Casamance : des démineurs kidnappés par Atika

Casamance : des démineurs kidnappés par Atika
Casamance : des démineurs kidnappés par Atika

 

YERIMPOST.COM     Mercredi dernier, à Bafata, dans la région de Sédhiou, 16 démineurs qui travaillent pour le compte de l’Ong « Hit humanité et inclusion » avaient été kidnappés avant d’être remis en liberté. Ils sont sains et saufs mais ont été dépouillés de leur matériel de travail. Malgré cette accalmie notée depuis quelques années, Atika avait fixé les limites à ne pas franchir pour les démineurs. Au mois de mars dernier, nous dit l’Observateur, cette branche armée du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc) alertait les autorités sénégalaises que les opérations de déminage étaient en train de franchir la ligne rouge.

APRÈS TRENTE ANS DE CONFLIT EN CASAMANCE:Regard sur la vie des mutilés des mines Par Talibouye AIDARA 

Ce jeudi 16 mai 2019, RFI sur son site web a diffusé dans l’émission REPORTAGE AFRIQUE, un dossier qui s’intitule : « Casamance Série [4/5]: L’appareillage des victimes de mines reste difficile. » Réalisé par William de Lesseux, ce reportage revient sur les conséquences des mines anti personnel dans le conflit casamançais qui oppose l’Armée Nationale du Sénégal au Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC).

Ce reportage intervient au moment où les opérations de déminage ont repris. Radio France Internationale va chaque semaine depuis le démarrage de cette opération en fin février 2019, à la rencontre des victimes et de ceux qui vivent au quotidien avec ces mines. « Ce quatrième épisode est consacré aux prothèses, appareillages dont l’un des grands défis est la prise en charge des victimes à Ziguinchor. Une prise en charge souvent défaillante, le centre orthopédique de la ville manque de tout », informe William de Lesseux.

« Les engins explosifs sont toujours présents sur près d’un tiers du territoire, posés aussi bien par les rebelles que l’armée sénégalaise, jusqu’en 1998 » déclare le journaliste de RFI.

C’est en écoutant ce reportage que j’ai trouvé nécessaire de donner ma modeste contribution sur le quotidien de ces mutilés des mines en Casamance. Ce cri de cœur est un appel lancé à l’Etat du Sénégal, au MFDC et à l’ensemble des partenaires pour non seulement une prise en charge effective de l’ensemble des victimes des mines, mais également un déminage total de ma région natale.

Les mines en Casamance 

Les premières poses de mines en Casamance ont eu lieu en 1968. C’était lors de la guerre de libération de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert. Ce conflit opposait le colonisateur portugais au Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert(PAIGC), qui était soutenu par l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Les réfugiés étaient accueillis et soignés à Ziguinchor. Cet appui était mal apprécié par les Portugais. En guise de représailles, ils posèrent des mines en Casamance.

Dans le cadre du conflit entre l’armée nationale du Sénégal et le MFDC, les premières victimes de mines ont été enregistrées en 1991. L’utilisation de ces armes s’est accentuée à l’approche des élections présidentielles et législatives de 1993.

En janvier de la même année, une voiture du CICR saute sur une mine antichar sans faire de victimes. Une autre transportant des électeurs connaît le même sort le jour du scrutin. On dénombre des morts et plusieurs personnes mutilées. Les poses massives commencent en août 1997. Et la plupart du temps sans plan de pose.

La ceinture de feu 

D’après nos recherches, la partie nord de la région de Ziguinchor, notamment le département de Bignona, n’a pas été épargnée par la dissémination des mines, mais l’essentiel de ces armes, qui tuent sans distinguer combattants et non combattants durant et après les conflits, ont été enfouies dans la bande de terre comprise entre le sud du fleuve Casamance et la frontière avec la Guinée-Bissau. Cette zone à haut risque que j’appellerai « la ceinture de feu », s’étend de Tanaf à l’Océan Atlantique.

Elle englobe les départements de Ziguinchor, d’Oussouye et une partie de la région de Sédhiou. Elle couvre une superficie de plus de 2.500 km2.

Silence des rizières 

Comme au Vietnam, au Cambodge et au Laos avec la guerre, les paysans n’osaient plus mettre pied dans les rizières où ils ont la plupart du temps rendez-vous avec la mort. Dans la verte Casamance, les femmes ne partent plus récolter les fruits sauvages. Les récolteurs de vin ou de miel limitent leurs zones d’interventions aux alentours du village. Les herbes sauvages ont pris la place du riz au-dessus et au-dessous des digues des cuvettes remplies d’eau. Les rizières sont devenues des bassins de rétention naturels durant l’hivernage parce que ce beau paysage est enfoui de mines antipersonnel. En résumé, c’est un silence total dans les rizières.

Aujourd’hui personne n’ose s’aventurer dans la forêt pour chercher des fruits sauvages ou cultiver. À défaut de perdre la vie, vous risquez de perdre un pied. C’est le cas de cette dame avec qui j’ai eu à partager la même classe à l’école primaire Mathias Sambou Tendeng de Niassya à la fin des années 1980.

