une augmentation rapide du nombre de patients Covid-19, en particulier sur le continent africain, l’Oms exhorte les pays à accroître leurs capacités de recherche qui varie d’un pays à l’autre. La situation de l’Afrique est critique avec le niveau très bas de la plupart des pays en ce qui concerne les capacités de dépistage.
La recherche au Sénégal produit des résultats, mais ce n’est pas suffisant. L’État a fait beaucoup d’efforts dans la création de nouvelles universités et d’écoles supérieures, mais il faut les accompagner par une recherche de qualité au sein des universités en créant des structures de recherche, des unités de recherche, etc. Si vous visitez le site américain www.expertscape.com qui classe les chercheurs dans le domaine biomédical, vous trouverez que la recherche au Sénégal doit faire beaucoup d’efforts en termes de publications.
Concernant la recherche pour la riposte contre la Covid-19 au Sénégal, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation a créé l’Observatoire des sciences, des techniques et de l’innovation pour la riposte contre la Covid-19 qui pilote une Task force. Cet espace donne la possibilité aux chercheurs de proposer des projets de recherche pour mieux participer à la riposte et nous attendons la suite à donner pour le financement des projets retenus par le ministère. En plus, le ministère de la Santé et de l’Action sociale a aussi mis en place une commission de recherche et des aspects qui vont accompagner le comité national de gestion des épidémies en proposant des actions de recherche pour la lutte contre la Covid-19.
D’une manière générale, quelle est la marge d’erreurs des tests virologiques ou tests de diagnostics rapides ?
La stratégie de lutte contre la pandémie de Covid- 19 qui ébranle nos sociétés passe nécessairement par une intensification des tests de détection de l’infection. Les déconfinements posent le défi de la prévention de nouvelles flambées épidémiques. C’est pourquoi, il sera vraisemblablement nécessaire de combiner deux types de tests. Les tests permettant d’identifier les individus porteurs du virus et les tests identifiant les individus ayant développé une réponse immunitaire contre le virus. La combinaison de ces tests permet d’identifier trois catégories d’individus. Les individus non infectés, ne présentant ni virus ni réponse immunitaire et qui sont donc susceptibles d’être infectés dans le futur. Les individus infectés, positifs pour le virus, qui peuvent disséminer l’infection et doivent donc être isolés. Et enfin, les individus qui ne sont plus infectés et disposent d’anticorps contre le virus. Ces derniers devraient être, en théorie, résistants à l’infection et pourraient donc circuler et retravailler sans risque pour eux-mêmes ou leurs proches. Nous devons préciser, qu’à ce stade, la qualité et la durée de cette protection n’est pas connue.
La réaction de RT-PCR (reverse transcriptase-polymerasechainreaction), communément appelée dans les médias test Pcr, test nucléotidique ou test moléculaire, permet de détecter, avec une spécificité et une sensibilité la présence dans un prélèvement biologique de l’Arn du virus. Ce test fut le premier disponible pour diagnostiquer le Sars-CoV-2, car il peut être très rapidement développé sur la base de la séquence du virus. Sa fiabilité dépend de nombreux facteurs. La qualité du prélèvement est critique. Celui-ci doit être réalisé assez profondément dans les cavités nasales du patient à l’aide d’un grand coton-tige ; ce qui nécessite une bonne maîtrise. Il a aussi été observé que le virus pouvait être indétectable dans les voies respiratoires supérieures, alors qu’il est présent dans les poumons. En conséquence, on estime que la fiabilité du test RT-PCR, malgré sa très haute spécificité (≃100 %) et sensibilité, n’est que de 60-80 % pour identifier un individu infecté. Cette fiabilité décroît avec le temps, car le virus est éliminé par la réponse immunitaire. Elle n’est plus que de 40-50 % entre 15 et 39 jours post infection. Ce pourcentage peut sembler faible, mais il est similaire à celui des tests de détection par RT-PCR du virus de la grippe.
La production d’anticorps spécifique contre le SARS-CoV-2 est détectable à partir de 10 à 20 jours, en moyenne, après le début de l’infection. Elle offre donc une information historique sur l’infection et permet d’identifier les individus potentiellement protégées contre celle-ci. La réponse immunitaire est, cependant, très variable entre individus.
Au début du mois d’avril 2020, on dénombrait 78 types tests RT-PCR, 13 types tests antigènes rapides, et 101 prototypes de tests sérologiques. De nombreux tests sont donc actuellement disponibles pour détecter la présence du SARS-CoV-2 ainsi que la réponse immunitaire spécifique contre ce virus. Aucun de ces tests n’est fiable à 100 %. Mais, s’ils sont  utilisés par un personnel médical qualifié et en combinaison, ils permettent l’identification de la majorité des individus infectés et immunisés.
Quels sont les enseignements que des pays comme les nôtres peuvent déjà tirer de cette pandémie ?
Avant de parler de leçons apprises ou enseignements à tirer, aujourd’hui, l’urgence absolue est de sauver des vies. Il faut également permettre aux ménages de s’alimenter correctement. L’État devrait donc profiter de l’élan du Covid-19 pour mettre sur pied un plan ambitieux de modernisation de toutes les structures sanitaires niveaux (cases de santé, postes de santé, centres de santé, hôpitaux), en les dotant de personnels adaptés, de matériels de protection en nombre suffisant, d’équipements (y compris des ambulances médicalisées), de médicaments, de toilettes, d’eau et d’électricité. C’est valable pour le renforcement des laboratoires pour un meilleur diagnostic des maladies courantes inconnues ou mal diagnostiquées.
C’est aussi une opportunité historique pour les Africains de mobiliser leurs intelligences reparties sur tous les continents, de rassembler leurs ressources endogènes, traditionnelles, diasporiques, scientifiques, nouvelles, digitales, leur créativité pour sortir plus forts d’un désastre que certains ont déjà prédit pour eux. Parmi les impacts d’Ébola en Afrique de l’Ouest, on soulignera la mise en place des Centres d’opérations d’urgence sanitaires (Cous) ainsi que les mécanismes de mobilisation rapide des ressources humaines, techniques, financières sur le plan national.Propos recueillis par Idrissa SANE

Covid-19: “Le système sanitaire est submergé et désorganisé”,Dr Souleymane Maïga

https://senego.com/–La crise sanitaire mondiale causé par le coronavirus a permis de mettre à l’épreuve notre système sanitaire et de mettre en évidence nos insuffisances. Les patients présentant des signe de Covid 19 ont peur de se faire dépister à cause de la stigmatisation et préfèrent se faire consulter dans des structures privées pour ceux qui ont les moyens, estime Dr Souleymane Maïga, ancien Interne des Hôpitaux de Dakar.
Système sanitaire…
Selon Dr Souleymane Maïga, le système sanitaire est submergé et actuellement désorganisé. Le personnel est mal utilisé et les efforts sont dispersés. La pression sociale est tellement forte que les populations n’ont pratiquement plus peur de la maladie. Le personnel de santé en périphérie et dans bon nombre de structures est démotivé, stressé car très peu protégé.
Activité…
D’après lui, la réduction voir l’arrêt de l’activité de plusieurs structures de santé, notamment les services chirurgicaux expose le pays à une situation post épidémique beaucoup plus grave car tous les efforts consentis dans la lutte contre certaines maladies risque d’être anéantis.
Confusion…
“Il existe depuis le début de l’épidémie une confusion entre infection à coronavirus et la maladie Covid 19. L’homme est en contact permanent dans son environnement avec les virus et les bactéries, certains mêmes sont dits saprophytes car présents dans notre organisme et n’entraînent pas pour autant une maladie, sauf si des facteurs favorisants le permettent. De ce fait, être infecté par le coronavirus (SRASCOV-2) ne signifie pas tomber malade”, révèle Dr Maïga.
Kits…
Pour Dr Maïga, il faut rendre disponibles des kits de prélèvements (écouvillons) dans toutes les structures qui reçoivent des patients toutes pathologies confondues (postes de santé, services médicaux, cabinets privés, cliniques privées, services chirurgicaux). Cela permettra de réduire la stigmatisation, de généraliser les tests et d’avoir la prévalence réelle de l’infection dans la communauté.
Tests…
“Les patients vont accepter de se faire tester plus facilement, s’ils savent que ce sera fait dans le cadre d’une consultation de routine et non par une équipe habillée en blanc, ce qui a le don d’ameuter tout le quartier en déclenchant la peur dans la communauté. Et il faut élaborer un dispositif de collecte des prélèvements sous la responsabilité des districts qui seront chargés d’acheminer les tubes dans les laboratoires homologués”, ajoute Dr Souleymane Maïga.

