ESPRIT DE RÉSISTANCE PAR Mamadou NDIAYE

Partagez ce contenu!

http://www.emedia.sn/-Les Sénégalais se calfeutrent. La peur les habite. La mort hante leur sommeil également troublé par la progression chez nous du coronavirus. En découvrant leur fragilité, ils s’en remettent aux spécialistes dont le savoir en la matière doit faire autorité. Ils se révèlent en outre liés par un destin commun convaincus que « l’ennemi invisible » frappe indistinctement les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres, le nord et le sud. Bref, il sévit partout.
Déjà six de nos quatorze régions sont touchées par la pandémie dont la courbe d’ascension n’a pas encore atteint son pic pour s’inverser. Rien qu’à écouter les officiels, la virulence de la maladie perturbe les approches voire les stratégies. Les cas augmentent et augmentent toujours. Même s’il y a des guéris, les proportions ne dégagent pas une nette lisibilité. Si bien que la toute dernière sortie du Coordonnateur du Centre des opérations d’urgences sanitaires, Dr. Boly Bousso, annonçant « deux cas graves dont un en assistance respiratoire », souligne la gravité de la situation qui justifie le nécessaire passage à l’échelle pour une prise en charge de nouvelles préconisations.
Autrement, le pire n’est plus à écarter puisque non seulement ces patients sont « sévèrement atteints » mais leur état s’avère « préoccupant ». En clair…
Pour l’avoir compris, Professeur Seydi, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Fann, passe à la vitesse supérieure et avertit : « Je prends ma responsabilité d’administrer la chloroquine à mes malades. » Il n’est pas cependant en rupture de ban mais, selon lui, face aux cas d’affections qui s’additionnent, renoncer au traitement équivaut à « abandonner le combat » sans l’avoir livré. Son énergie et sa passion sont au service de sa mission de sacerdoce. Il va même plus loin en souhaitant une extension du dépistage de façon à le rendre massif afin de couper la racine de l’expansion de la terrible pandémie.
Son niveau d’information et d’implication permet à cet universitaire atypique d’anticiper dans le but de parer au plus pressé. Il se hâte sans se presser devant la perspective d’une tragédie qu’il faut éviter à tout prix et par tous les moyens en l’étouffant en amont. Mieux que quiconque, l’enfant de Kolda connait l’état épidémiologique du coronavirus dans notre pays. Pour lui, l’absence de décision pourrait être fatale à brève échéance si le flux de malades croit à un rythme insoutenable. Chez lui, pas de souci de carrière, donc très peu de déclarations solennelles.
Il se peut toutefois qu’il ait un rendez-vous décisif avec l’histoire au détour de ce risque inouï pris en ramant à contre courant du conservatisme académique ambiant. Membre éminent du Comité scientifique qui conseille et éclaire les décisions du Président Macky Sall, Pr Seydi oscille entre raison et révolte sans laisser apparaître ce qu’il n’est pas : un rebelle à l’orthodoxie. Le scénario explosif qu’il redoute tant (trop de malades pour peu de lits, d’appareils et de médicaments) n’est plus qu’une simple hypothèse de travail, il entre désormais dans un dispositif renforcé en cours de conception en haut lieu pour durcir les règles.
Va-t-on vers un confinement effectif ? Avons-nous suffisamment songé à protéger le personnel soignant ? Que faire en cas de débordement ? Personne pour le moment ne prononce le mot qui n’est guère tabou pourtant dans les cercles médicaux initiés. Alors s’agit-il d’un mouvement de fond ? Le Gouvernement est-il prêt à renverser la table pour stopper l’engrenage de la pandémie ? Le Comité de Gestion des Epidémies n’a pas tranché mais tout porte à croire que la stratégie actuelle comporte des failles qui expliquent l’accroissement inéluctable du nombre de gens testés positifs. Le ministère de la Santé et des affaires sociales, imperturbable, continue d’aligner les chiffres sans les contextualiser proprement. Leur mécanique de communication semble huilée : points de presse, présence sur les plateaux des médias, visites de terrain et ronde des porte-parole.
Toutefois, il y a lieu de réarticuler les messages en fonction de l’évolution des données. Frontières fermées, avions cloués au sol, activités économiques à l’arrêt, la période est triste, crispante et sidérante. Des populations, d’ordinaire mobiles, deviennent du jour au lendemain immobiles, sans perspectives, cloîtrées chez elles avec une incertitude aléatoire sur l’imprévisibilité de leurs réactions devant la restriction forcée de leur liberté. On aurait pu craindre l’envahissement de l’espace par des esprits vétilleux très prompts à distiller des leçons de vertus ou à censurer des actes dans une folle intention de nuire. Notre époque, gouvernée par l’intolérance et les jugements approximatifs, perd son naturel et se fige.
Au regard des échantillons présentés, nul doute qu’il y a des difficultés pour circonscrire le mal par le confinement. Lequel, attendu pour enrayer et la propagation et la contamination, reste insupportable pour la majorité des Sénégalais habitués à vivre au quotidien. Certains disent même qu’il s’agit d’un dispositif importé qui ne correspond pas à nos modes de vie dans de larges concessions ou dans d’étroits appartements en ville. A cet égard, il y a lieu de surveiller ce qui se passe ailleurs dans le monde : le chaudron des banlieues à Johannesburg, à Nairobi, à Kinshasa, à Lagos et Abuja, à New Delhi, à Islamabad où bouillonnent des impatiences qui peuvent imploser à tout moment. Les pillages par effraction sont partout en embuscade, notamment aux Etats-Unis.
Quant au continent africain, il s’efface au profit des pays qui, pris isolément, s’emploient à organiser séparément la riposte. Les projets d’intégration sont rangés. Qui a entendu les voix de l’UEMOA, de la CEDEAO ou de la Banque Centrale en Afrique de l’Ouest ? Très peu, à vrai dire. S’il ne se cache pas, le gouverneur de la BECAO, lui, évite les projecteurs. L’Institution d’émission a certes déboursé 340 milliards de francs CFA pour soutenir les banques primaires. En avaient-elles besoin présentement, eu égard aux liquidités qu’elles ont engrangées au fil des exercices de bilan ? Pour d’aucuns, l’injection de capitaux frais n’était pas la réponse appropriée compte tenu de l’ampleur de la crise et de son impact sur l’économie réelle qui va être durablement affectée.
« Restez à la maison » ? Plutôt : « restez à la raison », comme l’avait titré si joliment le quotidien français Libération. Le confinement s’exerce sur des êtres humains qui boivent, mangent et… se reposent ! Parce que la santé n’a pas de prix, avons-nous dit, il urge d’investir massivement dans les infrastructures. Une voix, qui ne prétend à aucune discordance, revenue de loin, nous révèle la précarité de la vie et affiche une solide résistance aux épreuves : celle du député Moustapha Guirassy, ancien ministre de la République. A lui seul, il symbolise cette résilience face au chaos.


Partagez ce contenu!

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*