« Amadou Mahtar Mbow et les Assises nationales »Par Mamadou Lamine LOUM

« Amadou Mahtar Mbow et les Assises nationales »Par Mamadou Lamine LOUM
« Amadou Mahtar Mbow et les Assises nationales »Par Mamadou Lamine LOUM

Rendre compte de la relation entre Amadou Mahtar MBOW et les Assises nationales du Sénégal peut paraître aisé à première vue pour quelqu’un qui l’a côtoyé et fréquenté assidument pendant la durée et le suivi de celles-ci.

Mais, très vite, l’on perçoit bien qu’il n’est pas si simple de rendre compte de l’action d’un Homme dans le cadre d’un exercice qui poursuit son cours historique.

Quant à l’Homme, qui mieux que lui-même est capable de restituer fidèlement les questionnements et les réflexions mais aussi les appréhensions et les angoisses et, en définitive, les motivations d’un acquiescement franc à la sollicitation unanime des organisations politiques et citoyennes maîtresses d’œuvre des Assises nationales ? Mais, en retour, que n’accepterait-on pas pour participer au chœur des hommages qu’élève le présent Colloque pour célébrer le bel âge de 90 ans révolus atteint par notre Cher Président, celui là même où tous les privilèges vous sont concédés bien volontiers ? Et puisque ce sous-thème a pu être repêché in extremis pour faire partie de l’évènement, en dépit de son caractère forcément moins académique, il faut bien l’introduire à votre attention en tenant compte de ce qu’il aurait pu être, il fut un moment du reste, rattaché à d’autres thèmes du Colloque, au vu du caractère générique et global des Assises nationales (histoire de l’Afrique – droits humains – action pédagogique et scientique –information et communication).

Retenons tout de même, en guise d’avertissement, que l’inter action intime entre le sujet et l’objet rend malaisé l’équilibre entre les parties. Pour bien se comprendre, il suffira de convenir que les développements plus volumineux sur les Assises nationales portent avant la lettre autant d’éclairage sur le guide des dites Assises, Amadou Mahtar MBOW.

L’exercice des Assises nationales du Sénégal a fait couler beaucoup d’encre et de salive à propos de ce qu’elles représentent : un moment de mobilisation (qui passe) ou un temps fort (qui creuse son sillon) ? Une rencontre mineure (sans suite) ou une instance majeure (qui compte) ?

L’Homme

Amadou Mahtar MBOW n’était pas en reste de ces supputations : n’avait-il pas perdu la main depuis longtemps ? Sa longue carrière internationale ne l’avait-il pas éloigné des réalités du terrain national ? L’âge avancé n’allait-il pas peser sur la conduite de ce lourd chantier ? Le militant qui prend parti n’allait-il pas éclipser le Guide bâtisseur de synthèses consensuelles.
Nous répondons à ces questions à travers deux thèses qui structurent la présentation :

Les Assises nationales du Sénégal : un Projet et un Produit d’intérêt national majeur

Le Président des Assises nationales du Sénéga :Un Citoyen et un Dirigeant de référence.

Les Assises nationales du Sénégal : un projet et un produit d’intérêt national majeur« Quant un vaste chantier citoyen, méthodique et rigoureux débouche sur un pacte citoyen d’émancipation et de progrès »

Le projet :

Un vaste chantier citoyen voulu méthodique et rigoureuxLe test de la méthode sera effectué au triple plan de l’identité, des repères et de la méthode y compris les dispositifs de sauvegarde.

Identité

Les Assises nationales sont un projet citoyen fédérateur destiné à régir et réguler le fonctionnement de la République, de consacrer celle-ci de manière plus authentique et de la protéger contre les dérives et les déroutements commis par tous acteurs et toutes Autorités et qui empêchent la réalisation des avancées économiques, sociales et politiques auxquelles aspire le Peuple souverain. Le référent de ce projet renvoie à une convergence axiologique bâtie sur un socle commun des valeurs et de principes partagés constituant l’épine dorsale du contrat social étalonné par les citoyens.

Initiative des partis politiques ayant rencontré un écho spontané au sein du milieu associatif, les Assises ont regroupé sans exclusion des partis politiques,  des ONG et des ADH, des syndicats de travailleurs et d’entrepreneurs, des personnalités lindépendantes, des bonnes volontés citoyennes.