Victime de l’arme des lâches 

En 2001, en quittant Dakar pour Darsalam son village natal dans l’arrondissement de Niassya, cette belle demoiselle ignorait qu’elle allait y perdre un pied pour le reste de sa vie. Aux portes des plantations de mangue de son père, elle a sauté sur une mine. Malgré son handicap, elle croit toujours à l’avenir. Une béquille a remplacé un de ses pieds. Qu’est-ce qu’on peut contre le destin ? « Rien » réplique la victime de « l’arme des lâches ».

À regarder ou à écouter cette victime des mines, il est facile de voir sa grandeur d’esprit et sa foi. Le souvenir de ces terribles moments est pénible, mais elle rend grâce à Dieu : « Moi je suis vivante, Alhamdoulilahi (Dieu soit loué) ; d’autres ont péri ».  

Cette victime n’est que la face visible de l’iceberg. En réalité comme l’a si bien dit RFI, « il y a un millier de victimes des mines à Ziguinchor ».

Malgré les efforts consentis par Handicap International et d’autres partenaires, nombreux sont oubliés. Ce qui fait d’eux de lourdes charges pour les parents qui vivent dans la précarité.

Les oubliés des mines 

Pour leurs soins médicaux, elles ne peuvent compter que sur leurs proches. Et c’est très éprouvant pour un mutilé sans moins de se déplacer avec une canne pour rallier un centre hospitalier pour des soins ou pour la rééducation.

A côté de ses mutilés des mines, nous trouvons aussi une autre catégorie de victimes qui est parfois oubliée. Il s’agit de ces milliers de personnes qui ont abandonné tous leurs biens, leurs champs et leurs villages pour se réfugier ailleurs. Sachant que les mines perpétuent la violence en temps de paix, ils sont partis chercher le mieux être dans les zones urbaines ou dans les pays voisins. Aujourd’hui, leur quotidien se limite à la misère. Car dans les familles d’accueil, on partage la précarité qui s’accentue à mesure que l’on enregistre de nouvelles arrivées.Communicant/Journaliste Responsable APR Commune de Kataba1 Email :aidara.or.t@gmail.com   

LANCEMENT DE LA PLATEFORME ‘’INITIATIVE PRIORITÉ CASAMANCE’’

Dakar, 18 mai (APS) – La plateforme ‘’Initiative priorité Casamance’’ lancée officiellement ce samedi à Dakar ambitionne de promouvoir le développement économique et culturel des régions de Ziguinchor, Kolda et Sédhiou.
Des enseignants chercheurs, des étudiants ainsi que des journalistes ont pris part aux travaux de lancement de cette structure qui entend aussi œuvrer pour ’’l’unité nationale, l’intégration sous-régionale et la paix internationale et contribuer au développement de la citoyenneté, de la solidarité et de l’Etat de droit’’.

Dans le cadre de ses activités, la plateforme ’’Initiative priorité Casamance’’ compte organiser entre autres, des caravanes médicales, œuvrer pour la protection de l’Environnement.
Elle compte également mobiliser des cadres, des techniciens ou professionnels chevronnés dans les domaines prioritaires de la santé, de l’Agriculture, de l’Elevage et de l’eau pour accompagner les organisations communautaires de base.

Saliou Sambou, juriste d’Affaires sénégalais, membre fondateur de la plateforme ‘’Initiative priorité Casamance’’, a salué l’accalmie notée dans la partie méridionale du pays.

’’Depuis un certain temps, nous avons une accalmie relative par rapport aux années passées. On est dans une très bonne dynamique de paix’’ a-t-il notamment indiqué lors de travaux de l’Assemblée générale constitutive de la plateforme ‘’Initiative priorité Casamance.

La zone sud du Sénégal, correspondant aux régions de Kolda, Sédhiou et Ziguinchor, se trouve confrontée à une rébellion déclenchée en 1982 par le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), qui réclame l’indépendance de cette partie du Sénégal.

Cette crise a atteint son paroxysme dans les années 1990, avec la multiplication d’actes de violence dont les populations étaient les principales victimes, la tension étant retombée au fil des années dans cette zone méridionale du Sénégal à partir des années 2000.

Depuis 2012, les affrontements entre l’armée sénégalaise et les combattants du MFDC ont laissé place à une certaine accalmie qui a permis aux personnes réfugiées dans les pays frontaliers de retrouver leurs demeures, la région, autrefois considérée comme « le grenier » du Sénégal, entamant pour sa part petit à petit sa relance économique.

Dans ce cadre, l’Etat a consenti ces dernières années des investissements jugés importants en Casamance, à travers plusieurs domaines d’activité.

Selon M. Sambou, des efforts sont fournis ces dernières années pour sortir cette partie du Sénégal du désenclavement et de la pauvreté.

’’Nous avons la chance de relever les nouveaux défis en Casamance. Je pense qu’il est utile de faire le bilan, de faire une évaluation de tout le travail mené en Casamance par l’Etat, et les initiatives privées’’. ’’Il nous faut créer une synergie des actions de développement fournies en Casamance’’, a-t-il ajouté.SG/OID

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*