Changer Par Mary Teuw Niane

Changer n’est pas facile ; abandonner les vieilles habitudes qui deviennent certitudes à force d’être répétées ; remettre en cause notre manière de faire qui s’impose à nous comme une routine instinctive, inscrite dans nos manières de penser ; avoir le courage d’aller à contre courant de l’image que l’opinion a façonnée pour nous dans la position où nous sommes ; refuser les avantages alors que les moyens illicites d’en profiter sont disponibles ; s’abstenir d’ostentation lorsque griots et laudateurs sont prêts à nous bâtir une généalogie et un hymne trafiqués ; accepter l’humilité de toujours apprendre, se former et se cultiver ; avoir le courage de s’investir au service de son pays et de son peuple sans rien demander en retour que le juste salaire qui nous revient ; vivre sa passion, son engagement et son amour pour son prochain, son peuple, sa patrie plus que sa propre personne, sa propre famille ; enfin inscrire son projet de réussite personnel dans le grand programme d’émancipation de son pays et de l’Afrique.
Changer, c’est avant tout, décider, accepter, trouver un avantage moral, éthique, spirituel, intellectuel, avoir un intérêt à changer. Nous le savons, les mentalités survivent longtemps après la disparition des conditions matérielles qui leur ont donné naissance.  Comment alors dans une société qui a une tendance atavique à toujours revenir sur ses pas, à ramener les vieilles habitudes sous des oripeaux plus destructeurs, à couper les têtes qui débordent, à ensevelir l’individu sous le diktat de la communauté plus préoccupée par sa survie que par sa transformation, l’individu peut-il assumer son individualité et son autonomie pour s’en extirper et oser une remise en cause salvatrice ? Et pourtant tel devrait être le destin de l’intellectuel africain ! Entre le pouvoir, les pouvoirs qui imposent soumission et exécution de directives écrites, le plus souvent non écrites et plus contraignantes, les exigences d’une représentation sociale de la réussite, de l’utilité et de la considération, il est difficile de trouver un chemin taillé à sa propre personnalité, sans tambours, ni trompettes, sans heurts, pour bâtir un engagement patriotique sincère à construire son pays.
Le changement de mentalité, le changement tout court, la naissance d’une forte communauté ouverte et engagée dans la transformation de la société, passent par l’éducation et la formation qui doivent transcender l’éducation et la formation disciplinaires qui sont certes très importantes. Cependant elles ne suffisent pas à former les citoyens nouveaux qu’impose la marche vers le monde nouveau qui se construit sans notre permission. De la Chine communiste aux États-Unis capitaliste, la formation de la citoyenne et du citoyen est au cœur du projet de société mis en œuvre. Ce n’est pas une affaire de système économique et social encore moins une question idéologique, c’est la prise de conscience de la nécessité de mobiliser toute la société vers la réalisation d’un objectif dont il faut la convaincre de son bien fondé et l’engager librement, volontairement à être partie prenante de sa mise en œuvre.
Tout est en train de changer sous la pression des idées, des fake news, des nouveaux outils, des méthodes, des moyens de pression, de la manipulation et de la soumission des esprits. L’Afrique, les pays africains sont soumis à une pression  énorme et constante venant de l’extérieur. La peur, la perte de confiance en soi, la perte de confiance par rapport aux autorités et à toutes les autorités, la création de multitudes de nouveaux pôles dont la légitimité est fabriquée par les médias et les financements extérieurs, sont aujourd’hui une des faces de l’influence extérieure en plus des pressions sur les autorités en place. Cette pandémie du COVID19 devrait nous instruire : combien de millions de morts du covid19 a-t-on déjà prédit pour l’Afrique ? Cette prédiction macabre ne s’est pas estompée qu’on nous annonce des millions d’africains victimes de la famine ! Il est à parier que le marché mondial de la misère est très florissant sur le continent africain ! Les modèles endogènes sont niés, les réussites, en dehors des officines secrètes qui nous les imposent, sont déconstruites, les responsabilités individuelles sont bannies car, dit-on, relevant d’application de simples injonctions de forces extérieures. Cette manière de voir infantilise les africains et l’Afrique. Elle est bénéfique pour tous ceux qui travaillent, avec beaucoup de moyens, de cerveaux et d’intelligences africains, patiemment, ouvertement et dans l’ombre, à la balkanisation des africains, des territoires, des pays et de l’Afrique.
Changer, c’est aussi admettre que nous avons des héros, des savants, de bonnes et de mauvaises autorités, des compétences, des traitres, des criminels, des mécènes, des adultes, des ouvriers, des paysans, des femmes, des jeunes, chacun doit être entièrement responsable de ce qu’il fait et non de ce qu’on pense qu’il fait. Changer, c’est aussi admettre que nous avons des valeurs qui favorisent la transformation de la société, la reddition des comptes, l’émulation, la sanction positive et négative (sa guémigne khassaw na sa doomu ndey moo la koy wakh, waaw goor baakh na ci kuy liggeey, etc.). Effectivement changer, c’est bâtir une société dans laquelle chacun est responsable, peu importe qui l’inspire, il est le seul responsable devant la société et le peuple souverain. Refusons d’être les véhicules inconscients de l’indignité africaine qui veut que derrière ou dans la tête de presque chaque africain, il y ait une personne étrangère qui soit la maîtresse de ses pensées ou de ses actes. Une société sans repères, sans modèles, sans valeurs, est vouée à l’effondrement et à l’assujettissement. Rassurons-nous, nul modèle, nul héros n’est parfait !
Changer, c’est faire confiance à nos ressources humaines, à nos compétences, à nos entreprises, à nos capitaux, à notre esprit d’innovation, à nos esprits créatifs, etc. Changer, c’est protéger et préserver notre environnement et nos ressources naturelles. Changer, c’est aussi prendre l’investissement humain comme une partie du capital, c’est nous imposer dans certains segments prometteurs du marché international, bâtir des espaces de souveraineté économique et financière qui sont les leviers sur lesquels nous nous appuyons pour bâtir notre émancipation économique et sociale.
Changer est une affaire individuelle et collective, mais aucun changement qualitatif, général et collectif n’est possible, s’il n’est porté par l’autorité politique, les autorités politiques, les pouvoirs publics, les communautés, les femmes et les jeunes.
Le changement, la culture de changement seront mûrs lorsque les écrivains, les poètes, les artistes s’en empareront, alors par l’écriture, par  la magie du verbe, de l’image et la symphonie des corps, le peuple subjugué, conquis et convaincu, adhèrera aux transformations économiques, sociales et culturelles.Unis et engagés, nous vaincrons.

«TOUS LES OBSTACLES SONT LEVÉS POUR LE RAPATRIEMENT DES DÉPOUILLES»

http://www.emedia.sn/Le président de la République, Macky Sall a autorisé le rapatriement des corps des Sénégalais décédés du Covid-19 à l’étranger. Le secrétaire d’Etat, chargé des Sénégalais de l’extérieur, Moise Sarr rassure que tous les obstacles ont été levés pour concrétiser cette décision.
« Nous avons pris contact avec le ministre Abdoulaye Diouf Sarr qui a réagi assez rapidement parce que le mercredi matin, avant même l’ouverture du Conseil des ministres, il nous a transmis une procédure opératoire normalisée. C’est-à-dire le protocole qui doit organiser ces rapatriements en toute sécurité. Et, dès le jeudi, nous avons traduit ladite procédure à un message qui a été envoyé à toutes nos missions diplomatiques et consulaires avec instruction ferme de délivrer, sans délai, ce qu’on appelle les laisser-passer mortuaires », a expliqué Moise Sarr, sur RFM.
Poursuivant, il ajoute : « donc, nous pouvons dire aujourd’hui, au niveau de toutes nos missions diplomatiques et consulaires, tout compatriote qui a un décès de Covid-19 dans sa famille peut s’y rendre et signer aussi un document d’engagement. Il est important aussi que nos compatriotes puissent savoir qu’il y a tout un protocole à observer ».
A la question de savoir à quand l’arrivée des premières dépouilles, il répond : « L’arrivée des dépouilles dépendra de la demande qui est faite par nos compatriotes qui ont enregistré un décès dans la famille et la place à disposer dans un cargo ou dans un avion ». Aliou DIOUF