Repères

Dimensions – EnvergureLa première dimension, d’ordre institutionnelle, a abordé les cellules et acteurs suivants : Etat – Famille – Ecole – Entreprise – Association – Société – Nation – Citoyen- Dirigeant.
La seconde dimension, d’ordre spatial, a couvert : les villes – les terroirs ruraux – les facteurs écologiques – les pays voisins – l’Afrique et le Monde.
La troisième dimension, d’ordre temporel, a permis de visiter les cinquante dernières années, d’aborder la situation actuelle et récente et de dresser des perspectives pour le futur désiré par les citoyens.

Atouts – contraintes

Ils ont été identifiés dans les sphères sociale, économique ou politique pour être activés et désactivés en fonction des besoins d’action ou de parade. Ce sont :
Les dynamiques VS  les interties
Les ferments VS les stabilisateurs
Les antidotes VS les allergies
Les invariants VS les tendances lourdes
Les acteurs du changement VS les forces de conservation et d’inertie

Méthode

L’exercice n’a pas prétendu à l’exhaustivité, prétention futile en l’occurrence. Par contre, il a veillé consciencieusement à interroger de façon récurrente les critères de pertinence, de cohérence et de fiabilité pour s’assurer de diagnostics objectifs et de recommandations fécondes.
De même, il a permis d’établir des corrélations intra et inter sectorielles qui permettent d’apporter des liants à l’ensemble de l’édifice.
Enfin la méthode utilisée n’a pas manqué, au stade des recommandations, d’évaluer ces dernières au regard de dispositifs de sauvegarde qui définissent les précautions à prendre pour éviter les excès nuisibles dans un sens comme dans l’autre. Ceci permet ainsi :
de protéger la République de manière efficace et durable et sans rigidité préjudiciable au mouvement qui pourrait être nécessaire à l’avenir ;
de prévenir les méfaits nés des pratiques du fait accompli des Dirigeants par l’aménagement de dispositifs appropriés puisés à la source de l’Etat de droit ;
de ne pas s’obliger à des paris généreux hors de portée sans renoncer à une dose de hardiesse destinée à conjurer les risques d’impasses socialement coûteuses ou économiquement ruineuses.

Le produit : un pacte citoyen d’émancipation et de progrès

Le corpus du produit final est constitué de deux documents principaux que sont la Charte de Bonne Gouvernance Démocratique et la Synthèse des rapports des Commissions.
Quant à l’esprit, on peut le résumer à travers la formule  de « gestion vertueuse et performante des affaires publiques ».
Au terme d’une année franche de travaux de réflexion et de production, suivie de près d’une dizaine de mois d’optimisation des travaux de synthèse, ce produit des Assises nationales peut être restitué à travers ses choix de cadre logique, la définition de ses options de principes actifs et la typologie de la gamme des diagnostics et des recommandations finales identifiées par nature et par degré de contrainte.
Le Cadre logiqueLa règle de travail adoptée est la suivante : le Projet de société, quête d’émancipation et de bien être moral et matériel, culturel et écologique issue des consultations internes et externes, gouverne le Projet économique d’émancipation matérielle lui-même caractérisé par la production de biens et services, par un meilleur équilibre territorial, une mobilisation optimale des ressources humaines internes et externes et enfin par une meilleure intégration sous régionale et régionale africaines.
Ces deux projets commandent et contraignent le choix de type d’institutions politiques et constitutionnelles à créer. Ces dernières sont voulues sur mesure et les plus aptes possible à permettre la réalisation de nos desseins collectifs, en fonction de la phase historique de référence ainsi que des missions qui lui sont rattachées.

Les Principes actifs

Constituant la substance de base des propositions adressées aux citoyens et qui traversent l’ensemble des thématiques, ils peuvent être compris comme des relations binaires qui se complètent, notamment :
justice & équité
démocratie & protection des minorités
la Bonne Gouvernance & bonnes politiques publiques
dirigeance & citoyenneté
institutions & droits et libertés
travail et mérite & solidarité
cohésion nationale & diversité culturelle
concertation & participation
progrès & éthique
science & savoir traditionnel.

