Irene Mingasson, ambassadrice de l’Union européenne : «LE SENEGAL ET L’UE ENTRETIENNENT UNE COOPERATION PRAGMATIQUE»

Irene Mingasson, ambassadrice de l’Union européenne : «LE SENEGAL ET L’UE ENTRETIENNENT UNE COOPERATION PRAGMATIQUE»
Irene Mingasson, ambassadrice de l’Union européenne : «LE SENEGAL ET L’UE ENTRETIENNENT UNE COOPERATION PRAGMATIQUE»
http://www.lesoleil.sn En poste depuis septembre 2018, l’ambassadrice de l’Union européenne au Sénégal, Irene Mingasson, a rendu visite, mercredi, au quotidien « Le Soleil »
Une occasion saisie pour aborder quelques questions d’actualité relatives à la célébration de la Journée de l’Europe, le 9 mai, et aux relations entre le Sénégal et l’Ue.
Excellence,la Journée de l’Europe a été célébrée hier.Quel est le sens de cette commémoration dans un contexte de Brexit et de montée du sentiment d’euroscepticisme?
Cette célébration s’inscrit dans le cadre de la Quinzaine de l’Europe. C’est une manière de rendre plus visible l’action de l’Union européenne au Sénégal, de faire connaître ses réalisations et le partenariat fructueux que nous avons avec l’Etat du Sénégal. Le 9 mai commémore, chaque année, le discours fondateur de l’Union européenne, par Robert Schumann, le 9 mai 1950. A l’époque, au sortir de la Seconde guerre mondiale, l’idée d’une union des peuples européens, basée sur la mise en commun de ressources clés pour rendre impossible la guerre, a germé. L’une des raisons pour laquelle la célébration du 9 mai est pertinente et d’actualité, c’est que l’Union européenne est basée sur ce projet de paix, de vivre ensemble, de travailler ensemble avec toute cette diversité qui est une richesse. On regarde en arrière pour mieux avancer parce que les valeurs sur lesquelles l’Ue se fonde (égalité, solidarité, démocratie, protection des droits) sont pertinentes. Cependant, elles ont beau être universelles, elles ne sont pas inébranlables. Cet anniversaire nous rappelle qu’il nous faut être plus vigilants par rapport à ces principes qui sont si importants pour nos sociétés. C’est vrai, nous constatons, en Europe, des frictions internes (l’Union fait face à des défis à l’interne comme à l’externe), mais n’empêche, le projet européen continue d’être attractif. Le RoyaumeUni a décidé de quitter ; c’est regrettable pour l’Union, mais c’est le choix du peuple britannique. Au même moment, il y a des pays qui demandent à adhérer. Les négociations sont en cours avec quelques pays des Balkans pour qui l’Union européenne est l’horizon, l’objectif, le seul projet. L’Union européenne est un projet vivant, en construction constante en proie à des mouvements contradictoires.
Cet anniversaire est célébré sous le sceau de la jeunesse. Qu’est-ce qui justifie le choix de ce thème ?
L’objectif ultime de notre partenariat avec le Sénégal, c’est d’ouvrir des portes, créer des opportunités pour la jeunesse… De ce point de vue, nous sommes en phase avec les objectifs de la phase 2 du Pse. C’est notre rôle parce que nous sommes des partenaires du Sénégal pour l’accompagner vers l’émergence. Nous soutenons les ambitions du président Macky Sall à cet égard, en particulier sa motivation de conduire en fast track les réformes nécessaires. L’Union européenne est un partenaire politique, commercial, économique. C’est aussi un partenaire en développement. Entre le Sénégal et l’Union européenne, c’est un partenariat pragmatique pour des résultats qui comptent. Si nous avons choisi cette thématique de la jeunesse, c’est parce qu’elle est l’avenir de nos continents. Aussi, c’est à l’aune de ce que nous allons réussir à faire pour les jeunes en termes de création d’emplois et de formation que nous pourrons mesurer notre succès comme partenaire efficace du Sénégal. J’ai déjà rencontré un large groupe de représentants d’organisations de la société civile, tous mobilisés sur les questions de jeunesse. La jeunesse sénégalaise est dynamique, engagée, compétente tant par rapport à ce que les jeunes font sur le terrain que dans la manière qu’ils ont de l’exprimer. Ils sont pleins d’idées et de suggestions.
Doit-on voir, derrière la thématique de la jeunesse, une manière pour la Délégation de l’Union européenne d’aider l’Etat du Sénégal à fixer les jeunes sur place, une volonté de lutter contre l’émigration clandestine ?