Cheikh Oumar Anne: Après le covid-19, l’autorité politique …

https://www.xibaaru.sn/Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation – qui était l’invité du Débat BBC Afrique (Radio) – a magnifié le rôle que les chercheurs africains sont en train de jouer dans la riposte contre le coronavirus avant de faire un vibrant plaidoyer en leur faveur. Dr Cheikh Oumar Anne a aussi déclaré que « l’autorité politique écoutera davantage les universitaires après le Covid-19 ». « Les chercheurs ont répondu présent et donné de bonnes propositions, quand on les a consultés. On ne change pas un cheval qui gagne. Il appartiendra à l’autorité politique de mettre des moyens. Il appartiendra aussi à la communauté des chercheurs de faire de grandes propositions. Je proposerai de créer des projets de recherche qui ont la masse critique de faire bouger les choses », a également déclaré le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’innovation.

la solidarité et l’humanité pour réussir la post-crise Par Dr Abdoul Aziz Mbaye,ministre et Conseiller personnel du président de la République du Sénégal 

Dans cette tribune qui nous met face aux réalités d’aujourd’hui et nous projette dans celles d’un avenir très proche, Dr Abdoul Aziz Mbaye, ministre et Conseiller personnel du président du Sénégal Macky Sall, revient notamment sur les stratégies de sortie de crise qui devraient « se fonder sur ces nouvelles solidarités nationales et internationales pour s’articuler autour des êtres, des humains, les plus vulnérables aujourd’hui… ». Dr Abdoul Aziz Mbaye sera également l’invité du troisième « Connect live » de La Tribune Afrique auquel nous vous donnons rendez-vous le mercredi 20 mai à 15h (GMT).
L’épidémie a Coronavirus s’est, par un effet de percolation, muée en une pandémie gigantesque qui a déstabilisé la quasi-totalité des sociétés humaines actuelles. Elle a laminé et mis à l’arrêt presque toutes les économies, en immobilisant, en confinant plus de la moitié de la population du monde. En cela, elle est un moment définissant dans le parcours du genre humain. Plus rien ne sera demain comme avant.
Que s’est-il passé ? Comment a-t-elle opéré ?
Le Covid-19 s’est en réalité jetée sur la structure humaine globale, en s’attaquant à toutes les structures humaines sur terre. Nous sommes affectés à travers nos catalogues de comportements, nos règles et lois, nos grilles de mérite, qui régissent nos vivre-ensemble, touchés au plus profond de nos êtres. Nos sociétés, nos groupes humains, qui se fondent sur ces classes de choses, comme catalogues de comportements, grilles de mérite et hiérarchies des normes et des règles, à toutes les échelles, se sont vues privées de leurs structures, c’est-à-dire de ce qui les fait persister et perdurer dans le temps. Nos amis mathématiciens nous enseignent que la structure de tout d’un ensemble est l’ensemble des relations entre les éléments de ce même ensemble. C’est bien donc à la structure des groupes humains que le Covid-19 s’est bien attaqué, changeant considérablement, voire parfois rompant, les relations que pouvaient partager les éléments dans nos groupes, quel qu’en soit l’environnement. Le Covid-19 rompt le lien et tue l’échange entre les êtres humains, il est méchant. Le grand-père refusant ou ne pouvant plus rencontrer sa petite-fille potentiellement porteuse saine du virus qui pourrait lui être fatal. Le regard change sur le monde. Et, ainsi donc, le monde doit changer pour continuer d’exister.
Or, le développement a été jusqu’ici vu comme la continuelle densification et complexification des structures qui, à chaque étape, est porteuse de valeur ajoutée à nos vies que nous procurent nos comportements, toujours affinés par un apprentissage continu, une innovation assidue dans nos manières de percevoir et de faire. Chaque saison de nos vies apportait son lot de valeur ajoutée à notre praxis de la vie quotidienne. Nos économies croissaient ainsi au gré de nos comportements, de nos efforts et de nos réussites dans nos actions et entreprises quotidiennes agrégées à l’échelle de nos collectivités locales, nationales, continentales et globales. A chaque instant, l’Homme ajoutait au groupe, et la nation au monde, pour aller vers un épanouissement collectif continu, même si la justice et le partage restaient imparfaits. Pour chacun d’entre nous, nos structures sont les lieux de la réalisation de nos « légendes personnelles », de notre ambition d’excellence. On accumulait savoir, avoir, pouvoir, savoir-faire, savoir-être et bien-être de par la pratique de nos comportements gagnants, récompensés par nos sociétés, qui contribuaient au seul objectif de nos structures respectives, à savoir, de se préserver, persister, durer. Mais aussi par l’évitement des comportements perdants, punis dans nos sociétés, qui concouraient à la ruine de nos structures.
C’est tout cela que l’on perd avec le Covid-19 qui dissout le lien, rompt la relation et interdit l’échange. C’est un virus sournois.
Les crises se sont succédé dans le monde en laissant intacte la structure globale où l’être humain évoluait toujours à travers le prisme de sa propre structure locale dont la dynamique, comme par un effet de Coriolis, bénéficiait de l’ensemble du mouvement global.
Cette globalisation aujourd’hui nous montre son autre face qui fait que la moindre décision individuelle de consommation ou d’interaction avec la nature, dans le lieu le plus reculé du monde, peut entraîner l’humanité tout entière dans un traumatisme aux contours sociaux, économiques et politiques non encore cernés. C’est bien cela « l’effet pangolin » que nous devrons saisir et maîtriser. Il déstructure le monde et appelle à des changements radicaux de nos manières de faire et de penser les choses, les relations aux « autrui inertes et vivants », mais surtout à l’humain, à la société humaine et son « ambition d’être ».
Plus que les effets du changement climatique qui, pernicieux, affectent nos vies en profondeur, mais si lentement que s’en est imperceptible à l’échelle de nos vies humaines, l’effet pangolin nous touche brutalement, foudroyant nos passés et écrasant notre avenir dans un instant dramatique, insupportable à nos esprits endormis par des décennies de progrès scientifique, technique, médical qui nous faisaient percevoir nos vies en dehors du temps.
Le Covid-19 redéfinit les dynamiques de nos vies, de nos territoires et de nos espérances. L’humanité a connu bien des « invisibles » qui l’ont ravagée en partie. Mais les fulgurances constatées avec le Covid-19, à se répandre de Wuhan à Sedhiou, n’ont jamais été observées sur une échelle aussi globale et en un temps aussi bref.
A travers le temps, les groupes humains sont dotés d’Etats pour sécuriser leur territoire et leur environnement et pour assurer l’administration de la Justice entre les éléments du groupe, notamment dans la gestion des catalogues de comportements, de la grille de mérite ainsi que des processus individuels d’accumulation des bienfaits. Des décennies durant, la pensée dominante, progressivement, a fait de ces Etats des suppôts de la performance scientifique, technique, économique et managériale, laissant au « Marché », ce haut lieu de concurrence entre les êtres, entre les structures et entre les sociétés humaines, le soin de repartir les bienfaits de la nature entre les êtres et entre les structures. Les règles du Marché, dans cette concurrence effrénée, vers toujours plus de gains, plus d’accumulation et plus d’avoir, ont exacerbé les disparités parmi les groupes humains, les structures et les êtres pour finir par aboutir notre monde d’avant Covid-19, si empreint d’égoïsme, d’égocentrisme et d’exclusion de l’autre. Ces dénis de solidarité sont manifestes dans nos nations avec la distanciation des riches par rapport aux démunis et entre nos nations avec la distanciation des pays riches par rapport aux pays pauvres, notamment par des politiques de l’immigration restrictives, voire xénophobes. Chacune voulant jouir des plus grandes parts des bienfaits et des ressources de la nature, sans se préoccuper outre mesure du bien-être des autres.
Le Covid-19 a montré la faillite du Marché : les structures et Nations les plus affectées sont celles qui, auparavant, avaient le plus accumulé de biens et de bien-être. Celles qui exhibaient les plus grandes performances et qui s’étaient érigées en exemples du monde moderne, l’incarnation de la modernité. Elles découvrent toutes avec le Covid que la Vie est un commun indivisible. Elles apprennent surtout que le Covid-19 tue par les communs partagés jusqu’ici avec insouciance. Elles réalisent surtout l’instantanéité des échanges qui affectent tout le monde à une vitesse sidérale. Comme le dit le Président Macky Sall du Sénégal, « si la maladie subsiste dans le plus petit village du Sénégal, elle continue d’être une menace mortelle pour l’humanité tout entière ».
Aussi, la dichotomie et la distanciation que prônait et installait le Marché pour mieux asseoir les intérêts particuliers des individus, des structures et des nations deviennent inopérantes face aux nouveaux défis que peuvent poser les nouvelles menaces à effet pangolin telles que le Covid-19. Elles étaient porteuses d’injustice et d’iniquité qui laissaient beaucoup sur le bas-côté du chemin de l’histoire.  Aujourd’hui c’est l’humanité tout entière qui devient l’enjeu qui s’incarne dans chacun des êtres de chacun des groupes humains qui peuplent la planète.
