Pr Ahmadou Aly Mbaye, doyen Faseg: « il faut des états généraux de l’économie »

Pr Ahmadou Aly Mbaye, doyen Faseg: "il faut des états généraux de l'économie"
Pr Ahmadou Aly Mbaye, doyen Faseg: "il faut des états généraux de l'économie"

https://www.seneweb.com/-Le renchérissement du coup de la vie au Sénégal aggravé par une conjoncture économique mondiale marquée par une guerre commerciale entre les Usa et la Chine ainsi qu’une crise du multilatéralisme, devrait pousser les autorités sénégalaises à repenser la politique économique du pays. Selon le Pr Ahmadou Aly Mbaye, doyen honoraire à la Faseg, des états généraux de l’économie s’imposent car dans cette situation de hausse des prix, ce sont les groupes qui ont moins de capacités de nuisances qui sont les plus touchés.
« Les gens parlent beaucoup d’états généraux de la gouvernance mais je pense qu’il faut des états généraux de l’économie », suggère le consultant du Fmi, invité de l’émission Objection de ce dimanche sur Sud Fm. Il ajoute: « Il y a des choix économiques extrêmement difficiles à faire dans tous les domaines. Quel est la politique de prix qu’on doit maintenir? Quel est l’équilibre à maintenir entre les défavorisés et les moins défavorisés? »
Et surtout, signale le Pr Mbaye, « éviter de privilégier les groupes les plus audibles au détriment des autres ». « Par exemple prenons le cas du secteur privé: au Sénégal 97% des entreprises privées sont informelles, personne ne les entend et elles ne sont dans aucune organisation patronale » et ce sont elles qui sont lésées.
Coût élevé de la vie au Sénéga: »le système de rente en est l’une des causes majeures »,selon l’Economiste Ahmadou Ali Mbaye
https://www.pressafrik.com/L’Economiste et Consultant à la Banque mondiale, Ahmadou Aly Mbaye a analysé les causes de la cherté de la vie au Sénégal, sur le plateau de l’émission « Objection » de la Sud Fm. Selon lui, le modèle sociopolitique du pays de la Téranga, avec le système de rente, en est l’une des causes majeures.
« Il y a deux catégories d’explications à ce phénomène. Il y a les causes profondes et les causes plus immédiates liées à la conjoncture des variations des prix, notamment le coût du pétrole et le coût du dollar, par rapport à l’euro auquel notre monnaie est rattachée », soutient d’’emblée, l’économiste,
S’agissant des causes profondes, explique l’invité de l’émission « Objection » de Sud Fm de ce dimanche 12 janvier 2020 : « Notre société est une société de rente. On parle beaucoup du modèle social en France, mais aussi le modèle sociopolitique au Sénégal. C’est un modèle de rente, il y a un certain nombre de groupes qui ont énormément de pouvoir et beaucoup de capacité de nuisances et qui ont des privilèges qu’ils protègent».
Donnant l’exemple du diagnostic institutionnel du Bénin, le doyen honoraire à la Faseg (Faculté des Sciences Économique et de Gestion) d’expliquer que le Bénin devait servir de cas pour comprendre ce qui se fait dans les autres pays notamment au Sénégal. « On s’est rendu compte avec le cas du Bénin, par un spécialiste politique béninois et qui a fait une excellente étude intitulé le « financement des campagnes au Bénin et la capture de l’Etat », qu’il y a un groupe donné, les entrepreneurs privés qui, avant, se contenter d’avoir des connexions au niveau politique, d’avoir l’oreille du Président pour faire avancer leur agenda », avance-t-il.
« Mais, souligne-t-il, maintenant, ils vont plus loin. Ils mobilisent des moyens pour financer des activistes. Et d’autres forces constituées pour forcer le gouvernement à faire ce qu’ils veulent. Et ce qui est vrai pour les hommes d’affaires du Bénin, l’est aussi pour d’autres forces, les fonctionnaires, les résidents des zones urbaines ».
À côté de ces chercheurs de rentes, « il y a des groupes défavorisés », rappelle l’économiste. Il s’agit des « gens qui résident dans les zones rurales, les femmes, les jeunes. C’est comme ça, un peu, que nos sociétés sont structurées. C’est des logiques de captures et de recherches de rente où les gens se battent pour avoir la part du gâteau que pour augmenter la taille du gâteau», déplore-t-il.
Et de conclure, «Il y a des groupes qui se constituent et qui se battent pour avoir le contrôle des ressources. Et, les ressources qui devraient être orientées vers l’élargissement de la base productive deviennent maintenant orienter vers le contrôle des ressources. Et, ce qui est extraordinaire pour l’Afrique francophone et pour le Sénégal en particulier, c’est que ce phénomène arrive à un niveau prématuré de notre développement économique». Aminata Diouf

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