Gamme des diagnostics

Si dans certaines circonstances, les déficits sont de l’ordre de la normativité, dans bien d’autres et le plus souvent ils sont de l’ordre de l’effectivité. C’est le cas des institutions et libertés.
Par ailleurs, il a été observé selon les domaines et les périodes, tantôt des carences ou des faiblesses d’options stratégiques tantôt des insuffisances dans l’effort ou la performance durable. C’est l’exemple en économie et finances où on observera par ailleurs la marque récurrente des inégalités grossissantes et des déséquilibres choquants affectant la cohésion sociale.
Enfin, au plan des valeurs et de la société, il a été observé une surdétermination des facteurs sociaux  et des coefficients personnels tout autant qu’une prédominance des contrevaleurs émergentes et des enjeux de « pouvoir » et d’ «avoir».

Typologie de recommandations

Sous l’empire d’un impératif d’effectivité des droits humains au-delà des effets proclamatoires si faciles quand ils sont exprimés en langue étrangère, trois types de recommandations émergent de la synthèse des travaux et se regroupent autour de trois séries de volets :
le volet configuratif bâti autour d’exigences citoyennes fortes destinés à structurer les règles du jeu politique, économique et social ; ces dernières étant affectées de fortes garanties d’effectivité et de protection contre toute tendance à l’instrumentalisation ;
le volet prescriptif qui est destiné comme remède aux maux conjoncturels et structurels nés des crises multiformes qui assaillent le Sénégal ;
enfin le volet contributif, condensé de viatique adressé aux décideurs publics actuels et futurs comme intrants à leurs politiques et programmes qui feront l’objet d’offres publiques à des citoyens présumés mieux armés pour les apprécier.

Quelques exemples de mesures structurantes, exigés par les citoyens, peuvent servir d’illustration :

valoriser les langues nationales comme supports vivants de la démocratie et du développement ;
remettre les valeurs sociétales à l’endroit ;
placer le citoyen au centre de la gestion des affaires publiques ;
réhabiliter la constitution contre les manipulations intempestives et l’instrumentalisation et placer les principes constitutionnels fondamentaux sous la garde du Peuple Souverain, dans le cadre d’une Charte des Libertés, y compris la reddition des comptes, la concertation et la  participation ;
ériger la fonction de représentation politique au rang d’activité à durée strictement  limitée ;
éteindre le caractère abrasif des élections dans la vie politique, économique et sociale (avant-pendant-après les consultations) ;
séparer et équilibrer les institutions rendues effectivement égales en dignité ;
changer de paradigme de production et d’insertion de l’économie mondiale tout en valorisant un patriotisme économique porteur d’émancipation économique et de progrès social ;
instituer au profit des terroirs et collectivités locales des minima locaux de dotation en infrastructures et en services de base garantis par des dotations budgétaires prioritaires dans les arbitrages budgétaires ;
plafonner strictement les dépenses des Pouvoirs publics (Présidence – Primature – Parlement) par rapport aux dépenses de fonctionnement et d’investissement de l’Etat ;
définir une politique extérieure favorisant objectivement les intérêts nationaux et se fixant comme objectif de valoriser le rôle et les apports des émigrés ainsi que de faire accomplir des avancées substantielles à l’intégration régionale et sous régionale.Tout ce travail a débouché sur une Charte de Gouvernance démocratique et un rapport de synthèse dont la restitution est en cours en ce moment dans les différents départements du Sénégal. La pertinence des diagnostics qui y sont posés et la fiabilité des recommandations autorise à penser que la grand-messe politicienne tant redoutée est devenue un exercice politique authentique au sens nobre du terme.

Le Président des Assises Nationales – Un Citoyen et un Dirigeant de référence.

Une carrière accomplie et un engagement permanentDiriger les travaux relatés plus haut exige de hautes qualités intellectuelles et morales et une aptitude éprouvée à la guidance. Amadou Mahtar MBOW en a fait montre à merveille, servi doublement en cela par une vie professionnelle publique bien remplie et un rapport sain avec la Cité. C’est ce qui a fait de lui le profil adéquat pour conduire cette délicate entreprise. Ce n’était pas facile en regard du caractère hétéroclite du groupe (partis, ONG, ADHP, syndicats etc.) ainsi que du climat politique délétère de l’époque, sans compter l’option exigeante de financement autonome endogène.
Je ne m’étendrai pas outre mesure sur la vaste et riche carrière de M. MBOW, évoquée à souhait lors de l’ouverture du Colloque. Par contre, nous ne pouvons pas nous arrêter un moment sur l’éclectisme de son cursus humain et professionnel et sur la thématique de son œuvre qui semblaient faire un clin d’œil prémonitoire aux Assises Nationales du Sénégal.
Réfléchir sur les problèmes d’un Etat, c’est assurément plancher sur un nombre de domaines multiples et variés qu’il n’est pas toujours donné de connaître sur le plan académique et sur le plan empirique. Or le Président MBOW a connu et pratiqué tour à tour, et j’en passe :