Ainsi avec le Covid-19, l’Etat sort-il du confinement auquel le Marché l’obligeait. Il renaît pour une nouvelle mission qui est de garantir la sauvegarde de l’humain et le bien-être de l’être humain, acteur dans sa structure et agent du monde. L’Humain doit redevenir le principal animateur des relations dans la structure et entre les structures : le moyen et la cible de toute politique publique.
Le paradigme que propose le Sénégal, un petit pays d’Afrique, sur les rives orientales de l’Atlantique, est de refonder les communs sur de nouvelles solidarités pour l’humanité qui mettent l’humain au centre de toutes les relations communautaires, nationales et internationales, en se concentrant sur l’essentiel. Il ne prône guère l’aide, mais la coresponsabilité de tous pour une cogestion de nos existences et de nos structures, si inextricablement liées.
Sa « guerre contre le Covid-119 » a commencé très tôt par la sécurisation des territoires pour éviter d’exporter ou importer la contamination. Elle s’est poursuivie par l’instauration d’un fonds commun de solidarité où chaque être, chaque structure, à l’image de l’Etat, peut apporter sa contribution, pour venir en aide aux êtres les plus démunis, aux structures, communautés comme entreprises, les plus affectées. En somme, à la Nation tout entière.
C’est en faisant cet exercice que l’idée a germé pour l’Etat de se concentrer sur l’essentiel et d’utiliser toutes les ressources et tous les moyens disponibles pour mener sa part du combat contre le fléau du Covid-19 qui appelle toutes les Nations à une responsabilité partagée. A quelle urgence répondrait le paiement du service de la dette publique dans ce contexte où tous nos bailleurs et partenaires étaient focalisés à sauver leurs citoyens, leurs structures et leurs nations ? Aucune !
D’autant que les quantités de ressources impliquées sont si importantes pour les petits pays, sans être significatif à leurs créanciers. En tout cas, pas de nature à faire dérailler le jeu des relations économiques et financières dans le monde comme le fit la crise des « subprimes » de 2008.
La demande était donc raisonnable de lever les contraintes de la dette sur cette Afrique qui fait tout pour endiguer les destructions humaines et économiques du Covid. Pour preuve, le Fonds Monétaire, La Banque Mondiale furent les premiers à abonder dans ce sens, suivi du Très Humain Pape François. Le G20 leur a alors emboîté le pas pour proposer un moratoire d’un an pour les services la dette bilatérale et multilatérale.
Au sortir de chaque catastrophe que l’humanité aura traversée, comme les guerres mondiales, la Communauté internationale a trouvé l’énergie pour bâtir une nouvelle alliance et instaurer les institutions appropriées pour la poursuite en commun de son destin partagé. En 1944, l’idée de la Banque Internationale de Reconstruction et Développement et du Fonds Monétaire comme chambre de compensation des balances de paiement a été le moyen de financer de manière organisée la relance du monde économique. En Europe, la mise en commun des ressources en acier et charbon de la France et de l’Allemagne, par la création de la supranationale Communauté européenne, mit un terme à des siècles de guerres récurrentes qui finissaient souvent par être mondiales.
Aujourd’hui, il nous faudra trouver les outils adaptés pour répondre aux nouveaux types de défis auxquels le monde aura à répondre en stimulant les solidarités pour l’humanité appropriées pour faire face en concentrant sur l’essentiel. Une organisation internationale chargée d’observer les jeux complexes des relations internationales sera nécessaire pour gérer les moments où l’humain sera en danger et pour décider le cas échéant de suspendre ou de remettre à zéro les effets de contrainte dus aux jeux accessoires (ex. finances, transport), pour privilégier les communs essentiels, sauvegarde l’humain et préserver la vie. L’essentiel du droit international et des organisations internationales actuelles gèrent en réalité les modalités des guerres modernes (les conflits sur les territoires et sur les ressources, les règles d’engagements des hostilités, la guerre commerciale).
Aucune d’elles ne se préoccupe de la préservation des communs, des nécessaires solidarités pour l’Humanité.
Les stratégies de sortie de crise devraient se fonder sur ces nouvelles solidarités nationales et internationales pour s’articuler autour des êtres, des humains, les plus vulnérables aujourd’hui. Ceux-là seront les grandes armées de demain par lesquelles l’humanité tout entière recouvrira la croissance et le développement, tout en mitigeant les effets du changement climatique et en exploitant les nouvelles opportunités nées des « sociétés et des économies sans contact » qui se dégagent de la lutte contre le Covid.
Les économies d’Afrique, confinées dans de petits Etats nés d’un morcellement aberrant issu de la colonisation, avec très peu d’échanges entre elles, devraient se restructurer pour profiter davantage d’une intégration renforcée au niveau régional et continental, et libérer les échanges pour profiter des énormes ressources agricoles et halieutiques dont elles sont dotées. Ce n’est qu’au prix de cette « préférence continentale », de cette solidarité, que le continent africain cessera d’affronter les famines et insécurités alimentaires auxquelles il se confronte régulièrement, au gré des saisons, des conflits et des ravages du changement climatique.
Dans la totalité de ces pays d’Afrique, ces économies vivent pour l’essentiel des activités informelles menées par les mêmes êtres qui sont les plus vulnérables de nos sociétés. Ils sont dans l’agriculture, dans l’horticulture, dans la pêche, dans l’élevage, dans le textile et dans le fourre-tout de l’artisanat. La première marque de la solidarité internationale serait de reconnaître ces petites gens-là, ces petites économies-là sont les premières victimes des effets du changement climatique et de la pollution globale dont elles sont si peu responsables. L’équité, les règles éthiques, qui fondent l’économie de Marché, dans un nouvel élan de solidarité pour l’Humanité et de coresponsabilité dans la cogestion de l’humain au niveau global, devraient contraindre les pays riches et émergents, les champions de la pollution, ces avocats inconditionnels de la justice et des droits de l’Homme, à compenser équitablement les pays en développement concernés, notamment Africains.
De même, au niveau des nations Africaines, les stratégies de sortie de crise devraient s’attacher à enrôler davantage ces petites mains informelles de l’économie pour s’inscrire davantage les rouages classiques, contribuant ainsi à renforcer les assiettes fiscales, en définitive les moyens des communs, dans ces économies. Ceci pourrait passer par une politique de promotion et d’appui à la proto-industrialisation (**) de ces économies pour engager et soutenir les vulnérables producteurs primaires, ruraux et périurbains, pour y « disperser une part substantielle de la production industrielle nationale ». Une nouvelle forme de solidarité entre le rural et l’urbain. L’exemple de la Chine est à cet égard à méditer. Elle s’est développée par « l’industrie sans les cheminées » avec les armées de proto-industriels ruraux et périurbains, nourrissant avant tout les grandes chaines de consommation pour les couches les plus vulnérables, utilisant les maigres ressources et capitaux issus de ces mêmes couches les plus vulnérables. Une économie solidaire, faite de solidarité avec les plus vulnérables. Une coresponsabilité dans les engagements des Etats, des entreprises et de ceux-là mêmes qui sont les premiers bénéficiaires des politiques publiques et des solidarités. Les capitaines d’industrie ne sont plus les grands magnats dotés des grandes fortunes, mais un réseau de petits entrepreneurs, créatifs et assidus, qui se « débrouillent pour s’en sortir ».
Il nous faudra bien passer des sociétés faites d’humains toujours en concurrence et en compétition à des sociétés humaines faites pour l’humain et le bien-être des êtres.
(*) Scientifique, économiste, diplomate, Dr Abdoul Aziz Mbaye est actuellement ministre au Cabinet du Président de la République du Sénégal. Il a été ambassadeur aux Iles Salomon, puis chef de la Délégation régionale pour le Pacifique de l’Union européenne. Physicien, il est également ancien chercheur titulaire du Centre national de la recherche scientifique de France.
(**) La proto-industrie (ou proto-industrialisation) est un terme économique, conçu par Franklin Mendels en 1969, décrivant de très petits ateliers essentiellement situés en milieu rural de l’Inde2, aux XVIIIe et XIXe siècles. En France, un décret du 7 septembre 1762 par le Conseil du roi de France permet aux paysans de fabriquer des étoffes ou de la métallurgie sans faire partie d’une corporation de métiers. Des dispositions similaires avaient déjà été spontanément prises sans attendre d’autorisation dans la blanchisserie. Au XVIIIe siècle, dans la plaine de Flandre, des paysans travaillent le lin en famille pour des marchands-fabricants urbains. Ces évolutions seront postérieurement interprétées par les historiens du XXe siècle comme étant des formes de proto-industrie. Cette notion est notamment illustrée par le Domestic system dans les milieux ruraux du XVIe siècle jusqu’au début de la révolution industrielle.

