Subventions à la pêche : Un gâteau empoissonné

 

http://www.seneweb.com Les subventions que les Etats accordent aux pêcheurs industriels comme artisanaux sont destinées à les aider dans leur activité. Cependant, ces allocations contribuent fortement à la surexploitation et risquent, à terme, de faire disparaître la ressource.

La question des subventions  à la pêche a été au cœur des débats, lors d’un atelier de deux jours organisé les 14 et 15 mai à Dakar. L’objectif était de voir ce qu’il y a à faire dans le cadre des négociations de l’Oms pour réduire les effets néfastes des subventions sur l’exploitation des ressources halieutiques.

Président de la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale, Gaoussou Guèye a profité de l’occasion pour regretter la décision du président Macky Sall d’offrir 10 000 moteurs de pirogue aux pêcheurs artisanaux. « Si vous donnez 10 nouveaux moteurs sans récupérer les anciens, ça veut dire qu’on se retrouve avec 20 moteurs.  Ce qui augmente la capacité et accentue la pression sur la ressource. Il n’y a rien de technique, ni d’économique dans cette mesure », tranche-t-il.

Gaoussou Guèye invite également l’Etat à se pencher sur la subvention sur le carburant destiné au pêcheur. Le Sénégal, d’après Dyhia Belhabib, investigatrice principale à Ecotrust Canada, met 10 milliards de F Cfa par an dans la subvention de carburant de pêche.

Faut-il continuer à subventionner le carburant?

Gaoussou Guèye rappelle que l’objectif de cet appui du gouvernement était destiné, à la base, à assurer la  sécurité alimentaire et nutritionnelle aux citoyens sénégalais. ‘’Si maintenant une bonne partie des captures est exportée, il y a lieu de se demander si on n’est pas en train de subventionner le consommateur étranger’’, interpelle-t-il.

Surtout que cette exportation, bien que rapportant 200 milliards de F Cfa par an, contribue à la raréfaction des ressources au détriment des acteurs de la transformation. Diaba Diop, la présidente des femmes transformatrices,  fait remarquer que les unités de transformation ne tournent plus 12 mois sur 12. ‘’Actuellement, on travaille entre 4 et 6 mois l’année, particulièrement à cause de la concurrence des usines de  farine de poisson’’, regrette-t-elle.

Elle demande ainsi que les subventions soient orientées vers la post-capture, pour booster la transformation et accroître ainsi la valeur ajoutée et les emplois locaux.

93 % de surexploitation des  stocks

En outre, Gaoussou Guèye a également exprimé ses réserves quant à la finalité du Gps. Selon lui, le Gps ‘’est un excellent outil de navigation’’. Cependant, il pense que l’utilisation irresponsable qui en est fait augmente la pression sur les ressources halieutiques.

A l’image du Sénégal, l’Afrique et le monde entier se livre à des subventions qui contribuent à accroitre la surexploitation des poissons. En particulier la flotte des grandes puissances. Isabel Jarrett, de The Pew Charitable Trusts, fait noter qu’en négociant des accords de pêche avec les pays africains, l’Union européenne subventionne fortement ses navires. Or, ces derniers sont régulièrement accusés de piller les fonds marins du continent noir. D’après Mme Jarrett, sur 35 milliards de dollars de subventions à travers le monde, les 20 milliards sont des allocations néfastes.

La conséquence directe est que, selon des études de la Fao, 33 % des stocks de poissons sont surexploités et 60 % surexploités au niveau maximum. Ce qui donne un total de 93 % de surexploitation des  stocks. Et le revers de la médaille est que ces subventions favorisent la pêches Inn (illégale, non déclarée, non autorisée), préjudiciables aux Etats, puisque la pêche Inn représente 35 % des captures, d’après Mamadou Diallo, chercheur biologique des pêches.

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