Les activités agricoles et les tâches de bureau ;

Les fonctions d’éducateur dans les classes et d’éducateur sur le terrain ;
Le sacerdoce du soldat en activité puis les « farnientes » du civil en retraite ;
Les conditions d’homme libre puis de prisonnier de guerre ;
Les fonctions de Chef syndical étudiant puis de patron de service et de projet ;
les hautes directions de Ministre au Sénégal, avant et après l’indépendance, puis celles du Directeur général d’une organisation internationale membre du système des Nations Unies avec siège à l’étranger.Chacune de ses positions le prédispose à lire en connaissance de cause les lignes des milliers de pages des rapports des comités départementaux de pilotage des régions et de la Diaspora, loin de toute routine et de toute indifférence.
Au plan des œuvres littéraires, l’analyse le Verbatim des titres de ses ouvrages laisse également apparaître des indices intéressants sur les centres d’intérêt intellectuel et moral de l’Homme : Education de base (1953-57) – Histoire de l’Afrique – l’Unesco et l’Avenir – Un Monde en devenir – l’Unesco et la solidarité des Nations – Le temps des Peuples –  Aux sources du Futur – Choisir l’Espoir – Universalité et Coopération.
Ainsi, qu’il s’agisse du Temps (Futur-Devenir-Avenir) comme de la Matrice humaine (Nation-Peuple), du lien Social (Solidarité – Universalité – Diversité) comme des Intrants culturels (science – culture), l’occurrence révèle de manière patente une affinité de thèmes avec les Assises nationales du Sénégal applaudies par tout un Peuple qui crie sa quête de futur, et d’abord de présent, son attachement à la solidarité et sa soif de savoir, de savoir-faire et de savoir- être.

Une guidance éclairée :

le label et le modèleParti du « local » qu’il a arpenté dans toutes les directions du Sénégal, le Président MBOW a pratiqué ensuite le « national » dans sa portion centrale. Puis il est monté au « global » pour revenir au « local ». Le profil de formation et de perfectionnement tout autant que le vécu le prédisposaient à souhait à la conduite du projet délicat des Assises nationales.
Chacun des participants comme des membres de l’équipe de Direction a pu se rendre compte du type de dirigeance du Professeur MBOW qui n’écrase pas ses collègues mais plutôt les mobilise par la souplesse et la patience, la sagesse et la sénérité, l’expérience, la disponibilité et l’humilité de celui qui sait. Bâtisseur de consensus et négociateur habile, il a su éviter au mouvement les terrains glissants et les impasses en s’élevant au-dessus de la mélée. Mais surtout son leadership a été accepté et non imposé.
Servi par une capacité substantielle de travail et au besoin par une endurance de marathonien, M. Amadou Mahtar MBOW nous a tous épatés par sa faculté d’adapter son rythme de travail aux nécessités des urgences et des comptes à rebours, tout en déléguant les activités au maximum chaque fois que nécessaire.
Il y a fort à parier que le produit politique issu des Assises nationales gouvernera le Sénégal demain ou après demain. Nul ne pourra mesurer alors la part que cet Homme MODELE aura joué dans la consécration de ce Projet et la promotion du LABEL qui y est attaché au seul profit du Sénégal et de l’Afrique.

Je vais conclure :

Appelées à figurer parmi les derniers Actes Majeurs de son œuvre, la conduite des Assises nationales comptera assurément en bonne place dans la vie de Amadou Makhtar MBOW, ne serait ce qu’en raison de ce qu’elle lui offre, dans son pays, une plateforme panoramique d’où il peut, tout en méditant garder un œil sur les pulsions de son Peuple, et veiller d’une oreille attentive et non complaisante à l’application fidèle de la Doctrine de gestion des affaires publiques qui y prend sa source. En n’oubliant pas tout de même qu’il y a pour certains, au-delà du droit au repos, une obligation de repos de temps en temps

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