LE FILM « MBAS MI », UNE RÉFLEXION SUR LA PANDÉMIE DE CORONAVIRUS (RÉALISATEUR)

Dakar, 17 mai (APS) – Le court métrage « Mbas mi » (La pandémie en wolof), sorti samedi, est une relecture cinématographique du roman « La Peste’’ de l’écrivain français Albert Camus et vise à réfléchir sur la pandémie de la maladie à coronavirus, a déclaré son réalisateur Joseph Gaï Ramaka, dans un entretien avec l’APS.
« Le temps qui nous incombe aujourd’hui, c’est de faire face à ce mal. Faire en sorte que les gens se concentrent sur ce qui est important, à savoir faire reculer ce mal en me référant à ce vieux texte de Albert Camus qui dit des choses valables aujourd’hui », a-t-il expliqué.
A travers la version wolof de ce film de huit minutes, le réalisateur sénégalais tente de comprendre ce fléau qu’est la pandémie de la maladie à coronavirus, en évoquant des extraits de ce chef d’œuvre d’Albert Camus publié en 1947.
Selon lui, il s’agit de jeter un regard sur le passé, pour voir comment l’humanité a fait face aux calamités afin d’essayer de comprendre ce qui se passe actuellement.
Le cinéaste suit une voix incantatoire qui erre dans le crépuscule sur l’île mémoire de Gorée parmi les allées parsemées d’hommes-lanternes aux cimes des baobabs-sentinelles, sur l’océan houleux en se souvenant de « La peste ».
Dans cette version wolof de « Mbas mi », Mamadou Ba Goo, un artiste « engagé dans les mouvements citoyens et culturels », a prêté sa voix pour faire revivre ce livre incontournable. L’acteur ivoirien Sidiki Bakaba, qui se définit comme « un panafricaniste, Sénégalais quelque part », a pour sa part porté la version française, dont la sortie est prévue pour bientôt, selon le réalisateur.
Le cinéaste qui croit beaucoup à l’interprétation des signes, a livré ainsi son ressenti et posé son regard sur une mer déchaînée. « Cet empire de signes ouvert comme un livre » où il a essayé de comprendre ce fléau planétaire.
Il a invité à la sérénité pour se mettre à la hauteur de ce « mauvais rêve », afin de mieux le comprendre et aussi être à la hauteur de la réponse à apporter.
« On dit souvent +Qui sème le vent récolte la tempête+. Je pense qu’on vit un peu la conséquence de la mauvaise manière dont l’humanité a géré la planète. Il faut réfléchir par la suite et voir s’il n’y avait pas la possibilité de se comporter autrement dans l’univers dans lequel on n’est pas seul », tente-t-il d’analyser.
Joe Gaï Ramaka s’est dit très affecté et profondément « secoué » par cette situation du monde créée par la crise sanitaire liée au Covid-19
« Au début, quand je voyais le nombre de morts, je me disais c’est un, deux voire trois +Joola+ », a-t-il dit, en référence au naufrage du ferry qui assurait la navette entre Dakar et Ziguinchor (sud). Un drame qui a fait 1.863 morts et disparus pour seulement 65 rescapés, selon un bilan officiel.
Il déclare que « le Joola était devenu une sorte de poids de mesure par lequel » il lisait le monde et les nouvelles qui lui parvenaient. « Cela m’a traumatisé, car j’ai perdu des amis, parents dans le Joola », a confié le réalisateur du film « Et si Latif avait raison ! » (2005).
« Là, il y a tellement de morts, on dit cent, deux cent, deux mille, etc., c’est énorme. Des centaines de personnes qui meurent comme cela parce qu’ils ont respiré quelque chose, c’est fou », s’est étonné Joe Gaï Ramaka à propos de la pandémie de coronavirus.
« Des vies partent, des rêves et des bonheurs possibles s’effacent pour la personne qui part et pour ceux qui restent avec qui il aurait pu partager des moments de bonheur. C’est vrai qu’humainement parlant, je me sens très secoué par cette situation. C’est peut-être cela qui fait que mes réflexions se sont réorientées vers ces questions et que j’ai fait ce film », a-t-il ajouté.
Le réalisateur sénégalais qui apporte ainsi sa contribution sur la situation actuelle, avait déjà sorti il y quelques semaines un autre court métrage sur la gestion du couvre-feu à Gorée, son lieu de résidence.
Il a réalisé de nombreux films dont le plus célèbre est ’’Karmen’’ (2001), une oeuvre sur les tribulations d’une femme dont la passion ravageuse ne laisse aucun homme indifférent.Il a initié en 2015 le festival « Gorée cinéma », pour la promotion du 7e art sur l’île mémoire.FKS/ASB/ASG 

ASSOUPLISSEMENT DE L’ETAT D’URGENCE: ALIOU SOW DÉGOÛTÉ

https://www.rewmi.com/Invité de l’émission du « Grand Oral » de Rewmi Fm, de ce samedi, le ministre Aliou Sow a réagi aux raisons qui ont poussé le président Macky Sall à assouplir l’état d’urgence. Une décision qu’il n’approuve guère. Selon le  président du Mouvement des patriotes pour le développement (MPD/Ligguèye), la temporalité du changement l’a dégoûté. « Je n’ai pas absolument du tout compris », s’esclaffe-t-il de nervosité. Aliou Sow est d’autant plus choqué, dit-il, de  voir des compatriotes sur la base d’entretien avec le chef de l’Etat annoncer le contenu de leurs échanges.  (Il fait allusion à l’entretien téléphonique de Macky avec Ahmet Khalifa  Niasse. Ce dernier avait annoncé que le chef de l’Etat va repousser le couvre-feu à 22h.) Il ajoute: « Vous savez l’Etat a des règles. La discrétion, la courtoisie relève d’une certaine forme de courtoisie dans ses relations au sein de l’Etat. Moi je ne mettrais pas là à dire j’ai dit au président après il m’a dit (…). Ce n’est pas acceptable ». Ecoutez !

Covid-19: ce que le coronavirus nous dit des paradoxes du monde globalisé (Réflexion)

APA-Dakar (Sénégal)–Il est difficile de se projeter au-delà du Covid-19 tant celui-ci surdétermine désormais les conditions de notre vie quotidienne, explique l’éminent juriste mauritanien M. Mahmoud Ould Mohamed Salah.
Des prescriptions sur les « gestes barrières » (lavage régulier des mains, distanciation sociale…) au confinement partiel assorti d’un couvre-feu, nous vivons au rythme des contraintes de la « guerre » imposée par un ennemi invisible, sournois, envahissant, qui tue, massivement, tout en s’insinuant dans la vie de ceux que le jeu de la roulette russe dans lequel il excelle, aura épargnés.
Plus de trois mois après sa première apparition dans la ville de Wuhan, en République Populaire de Chine, ce capricieux virus n’a pas encore livré tous ses mystères. Et personne ne peut dire quand et dans quel état le monde sortira de la crise multidimensionnelle qu’il a provoquée.
Pour nous autres Africains, l’incertitude est d’autant plus grande que l’OMS vient d’avertir que le pire est devant nous, ajoutant à l’angoisse délétère que nourrit un climat de fin imminente du monde.
Dans ce contexte propice à la résurgence de prédictions eschatologiques, que peut-on faire de mieux que prier et respecter les consignes commandant de ne pas s’exposer et de ne pas exposer autrui au danger ? Observer les prescriptions des autorités sanitaires devient pour chacun l’unique moyen de compenser son impuissance individuelle et de participer à la lutte contre la propagation du virus dans un pays où la guerre contre le Mal ne peut être gagnée que par la prévention, le système sanitaire étant dans l’incapacité de faire face à une explosion du nombre de cas nécessitant une prise en charge hospitalière. Civisme minimal et réalisme vont ici de pair.