La question de l’émigration clandestine est l’un des sujets importants sur lesquels nous dialoguons et travaillons avec nos partenaires sénégalais, le gouvernement au premier titre, mais également les autres acteurs. L’émigration est un phénomène qui a beaucoup secoué l’Europe ces dernières années. Les flux migratoires se sont considérablement réduits, mais au vu des débats en perspective des élections européennes du 26 mai et des développements politiques dans notre continent, on constate que cette problématique reste un sujet d’importance. Maintenant, en ce qui concerne le partenariat avec le Sénégal sur cette question, nous nous entendons parfaitement et nous avons pris des engagements mutuels sur le sujet. Nous sommes d’avis que le phénomène doit être mieux géré, que nous devons coopérer pour que l’émigration soit prise en charge de manière plus efficiente, faire en sorte que des trafiquants ne profitent plus des choix de départ motivés par le désespoir et non pas par l’ambition de beaucoup de jeunes dont l’avenir sera beaucoup plus fécond en Afrique. Une manière est de décourager ces projets guidés par le désespoir et qui finissent par s’abimer au fond de l’océan, l’autre est d’aider les partenaires à créer des opportunités pour que des possibilités de projets professionnels et personnels se créent, pour que tous ces jeunes s’épanouissent en Afrique. L’Afrique a besoin de sa jeunesse, de ses talents. Donc, nous travaillons étroitement avec l’Etat du Sénégal pour l’aider dans l’objectif clé de créer des emplois. Cela se traduit par beaucoup d’actions dans le domaine du soutien au développement du secteur privé et des investissements. Mais, cela ne ferme pas la porte à tout parce que nos continents ont des destins liés. Donc, en parallèle, l’Union européenne encourage ses Etats membres à travailler sur l’approche européenne de développement de voies légales de l’émigration.
Mardi dernier, vous avez signé un partenariat avec la Chambre des investisseurs européens au Sénégal (Cies). Peut-on s’attendre à voir ce type de partenariat entre la Délégation de l’Union européenne et le secteur privé national ?
L’Union européenne est présente au Sénégal à travers la Délégation de l’Union européenne et les ambassades des 13 pays membres de l’Ue. Cependant, au-delà de cette communauté diplomatique, il y a celle des investisseurs comme il y a la communauté culturelle et les autres présences multi-facettes. La signature avec la Cies est un geste fort. C’est pour rappeler l’importance de la présence des investisseurs européens au Sénégal, car l’Union européenne, avec ses Etats membres, est le premier investisseur au Sénégal. Ces investissements sont bons pour le Sénégal, ils créent des recettes fiscales, des emplois de qualité. Nous avons voulu souligner la valeur ajoutée de cette présence. L’Union européenne, pour mieux soutenir le projet d’émergence du Sénégal, essaie d’attirer non seulement les partenaires publics mais aussi les partenaires au développement. Nous essayons d’encourager fortement le secteur privé européen à venir prendre sa part dans cette trajectoire d’émergence. Maintenant est-ce que nous allons faire un geste du même genre avec les entrepreneurs sénégalais ? Certainement, s’ils le souhaitent.
Comment se porte la coopération entre le Sénégal et l’Union européenne ?
Je suis très satisfaite de la coopération entre l’Etat du Sénégal et l’Union européenne. Nos relations durent depuis plus de 50 ans. Elles sont fructueuses parce que reposant sur un dialogue ouvert, régulier, à la fois sur des questions politiques, économiques commerciales, de sécurité, de société et de migration. L’Union européenne a toujours été en mesure de soutenir le Sénégal dans tous les secteurs prioritaires. Nous sommes en phase avec nos propositions de soutien à l’acte 2 du Pse et les priorités du gouvernement. Que ce soit le développement du secteur privé, les infrastructures, l’eau, l’énergie, l’agriculture, le développement de nouvelles filières… Notre interlocuteur privilégié est le gouvernement, mais nous sommes aussi actifs avec la société civile pour la soutenir dans son travail au service du citoyen sénégalais.
A combien se chiffre le volume des échanges commerciaux entre le Sénégal et l’Union européenne ?
Je n’ai pas les chiffres exacts sur le volume commercial. Néanmoins, il est avéré que l’Union européenne est le premier fournisseur du Sénégal. Avec 38 % des importations sénégalaises, elle est le deuxième client du Sénégal et le premier investisseur aussi. En termes d’aide publique au développement, elle est devant avec un portefeuille de projets de l’ordre de 820 millions d’euros en cours Entretien réalisé par Elhadji Ibrahima THIAM

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