‘’Risque mondialisé’’ avéré

Comme partout, ailleurs, nous sommes en guerre et, comme partout, on ne peut d’abord compter que sur nous-mêmes car l’une des leçons paradoxales de cette crise est qu’en dépit du caractère global du Mal, les réponses apportées ont été et sont restées, en particulier sur le terrain sanitaire, des réponses nationales, dépendantes par conséquent de l’état du système sanitaire de chaque pays, de la qualité et de l’engagement de son personnel soignant, du sens des responsabilités et du civisme de ses concitoyens, de la résilience individuelle et collective de ses populations et de l’organisation et de l’efficacité de son système de gouvernement.
Bref, c’est toujours, en premier lieu, l’Etat-Nation qui est sommé de trouver la riposte appropriée à une crise, quelles qu’en soient l’origine et l’ampleur, dès lors qu’elle frappe les personnes se trouvant sur son territoire.
Mais où sont donc passés la mondialisation et la myriade d’organisations, d’institutions, d’acteurs et de règles qui en ont assuré la promotion et la diffusion ? Pourquoi, face à un « Risque mondialisé », avéré, ne peut-on encore concevoir une réponse globalisée, immédiate ? D’autres interrogations surgissent dans le sillage de ce premier questionnement. Pourquoi les enjeux sanitaires, si essentiels dans la mesure où ils touchent directement à la vie des personnes, n’ont-ils pas été suffisamment pris en compte en temps de paix, y compris dans les pays surdéveloppés ? Comment en est-on venu à la situation où il va falloir injecter des milliers de milliards de dollars – le G20 s’est engagé à injecter 5000 milliards de dollars. Les USA viennent d’adopter un plan de relance économique de 2000 milliards de dollars – pour espérer juguler ou tout simplement atténuer une crise que l’on aurait pu prévenir et que l’on aurait pu mieux traiter, si l’on avait pas coupé dans les crédits affectés à la santé (recherche scientifique, industrie de la santé, personnel hospitalier…) ? Pourquoi dans de grands pays, on peut encore avoir des pénuries de masques, de respirateurs et même de matériels pour effectuer des tests ? Est-ce parce qu’on a suivi de manière rigide et donc bête les préceptes de la doctrine économique dominante proscrivant les déficits budgétaires et imposant à l’Etat de s’en tenir à un rôle de garant des grands équilibres ?
N’a-t-on pas délégué au Marché plus qu’il ne faut, en le laissant envahir des secteurs de l’activité sociale qui ne doivent pas être soumis aux seuls critères de la rationalité marchande, notamment l’éducation, la santé et l’environnement ? Mais surtout, comment repartir sur de nouvelles bases, en tirant de cette pandémie les bonnes leçons ?
Comment en finir avec la schizophrénie qui consiste à proclamer, un peu partout, l’adhésion aux objectifs du développement durable – lequel suppose que la dimension économique soit articulée à la dimension sociale et à la dimension environnementale, et que la satisfaction des besoins des générations actuelles soit compatible avec les droits des générations futures – tout en adoptant, en fait, un modèle de développement dans lequel l’économie marchande et la finance surdéterminent le reste des activités sociales ?
Il n’est pas sûr que ces questions s’imposent en filigrane des débats qui vont dominer la sortie de crise, tant la pression du court terme est forte. Un élément peut cependant jouer favorablement en ce sens, c’est le caractère global de la pandémie.

L’enfant de la mondialisation

Le Covid-19 est à l’origine de la première crise sanitaire globale, dans tous les sens du terme. C’est un enfant de la mondialisation. Il est apparu pour la première fois dans le pays qui a engagé, dans un délai record à l’échelle de l’histoire, la transformation la plus profonde et la plus compréhensive qu’un pays puisse faire pour assurer son décollage économique et devenir, en moins de trois décennies, un pôle majeur de la mondialisation. Au confluent de ce qu’on appelle, aujourd’hui, les chaînes de valeur – expression qui désigne la fragmentation à l’échelle mondiale du processus de fabrication d’un produit, les divers composants de ce produit étant fabriqués par des entités différentes d’un groupe transnational, disséminées dans des pays distincts – la Chine est un acteur central de la globalisation qui, par le jeu des interdépendances entretenues par la nouvelle organisation des firmes transnationales, devient, en même temps, un élément de l’économie de la quasi-totalité des Etats qui comptent
Frapper l’économie chinoise, c’est frapper l’économie de la plupart des Etats, ce qui explique que les premières inquiétudes des pays non encore touchés par le virus étaient essentiellement d’ordre économique et non sanitaire.
Mais pour assouvir son ambition globale, le Covid-19 se devait d’aller à l’assaut du reste du monde. Il l’a fait en utilisant l’un des vecteurs les plus communs de la mondialisation : voyageant à la vitesse supersonique des avions, il s’est propagé au reste du monde, en commençant par les grands centres de la globalisation.
En début mars, l’OMS annonçait que l’Europe est devenue le nouvel épicentre de la pandémie. Elle l’est toujours en nombre de décès enregistrés. Mais en termes de nombre de personnes infectées, ce sont désormais les Etats-Unis qui ravissent la première place. De fait, aucun continent n’est épargné. L’infection touche aujourd’hui 180 pays. Le Covid-19 remporte ainsi la première manche de son combat pour l’universalité, à savoir,la planétarisation de la crise sanitaire.
Mais cette crise est vite devenue globale, à un autre point de vue. Elle touche désormais à tous les aspects de la vie sociale et, d’abord, au moteur de celle-ci dans les sociétés modernes, à savoir, l’économie. Cela tient moins à l’accroissement des dépenses sanitaires qu’aux conséquences des mesures restrictives qui ralentissent, voire paralysent, l’activité économique, appelant potentiellement des failles en cascade dans la quasi-totalité des secteurs économiques.
La force du « choc » est telle que les principaux acteurs de la mondialisation poussent les Etats à intervenir massivement pour aider les secteurs, les entreprises et les salariés fragilisés et éviter le chaos économique et social qui se profile. L’Union Européenne autorise un allègement des contraintes budgétaires et un assouplissement des règles sur les aides d’Etat, déclenchant le recours à la clause de « circonstances exceptionnelles », se disant même prête à activer la « clause de crise générale » qui permet la suspension du Pacte de stabilité. Les Etats se mettent, chacun, en ordre de marche, pour protéger leur économie et leur population et organiser à leur échelon, la gestion de l’urgence sanitaire devenue économique et sociale. En France, le gouvernement obtient une loi d’habilitation qui lui permet d’adopter 25 ordonnances dans un seul Conseil des ministres. C’est moins le retour à Colbert qu’au droit économique de l’après-guerre et notamment aux fameuses ordonnances de 1945 qui ont servi de base juridique au dirigisme économique jusqu’à leur abrogation, en 1986. Les Etats-Unis adoptent à leur tour un gigantesque Plan de relance économique dont certains éléments renouent avec l’esprit du New Deal de Roosevelt. Le Président Trump va même jusqu’à exhumer le « Defense Production Act », promulgué lors de la guerre de Corée, pour obliger General Motors à fabriquer d’ici un mois cent mille respirateurs.
Cela ne suffit pas à cependant à revigorer durablement les marchés financiers qui donnent la température de l’économie, parce qu’ils savent que tant que la réponse n’est pas globale, la crise ne pourra pas être jugulée.

Traitement médiatique quasi uniformisé

Certes, l’intervention du G20 a été bien accueillie par les diverses places boursières. Mais soufflant le chaud et le froid, celles-ci ont de nouveau été échaudées par l’absence d’accord entre les pays de l’Union Européenne lors du mini-sommet du 27 mars. A vrai dire, compte-tenu de l’interdépendance entre la crise sanitaire et la crise économique, l’issue de la récession économique va également dépendre de la capacité du monde à juguler la pandémie.
Enfin, la crise du Covid-19 est aussi une crise globale, du point de vue de la communication qui s’y rapporte. Elle est l’objet d’un traitement médiatique quasi uniformisé qui en fait le sujet exclusif d’une actualité qui pénètre dans l’intimité de chaque foyer. On y suit tous l’irrésistible extension géographique du confinement, la progression géométrique de l’infection, pays par pays, l’accroissement vertigineux du nombre de personnes décédées, mais aussi les controverses sur la chloroquine et l’arrière-plan, pas toujours rassurant, des polémiques entre savants qu’elle dévoile, ou encore le déficit criant de solidarité entre Etats, y compris au sein d’ensembles régionaux bien intégrés, comme l’Union Européenne, l’Italie ne trouvant aide et assistance que du côté de la Chine ou de Cuba !
Nous sommes informés de manière instantanée et simultanée de l’évolution de cette crise. Et cette globalisation de l’information contrastant avec la fermeture des frontières étatiques et le confinement des populations favorise l’émergence d’une prise de conscience planétaire des périls communs et des enjeux globaux.
On peut raisonnablement espérer que cela ne sera pas sans conséquence sur la redéfinition des règles du jeu au sortir de la crise. Pour certains, celles-ci seraient d’ailleurs déjà écrites. L’ordre mondial qui sortirait de la crise actuelle n’aurait rien à voir avec son prédécesseur. Il scellerait la fin de la mondialisation dont la pandémie du Covid-19 aurait révélé toutes les tares.

C’est, me semble-t-il, aller vite en besogne.

Pour savoir quelles règles émergeront de l’après-crise, il faut, d’abord, déterminer quels sont les acteurs qui vont écrire ces règles. On a, à cet égard, comparé la pandémie du Covid-19 à une guerre, en raison de la violence de ses conséquences humaines, économiques et sociales. Et lorsqu’une guerre s’achève, ce sont les vainqueurs qui écrivent les règles transcrivant le nouveau rapport de force. Pour nous en tenir à l’exemple de la seconde guerre mondiale, l’ordre économique international qui en est sorti avait été conçu par les Etats-Unis et leurs alliés anglais, quelques années avant la fin du conflit. Ils avaient alors projeté de mettre en place, une fois le conflit terminé, une organisation des relations économiques internationales avec une triple composante, financière, monétaire et commerciale, inspirée de leurs conceptions libérales.
Les deux premières composantes de cette organisation ont vu le jour, un certain 22 juillet 1944, dans une bourgade du New Hampshire, lorsque, après trois semaines de négociations, les délégations d’une quarantaine de pays signèrent les fameux accords instituant le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD). Quant à la troisième, si elle n’a pas été immédiatement au rendez-vous, un ersatz permettant de jeter les bases d’une libéralisation progressive des échanges commerciaux fut trouvé à travers le GATT de 1948 avant que l’OMC, organisation dont l’universalité a été renforcée par l’adhésion de la Chine et de la Russie, ne prenne le relais, en 1995.
Ce sont ces trois organisations, FMI, BIRD, OMC (successeur du GATT), inspirées des idées des vainqueurs de la seconde guerre mondiale et ensuite de la guerre froide (pour l’OMC), qui ont favorisé l’essor et l’extension de la mondialisation économique et la montée des interdépendances. Mais si, au terme d’une guerre interétatique, les vainqueurs comme les vaincus sont facilement identifiables, dans la « guerre contre le coronavirus », les choses sont plus compliquées d’où les limites de la métaphore martiale appliquée à cette pandémie. Tous les Etats risquent d’en sortir affaiblis, ne serait-ce qu’en raison de l’endettement public massif qui en résultera. Certains pensent que la Chine sera mieux lotie car elle serait d’ores et déjà arrivée à stopper la propagation du virus sur son territoire et à reprendre progressivement ses activités et ajoutent que cela favoriserait une remise en cause de la mondialisation. Cette analyse procède cependant d’une erreur d’appréciation sur le positionnement de la Chine par rapport à la mondialisation.

Le ‘’modèle’’ chinois

Lors du Sommet de Davos de 2018, c’est la Chine qui s’est faite le chantre de la mondialisation car c’est elle qui en tire le plus avantage. Elle est pour l’OMC dont elle soutient à fond le Mécanisme de Règlement des différends.
Après s’être illustrée, pendant une certaine période, « dans la contrefaçon », elle a aujourd’hui un intérêt objectif à défendre bec et ongles l’Accord sur la propriété intellectuelle puisqu’elle est devenue le pays dont les entreprises déposent le plus de demandes de brevets. Elle a par ailleurs renforcé sa présence dans les principales instances de gouvernance de la mondialisation (FMI, G20…) et créé, elle-même, ou favorisé la création de nouvelles instances (les « BRICS », regroupant les principaux pays émergents ; la Banque Asiatique pour les infrastructures, créée en 2014, dont la Chine est le premier actionnaire ; la Nouvelle Banque de développement ou Banque des BRICS…) dans le but d’influencer le cours de la mondialisation afin d’y peser plus mais non pour bouleverser le système mondial.
Le chemin emprunté par la République Populaire de Chine depuis la politique d’ouverture initiée par Deng Xiaoping, à partir de 1978, a deux balises : le libéralisme économique et le centralisme démocratique, Adam Smith et Karl Marx, réunis dans un attelage baroque d’une redoutable efficacité que résume bien le slogan : « l’économie socialiste de marché ». Il s’agit d’une voie originale, produit de la rencontre entre l’extraordinaire capacité d’adaptation du système capitaliste et l’instinct de survie d’un Parti Communiste qui, assurément, sait négocier les compromis nécessaires à sa pérennité.
Mais la sagesse de la Chine a été jusqu’ici de ne pas ériger cette expérience inédite qui l’a propulsée dans la cour des pays leaders de la mondialisation en modèle à exporter ou a fortiori à « imposer ».
La Chine s’en tient à la conception classique du droit international qui fonde ce droit uniquement sur le principe de souveraineté de l’Etat et ses corollaires, la liberté pour chaque Etat de choisir son système politique, économique et social et la non-ingérence dans les affaires internes d’un Etat, insistant sur les valeurs de respect mutuel, de coexistence pacifique et repoussant les notions nouvelles promues par le droit international post-guerre froide, comme celle de droit à la démocratie, de devoir d’ingérence ou encore de la responsabilité de protéger.
En somme, oui à la mondialisation économique, non à la mondialisation juridico-politique qu’elle considère, à l’instar de la Fédération de Russie, qui est une alliée mobilisable sur ce terrain-là, un instrument au service de l’hégémonie occidentale. On voit mal en quoi la pandémie du coronavirus pourra affecter cette position stratégique de la Chine.
L’autre acteur, toujours puissant et – pour une décennie au moins, encore- dominant ce sont les Etats-Unis. Contrairement à ce que certaines déclarations du Président Trump ont pu laisser entendre, ce pays ne conteste pas la mondialisation dont il a été la principale locomotive au triple plan économique, juridique et politique. Il entend seulement renégocier les accords conclus avec certains partenaires commerciaux – Chine, Union Européenne, Mexique et Canada ainsi que l’Accord sur l’OMC, en particulier ses dispositions relatives au fonctionnement du Mécanisme de Règlement des différends accusé d’outrepasser ses attributions. On ne sait pas encore quels seront les effets à terme de la pandémie sur l’opinion publique américaine. Il est possible que si la crise se prolonge et que le nombre de décès grimpe de manière significative, la demande politique en faveur d’une protection sociale plus grande finisse par entraîner des modifications durables dans le système juridique et économique.
Le troisième acteur important, c’est l’Union Européenne. Jusqu’à présent, elle a été l’un des soutiens majeurs de la mondialisation.
Elle défend l’OMC même si elle considère que la Chine n’en respecte pas toutes les règles. Elle s’inquiète des fusions et acquisitions réalisées par les entreprises chinoises en Europe mais ne ferme pas son territoire à l’investissement étranger chinois. Elle vient de conclure un Accord commercial global avec le Canada qui permet l’ouverture des frontières économiques et l’intensification des échanges entre les Parties.

Une mondialisation plus humaine

Sa position sur la mondialisation pourrait cependant s’infléchir au sortir de la crise sanitaire inédite qui la frappe, aujourd’hui et dont l’une des conséquences prévisibles est l’accentuation du rejet des politiques libérales par les populations européennes. Cela devrait notamment se traduire par une importance plus grande accordée aux considérations sanitaires et environnementales, non seulement au plan national mais également au plan international où le libre-échange pliera chaque fois que cela s’impose, devant la protection de la santé ou celle de la biosphère.
Pour que cette évolution puisse se concrétiser de manière durable, il faudra probablement renégocier de nombreux accords internationaux, y compris ceux de l’OMC. On pourra alors donner aux mots leur véritable signification et parler de biens publics mondiaux et de mondialisation plus humaine, c’est-à-dire, aussi, plus… équitable. On rappellera à ce propos que le cycle des négociations de l’OMC, lancé, à Doha, deux mois après les attentats qui ont fait basculer les tours jumelles de Manhattan, portait précisément sur un programme de travail désignant « un agenda ambitieux pour une mondialisation équitable ». Parler d’équité, c’est évoquer les déséquilibres criants qui fracturent la société internationale, dont celui lié à la disparité des niveaux de développement.
Sur ce terrain, aussi, la pandémie du coronavirus risque d’entraîner des effets catastrophiques. Dans un continent, comme le nôtre qui, en dépit de la persistance de facteurs inquiétants, a pu renouer avec l’espoir, avec un taux de croissance régulier de l’ordre de 5% et des progrès relatifs mais réels en matière de démocratie, le Covid-19 s’apparente à une malédiction.
Pour conjurer le mauvais sort et éviter que l’Afrique ne sombre dans la régression économique, sociale et politique, il faudra des gestes forts de la Communauté internationale, à son endroit, dont le moindre devra être, comme le propose l’ancien Directeur Général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, une initiative comparable au programme « Pays pauvres très endettés de 2005 », conduisant à une annulation massive de la dette des pays les plus pauvres.
S’il y a une bonne leçon à tirer de cette crise qui n’aura épargné personne, c’est que, pour paraphraser Edgar Morin, l’interdépendance sans la solidarité n’a pas de sens.
Contrairement aux nombreuses réflexions qui circulent sur le net, rédigées sous le coup de la colère, par ailleurs parfaitement légitime, suscitée par les dysfonctionnements de la mondialisation, nous ne pensons pas cependant que celle-ci prendra fin avec l’actuelle pandémie. Le Covid-19 n’est pas un militant antimondialiste et la mondialisation ne se réduit pas à la trajectoire libérale qu’elle a empruntée jusqu’ici.
Le monde globalisé dans lequel nous vivons est né de la conjonction de facteurs économiques (la libre circulation des capitaux, des biens, des services et l’interdépendance qui en résulte entre firmes et Etats ou groupes d’Etats), technologiques (aux moyens de transport réduisant les distances se sont ajoutées les nouvelles technologies de l’information qui contractent à la fois l’espace et le temps) et géopolitiques (effondrement du bloc soviétique) qui interagissent, créant un système d’interdépendance généralisée qui survivra au Tsunami provoqué par le coronavirus.
Mais ce monde globalisé n’est pas, tant s’en faut, un monde homogène. Il a peu de boussoles communes et il est travaillé par des contradictions multiples et évolutives. Une victoire générale des partis populistes – de droite ou de gauche- dans l’un des grands centres de la globalisation, comme l’Inion Européenne, aurait des conséquences certaines sur la trajectoire de la mondialisation mais ne la supprimerait pas pour autant.
On terminera cette brève réflexion par une interrogation sur l’impact possible du Covid-19 sur l’une de ces contradictions du monde globalisé, popularisée, ces dernières décennies, par la formule du « conflit des civilisations ». Quoiqu’il soit difficile de faire, à ce propos, la part entre ce qui relève de l’idéologie pure voire de la manipulation politicienne et ce qui relève de la réalité et, quoique l’observation élémentaire montre que beaucoup de conflits récents, présentés comme une illustration du « clash of civilization » sont plus banalement des conflits territoriaux classiques ou des conflits économiques, on ne peut nier que la fin de l’affrontement Est-Ouest a favorisé l’essor et la multiplication des conflits identitaires dans lesquels les facteurs religieux, culturels et civilisationnels au sens large jouent un rôle important. En dépit de la trêve à laquelle elle incite (mais cette incitation vaut pour tous les types de conflits), la pandémie du coronavirus ne devrait pas changer grand-chose à cette situation sauf dans deux cas extrêmes. Le premier est celui d’une victoire des populismes de droite qui exacerberait alors le conflit. Le second – il n’est pas interdit de rêver – concerne le scénario optimiste d’une conversion des esprits au terme de cette redoutable épreuve aux idées d’égalité, de justice et de respect mutuel entre les peuples ouvrant la voie à un nouvel ordre international surmontant au moins provisoirement la contradiction. Le Covid-19 aurait ainsi et malgré lui une vertu pacificatrice. Mais ne serait-il pas irrationnel de placer les espoirs de changement dans les conséquences induites par l’irruption d’un virus serial killer ?
*Le titre a été modifié par la rédaction pour des raisons liées aux règles d’édition d’Apa news. Le titre original est: « Au-delà du Covid-19 : Ou que le coronavirus nous dit des paradoxes du monde globalisé ». Cette tribune a été publié initialement le 31 mars 2020 dans les pages du journal mauritanien Le Calame.
Apa news republie ce texte aujourd’hui en raison de l’extrême pertinence de son contenu.
** Agrégé en droit privé et sciences criminelles (concours d’agrégation français, Paris, février 1989).
Professeur à l’Université de Nouakchott (depuis 1989).
Professeur associé à l’Université de Nice (1998 – 1999).
Professeur invité dans plusieurs universités étrangères (Université Paris I, Université de Bourgogne, Université d’Orléans, Université Gaston-Berger de Saint-Louis Sénégal) et à l’Académie de droit international (La Haye).
Membre du conseil d’administration de l’Association internationale de droit économique.
Membre fondateur de l’institut euro-africain de droit économique
Ancien membre du comité de rédaction de la Revue Internationale des sciences administratives.
Avocat du Barreau de Nouakchott.
Conseiller Juridique principal à la Commission mixte Cameroun-Nigeria (ONU) (novembre 2003 – novembre 2005) mise en place par le Secrétaire Général des Nations Unies pour la mise en œuvre de l’arrêt de la CIJ relatif à la frontière entre les deux pays.
Nombreuses publications dont : « Les contradictions du droit mondialisé » PUF, 2002, et « L’irruption des droits de l’Homme dans l’ordre économique international : mythe ou réalité ? » LGDJ-lextenso, 2012.

 Différend Akilee-Senelec: la Direction de Senelec apporte sa réponse au CIS

Les médias ont rendu public un communiqué du Club des Investisseurs Sénégalais (CIS) daté du 14 mai 2020, lequel apporte son soutien à Akilee dans le différend l’opposant à Senelec.
Senelec estime d’abord que l’objectivité aurait voulu que le Club des Investisseurs Sénégalais, avant de prendre position pour Akilee, s’adresse à elle pour une bonne maîtrise des contours du différend. Ce qui n’a pas été le cas.
Senelec observe ensuite qu’elle ne se laissera pas entrainer dans un débat qui n’a comme objectif que d’éluder le véritable problème qui oppose les parties et lequel n’a rien à voir avec une question de patriotisme économique.
La position de Senelec n’est motivée que par le respect des principes de liberté d’accès à la commande publique, d’égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures.
Senelec rappelle que la préférence nationale suppose aussi que les parties au contrat respectent la loi et que les intérêts de Senelec et du Sénégal soient préservés.
Senelec précise enfin que convoquer la loi n°2014-09 du 20/02/2014 relative aux contrats de partenariat (PPP) pour soutenir Akilee relève d’une grave méprise dans la mesure où cette loi ne s’applique nullement au secteur de l’énergie.
Senelec, en tant que société anonyme à participation publique majoritaire, donc patrimoine national gérant le service public de l’électricité, respectera la loi dans son fonctionnement.Fait à Dakar le 15 mai 2020


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